Résumé
- Situation au Rwanda : les responsables du Front patriotique ont annoncé aujourd'hui la très prochaine formation d'un gouvernement d'unité nationale tout en consolidant leurs positions militaires dans la capitale.
- Quand il entre dans Kigali conquise le commandant Rose, le vainqueur du jour, garde sa joie et sa fierté pour lui-même. Deux heures auparavant à peine, les mercenaires assassinaient encore dans ce camp de l'église Sainte-Famille. La foule a égorgé l'un des assassins, tandis qu'agonisent un peu plus bas deux de leurs victimes.
- Partout les vainqueurs, les soldats et les officiers du FPR, sont acclamés. Ces réfugiés vivent depuis deux mois sans hygiène, la faim et la peur au ventre. Les mercenaires gouvernementaux, quand ils étaient ivres ou drogués, venaient tuer contre ce mur, devant tous les autres réfugiés, quelques victimes choisies au hasard. Ces maigres taches de sang sont le dernier témoignage de l'assassinat de plus de 120 personnes.
- Les orphelins de Marc Vaiter, après une dernière nuit sous la mitraille, sont sains et saufs. Tous sains et saufs. Et la modestie de l'homme qui a réussi ce miracle, Marc Vaiter, ne permet pas d'imaginer le cauchemar qu'il a vécu. Marc Vaiter : "On avait les balles perdues, on avait les éclats d'obus. Puis toujours cette menace pesante sur nous des attaques des miliciens".
- L'essentiel de la ville est aux mains du FPR. Dans le quartier des ambassades il reste quelques tireurs isolés. Mais tout est joué : les forces de l'armée gouvernementale et de la gendarmerie se sont enfuies.
- Trois mois après l'assassinat du Président rwandais, Kigali est tombée aux mains de ceux qu'il faudra désormais appeler les ex-rebelles du FPR. Ce n'est plus en effet avec un mouvement de guérilla que le gouvernement français devra discuter et négocier maintenant, mais avec les nouveaux maîtres du Rwanda.
- Le commandant des forces du Front patriotique a affirmé aujourd'hui à Kigali que ses troupes ne chercheront pas l'affrontement avec les forces françaises. Mais à Londres, le secrétaire général du FPR a déclaré, lui, que ses combattants étaient prêts à se battre pour prendre la ville de Gikongoro. Pour l'instant le FPR a arrêté son offensive à moins d'une dizaine de kilomètres des positions tenues par l'armée française, précisément à Gikongoro.
- C'est parfois dans la débâcle d'une armée qu'on prend conscience de la guerre, des blessés qu'elle fait, des membres qu'elle ampute, des morts dont elle ne se nourrit.
- Mais faut-il parler déjà de débâcle pour ces soldats des troupes gouvernementales qui ont fui le front, fui Butare, et qui se replient en désordre, le long des routes, au milieu des réfugiés et loin derrière Gikongoro ?
- Dans la ville de Gikongoro, l'ambiance n'est plus la même. Le maire, haut-parleur et drapeau tricolore en tête, vient annoncer la bonne nouvelle : les Français restent sur place, la zone est protégée. Félicien Semakwavu : "Je dis à la population de rester calme et de rester sur place, de ne plus s'enfuir pour faciliter l'opération Turquoise, ici au Rwanda".
- Et la population se rassure : pour elle, plus d'ambiguïté, les Français viennent stopper l'avance du FPR. Et elle assiste curieuse au déploiement de cette armée hyper équipée. 300 hommes qui prennent position tout autour de la zone de sécurité, sous les ordres du colonel Thibaut.
- Des missiles Milan à visée infrarouge, des mortiers de 120 d'une portée de 10 kilomètres, des blindés légers. Les Français se disent parfaitement équipés pour faire face à toute éventualité. Près de leurs positions, des prisonniers. Avant l'arrivée des Français, ce sont eux qui creusaient les positions de combat. D'autres méthodes, pour une autre armée.
- Réaction plutôt critique de Valéry Giscard d'Estaing ce soir sur TF1 : "Nous sommes allés trop loin" estime l'ancien Président. Le ministre des Affaires étrangères a affirmé pour sa part que les militaires français riposteront en cas d'attaque contre la population. Mais pour Alain Juppé, "Nous ne sommes pas en situation de guerre au Rwanda".
- Même analyse de la part de François Mitterrand qui a fait un certain nombre de propositions à l'occasion d'une conférence de presse en Afrique du Sud. François Mitterrand : "La France n'entend pas mener d'opération militaire au Rwanda contre qui que ce soit. Le sort des Rwandais dépend des Rwandais. Le Front patriotique rwandais n'est pas notre adversaire ! Nous ne cherchons pas à retenir son éventuel succès ! Nous disons simplement : 'Il faut bien qu'il y ait quelque part un endroit où des gens en péril puissent trouver secours'. Nous tendons une main secourable. Là s'arrête notre action. Et nous sommes au regret de constater que les organisations internationales n'ont pas déjà mis en place le dispositif qui permettrait de ne pas laisser supporter cette charge à la France seule".
- La France reste pour l'instant très isolée diplomatiquement. La plupart des dirigeants africains traînent les pieds pour venir prêter main forte à cette opération Turquoise, à l'exception notable du Sénégal où François Léotard est actuellement en visite officielle.
-"Il faut intervenir pour que cessent les massacres". Pas d'ambiguïté dans la position sénégalaise : Dakar est la seule capitale africaine à dépêcher des soldats au Rwanda. La France souhaite s'appuyer sur ses troupes pour créer l'embryon d'une force africaine de substitution à l'opération Turquoise.
- C'est ce que François Léotard est venu dire à Abdou Diouf. La présence symbolique, 40 soldats sénégalais pour l'instant, sera rapidement renforcée.
- Mais 240 soldats sénégalais, c'est pour l'instant tout ce que l'Afrique peut fournir de combattants. C'est insuffisant pour se substituer à l'opération Turquoise. La France se retrouve à l'étroit dans le calendrier qu'elle s'est elle-même fixée.
- François Léotard : "Je rappelle que nous n'avons pas l'intention de rester indéfiniment là où nous sommes allés pour sauver des vies. Ce que nous avons fait ! Le bilan est d'ores et déjà positif. Mais il faut absolument que d'autres pays viennent épauler cette action et puis petit à petit lui succéder".
- La France cherche donc des partenaires. Car si l'opération Turquoise prend fin le 31 juillet, la force de substitution, qu'elle soit onusienne ou africaine, qui lui succédera aura bien du mal à se passer des soldats français car bien peu de nations veulent s'investir dans le guêpier rwandais.