Page d'accueil
France Génocide Tutsi France Génocide Tutsi
Mise à jour :
1 octobre 2026 Anglais

Général Lafourcade : « Au Rwanda, j'ai été fier de mes hommes »

Fiche Numéro 36575

Attention : ce document exprime l'idéologie des auteurs du génocide contre les Tutsi ou se montre tolérant à son égard.

Numéro
36575
Auteur
Jaigu, Charles
Date
18 septembre 2026
Amj
20260918
Titre
Général Lafourcade : « Au Rwanda, j'ai été fier de mes hommes »
Soustitre
La Cour de cassation a définitivement écarté les accusations de « complicité de génocide » visant les militaires français de l'opération Turquoise au Rwanda.
Taille
2723693 octets
Nb. pages
1
Source
Langue
FR
Commentaire
Cet entretien comporte de nombreuses affirmations qui ne résistent pas à l'examen du dossier judiciaire et des archives disponibles. Le général Lafourcade affirme tout d'abord que la plainte aurait été « lancée par les associations proches de Kigali, à la suite du mandat d'arrêt contre Kagame », dans le cadre d'une « propagande » destinée à exploiter un prétendu sentiment de culpabilité français. Cette présentation est factuellement inexacte. La plainte avec constitution de partie civile à l'origine de la procédure a été déposée le 16 février 2005 par six personnes de nationalité rwandaise. Les associations Ibuka France, FIDH, LDH et Survie ne se sont constituées parties civiles qu'ultérieurement, par voie d'intervention au cours de l'information. Quant à l'accusation selon laquelle ces associations seraient « proches de Kigali » et participeraient à une opération de « propagande », Lafourcade n'apporte aucun élément permettant de l'étayer. Il donne ensuite au non-lieu confirmé par la Cour de cassation une portée qu'il n'a pas. Il affirme qu'« il n'y a plus aucune ambiguïté sur l'action des militaires français » et qu'« aucun fait matériel, aucun témoignage sérieux » n'est venu étayer les accusations. La décision du 9 septembre 2026 signifie que les juges ont estimé que les charges réunies ne permettaient pas de renvoyer les militaires concernés devant une juridiction de jugement pour complicité de génocide ou de crimes contre l'humanité. La Cour de cassation rappelle elle-même que l'appréciation de l'existence de charges suffisantes relève souverainement des juges du fond et qu'elle ne peut substituer sa propre appréciation des faits et des preuves à la leur. L'arrêt reproduit en outre la référence aux « zones d'ombre qui peuvent subsister sur la manière dont les massacres perpétrés à Bisesero, du 27 au 30 juin 1994, ont été pris en compte par l'appareil militaire français ». Il est donc pour le moins excessif d'invoquer cette décision pour affirmer qu'il ne subsisterait désormais « plus aucune ambiguïté ». Lafourcade justifie par ailleurs le délai de trois jours entre la découverte des rescapés, le 27 juin, et leur secours, le 30 juin, par les incertitudes auxquelles aurait été confronté le commandement français. Il affirme notamment que « les renseignements n'étaient pas fiables ». Les documents militaires français contemporains donnent pourtant une tout autre image de l'information dont disposait alors le commandement. Dès le 27 juin, le lieutenant-colonel Jean-Rémy Duval, qui vient de rencontrer personnellement les rescapés de Bisesero, décrit une « situation d'urgence » susceptible de « déboucher sur une extermination » en l'absence d'intervention rapide. Le même jour, le poste de commandement français à Goma transmet à Paris une appréciation de situation signalant, dans la région de Gisovu, l'attaque d'une colline par une centaine de miliciens armés encadrés par des militaires ainsi que la présence de Tutsi menacés. Le 29 juin à 18 heures, un point de situation de la Direction du renseignement militaire est plus explicite encore : il identifie expressément Bisesero, y signale environ 2 000 Tutsi dans un état de dénuement extrême et estime que l'incident survenu le 27 a « très probablement » été provoqué par l'une des expéditions meurtrières menées quotidiennement contre eux par des militaires, des gendarmes et des miliciens gouvernementaux. Des cartes de renseignement établies les 29 et 30 juin signalent également à Bisesero des Tutsi « traqués par les milices Hutu ». Lafourcade explique ensuite qu'il fallait attendre de pouvoir déployer ses hommes avec les « bons moyens d'action », en invoquant notamment le précédent de Mogadiscio. Cette explication soulève pourtant une question simple : si l'intervention du 30 juin correspond effectivement au moment où le commandement estime disposer des moyens nécessaires pour agir, quel ordre est alors donné pour secourir les rescapés de Bisesero, à quelle heure et par qui ? A notre connaissance, aucun ordre préalable de cette nature n'a été produit. Les témoignages recueillis au cours de l'information judiciaire donnent au contraire à voir une intervention déclenchée sur le terrain dans des circonstances sensiblement différentes du récit aujourd'hui proposé par Lafourcade. L'adjudant-chef Thierry Prungnaud a notamment déclaré que le déplacement effectué le 30 juin n'avait initialement pas pour objet de retourner à Bisesero et qu'il avait pris l'initiative de s'y rendre sans prévenir son chef, pensant que celui-ci le lui interdirait. Les journalistes présents sur le terrain ont également joué un rôle dans l'alerte donnée aux militaires. Il convient cependant de rappeler que plusieurs versions des circonstances exactes de cette intervention figurent au dossier. L'absence d'un ordre retrouvé ne permet donc pas, à elle seule, d'affirmer qu'aucun ordre n'a jamais existé. Elle rend en revanche difficilement compatible avec les pièces actuellement connues la présentation d'une intervention du 30 juin comme le simple aboutissement d'une décision préalable et parfaitement documentée du commandement d'attendre que les moyens nécessaires soient réunis. Lafourcade affirme par ailleurs que « le juge d'instruction a fait déclassifier tous [ses] échanges avec l'état-major de l'armée ». Cette affirmation ne permet nullement d'en déduire que toutes les archives susceptibles d'éclairer Bisesero et la chaîne de décision ont été déclassifiées et versées au dossier judiciaire. Les parties civiles ont précisément demandé, au cours de la procédure, que soient recherchés et versés au dossier des documents militaires classifiés auxquels la commission Duclert avait eu accès. Parmi les ensembles documentaires concernés figure notamment un dossier de l'état-major des armées intitulé « Conduite Turquoise haut ». La justice a considéré que les investigations supplémentaires sollicitées n'étaient pas nécessaires pour statuer ; elle n'a pas constaté que l'intégralité des archives relatives à Bisesero avait été déclassifiée et versée à la procédure. Un dernier passage mérite enfin attention. Lafourcade affirme n'avoir jamais eu de contact avec l'Elysée, mais précise : « Mes seuls échanges se faisaient par fax ou téléphone avec l'amiral Lanxade, chef d'état-major des armées ». Cette précision confirme l'existence de liaisons régulières entre le commandement de Turquoise et le plus haut niveau de la hiérarchie militaire à Paris. Elle rappelle surtout pourquoi l'étude de Bisesero ne peut se limiter aux seuls militaires présents dans les collines : comprendre les trois journées séparant la découverte des rescapés, le 27 juin, de leur secours, le 30 juin, suppose également de documenter aussi complètement que possible la circulation de l'information, la chaîne de commandement et les décisions prises à Paris.