Fiche du document numéro 22532

Num
22532
Date
Samedi Octobre 1994
Amj
Fichier
Taille
46098
Titre
Billets d'Afrique No. 15
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
BILLETS D’AFRIQUE N° 15 - OCTOBRE 1994
PASQUA CONNECTION
Nous étions nombreux à croire qu’avec ses complaisances pour le Hutu power génocidaire, la politique de la France en Afrique
avait touché le fond. Charles Pasqua se charge de nous détromper.
Avec son fidèle Marchiani et le colonel Mantion, ex-gouverneur du Centre-Est françafricain, le ministre de l’Intérieur nous a
concocté en un temps record : la remise en selle de Mobutu ; une alliance stratégique avec le régime d’apartheid soudanais ; la
réhabilitation de l’ami Eyadema ; ... plus les bongonneries habituelles.
Tous ceux qui souhaitent que l’Aide publique au développement (APD) cesse d’être une aide secrète au contre-développement,
que les relations franco-africaines privilégient les peuples plutôt que les tyrans, savent désormais ce qu’il en serait si l’ensemble
de ces circuits devaient se trouver durablement connectés sur ce type de transformateur.
SALVES
Bravo à Cavada et son équipe
Après les tombereaux de désinformation déversés durant près de 6 mois par les chaînes de télévision publiques, État d’urgence
du 21 septembre a proposé enfin une émission documentée sur le génocide rwandais, qui n’esquive pas la question des
responsabilités. Enfin du vrai travail de journalistes. Reste à interroger les responsables...
Après le Rwanda, le Soudan
Nous fournissons au verso une série d’informations, complétant celles de Billets n° 14, sur l’incroyable paquet de contreparties
offert au régime de Khartoum, champion de la purification ethnico-religieuse, en échange de la livraison de Carlos. Pour cet
argument électoral, et « trente deniers » (quelques juteux contrats), on a livré le Sud-Soudan. On a arrosé le tout d’une bonne
louche d’APD et de crédits COFACE, à la santé du contribuable. Et on envisage de remettre au travail nos instructeurs militaires,
spécialistes de la lutte anti-subversive. Le Rwanda n’a pas suffi à nos manitous françafricains...
Signalons au passage qu’Anne Sinclair a (définitivement ?) décollé dans la jet-set désinformatrice, en refusant, à 7 sur 7, de
poser à Charles Pasqua la moindre question sur cet ignoble marché... À trop fréquenter les projecteurs de TF1-Bouygues et le
magma réalpoliticien, elle a fini par laisser fondre le lest de sa sensibilité aux droits de l’homme...
Après le Rwanda, le Vietnam
Écarté en principe des affaires africaines, après y avoir noué de nombreuses amitiés, Jean-Christophe Mitterrand a été recruté
comme chargé de mission par la Générale des Eaux - dont le champ d’arrosage va du municipal à l’international. Devenu trop
voyant, il s’est fait plus discret en Afrique, mais aurait, dit-on, trouvé un nouveau bout de pré carré pour étaler ses talents d’homme
d’affaires : le Vietnam.
Mono-manie
Tandis que le Togo souffre sous son général-président Gnassingbe Eyadema, il est du dernier chic dans la Françafrique d’aller y
quérir la médaille du chef, l’ordre du Mono. Succédant à un autre grand françafricain, Jacques Vergès, le ministre de la
Coopération Michel Roussin est allé se faire recevoir « grand officier » chez le vieil ami togolais de Charles Pasqua. Il ne venait
pas les mains vides, mais avec 108 millions d’aides budgétaires (ces fameuses aides hors-projets dont Édouard Balladur dénonçait
l’évaporation) et 400 millions d’annulations de dettes. « On se souviendra longtemps de ces retrouvailles franco-togolaises »,
concluait le ministre. Qui retrouve qui ? et quoi ? (Libération, 19/09/1994).
L’argent noir de la présidentielle
« Tout le monde sait que les partis politiques sont financés par des détournements de trafics via l’Afrique. L’Afrique sert à
blanchir l’argent des partis politiques », déclarait Érik Orsenna il y a un an (cf. Billets n° 2). Comme avant chaque échéance
électorale importante, le circuit de blanchiment de l’« argent noir » se met donc en marche à plein régime. Le Gabon, la Côte
d’Ivoire, le Congo, le Cameroun, le Sénégal et le Togo sont parmi les principaux points de passage. La reprise d’une aide
abondante à ce dernier pays y trouve sans doute un début d’explication.
« Selon des sources bien informées », le SCTIP, qui gère la coopération policière sous l’égide du ministère de l’Intérieur,
mettrait en place des surfacturations de matériels d’occasion à destination du Sénégal, de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, pour
alimenter un trésor de campagne.
Quant à Gabon - cet émirat pétrolier qui a reçu en juin une aide bonus de 200 millions de francs... -, il continue à faire parler de
lui...
Bongonneries
Le général Ndjave-Ndjoy, ministre délégué au Commerce, est le bras droit d’Omar Bongo. Ce fut en 1993 le principal
organisateur de sa campagne présidentielle. Responsable de la Santé militaire jusqu’en 1992, il avait dû changer de « portefeuille »
après la troublante disparition des crédits de construction d’un hôpital (un trou de quelque 2 milliards de CFA, alors 40 millions de
FF).

Billets d’Afrique

N° 15 – Octobre 1994

Premier vice-Président de la Fondation Albert Schweitzer, qui gère l’hôpital de Lambaréné, il est au cœur de la tourmente
financière qui agite cet hôpital depuis l’organisation l’année dernière, par cette Fondation, d’un colloque sur l’avenir de la
coopération Nord-Sud.
Sur les contributions versées pour le colloque ou la rénovation de l’hôpital - dont 3 millions de FF. d’Elf-Gabon et 1 million de
Shell -, 2,8 millions se seraient volatilisés. Le directeur de l’hôpital René Nething, qui s’opposait à ce que la comptabilité de
l’établissement se transforme en « blanchisserie », a été licencié, ainsi que plusieurs salariés solidaires d’une rigueur jugée
excessive...
On apprend par ailleurs que nombre des chefs de file du Hutu power rwandais se réfugient à Libreville. Mieux que l’Argentine
pour les criminels nazis, l’Eldorado gabonais et ses puits d’or noir vont-il offrir aux génocideurs un exil doré sur tranches ?
France-Rwanda (suite)
Une délégation de la CEE, en visite à Kigali le 30 août dernier, a laissé sur place 4 observateurs chargés d’identifier les besoins
les plus urgents du pays. Le Rwanda n’ayant plus rien, la mission ne devrait pas être trop difficile. Mais la France veut suspendre
l’aide communautaire au fonctionnement des institutions d’un État de droit. Une « conditionnalité » en principe louable, à laquelle
avait échappé le régime précédent, et qui supposerait qu’on aide le nouveau gouvernement à mettre en place de telles institutions...
Karen Kelly, chargée par les Nations Unies d’enquêter sur les responsabilités dans le génocide commis au Rwanda, a
démissionné de son poste en raison de l’insuffisance des moyens mis à sa disposition. Un exemple parmi d’autres : Human Rights
Watch avait signalé à l’enquêtrice l’existence, à Kigali, d’enregistrements d’émissions de Radio Mille Collines. Plusieurs semaines
plus tard, elle attendait encore de disposer de cassettes vierges, pour en réaliser des copies : Genève, où ces cassettes avaient été
demandées, devait en faire la demande à New York. Ces cassettes peuvent être achetées sur place 12 francs pièce. Il n’y a pas
encore d’ambassadeur de France à Kigali pour faire l’appoint.
Une conférence internationale sur « Le Rwanda dans son contexte régional : droits de la personne, réconciliation et
réhabilitation » a réuni les 16 et 17 septembre à la Haye quelque 150 participants, autorités et personnalités de nombreux pays.
L’ambassadeur de France au Pays-Bas a quitté la séance des discours officiels juste avant l’intervention du Président rwandais
Pasteur Bizimungu.
Avant de pouvoir bénéficier du moindre concours du FMI ou de la Banque Mondiale, le Rwanda doit payer 5 millions de dollars
d’arriérés à cette dernière. Or l’ancien gouvernement est parti avec la caisse... Des amis bien intentionnés pourraient certes avancer
la somme. La France a fait récemment 20 fois plus pour le Cameroun. Mais elle préfère « faire payer » sa victoire au gouvernement
actuel que de l’aider à payer la reconstruction du pays...
Parmi les signataires de la Convention pour la prévention et la répression du génocide, la France est l’un des rares pays à avoir
inclus dans son propre Code pénal des dispositions exécutoires. Elle n’est pourtant pas pressée de donner suite à la plainte déposée
par trois avocats de la FIDH (cf. Billets n° 12) contre les responsables et complices du génocide qui se trouvent en France...
QUESTION
Le Président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, Charles Pasqua, a eu le noble projet d’affecter 1 % du budget de son
département à l’aide au développement, via un service dénommé « Coopération 92 ». Cette aide est en particulier destinée au
Gabon (dont le revenu par tête est quelque 20 fois supérieur à celui de Madagascar). Il était question d’y construire des écoles. Où
sont-elles ? Interrogée par Billets, « Coopération 92 » se montre dans l’incapacité de fournir quelque précision...
ILS ONT DIT
« Peut-on sérieusement imaginer que la défense de la francophonie puisse coïncider avec la protection d’un régime digne des
nazis ? Aucune loi Toubon ne pourra jamais réparer un tel outrage à l’esprit même de la langue française. » (Colette
BRAECKMAN, in Le Soir, repris par Courrier international du 30/06/1994).
« Tu peux mettre dans tes tablettes qu’on a le directeur de la Coface à Paris qui est un ami à nous », confiait Jean-Louis
FARGETTE, le « parrain » du Var, à son ami Daniel SAVASTANO. Lequel lui resservait un autre jour : « Moi aussi, je suis sur deux
ou trois gros dossiers qui me prennent la tête. Alors !... j’ai mangé avec le directeur régional de la Sogea, où ils m’ont dit que, dans
le Var, c’est royal. » (Écoute téléphonique [légale] citée par Le Canard enchaîné du 31/08/1994).
[La Coface, qui garantit avec l’argent public quantité de transactions (et de trafics ?) entre la France et les pays en voie de développement, estelle en état de pré-Var-ication ?]

À FLEUR DE PRESSE
SOUDAN : CARLOS ET CHARLES
Le Nouvel Afrique Asie, 09/1994. Les entretiens secrets Tourabi-Pasqua à Paris (Simon MALLEY) : « C’est dans la capitale
française, fin juillet, que le [...] chef spirituel de la junte militaire islamique au pouvoir au soudan, Hassan al-Tourabi, a conclu un
accord "secret" avec Charles Pasqua au sujet de l’enlèvement à Khartoum [de Carlos] . [...] L’information de la venue de Tourabi à
Paris nous a été confiée par un haut fonctionnaire de l’ONU qui voyageait dans le même avion que lui. [...]
Trois problèmes essentiels se posaient, en fait, au général Bechir, dont le pays traverse une crise politique, sociale et
économique. Tout d’abord, le refus de la plupart des investisseurs étrangers, même arabes, d’aider son régime militaire et
islamique, dont l’idéologie menace la sécurité et la paix de plusieurs pays du Maghreb et du Machrek, sans exclure les continents

Billets d’Afrique

N° 15 – Octobre 1994

africain et asiatique. Il était donc nécessaire de redorer le blason du Soudan en le présentant, grâce à la collaboration de certains
médias français, sous un jour plus favorable. Le régime espérait ainsi voir le Soudan rayé de la liste noire des pays qui servent de
base aux terroristes ou aux mouvements intégristes extrémistes arabes, africains et asiatiques.
M. Pasqua aurait promis que la France se placerait à l’avant-garde d’une telle initiative, essayant même de convaincre l’Union
européenne et les États-Unis de la nécessité de normaliser leurs rapports avec Khartoum et d’influencer dans le même sens la
Banque Mondiale et le FMI. D’autre part, le dette soudanaise à la France serait progressivement et largement, sinon totalement
supprimée. La Coface garantirait les investissements français au Soudan et Paris lui accorderait des prêts à moyen et court termes.
Le deuxième problème concerne la rébellion, contre le pouvoir du Nord, de l’APLS (Armée populaire de libération du SudSoudan, chrétien et animiste). De quelle manière la France pouvait-elle aider à étouffer ou réduire cette rébellion ? Déjà, lors de
ses entretiens à Khartoum, le général Rondot [...] avait assuré aux dirigeants soudanais qu’une fois ce dernier entre les mains des
autorités françaises, leurs troupes obtiendraient un droit de passage en Centrafrique pour prendre à revers la guérilla de l’APLS, et
que des photos satellites identifiant les positions de cette dernière seraient remises à l’état-major.
Quant au problème de la logistique, les autorités françaises accepteraient d’accueillir un important groupe d’officiers militaires et
de policiers soudanais, pour un entraînement dans le domaine de la lutte anti-guérilla. Paris pourrait même envisager l’envoi de ses
propres "techniciens" à Khartoum. »
[Vous savez, ceux qui ont si bien « travaillé » à Kigali, jusqu’au 6 avril... Il faut dire que les parachutistes de l’infanterie dite « coloniale », virés
de l’opération Turquoise avec le colonel Thibaut - car trop « agressifs » -, et les instructeurs « rwandais » du DAMI se sentent un peu
inoccupés.]

L’Événement du Jeudi, 25/08/1994. Les hommes de Monsieur Charles (Patrice PIQUARD) : « Marchiani, c’est l’homme d’affaires
de la bande. Un mélange de camelot et d’aventurier, avec sur le crâne, depuis août 1993, une casquette de préfet. [...] Familier de
l’Afrique noire et du monde arabe, ce Corse prend langue avec ceux que les fonctionnaires du renseignement n’osent pas
approcher. On le dit intime du patron des services libyens, Ibrahim Bichari, comme de son homologue syrien. Ancien de la
division armement de Thomson, il en connaît aussi un brin en matière de canons, ce qui ne gâche rien. [...] Les Soudanais
réclament-ils des compensations à leur geste de bonne volonté envers la France ? Jean-Charles est l’homme de la situation. Libre à
lui de s’adjoindre qui bon lui semble, à condition de ne pas mouiller la place Beauvau. [...]
L’une des adresses les plus fréquentées par cet aréopage est le 14 rue Clément Marot, dans le 8° arrondissement de Paris. [...] On
y mêle adroitement business et tractations délicates. On y remarque, par exemple, une société de commerce, la Socolia, qui
intervient notamment en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Cameroun... [Un « transfo » de l’APD ?].
[...] Jean-Claude Mantion, écarté du Centrafrique où il régnait depuis des années sous les couleurs de la DGSE, avec la
bénédiction de l’Élysée, avait quelque peine à trouver un nouveau point de chute ? L’ancien ami de Marchiani - ils ont fait leur
service militaire ensemble - termine naturellement dans les bras de Charles, son carnet d’adresses en bandoulière. Quelques mois
plus tard, il ouvre aux conseillers très spéciaux du ministre les portes de Khartoum, où sommeille Carlos. »
Le Nouvel Observateur, 01/09/1994. Soudan : le marché de la honte (Jacques JULLIARD) : « [...] S’il s’avérait que, pour des
raisons électorales, Charles Pasqua avait troqué la livraison par le Soudan d’un assassin vieillissant contre la promesse de la
complaisance, voire de la complicité française dans la guerre que mène le criminel régime islamiste de Khartoum contre les
populations chrétiennes ou animistes du sud-Soudan, alors il faudrait dénoncer l’un des forfaits les plus abominables d’une
diplomatie sans scrupules et sans honneur. Quoi, cette trop longue indulgence [...] témoignée à des dictateurs sanglants comme
Milosevic en Serbie, Mobutu au Zaïre, Habyarimana au Rwanda ne suffit donc pas ? Faut-il vraiment que nous nous engagions
maintenant dans le soutien, que dis-je, la réhabilitation d’un des pires régimes d’une Afrique toute poisseuse de sang [...] ? Avant
d’aider l’islam le plus intolérant à massacrer quelques-uns des plus nobles peuples de la terre, pensez-y dimanche à la messe, M.
Balladur.
Est-il vrai :
1 - [...] Que Paris a remis à Khartoum des photos prises par le satellite Spot permettant de localiser les positions de la guérilla ?
2 - Que la France s’est engagée [...] à intervenir auprès de ses clients du Sud tels le Zaïre et la République centrafricaine, pour
permettre le transit des troupes de Khartoum cherchant à prendre les sudistes à revers ?
3 - Que la France continue de fournir, à des conditions particulièrement intéressantes, les munitions et les pièces de rechange pour
les armes françaises de l’armée soudanaise (automitrailleuses AML 90, canons de 155, hélicoptères Puma) ?
4 - Que l’aide "humanitaire" française aux victimes soudanaises, récemment portée de 4,4 à 7,4 millions de francs, est attribuée au
gouvernement, c’est-à-dire aux assassins ?
5 - Que, sur le conseil du gouvernement français, la banque Lazard vient d’accorder un prêt de plusieurs dizaines de millions de
dollars pour permettre au Soudan, menacé d’être exclu du FMI, de payer les intérêts d’une dette qui s’élève à plus de 1 milliard de
dollars ?
Toutes ces interrogations sont trop graves pour rester sans réponses précises. Il y a bien longtemps que l’Afrique est le lieu de la
déraison française. Jusques à quand ? »
AMITIÉS FRANCO-RWANDAISES
Le Nouvel Afrique Asie, 09/1994. Rwanda : le bilan tragique de l’opération Turquoise (Simon MALLEY) : « Le problème essentiel
en ce qui concerne l’avenir à court et moyen terme de la situation au Rwanda est bien de savoir ce que veut Paris, ce qu’il souhaite,
quel jeu il joue. En fait, si la classe politique actuellement au pouvoir est divisée, ses objectifs sont identiques. Une forte tendance
se dessine en faveur d’un pourrissement maximum de la situation rwandaise. Cela permettrait le retour des forces de l’ancien

Billets d’Afrique

N° 15 – Octobre 1994

gouvernement et un partage du pouvoir sous une forme ou une autre [...], éventualité que rejettent catégoriquement les dirigeants
hutus et tutsis du FPR, qui ne sauraient cohabiter avec les massacreurs d’un million de Rwandais.
Une autre tendance, encore plus radicale, pense que le gouvernement devrait considérer le Zaïre comme base arrière permettant
aux FAR de se réorganiser, de s’entraîner avec le concours de la garde présidentielle de Mobutu (et, pourquoi pas, avec des
instructeurs français), de s’armer et de se refinancer afin d’envahir le Rwanda ou de provoquer les forces du FPR, de telle sorte
qu’une riposte de ces dernières contre les bases des FAR au Zaïre pourrait ouvrir la voie à une reconquête du pouvoir à Kigali par
les FAR et leurs alliés. Les milliards de francs qu’un tel plan pourrait coûter ne seraient-ils pas compensés par le retour du Rwanda
dans le giron français ? »
Le Soir (Bruxelles), 19/09/1994. La lutte politique se poursuit (Colette BRAECKMAN) : « Les pressions se multiplient pour que le
gouvernement de Kigali s’élargisse, intègre d’autres personnalités dans son équipe. Mais en même temps, plusieurs anciens
membres du MNRD - le parti de feu Habyarimana - comme l’ex-ministre de la Défense, Jacques Gasana, et d’anciens diplomates,
ont refusé les postes qui leur étaient proposés, arguant que les conditions n’étaient pas réunies. M. Dismas Nsengiyaremye,
l’ancien Premier ministre issu du parti d’opposition, le Mouvement démocratique républicain assure, lui, qu’on ne lui a rien
proposé et qu’il demeure en réserve de la République, à l’étranger. [Nous avons nous-mêmes vérifié que des propositions lui avaient été
faites, publiquement].

S’opposant en cela à l’actuel Premier ministre Faustin Twagiramungu, M. Nsengiyaremye avait, jusqu’à la veille du drame,
refusé de se désolidariser de l’aile dure de son parti, des partisans de la tendance "hutu power".
"Repêché" dans la zone Turquoise par les troupes françaises, soutenu par Paris, par l’Internationale démocrate-chrétienne et les
groupes de pression catholiques, l’ancien Premier ministre, une personnalité de poids, pose ses conditions pour entrer au
gouvernement.
Il souhaiterait visiblement évincer M. Twagiramungu, bien que le nom de ce dernier figure dans les accords d’Arusha. L’actuel
Premier ministre est accusé de "faire le jeu du FPR", il est qualifié, comme le Président Bizimungu lui-même, de "Hutu de
service".
Pour imposer un homme comme M. Nsengiyaremye, connu pour être un opposant résolu au FPR qu’il qualifie de "parti
extrémiste" et qu’il met sur le même pied que l’ancien MNRD, les pressions ne manquent pas : les crédits internationaux pour la
reconstruction du pays sont bloqués, à Paris et Bruxelles on attend, on invoque le fait que la base politique de l’actuelle équipe est
trop faible, on met en évidence le nombre de réfugiés se trouvant à l’extérieur du pays, sans trop insister sur le fait qu’ils y sont
contraints par la force des armes ou d’une propagande qui n’a jamais cessé [...].
Autrement dit, le combat politique continue pour tenter de contenir la victoire du Front patriotique, toujours décrit comme s’il
n’était que le "parti des Tutsis". Il n’y a guère d’indulgence, d’effort de compréhension pour les survivants des massacres, pour les
vainqueurs solitaires d’une guerre d’extermination sans précédent en Afrique. »
Aux éditions Syros

Nord-Sud : de l’aide au contrat
Pour un développement équitable
Claude MARCHANT

_____________________
Après la « décennie perdue du développement » des années 80, le mot même de développement paraît un mirage. Mais la fin de l’illusion laisse
apparaître, dans des tiers-mondes très diversifiés, un potentiel et une volonté d’initiative considérables - que le fonctionnement actuel de l’État,
du système d’aide, et de l’ordre économique tend à dédaigner et étouffer.
Fruit de la démarche collective d’une quinzaine d’experts et praticiens du développement, étayé par une série d’exemples, cet ouvrage retourne
aux fondements culturels, juridiques, économiques et éthiques d’une relation d’aide souvent pervertie, pour proposer une nouvelle approche
contractuelle.
79 F

Vient de paraître aux éditions Syros

L’aide publique au développement
Anne-Sophie BOISGALLAIS et François-Xavier VERSCHAVE

____________________
Un guide concis pour le citoyen désireux de savoir ce qu’on fait en son nom, et qui ne se résigne pas au pire. Le démontage de l’incroyable usine
à gaz de l’APD française révèle des dysfonctionnements trop systématiques pour être honnêtes. Les logiques et les lobbies qui orientent un bricà-brac de dépenses se soucient comme d’une guigne de la lutte contre la pauvreté. Le système est d’ailleurs dirigé par deux points aveugles,
l’Élysée et le Trésor, dont l’excès de puissance écrase la profondeur de vision, et voue au soliloque. L’ouvrage s’achève par une série de
propositions pour une coopération plus digne de son objet.
59 F

LIRE
Zone Franc. Du franc CFA à la monnaie unique européenne, sous la direction de René SANDRETTO, Les Éditions de l’Épargne, 1994.

Billets d’Afrique

N° 15 – Octobre 1994

Un ouvrage collectif où abondent les descriptions et analyses techniques et historiques sur la zone franc, avec une intéressante prospective
intégrant les conséquences du traité de Maastricht. Mais le pronostic sur l’avenir de la zone sous-estime à notre avis la dimension politique de la
crise qui a conduit à la dévaluation du CFA - le défi d’une "gouvernance" affranchie du lien néocolonial.
L’armée tue ! Rapport sur les assassinats commis par l’armée au Zaïre durant le 1° semestre 1994, AZADHO, BP 16737, Kinshasa, août 1994.
Pour ceux qui sont tentés de réhabiliter Mobutu.

À paraître le 3 novembre à La Découverte

Complicités de génocide
La politique de la France au Rwanda
François-Xavier VERSCHAVE
La tragédie rwandaise le confirme brutalement, la politique africaine de la France est capable du pire : elle a financé, formé et armé ceux qui
préparaient des massacres, après des années de soutien à un régime en pleine dérive « nazie ». « Politique » est un bien grand mot : une douzaine
de clans et réseaux, politico-affairistes ou corporatistes, se chamaillent ; sur le terrain, leurs micro-stratégies s’encastrent en un chaos ravageur.
La Françafrique s’apparente à un Tchernobyl permanent, où la catastrophe (l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana, par exemple)
n’est plus vraiment accidentelle.
La remise en selle de Mobutu et la nouvelle alliance avec le Soudan montrent que les leçons de la honte n’ont pas été tirées. L’on doit aux
victimes du génocide rwandais de ne pas enterrer les complaisances françaises aussi longtemps que celles du régime de Vichy à la Shoah.
95 F
SUPPLEMENT AU « POINT SUR LA LOI POUR LA SURVIE ET LE DEVELOPPEMENT » - DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : FRANÇOIS-XAVIER VERSCHAVE
PRIX: 6 FF - SURVIE, Tél.: (33.1) 43 27 03 25 ; Fax: 43 20 55 58 - COMMISSION PARITAIRE N°71982 - DEPOT LEGAL NOVEMBRE 1994 - ISSN 1155-1666

Haut

fgtquery v.1.9, 9 février 2024