Fiche du document numéro 9797

Num
9797
Date
Samedi 4 juin 1994
Amj
Taille
2883339
Titre
Trafic d'armes découvert à Bruxelles
Nom cité
Nom cité
Mot-clé
BCR
Source
Type
Article de journal
Langue
FR
Citation
LE SOIR © SAM. 4 ET DIM. 5 JUIN 1994 7

Trafic d’armes
découvert à Bruxelles

Des chèques de voyage vo-
lés à la banque Commercia-
le du Rwanda à Kigali pour un
montant de 10 millions de dol-
lars (340 millions de FB environ)
sont-ils en train d'être écoulés
en Europe par « d'honnêtes »
hommes d'affaires occidentaux
et ce dans la perspective de
fournir illégalement des armes à
l'armée rwandaise ?

Au vu des arrestations opérées
à Bruxelles jeudi par le juge
d'instruction Patrick Mandoux,
on serait bien tenté de répondre
par l'affirmative. Qui plus est,
cette filière clandestine desti-
née à contourner l'embargo de
l'ONU sur la vente d'armes dans
la région serait directement or-
chestrée par l'ambassade rwan-
daise à Kinshasa avec la compli-
cité de responsables de la gar-
de civile zaïroise.

À Bruxelles, l'affaire a éclaté
jeudi lorsque les employés
d'une banque de la capitale ont
alerté la PJ. Deux clients ten-
taient d'y négocier des chèques
de voyage pour un montant de
1,4 million de dollars (47,5 mil-
lions de FB environ). Les ban-
quiers ont trouvé étrange que
ces chèques soient transportés
en vrac dans un sac de voyage.
Des chèques qui en outre
n'avaient pas été signés une
première fois, comme c'est
pourtant l'usage.

La police judiciaire est immédia-
tement intervenue et a interpellé
les deux hommes. Didier,
43 ans, un Belge domicilié à
Ohain mais né à Luluabourg (Zaï-
re), et Fred, 59 ans, un ressor-
tissant américain habitant Bin-
za, quartier résidentiel de Kin-
shasa, ont été emmenés par les
enquêteurs qui se sont rendus à
Ohain. Lors de la perquisition
chez Didier, des documents ont
été saisis. Ils précisent le méca-
nisme de cette gigantesque es-
croquerie. Les chèques, volés à
Kigali, ont été confiés à plu-
sieurs équipes d'hommes d'af-
faires occidentaux afin que
ceux-ci les négocient en Euro-
pe. L'argent ainsi récolté devait
servir à l'achat d'armes pour le
compte du gouvernement provi-
soire rwandais. De faux docu-
ments attestant de l'authenticité
de ces chèques de voyage vo-
lés avait été fabriqués par le
cabinet du ministre rwandais de
l'intérieur.

De plus, afin de contourner l'em-
bargo de l'ONU, une pseudo-at-
testation émanant d'un respon-
sable de la Garde civile zaïroise
devait, le cas échéant, indiquer
que les armes négociées
l'étaient pour le compte de cette
même Garde civile. En cas de
problèmes toutefois, les équi-
pes envoyées en Europe de-
vaient expliquer que cet argent
étaient destiné à l'achat de mé-
dicaments et de matériel médi-
cal pour les réfugiés rwandais
ayant fuit leur pays.

Une première équipe «d'hom-
mes d'affaires » recrutée par
les instigateurs de la filière avait
déjà été prise à Londres voici
quelques jours avec 900.000
dollars. Jeudi, à Bruxelles, une
seconde équipe tombait avec
1,4 million de dollars. Vendredi
enfin, une troisième équipe du
genre a été interceptée à Water-
loo en possession de chèques
de voyage volés.

Par ailleurs, l'ambassade du Zaï-
re à Bruxelles nous fait savoir
que le président Mobutu n'a fi-
nancé aucune opération desti-
née à fournir des armes, moins
encore des munitions aux for-
ces gouvernementales rwandai-
ses.(...) Les Tutsis et les Hutus
ayant acquis la nationalité zairoi-
se sont des citoyens zairois à
part entière. Ils jouissent de ce
fait de la même protection que
n'importe quel natif du Zaïre. Il
en est de même des Rwandais
de l'ethnie tutsi réfugiés au Zaï-
re, poursuit l'ambassadeur,
M. Kimbulu, qui nie que des ré-
fugiés tutsis qui auraient réussi
à gagner Goma y auraient été
recherchés et exécutés par des
militaires rwandais.

CHRISTIAN DU BRULLE

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