Fiche du document numéro 876

Num
876
Date
Mercredi 24 août 1994
Amj
Taille
134796
Sur titre
Note prises pendant la réunion des conseillers
Titre
Situation au Rwanda après le retrait des troupes françaises
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Mot-clé
Type
Langue
FR
Citation
Christian Quesnot , le 24 août 1994

Notes prises par Françoise Carle, pendant la
réunion des conseillers

Situation au Rwanda après le retrait des troupes françaises.

Après tous les procès qu'on nous a fait, la presse anglo-saxonne,
française, les organisations, Médecins sans frontières etc., reconnaissant
que l'action française a été bénéfique et qu'elle s’est bien passée.

Notre intervention s'est faite sur la décision de François Mitterrand.
Deux personnes allaient de l'avant : le Président et Alain Juppé. Les
ralliements des autres ont été tardifs. Quand le Premier ministre a été
convaincu, il a appuyé, mais tout en restant prudent.

Il y avait deux thèses au début : on s'installe au Zaïre et on lance des
coups de sonde à partir de là, ou bien on crée une zone au Rwanda. Les
coups de sonde ne suffisaient pas, c'est la zone au Rwanda qui l'a
emporté. Elle a empêché de nouveaux massacres de tutsis et les
règlements de compte du FPR.

La situation est actuellement la suivante : il n'y a plus aucun militaire
français au Rwanda, nous avons laissé 500 hommes à Goma, au Zaïre. Ils
ont trois missions :

1. assurer le soutien logistique du bataillon d'Africains francophones
2. apporter une aide humanitaire à Goma
8. assurer le contrôle aérien de la plateforme de Goma

Une négociation est engagée pour que la MINUAR assure le soutien au
bataillon francophone, après.

On craint une éruption volcanique au nord de Goma. La probabilité
semble faible. Cela ferait 800 000 personnes à déplacer.

Maintenant : il n'y a plus d'exodes massifs attendus, la presse anglo-
saxonne a changé de ton, elle estime que notre action a été bénéfique.
Les Etats-Unis vont partir à la fin du mois. Si Kagamé se montre moins
rigide, les gens pourront rentrer.

Il faudra soutenir le pays, complètement ravagé par les massacres,
pendant quatre ou cinq ans. Les Etats-Unis ne vont pas rester longtemps
et ne mettront pas un sou dans l'affaire : qui paiera la reconstruction ?

Une troïka de hauts fonctionnaires (le Président s'étant opposé à ce que
ce soient des ministres) est en tournée au Rwanda et au Zaïre (avec un
fonctionnaire du Quai d'Orsay, un secrétaire d'Etat grec et un secrétaire
d'Etat allemand)

(Anne Lauvergeon fait observer qu'en Allemagne un secrétaire d'Etat
est un haut fonctionnaire)

Le vrai problème se situe dans l'avenir : sous quelle forme reprenons-
nous nos relations avec le Zaïre, qui est le véritable enjeu de la zone ?

Le Premier ministre du Rwanda souhaite venir en France en voyage
officiel en septembre ! Il nous a craché dessus, alors que la France paie
la reconstruction du Rwanda. De l'avis de tous, cette visite est jugée
prématurée...

Dominique Pin

Le dossier se referme. Nous sommes partis avec une Opération Turquoise
réussie, les ONG ont montré la limite de leur action. Si cela éclate au
Burundi, on aura au moins fait la preuve qu'il n'y a pas de faute de la
France. Les acteurs changent, la présence anglo-saxonne est de plus en
plus marquée. Les Etats-Unis, les Britanniques, sont présents là où ils
n'étaient pas auparavant. Je leur souhaite du courage. On verra dans
deux ou trois ans...

Christian Quesnot :

Il faut distinguer deux niveaux, Sur le terrain, ce qui a été fait par les
ONG a été remarquable, mais ils sont très hiérarchisés. On a eu des
déclarations de responsables qui se bronzaient en Espagne, inadmissibles.
Nous subissons les conséquences de l’action des Etats-Unis en Somalie,
qui s'est mal passée. Il y a une dichotomie entre l'action militaire
humanitaire de l'Etat, et les ONG. Des points sont à clarifier à tous les
niveaux. Les ONG sont largement financées par le gouvernement, il y a
des limites à la décence et à l'efficacité.



Dominique Pin : L'ONU va traiter des questions de droits de l'homme, du génocide, avec un tribunal international.

Général Quesnot : Le FPR voudrait juger 30 000 à 50 000 personnes, or il y
a 500 véritables responsables.

Louis Joinet : On en jugera trente. Il faut un minimum de
jugements, mais à quel niveau ? C'est le même problème que pour la
Yougoslavie. Est-ce qu'on juge au niveau immédiatement inférieur à
celui des responsables politiques ? J'estime que le fait de passer
l'éponge sur les exécutions est une condition de la
réconciliation. Bien sûr, je n'ai pas dit ça publiquement aux
Nations Unies !

Le procureur général est un ancien président de la Ligue des droits de
l'homme du Rwanda. Il trouve qu'il est idiot de juger 30.000 personnes,
alors qu'il n'a même pas une bougie pour le greffier. Il faut un tribunal  international, la communauté internationale ne pourra pas le faire, donc
il faut la réconciliation.

Les Russes poussent fort pour l'extension des compétences du tribunal sur l'ex-Yougoslavie. Il y aurait un procureur général et deux procureurs adjoints : l'un pour l'ex-Yougoslavie et l'autre pour le Rwanda. Mais on a un problème de pratique et de finalité. Y a-t-il une volonté communautaire internationale ?

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