Fiche du document numéro 36868

Num
36868
Date
Mardi Septembre 2026
Amj
Auteur
Taille
25906312
Titre
Génocide prolongé
Sous titre
La paix dans la région des Grands Lacs - Analyse
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Lieu cité
Mot-clé
Cote
Édition spéciale n° 211
Source
Type
Article de revue
Langue
FR
Citation
** Page 1 **

DIALOGUE

GÉNOCIDE PROLONGÉ

La paix dans la Région des Grands Lacs:
«Analyse»

Édition Spéciale 211



** Page 2 **

La revue DIALOGUE est une revue d'information
et de réflexion.
Elle paraît tous les trois mois.

DIALOGUE aborde les problèmes sociaux, économiques, politiques,
culturels, religieux et autres, qui intéressent surtout le Rwanda,
La Revue DIALOGUE préconise la rigueur et la validité scientifique,
la liberté d'expression et le traitement de l'information dans le respect de la
législation en vigueur.

DIALOGUE - B.P. 4857 KIGALI Tél : 0785269755 / 0788300223
Website: wwwdialogue.org.rw
Email : info.dialogueasbl@gmail.com:
Dialogue ASBL

Le contenu des articles n'engage que leurs auteurs.

COMITÉ DE RÉDACTION :

Prof. Isaïe NZEYIMANA
Hon. Antoine MUGESERA
Mr Alfred KABAGAMBA
Mr. Freddy MUTANGUHA

LES AUTEURS AYANT CONTRIBUÉ À CE NUMÉRO :

Hon. Dr Jean Damascène BIZIMANA
Dr Aloys TEGERA

Hon. Antoine MUGESERA

Me. Innocent NTEZIRYAYO

ÉDITEUR :
ASBL - DIALOGUE
B.P. 4857 KIGALI
Tél: 0785269755 / 0788300223

Imprimée par IMPRIMU Ltd
Email: imprimu@gmail. com



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TABLE DES MATIÈRES

En mémoire: Prof. Paul Rutayisire
Hon. Dr. Jean Damascène Bizimana

Le génocide prolongé: Racisme colonial,

Politique des milices et ciblage persistant des Tutsi
dans L'Est de La RDC:..

Me Innocent Nteziryayo

Qui pourrait arrêter Le génocide des Rwandophones Tutsi
en RDC?..

Hon. Antoine Mugesera

L'idéologie génocidaire transfrontalière :
Cas de La RDC...
Dr Aloys Tegera

Filip Reyntjens: « Chercheur-Acteur » Aux Grands Lacs,
Quelle expertise scientifique ?.

Hon. Dr. Jean Damascène Bizimana

Conclusion...

À travers livres et revues.

Quelques Livres à recommander publiés sur Le génocide
des Tutsi entre 2024 et 2025...



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LISTE DES SIGLES ET ABRÉVIATIONS

SIGLE /

ABRÉVIATION SIGNIFICATION

RDC | République Démocratique du Congo

ONU | Organisation des Nations Unies

Mission de l'Organisation des Nations
MONHSCO Unies pour la stabilisation en RDC

UE | Union Européenne

FAR | Forces Armées Rwandaises

Forces armées de la République

FARNE démocratique du Congo

FAZ | Forces armées zaïroises

FDLR Forces démocratiques de libération du
Rwanda

APR | Armée Patriotique Rwandaise

RDF | Forces de défense du Rwanda

PALIR | Peuple armé pour la libération du Rwanda

ALIR | Armée pour la Libération du Rwanda

Alliance des forces démocratiques

RFO pour la libération du Congo

Rassemblement congolais pour la

RCD | démocratie

MLC | Mouvement de Libération du Congo

M23 | Mouvement du 23 mars

AFC/M23 PÈRE Fleuve Congo / Mouvement du 23

ASBL | Association sans but lucratif

ONG | Organisation non gouvernementale



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GTZ | GTZ (coopération allemande)

Dr | Docteur

Mgr | Monseigneur

Sr / Sœur | Sœur (religieuse)

vol. | Volume

N° | Numéro



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AVANT-PROPOS

Fondée en mars 1967 par un prêtre belge Jean Massion, la
Revue DIALOGUE est l’une des plus importantes et plus anciennes
périodiques indépendantes du Rwanda. Elle est éditée depuis
1982 par l'ASBL Dialogue, de droit rwandais, et s’est toujours
voulue comme une tribune libre où les intellectuels rwandais et
expatriés amis du Rwanda s'expriment, confrontent leurs idées et
encourager un débat constructif sur les enjeux societaux. La Revue
DIALOGUE a été un outil de communication des intellectuels,
surtout les étudiants des Universités et Instituts supérieurs, des
cadres du secteur public et privé, des confessions religieuses et
autres.

La Revue DIALOGUE consacre une grande partie de ses
publications à la documentation des faits pertinents visant
l'information objective et la lutte contre la désinformation dans
le but de préserver l'unité nationale brisée par le génocide. Elle
contribue à la sauvegarde de la mémoire et au renforcement de la
cohésion nationale.

Plusieurs centres de recherche internationaux et universitaires
font recours aux publications de la Revue DIALOGUE. Pour rappel, à
titre d'illustration, la Revue DIALOGUE a consacré des publications
spécifiques sur : l'enjeu foncier au Rwanda, l'énergie, l’eau, la
technologie de l'information et de la communication, démocratie et
développement, droits de la personne et l’état de droit, les FDLR, le
rôle de la femme dans la démocratie, l’environnement, la jeunesse
et le développement, la justice et la mémoire, la lutte contre le
négationnisme, etc. Malheureusement, la période du Covid 19
et la perte de certains de ses cadres décédés, parmi lesquels les
professeurs Paul Rutayisire et Laurent Nkusi, la Revue DIALOGUE
n'avait encore pu reprendre régulièrement ses publications. C'est
chose faite désormais et ce sera ainsi chaque trimestre avec un
dossier spécifique.

Aujourd’hui, l'Association DIALOGUE s'est adaptée à la nouvelle
loi sur les Organisations non gouvernementales (Loi n° 058/2024



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du 20/06/2024) et élargit son secteur d'activités au regard du
contexte interne rwandais, la sous-région des Grands Lacs et la
mondialisation afin de répondre aux principales préoccupations
et défis. Dans ses nouvelles orientations, l'ASBL DIALOGUE
qui continuera de publier la Revue DIALOGUE s’attellera à la
promotion du dialogue intergénérationnel, le renforcement de la
consolidation de la paix, de l'intégration sociale, de la résilience et
de l’unité au sein des communautés.

Elle poursuivra la recherche et la publication objective sur
différents sujets comprenant la paix, l'unité nationale, l'intégration
sociale, la résilience et encouragera surtout, les jeunes à prendre la
culture de lire, d'écrire et de débat en lui permettant d’avoir accès
à l'information objective pour lutter contre la désinformation
comme facteur d'endoctrinement et de désorientation des jeunes
répandue sur les réseaux sociaux.

C'est pour l’ensemble de ces motifs que nous avons choisi
de consacrer ce numéro de DIALOGUE sur l'analyse des enjeux
de la CRISE ACTUELLE DANS LA REGION DES GRANDS LACS.
Leur recherche, analyse et compréhension est nécessaire pour
dépasser le cadre réducteur qu’en font les médias et certaines ONG
ou «experts» qui n'entrent pas dans le fonds du problème pour
en dégager les vraies causes et solutions durables. Le problème
profond de l'idéologie génocidaire implantée dans la Région des
Grands Lacs, en particulier à l'Est de la République Démocratique
du Congo par les ex-Forces Armées Rwandaises et les milices hutu
impliquées dans le génocide des Tutsis de 1994 est rarement
approfondi par plusieurs acteurs internationaux, alors qu'il
constitue le nœud essentiel de la crise.

L'incarnation de la même idéologie et sa diffusion par des
responsables politiques, religieux, civils, médias et gouvernementaux
congolais et burundais est de même un facteur d'aggravation de la
crise qui n’est pas suffisamment étudiée et présentée à sa juste place.
Autant de sujets que ce numéro aborde modestement dans l'espoir
d'apporter sa contribution à la paix tant souhaitée.

Bonne lecture.



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EN MEMOIRE: Prof.Paul Rutayisire
Auteur: Dr Jean Damascène BIZIMANA

Il ya deux ans, précisément le 10 décembre 2023, le professeur
Paul Rutayisire, historien de renom, et qui fut pendant de longues
années Directeur de la Revue Dialogue aux côtés de l'honorable
Antoine Mugesera et de Jean Damascène Bizimana, entre autres,
rendait son âme à Bruxelles. La Revue Dialogue a demandé à Dr
Jean Damascène Bizimana qui a connu cet immense homme de nous
livrer son témoignage en guise d'hommage. Les souvenirs qu'il nous
a accordés sont à la fois émouvants, justes, profonds, percutants et
éclairants. Lisez !

Paul Rutayisire, un homme au-dessus des normes

Me demander de dire à travers les mots, qui était le professeur
Paul Rutayisire, équivaut à franchir une montagne difficilement
atteignable. Les mots sont complètement pauvres, limités et
insuffisants pour décrire dans leur intégralité la nature de sa



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DIALOGUE. Edition Spéciale

personne et la qualité de ses oeuvres. Je propose à la Revue
Dialogue pour laquelle il a consacrée une bonne partie de son
talent de lui accorder dans ses prochaines publications un numéro
spécial à sa mémoire. Une telle initiative permettra à plusieurs
autres connaissances du regretté Professeur Paul Rutayisire de
me compléter.

1. Paul Rutayisire, humain et analyste méticuleux

Le Professeur Paul Rutayisire fut un ami et un collègue dont
la disparition m'a profondément affectée. Sa mémoire restera à
jamais gravée dans mon coeur. L'une des qualités que je garde de
lui, c'est son caractère respectueux de tout être humain, petits et
grands, pauvres et riches. Jouissant d’une intelligence hors pair,
Paul Rutayisire ne s’en orgueillissait pas. Loin de là. Il brillait
par une simplicité sans pareil. L'humilité et la sagesse étaient les
piliers qui caractérisaient son être.

Peu loquace en apparence, Paul Rutayisire avait un sens
d'accueil et d'écoute qui créait une proximité avec tout un chacun.
Personne ne craignait d'aller à sa rencontre et il savait s'adapter
aux personnes de tout âge, de tout caractère, y compris les plus
bouillants. Sa lucidité lui permettait de n’entrer en conflit avec
personne. Il savait se tirer d'affaire, sans blesser qui que ce soit.
Il était tout autant pleinement prudent et méticuleux dans son
travail et dans ses prises de décisions.

Je me souviens en 2011 lorsque je faisais partie, sous
sa direction, d'une équipe nationale d'évaluation des procès
Gacaca, j'ai constaté des cas précis de corruption à Cyangugu et
Gikongoro, avec des informations crédibles y relatives. Je les ai
mis sans hésiter dans mon rapport à soumettre aux responsables
gouvernementaux compétents. Paul Rutayisire m'a convaincu
de ne pas me fier aussitôt aux éléments de preuves immédiates
même s'ils me semblaient évidents. Il m’a convaincu de prendre
mon temps de collecte d’autres informations et de procéder à leur
pertinente analyse car, m'a-t-il dit, nous ne serons pas excusés



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EN MEMOIRE
Prof. Paul RUTAYISIRE

de la moindre erreur. J'ai longuement refusé sa méfiance, mais
devant son insistance, j'ai fini par lui accorder le droit d'ainesse
et acquiescer. Alors, je me suis mis à reprendre minutieusement
mon enquête et parvenu à des preuves irréfutables. Quand je les
ai soumises à Paul Rutayisire, il s’est éclaté de rire, me disant : ne
vois-tu pas cher Damascène que j'avais raison ? Sûrement, ai-je
répondu, en lui offrant, Chez Lando, un verre de reconnaissance.
Finalement, ces cas de corruption étayés de preuves tangibles,
ont été retenus et sanctionnés comme il le fallait par le Service
National des juridictions Gacaca. Grâce à la prudence méticuleuse
de Paul Rutayisire.

2. Un remarquable chercheur

Paul Rutayisire aimait son métier de chercheur et d'enseignant.
Il aimait et savait fouiller les archives, les lire avec assiduité, les
décortiquer et proposer des articles d'une originalité qui n'a
souffert d'aucune comparaison. C’est pourquoi, pas un seul de ses
écrits n’a été ni contesté ni soumis à interrogation. Tous ses écrits
sont d’une autorité scientifique notoire. Il faut y ajouter son amour
et engagement pour sa profession. En effet, Paul Rutayisire a eu
devant lui des centaines de milliers d'étudiants qu'il a formés plus
particulièrement au Burundi et au Rwanda. Il a guidé plusieurs
autres chercheurs étrangers qui s’intéressaient sur le Rwanda.
Par ce fait, il a contribué pendant des décennies à la transmission
du savoir. Son héritage sera perpétué après sa mort pendant de
très longues années, pour ne pas dire éternellement. Le Rwanda
et l'humanité dans son ensemble bénéficieront toujours des écrits
immenses dans le domaine historique que le professeur Paul
Rutayisire a laissés pour les générations présentes et futures.

Deux chercheurs français, Dr Rémi Korman et Dr Florent
Piton qui ont bénéficié de l'appui scientifique du professeur
Paul Rutayisire en témoignent comme suit : « Les chercheurs
spécialistes perdent quant à eux un collègue érudit qui fut aussi
pour les plus jeunes générations de chercheurs, un passeur, un



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DIALOGUE. Edition Spéciale

guide. » (Lire Rémi Korman et Florent Piton, « Paul Rutayisire, des
lumières de l’histoire à la refondation de la société rwandaise » in
Revue Matériaux pour l’histoire de notre temps 2024/1-2, N° 151-
152 : Rwanda 1994. Archives, Mémoires, Héritages).

Les qualités intellectuelles qui ont rendu célèbre Paul
Rutayisire commencent par sa brillante thèse qu'il a soutenue en
1984 à l’Université de Fribourg (Suisse) : « La christianisation du
Rwanda (1900-1945). Méthode missionnaire et politique selon
Mgr Classe. » D'aucuns, y compris des idéologues partisans de la
thèse extrémiste hutu, tel le Père Guy Theunis, ont reconnu dans
leurs écrits, la qualité unique de la thèse de Paul Rutayisire qui a
fait de lui le meilleur connaisseur rwandais de l’histoire de l’église
au Rwanda. La qualité de sa thèse a été honorée par l'Université de
Fribourg en 1987 en la publiant dans son intégralité aux Editions
Universitaires de Fribourg, offrant ainsi au public un ouvrage sans
pareil sur l’histoire de l’évangélisation du Rwanda que tout le
monde peut ainsi commander en librairie, y compris en ligne. N'y
manquez pas sur Amazon.fr.

3. Une incommensurable somme de publications

Le professeur Paul Rutayisire laisse derrière lui une abondante
somme de publications tant personnelles que collectives. Paul
Rutayisire passait une bonne partie de sa vie intellectuelle dans
la lecture et l'écriture. Plus d’une centaine d'articles, conférences,
ouvrages écrits et inédits sont le produit de ses talents. Il ne pouvait
y avoir aucune conférence au Rwanda et à l'étranger portant sur les
domaines politiques, sociales, historiques, mémorielles, etc... sans
la présence active et participative du professeur Paul Rutayisire,
tant dans les préparatifs, dans le déroulement et dans la rédaction
ultérieure des travaux des colloques pour les rendre disponibles
au grand public.

Au Burundi, le professeur Paul Rutayisire a été pendant de
longues années membre du Comité de rédaction de la Revue AU
CŒUR DE L'AFRIQUE qui a produit de nombreuses publications



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EN MEMOIRE
Prof. Paul RUTAYISIRE

de qualité dans divers domaines touchant la région des Grands
Lacs. En 1995, la Revue AU CŒUR DE L'AFRIQUE septembre 1995,
vol. 2/3, no 61, a mené, sous la direction de Paul Rutayisire, une
analyse fouillée sur la crise dans les Grands Lacs, en particulier
sur les causes du génocide commis contre les Tutsi au Rwanda, ses
conséquences immédiates et à long terme ainsi que des solutions
et leçons à adopter. Les propositions nées de ces réflexions se sont
révélées par la suite pertinentes en matière de reconstruction du
Rwanda, justice, mémoire et réconciliation.

Pour ne citer qu’un exemple, son article « Rwanda : débats en
cours après le génocide et les massacres », publié dans Au coeur de
l'Afrique, p. 231 281 restera à jamais l’une des premières analyses
claires publiées par une revue scientifique expliquant les causes et
les retombées du dernier génocide du 20ème siècle, celui des Tutsi
du Rwanda. Paul Rutayisire a clarifié l'évidence de ce génocide au
moment où les relents négationnistes, notamment missionnaires,
s'attelaient en Europe à nier la matérialité des faits et procédaient
à la falsification des responsabilités aux fins de diluer la gravité du
génocide commis contre les Tutsi et la déformation de son unicité.
Parmi les publications que l’on peut citer, à titre d'illustration
figurent :

- Paul Rutayisire, Faustin Rutembesa et Jean-Pierre Karegeye,
Rwanda : l’Église catholique à l'épreuve du génocide, éditions
Âfricana, Canada, 2000

-_ Paul Rutayisire, Jean Philippe Schreiber et Déo Byanafashe, Les
religions au Rwanda : défis, convergences et compétitions, Editions
de l'Université Nationale du Rwanda, 2009

- Paul Rutayisire, Laurent Nkusi, Faustin Rutembesa, Evariste
Ntakirutimana, Rwanda 18 years after the genocide perpetrated
against Tutsi (1994-2012): Testimonies and Reflections, National
Commission for the Fight Against Genocide (CNLG), 2014

-_ Roland Junod et Paul Rutayisire, Citoyenneté et réconciliation
au Rwanda, Collection du Centre de Recherche Sociale, Haute Ecole
Spécialisée de Suisse, 2015

- Etc.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

Quelques temps avant qu’il nous quitte, Paul Rutayisire m'a laissé
un important ouvrage qu'il souhaitait publier, démontrant le rôle du
Gouvernement intérimaire rwandais de Théodore Sindikubwabo et
Jean Kambanda, dans la perpétration du génocide commis contre
les Tutsi. Sa publication post mortem vaut la peine.

4. Une reconnaissance unanime

Paul Rutayisire jouissait de la confiance de tout le monde, de
toute la société rwandaise, y compris dans des milieux ordinairement
peu ouverts aux non-initiés. Il est l'un des rares intellectuels
rwandais à avoir enseigné, sans coupure, l'histoire de l'Eglise au
Grand Séminaire de Nyakibanda depuis la fin du génocide jusqu'à
sa mort. Cette confiance continue de la part des Evêques Rwandais
ne vient pas de rien. Elle est le résultat de la reconnaissance
notoire des qualités tant humaines qu'intellectuelles qu'incarnait
Paul Rutayisire. C'est cette unanime reconnaissance de l’unicité
de ses talents et de sa sagesse, qui explique l’inlassable conviction
des prélats rwandais de lui confier l'autorité des cours d'histoire
destinés aux futurs prêtres du clergé autochtone et religieux formé
au Grand Séminaire de Nyakibanda. Il est d'usage dans le milieu
ecclésial que le choix des professeurs des séminaires, tant prêtres
que laïcs, obéit à une rigoureuse concertation approuvée par la
conférence épiscopale. Paul Rutayisire en jouissait sans encombre.

5. Un bâtisseur du Rwanda après le génocide

Depuis la fin du génocide des Tutsi en juillet 1994, le professeur
Paul Rutayisire a été un bâtisseur sans relâche de l'unité des
Rwandais. Rentré plus tôt au Rwanda en provenance du Burundi,
son pays d’exil, comme plusieurs ex-réfugiés rwandais, il a été l’un
des premiers professeurs qui ont ouvert l'Université Nationale
du Rwanda. Il a ainsi permis aux jeunes Rwandais de retrouver
la formation académique en les évitant de sombrer dans le



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EN MEMOIRE
Prof. Paul RUTAYISIRE

désarroi créé par ce Crime des crimes. Il a combiné sa profession
à de multiples autres tâches de préservation de la mémoire en
organisant des colloques nationaux et internationaux de référence
pour expliquer au monde l'horreur du génocide. Il a en même
temps organisé des jeunes étudiants pour les initier à la recherche,
publication et participation aux symposiums importants tenus à
travers le monde.

Paul Rutayisire a été l’un des moteurs de la relance de la vie
socio-politique du Rwanda. Il a par exemple joué un rôle clé en
tant qu'historien dans les rencontres d'Urugwiro en 1998-1999
qui réfléchissaient sur les voies et moyens de recréer le Rwanda
sur des bases saines après le génocide. Rappelons que c’est au
cours de ces échanges d’Urugwiro que des idées novatrices ayant
permis le redressement du Rwanda à partir de notre culture
se sont exprimées, tel le recours à Gacaca pour la résolution du
lourd contentieux du génocide et la mise en place des institutions
publiques, issues des consultations populaires, en vue de bâtir le
pays sur des bases neuves, solides et durables.

Paul Rutayisire a travaillé assidûment avec d’autres intellectuels
pour faire des réflexions et publications en vue de proposer
une compréhension scientifique basée sur des faits et preuves
historiques sur le drame du génocide commis contre les Tutsi.
C'est ainsi qu'a été créé en partenariat avec le père dominicain
Bernardin Muzungu, d'heureuse mémoire, la Revue Cahiers Saint
Dominique, devenu ultérieurement Cahiers Lumière et Société pour
éviter toute confusion avec la congrégation des Pères Dominicains.
Ces Cahiers ont été, avant le retour de la Revue Dialogue au
Rwanda, les seules publications scientifiques au Rwanda pendant
plusieurs années. La qualité et la pertinence des contributions qui
ont été publiées dans ces Cahiers comme dans Dialogue, sont une
marque indélébile offerte à jamais à l’histoire de notre pays. Le
plus gros avantage des Cahiers Lumière et Société animés par le
Père Muzungu, comme le nom l'indique, est qu'ils abordaient un
thème spécifique précis sous ses différents angles avec plusieurs
auteurs. Cela faisait et fait encore leur inégalable richesse.



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@Z> DIALOGUE Edition Spéciale

6. Un infatigable promoteur de la Revue DIALOGUE

Personnellement, je garde une reconnaissance très émue au
professeur Paul Rutayisire et Antoine Mugesera qui, en 2005 dès
mon retour du Rwanda, à la fin de mes études universitaires en
France, m'ont approché pour une sollicitation à la collaboration de
la relance de la Revue Dialogue au Rwanda. Je ne regretterai jamais
cette rencontre et la collaboration future qui s’en suivirent. Nous
avons réussi à rapatrier la Revue Dialogue que des négationnistes
avaient volée pour la publier à Bruxelles, prétextant que c'était
de manière momentanée, mais dans le fonds ils refusaient son
retour au Rwanda. Leur défaite a nécessité une action de justice
en Belgique qui les a déboutés. C'est la ténacité conjointe de Paul
Rutayisire et Antoine Mugesera qui a permis d'obtenir gain de
cause pour, désormais, publier au Rwanda la revue Dialogue en
tant qu'organe d'expression d’une association de droit rwandais,
ASBL DIALOGUE. Ce n’est que légitime.

Je tiens à le dire haut et fort car je sais que ce fut un engagement
pas aisé, mais réussi. Depuis son retour au Rwanda, la Revue
Dialogue a bénéficié de contributions d'immense qualité émanant
du professeur Paul Rutayisire. Le parcours de dizaines d'articles de
la Revue Dialogue publiée au Rwanda depuis son rapatriement en
Belgique en 2005 sont mes témoins les plus parlants. Ils prouvent
nettement mon argumentaire. L'essentiel des contributions de la
Revue Dialogue de 2005 à nos jours émanent en majeure partie de
Paul Rutayisire et d'Antoine Mugesera. Bravo à eux!

Il faut terminer Je conclus en reprenant à mon compte ce dicton
rwandais « Ararekwa ntashira » (les paroles s'épargnent, elles ne
s'épuisent jamais) pour dire encore une fois merci au très regretté
frère et inoubliable ami Paul Rutayisire. Je te souhaite, encore
et toujours, cher Paul, un repos éternel. J'adresse par la même
occasion ma profonde sympathie à ta chère épouse Martine et à
tes enfants. Adieu Paul. Requiescat in Pace.

Hon. Dr Jean Damascène Bizimana



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LE GÉNOCIDE PROLONGÉ: RACISME COLONIAL,
POLITIQUE DES MILICES ET CIBLAGE PERSISTANT
DES TUTSI DANS L'EST DE LA RDC

L'auteur: Me Innocent Nteziryayo

RÉSUMÉ

Cet article examine la persistance
l'est de la République démocratique
du Congo à la lumière de l'héritage du
racisme colonial et des dynamiques
politiques régionales. Il analyse le rôle
des milices armées et des discours de
haine dans le ciblage continu de ces
populations. L'auteur montre comment ces facteurs contribuent à
un cycle prolongé de persécutions et d'insécurité. L'article appelle à
une prise de conscience et à des actions concrètes pour mettre fin à
ces violences et prévenir de nouveaux crimes.

Biographie: Me Innocent Nteziryayo est un juriste rwandais
spécialisé dans les questions de justice, de droits humains et de
gouvernance. Il possède une solide expérience dans les domaines
juridiques et institutionnels, ayant travaillé avec différentes
institutions publiques et organisations engagées dans la promotion
de l'État de droit.

Au cours de sa carrière, il a contribué à plusieurs initiatives
liées à la justice, à la recherche et au renforcement des capacités
dans le domaine juridique. Il s'intéresse particulièrement aux
questions de justice transitionnelle, de prévention des conflits et
de promotion de la paix.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

1. Introduction

La persécution des populations tutsi en République démocratique
du Congo (RDC) constitue l’une des violences politiques les plus
durables et les moins théorisées dans la région des Grands Lacs
après la Guerre froidet. Alors que la recherche sur le génocide de
1994 contre les Tutsi au Rwanda est abondante, les répercussions
régionales de l'idéologie anti-tutsi, sa migration, sa mutation et
son institutionnalisation en RDC ont reçu une attention analytique
insuffisante?. Cet article soutient que le ciblage systématique des Tutsi
congolais Banyamulenge, Banyarwanda et autres communautés
s'identifiant comme tutsies correspond aux contours définitoires
de la violence génocidaire, tels qu'énoncés dans la Convention de
1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide“, non
seulement à travers des actes récurrents de mise à mort, mais aussi
par la production d’un champ idéologique qui normalise la violence
exterminatrice®. Le terme « génocide », dans le discours juridique et
académique, dépasse la notion de massacres de masse pour inclure
les actes commis avec l'intention de détruire un groupe en tant que
tel$. Dans le contexte congolais, cette intention se manifeste par la
représentation persistante des Tutsi comme étrangers, envahisseurs
ou « proxys rwandais» une architecture discursive qui légitime leur
exclusion, leur déplacement et leur élimination physique’.

1 Rukumbuzi Delphin Ntanyoma and Helen Hintjens, ‘Expressive violence and the slow
genocide of the Banyamulenge of South Kivu’ (2022) 22(3) Ethnicities (SAGE) 3-4.

2 Lars-Christopher Huening, Making use ofthe past: the Rwandophone question and the “Balkanisation of the Congo” ‘ (2013) 40(135) Review of African Political Economy 13, 15 and 18.

3 Ntanyoma and Hintjens (n 1) 6.

4 See Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide (adopted 9 December 1948, entered into force 12 January 1951) 78 UNTS 277, art 2

5 Court A, The Banyamulenge of South Kivu: The “nationality question” ‘ (2013) 72(3)
African Studies 416, 424-426.

6 See Rome Statute of the International Criminal Court (adopted 17 July 1998, entered into force 1 July 2002) 2187 UNTS 90, art 6; Kai Ambos, What does ‘intent to destroy” in genocide mean? (2009) 91(876) International Review of the Red Cross 833, 835

7 Huening (n 2) 15.



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LE GENOCIDE PROLONGÉ

Cet article examine donc non seulement les actes de violence,
mais aussi les infrastructures idéologiques qui les rendent
possibles et les soutiennent. Sur le plan méthodologique, il
adopte une approche historicosociologique, s'appuyant sur des
archives, la littérature secondaire, les rapports des Nations Unies
(y compris le Rapport de cartographie de 2010), ainsi que sur
la documentation contemporaine en matière de droits humains.
Il intègre l'anthropologie politique, les études sur le génocide et
l'analyse de la sécurité régionale afin de retracer la longue durée de
l'idéologie anti-tutsi, depuis les épistémologies raciales coloniales
jusqu'aux mobilisations armées contemporaines. L'objectif est
double : (1) cartographier la généalogie de l'idéologie anti-Tutsi
en tant que discours transnational et adaptatif; et (2) situer la
violence contemporaine dans un cadre analytique cohérent qui
démontre la continuité de l'intention, des acteurs et de l'utilité
politique.

2. Contexte historique
2.1. Présence des communautés tutsi en RDC avant 1994

La présence des communautés tutsies sur le territoire
aujourd’hui appelé République démocratique du Congo précède à
la fois le colonialisme et les frontières contemporaines qui divisent
la région des Grands Lacs°. Des groupes tels que les Banyamulenge
se sont installés dans les hauts plateaux du Sud- Kivu entre le XVII
et le XIX° siècle, établissant des sociétés pastorales profondément
attachées à leur territoire et à leur culture‘. Ces implantations
n'étaient pas des mouvements isolés, mais faisaient partie de

8_ Report of the Mapping Exercise - Democratic Republic of the Congo, 19932003 (Office
ofthe UN High Commissioner for Human Rights, August 2010) < https://wwwrefworld.
org/reference/countryrep/ohchr/2010/en/92089 > accessed 18 November 2025

9 GMathys, Questioning territories and identities in the precolonial (nineteenthcentury) Lake Kivu region’ (2021) 91(3) Africa 493-515

10 SL Rukundwa, ‘The Banyamulenge of the Democratic Republic of the Congo: a cultural community in the making’ (2004) 60(12) HTS Teologiese Studies / Theological Studies 369.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

schémas de mobilité transfrontalière de longue durée dans la région,
où les communautés franchissaient régulièrement les frontières
fluides précoloniales entre le Rwanda, le Burundi et le Congo actuels!
Au Nord-Kivu, les communautés tutsi et hutu banyarwanda se sont
également intégrées aux économies locales et aux chefferies, souvent
sous des autorités coutumières reconnues". Malgré cette présence
historique, les acteurs politiques post-coloniaux ont persisté à
présenter ces communautés comme étrangères, un récit fondé non
pas sur des preuves démographiques mais sur des manipulations
politiques ultérieures. À la fin du XX° siècle, l'idée que les Tutsi étaient
des « nouveaux venus » était devenue un mythe central utilisé pour
légitimer leur exclusion.

2.2. Hiérarchies raciales coloniales et invention de l'altérité
Tutsi

L'administration coloniale belge a joué un rôle décisif
dans la codification des distinctions ethniques et la création du
socle idéologique sur lequel reposeront plus tard les politiques
modernes anti-Tutsi 13. S'appuyant sur l'hypothèse hamitique - une
théorie raciale qui classait à tort les Tutsi comme des migrants
caucasoïdes venus de la Corne de l'Afrique! 14 - les autorités belges
ont institutionnalisé des catégories rigides de race et d’ethnicité
à travers les cartes d'identité, l’enseignement et les réseaux
ecclésiastiques. Sous le régime colonial indirect, les Tutsi étaient

11 ibid, 372-375.

12 K Vlassenroot, ‘Citizenship, identity formation & conflict in South Kivu: the case of the
Banyamulenge’ (2002) 29(93- 94) Review of African Political Economy 499.

13 ibid.

14 Anita Salbitani, The Democratic Republic of Congo: The Shift from Colonialism to Post-Colonialism through the Lens of Non-State Actors (LUISS University, BA Thesis, 2024/25) https://tesiluiss.it/42786/1/652212 SALBITANI ANITA pdf accessed 20 November 2025.

15 Petra Vervust, The Relative Importance of Ethnicity. Class and Race in Colonial Rwanda.
The Cases of Prison Policies, Corvées, Taxation, Census and Identity Booklets’ (2012)
42(4) Journal of Belgian History 74, 92-93.



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LE GENOCIDE PROLONGÉ

souvent privilégiés dans l'administration locale, non pas en raison
des hiérarchies indigènes, mais parce que l'idéologie coloniale les
construisait comme des « pasteurs supérieurs » dotés de prétendues
qualités naturelles de leadership". Cette élévation artificielle a
durci les frontières sociales et engendré du ressentiment. Plus
important encore, le discours colonial a profondément ancré la
notion de « foreignness » tutsie dans les structures administratives
et ecclésiastiques”. Bien que les gouvernements post-coloniaux
aient officiellement abandonné les taxonomies raciales, leur résidu
idéologique a persisté, permettant aux élites politiques de mobiliser
l'idée que les Tutsi étaient des étrangers aux biens partagés!f,
justifiant ainsi des politiques d'exclusion et des violences.

2.3. Politiques de nationalité, Mobutu et mobilisation anti-Tutsi

La fin de l'ère Mobutu a transformé ces résidus coloniaux
en outils politiques explicites. La législation sur la citoyenneté
est devenue une arme pour déterminer qui appartenait à la
communauté politique congolaise! 19 Le décret de citoyenneté de
1972 a temporairement reconnu les populations banyarwanda
comme congolaises, mais son renversement en 1981 les a privées de
protection légale et a renforcé la suspicion envers les communautés
kinyaRwandophones. Les élites politiques particulièrement dans
les Kivu? 20 ont exploité les inquiétudes liées à la rareté des terres,

16 Petra Vervust, The Relative Importance of Ethnicity. Class and Race in Colonial Rwanda.
The Cases of Prison Policies, Corvées, Taxation, Census and Identity Booklets' (2012)
42(4) Journal of Belgian History 74, 92-93.

17 Petra Vervust, ‘The Relative Importance of Ethnicity. Class and Race in Colonial Rwanda.
The Cases of Prison Policies, Corvées, Taxation, Census and Identity Booklets' (2012)
42(4) Journal of Belgian History 74, 92-93.

18 Delphin Rukumbuzi Ntanyoma, ‘Under the Shadow of Violence: Are the Banyamulenge
Experiencing a Slow Genocide? (2025) The International Journal of Human Rights 1,17.

19 Mamdani M, ‘Beyond Settler and Native as Political Identities: Overcoming the Political
Legacy of Colonialism' (2001) 43(4) Comparative Studies in Society and History 651,658.

20 Democratic Republic of Congo, Loi n° 1981/002 du 29 juin 1981 sur la nationalité
zaïroise, 29 June 1981, fr/14569 > accessed 19 November 2025.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

àlacompétitionélectoraleetàl'érosiondel'autorité coutumièrepour
dépeindre les Tutsi comme des envahisseurs démographiques?!
Au début des années 1990, les pratiques discriminatoires s'étaient
normalisées : les familles tutsi étaient retirées des registres
électoraux, vilipendées dans le discours politique et de plus en plus
ciblées dans les conflits locaux?2. Ce contexte signifiait que, même
avant l’arrivée des génocidaires rwandais en 1994, l'infrastructure
discursive nécessaire à une mobilisation anti-Tutsi systématique
était déjà solidement en place.

3. Le génocide des Tutsi Rwandais 1994 et son impact régional

3.1. Répercussions régionales du génocide des Tutsi rwandais

Le génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda a
remodelé l'ensemble de la région des Grands Lacs, non seulement
en provoquant une mort massive, mais aussi en déplaçant les
infrastructures idéologiques, militaires et organisationnelles du
génocide vers les États voisins”. Alors que le FPR mettait fin aux
massacres, plus d'un million de réfugiés parmi eux des dizaines
de milliers d'anciens soldats des FAR et de membres des milices
Interahamwe ont fui vers l'Est du Congo’. Ces individus ne sont pas
arrivés comme des civils désorganisés ; ils ont transporté desarmes,
des structures de commandement et des réseaux de propagande à
travers la frontière’. La migration de ces acteurs a constitué une

# Minority Rights Group, Banyarwanda in the Democratic Republic ofthe Congo"
minorityrights.org/communities/banyarwanda/> accessed 19 November 2025.

ibid

# M.J. Toole et al, ‘Public health impact of Rwandan refugee crisis: what happened in
Goma, Zaire, in July, 19947 (1995) 346 The Lancet 876-878.

# Philip Roessler and Harry Verhoeven, ‘Back Against the Wall: The Return of the
Génocidaire Threat’ in Why Comrades Go to War: Liberation Politics and the Outbreak
of Africa's Deadliest Conflict (Oxford University Press 2016, online edn 18 May 2017)
305, 331.

# Human Rights Watch, The War Within the War: Sexual Violence Against Women
and Girls in Eastern Congo (July 2002) < https://wwwhrworg/reports/2002/drc/
Congo0602-03.htm#P284_29771 > accessed 19 November 2025.



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LE GENOCIDE PROLONGÉ

extension transnationale de l'intention génocidaire, faisant du
Congo à la fois un sanctuaire et une base opérationnelle pour des
forces dédiées à l’extermination des Tutsi.

3.2. Militarisation des camps de réfugiés et reconstitution des
forces génocidaires

Les camps de réfugiés établis autour de Goma, Bukavu et
Uvira ont rapidement évolué en enclaves militarisées dominées
par d’anciens génocidaires’#. Les agences humanitaires n'avaient
ni la capacité ni le mandat de démilitariser les camps, permettant
aux chefs de milices de contrôler la distribution de nourriture, de
se réarmer grâce à l’aide détournée et de continuer à diffuser la
propagande anti-Tutsi?. Ces camps ont effectivement reproduit
la géographie politique du Rwanda d'avant 1994, permettant aux
milices de se réorganiser, de recruter et de maintenir une discipline
idéologique. Les récits de haine déployés pendant le génocide
n'ont pas seulement été maintenus, mais adaptés à un nouveau
contexte, dans lequel les communautés tutsi congolaises étaient
redéfinies comme des ennemis internes?.

Cette période a marqué le passage de l'idéologie anti-tutsi
d’un phénomène national à un phénomène régional, intégré dans le
tissu social et politique de l’Est du Congo.

Bradley, Miriam, ‘Genocide in Rwanda and Its Aftermath, 1994-1996, The Politics and

Everyday Practice of Interna- tional Humanitarianism (Oxford, 2023; online edn, Oxford

Academic, 20 July 2023) 73-90.
# ibid.

d.

# Marc Le Pape and Jean-Hervé Bradol, The “Disappeared” of Congo-Zaire, 1996-1997:
The Question of the Massacres of Rwandan Hutu Refugees in the Democratic Republic
of Congo’ (Médecins Sans Frontières, 30 March 2021) < https:// msf-crashorg/en/
blog/disappeared-congo-zaire-1996-1997-question-massacres-rwandan-hutu-refu-
gees-democratic-republic#:-:text=That%20statement#20was%20confirmed%20
by%20multiple%20sources: witness%20accounts%20(from%20clergy%20
members#2C%20in%20particular > accessed 20 November 2025.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

3.3. Émergence des FDLR et continuité institutionnelle de
l'idéologie génocidaire

La formation des Forces Démocratiques de Libération du
Rwanda (FDLR) à la fin des années 1990 a donné une cohérence
institutionnelle au projet génocidaire®. Les FDLR se sont
positionnées comme les successeurs politiques et militaires
du mouvement extrémiste Hutu Power’. Leurs communiqués
publics et documents internes ont constamment présenté les Tutsi
rwandais et congolais comme des menaces existentielles devant
être neutralisées??. Contrairement à d’autres groupes armés issus
de griefs locaux, les FDLR possédaient un projet idéologique
transnational directement enraciné dans la doctrine génocidaire
de 1994%. Par des alliances avec des acteurs politiques congolais
etune intégration dans les milices locales, les FDLR ont contribué à
normaliser l'idéologie anti-tutsi dans les Kivu%, faisant du discours
exterminateur un élément omniprésent de la culture politique
régionale.

# National Consortium for the Study of Terrorism and Responses to Terrorism (START),
‘Democratic Front for the Liberation of Rwanda (FDLR) Narrative’ (May 2015) < https://

wwwstart.umd.edu/baad/narratives/democratic-front-liberation-rwanda-fdir.html>-
accessed 20 November 2025.

#ibid.

# Wolfgang Kresse, A Brief History of the 1993-2003 Conflict in the Democratic Republic of the
Congo” (SAS Research Note No 56, Geneva Centre for Security Policy, May 2019)< https://
wwwfiles.ethz.ch/isn/195917/SAS-Research-Note-56. pdf > accessed 19 November 2025.

% Rakiya Omaar, The Leadership of Rwandan Armed Groups Abroad with a Focus on
the FDLR and RUD/Urunana (Rapport commandité par la Commission rwandaise de
démobilisation et de réintégration - Décembre 2008) 65-66.

# Amnesty International, Rwanda: Safer to Stay Silent — The Chilling Effect of Rwanda's
Laws on ‘Genocide Ideology and “Sectarianism' (Index No AFR 47/005/2010,
August2010)afr4700520 10en.pdf > accessed 21 November 2025



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LE GENOCIDE PROLONGÉ

3.4, Régionalisation et normalisation des récits exterminateurs

Au début des années 2000, l'idéologie anti-Tutsi était
devenue un cadre régional pour interpréter les crises politiques”.
Les élites congolaises l’utilisaient pour mobiliser des partisans,
délégitimer des opposants, justifier des revendications territoriales
et expliquer les échecs de l'État%. Les groupes armés l’adoptaient
pour rationaliser les attaques, l’extorsion et les déplacements
forcés*”.Les communautés l'assimilaientcommeune grille delecture
de l'insécurité et de la rareté®. Le résultat fut un environnement
idéologique durable dans lequel les Tutsi étaient construits comme
des étrangers perpétuels, des envahisseurs et des cibles légitimes de
violence®”. Cette transformation démontre que la logique centrale
du génocide ne s'est pas confinée au Rwanda: elle s’est métastasée
en un système plus large de signification politique dans l'Est du
Congo.

Depuis 2022, plus de 450 villages ont été détruits dans les
hauts plateaux du Sud Kivu, avec plus de 500 000 têtes de bétail
pillées et vendues ouvertement“. Plus de 80% de la population
banyamulenge a été contrainte à l'exil, des dizaines de milliers se
retrouvant dans des camps de réfugiés à travers les pays voisins

# K Hoffmann, ‘Ethnogovernmentality: The making of ethnic territories and subjects in
Eastern DR Congo’ (2021) 119 Geoforum 1, 13

# S Autesserre, Dangerous tales: Dominant narratives on the Congo and their unintended
consequences’ (2012) 111(443) African Affairs 202, 209.

# ibid, 206.

# Felix Mukwiza Ndahinda, ‘AntiTutsi hate speech refuels conflict in eastern DR
Congo (Clingendael Spectator, 3 Febru- ary 2022) < https://spectatorclingendael.
org/en/publication/anti-tutsi-hate-speech-refuels-conflict-eastern-dr-congo#:
text=From%201993%2C%20broadcasts% 20by%20the,Social%20media%2

amplified®%20hate%20 speech > accessed 20 November 2025.

< Nteziryayo Innocent, ‘Persecution Against the Banyamulenge in DRC - The
Banyamulenge: À community prey to arrests and violence in the Democratic Republic
of Congo (DRC)' (Genocide Watch, 2 Dec 2024, updated 4 Dec 2024) < https://www.
genocide-watch.com/single-post/violence-against-the-banyamulenge-in-dre>
accessed 20 November 2025.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

et au-delà. Ceux qui restent subissent une persécution continue, y
compris des arrestations arbitraires fondées sur leur apparence
tutsi, avec plus de 700 personnes détenues sans procès en violation
du droit congolais“t.

“ Nteziryayo Innocent, ‘Updated Report: Anti-Banyamulenge Attacks, DR Congo’
(Genocide Watch, 17 May 2023) < https:/ wwwgenocidewatch.com/single-post/
report-on-anti-banyamulenge-attacks-in-dr-congo > accessed 21 November 2025.



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LE GENOCIDE PROLONGÉ

4. Évolution de l'idéologie anti-Tutsi en RDC
4.1. La construction des Tutsi comme non citoyens

Après 1994, le discours politique au Congo s’est de plus
en plus articulé autour de l’idée que les populations tutsi étaient
fondamentalement étrangères à la nation*. Ce récit enraciné
dans la théorie raciale coloniale et renforcé par les politiques de
nationalité de l'ère Mobutu est devenu la base idéologique de
l'exclusion systématique#. Les Tutsi ont été présentés comme
des infiltrés démocratiques, des collaborateurs du Rwanda et des
menaces pour la souveraineté congolaise“. Cette construction a
permis aux élites politiques de transformer des griefs locaux liés à
la terre, aux ressources et à la représentation en un récit racialisé
de défense nationale. La citoyenneté n’était pas seulement un statut
juridique, mais un champ de bataille où la légitimité de l'identité
tutsi était contestée et fréquemment niée.

4.2. Médias, propagande et reproduction de la haine

La propagande est devenue essentielle à la diffusion de
l'idéologie anti-Tutsi. Les stations de radio locales, les discours
politiques, les pamphlets urbains et, plus récemment, les campagnes
sur les réseaux sociaux ont véhiculé un langage déshumanisant
décrivant les Tutsi comme des vermines, des serpents ou des agents
de domination étrangère. Ces récits ont reproduit les stratégies
rhétoriques du génocide des Tutsi rwandais, démontrant une
continuité idéologique. Dans les zones où l'État était faible, cette
propagande a servi de forme de socialisation politique, façonnant
les perceptions collectives et légitimant la violence. Lors des

GSDRC, Tutsi Power in Rwanda and the Citizenship Crisis in Eastern Congo! (May
2015)ship-crisis-in-eastern-congo/#:-text-It%20is%20in%2 _ this%20con-text,conflict%20
into%20the%20civil%20sphere> accessed 19 November 2025.
# Andrea Purdekovä and David Mwambari, ‘Post-genocide identity politics and colonial
durabilities in Rwanda’ (2022) 14(1) Critical African Studies 19, 24.

# ibid.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

périodes électorales ou d'insécurité accrue, les discours de haine
se sont intensifiés, fonctionnant comme catalyseurs d'attaques
organisées.

4,3, Rôle des élites politiques et des groupes armés dans
l'institutionnalisation de l'idéologie

Les acteurs politiques, tant au niveau national que
provincial, ont fréquemment instrumentalisé le sentiment anti
tutsi pour consolider leur pouvoir#. En présentant les Tutsi comme
des envahisseurs, les politiciens se sont positionnés comme
défenseurs de l'intégrité territoriale de l'État, obtenant le soutien
de communautés qui se percevaient menacées“. Les groupes
armés ont opérationnalisé cette idéologie en ciblant les civils Tutsi,
en confisquant du bétail, en détruisant des villages et en imposant
un contrôle territorial. La violence n'était pas aléatoire ; elle était
structurée par un cadre idéologique qui présentait l'élimination
comme nécessaire à la survie communautaire“. L'implication à la
fois des forces alignées sur l'État et des milices non étatiques montre
que cette idéologie a transcendé les frontières organisationnelles,
s'intégrant dans l'économie politique plus large du conflit.

4,4, L'idéologie anti-Tutsi comme projet structurel de long terme

Ce qui différencie l'idéologie anti-Tutsi au Congo d’une hostilité
ethnique ordinaire, c'est sa longévité, son adaptabilité etsa fonction
structurelle“.

# Human Rights Watch, The Rwandan Genocide: How It Was Prepared (7 April 2006)https://
wwwhrworg/legacy/backgrounder/africa/rwanda0406/4.htm#:-:text- Organizers%20
of%20the%20genocide#20used itself#20would%20 not%20have%20 sufficed. accessed
19 November 2025.

“ibid.

# Human Rights Watch (n 25).

# Howard Adelman, ‘Dark Impulses or Rational Calculation? - Daniel Chirot and Clark
MeCauley: Why Not Kill Them AN? The Logic and Prevention of Mass Political Murder
Princeton University Press 2006)" (2007) The Review of Politics 713-716.



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LE GENOCIDE PROLONGÉ

Elle opère comme un instrument de contrôle politique, permettant
aux élites de détourner la responsabilité des échecs de gouvernance
en redirigeant la colère publique vers un ennemi interne fabriqué“.

Elle fonctionne comme une technologie de violence,
définissant qui peut être ciblé avec impunité. Elle constitue aussiun
projet de long terme de réingénierie démographique, dans lequel le
déplacement, la marginalisation ou l'élimination des communautés
tutsi est présenté comme essentiel à la survie nationale*. En ce
sens, cette idéologie porte toutes les caractéristiques d’une pensée
génocidaire: elle construit une population cible comme une menace
à neutraliser, légitime une violence exceptionnelle et cherche à
éliminer la présence politique, culturelle et physique de ce groupe.

5. Incidents majeurs et schémas de violence (1996-présent)

5.1. Les guerres du Congo et l'enracinement de la violence ciblée

Les première et deuxième guerre du Congo (1996-1997;
1998-2003) ont marqué la transition de l'idéologie anti-tutsi d’un
discours d'exclusion vers un programme systématique de violence.
Le soulèvement initial des communautés banyamulenge en 1996,
qui a déclenché la marche de l'AFDL sur Kinshasa, a intensifié le
ressentiment existant parmi les élites politiques qui présentaient
les Tutsi comme des agents de l'hégémonie rwandaise*?,

# dahinda F & Mugabe A S, ‘Streaming Hate: Exploring the Harm of AntiBanyamulenge
and Anti-tutsi Hate Speech on Congolese Social Media’ (2022) ] Genocide Res 1, 22.

“ Michael S. Waltman, “The Normalizing of Hate Speech and How Communication
Educators Should Respond Communication Education 67, no. 2 (2018), 259-65.

# Filip Reyntjens, ‘The Congo Wars’ (2020) Oxford Research Encyclopedia of African
History

# ECOSOC, Report on the situation of human rights in Zaire, prepared by the Special
Rapporteur, Mr. Roberto Garretén, in accordance with Commission resolution 1996/77,
E/CN4/1997/6 of 28 January 1997, para. 135.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

Alors que les armées régionales intervenaient, les civils
Tutsi ont été délibérément pris pour cible par des milices locales,
des groupes de jeunes armés et des éléments des Forces armées
zaïroises en déliquescence®. Les guerres ont provoqué des
déplacements massifs, des milliers de familles tutsi fuyant vers le
Rwanda, le Burundi et la Tanzanie. Le schéma de violence n'était
pas accidentel : les communautés tutsi étaient désignées comme
des collaborateurs, des « cinquième colonne » ou des menaces
démographiques‘. Les guerres ont, en effet, normalisé l'hostilité
anti-Tutsi dans l'imaginaire politique congolais en l'intégrant dans
le récit de la résistance à l'agression étrangère. L'héritage durable
de ces guerres fut la consolidation de discours exterminateurs qui
ont survécu aux grandes opérations militaires.

5.2. Massacres récurrents et assassinats ciblés dans les Kivu

Après la fin formelle des guerres du Congo, la violence
contre les civils Tutsi a persisté sous des formes plus localisées
mais tout aussi dévastatrices*, Au Nord-Kivu, des massacres dans
des zones telles que Masisi, Walikale et Rutshuru impliquaient
fréquemment le regroupement de villageois Tutsi, le meurtre des
hommes adultes, des violences sexuelles contre les femmes et la
destruction du bétail - une source vitale de subsistance pour de
nombreuses communautés”. Les rapports du début des années
2000 documentent des exécutions sommaires, des embuscades
contre des convois civils et des meurtres de représailles justifiés par

“ DOCILE TELEVISION, ‘12 MILLIONS DE CONGOLAIS DÉJÀ TUÉ PAR RUBERWA ET
KAGAME LE KINOIS ON DIT TROP C'EST TROP," 3 January 2020, https://wwwyoutube.
com/watch?v=0_xrNU_3Dkw>Accessed 19 November 2025.

+ Ann Laura Stoler, Duress: Imperial Durabilities in Our Times (Duke University Press
2016)9.

5 Thomas Zeitzoff, ‘How Social Media Is Changing Conflict (2017) 61(9) Journal of Conflict
Resolution 19701991.

6 Christopher P Davey, ‘nvestigating Multidirectional Violence in Eastern Congo: Owning
“Genocide”" and Prejudicial Atrocity (2024) 6(2) Journal of Perpetrator Research 69104.

# ibid.



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LE GENOCIDE PROLONGÉ

le récit selon lequel les Tutsi étaient des « occupants étrangers».
Au Sud-Kivu, les hauts plateaux de Minembwe et d’Itombwe
sont devenus des épicentres de violence‘. Au cours de la
dernière décennie, des dizaines de villages habités par des civils
banyamulenge ont été incendiés, leurs maisons rasées, leur bétail
volé ou abattu, et les survivants contraints de se réfugier dans des
sites de déplacement*?. Ces attaques étaient souvent accompagnées
de déclarations affirmant que la région devait être « nettoyée » de
la présence Tutsi, indiquant non seulement une hostilité politique
mais une tentative systématique de supprimer une population de
son territoire historique. La répétition de ces attaques dans de
multiples localités et sur de nombreuses années illustre la nature
enracinée et organisée de la violence.

5.3. Cycles de déplacement et destruction des moyens de
subsistance Tutsi

Le déplacement a été l’une des conséquences les plus durables
de la violence anti-Tutsi. L'expulsion des communautés tutsi des
zones stratégiques a eu des effets cumulatifs : perte de biens,
perte de documents de citoyenneté et érosion des droits sociaux
et politiques‘. De nombreux villages banyamulenge ont été
reconstruits plusieurs fois après des attaques répétées, pour être à
nouveau détruits. Les sites de déplacement autour de Minembwe,
Bijombo, Mikenge et Uvira sont peuplés de civils qui ont été
déracinés trois ou quatre fois en une seule décennie?.

Office of the High Commissioner for Human Rights (OHCHR), ‘UN Report Exposes Mass
Killings in Eastern DR Congo’ (13 November 2012) < https://www. ohchrorg/en/
stories /2012/11/un-report-exposes-mass-killings-eastern-dr-congo > accessed 19
November 2025.

59ibid.

< j] Mutambo, ‘Les Banyamulenge : Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Quel rôle ont-ils joué
{et pourquoi) dans le proces- sus de la libération du Zaire ? (1997) Les Banyamulenge
(Kinshasa, Imprimerie Saint Paul) 41.

& Judith Verweïjen, Juvénal Twaïbu, Moïse Ribakare, Paul Bulambo and Freddy Mwambi
Kasongo, Mayhem in the Mountains: How Violent Conflict on the Hauts Plateaux of South
Kivu Escalated (Governance in Conflict Network, Ghent University, Insecure Livelinoods
Series, April 2021) 50-54.

&ibid.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

Au NordKivu, les familles tutsi qui ont fui vers Goma ou le
Rwanda restent incapables de retourner sur leurs terres en raison
de la présence des FDLR et de milices alliées‘. Même dans des
périodes relativement calmes, les Tutsi qui reviennent se voient
souvent refuser l'accès aux chefs coutumiers ou sont harcelés par
des autorités locales qui contestent leur citoyenneté®*. Le ciblage
systématique du bétail - impliquant souvent le vol ou l'abattage
de centaines d'animaux à la fois - est une stratégie économique
visant à démanteler les structures de survie tutsi®5. La violence
contre les moyens de subsistance fonctionne donc comme un
mécanisme génocidaire progressif en rendant les communautés
économiquement intenables.

5.4, Exclusion institutionnelle et déni de citoyenneté

Parallèlement à la violence physique, les communautés
tutsi font face à une discrimination institutionnalisée persistante,
Les autorités administratives leur refusent fréquemment des
documents d'identité, l'inscription sur les listes électorales et des
titres fonciers, les rendant effectivement apatrides dans leur propre
pays. Mêmelorsquela loi reconnaît formellement leur citoyenneté,
les responsables locaux réinterprètent ou ignorent souvent les
dispositions légales®. Cette marginalisation bureaucratique
n'est pas une simple gêne juridique; c'est une forme de violence
structurelle qui renforce l’idée que les Tutsi n’appartiennent pas.

“ibid.

# Davey (n 54) 77.

S Judith Verweïjen and Justine Brabant, ‘Cows and guns: Cattlerelated conflict and armed
violence in Fizi and Itombwe, eastern DR Congo‘ (2017) 55(1) Journal of Modern African
Studies 127.

“ Vlassenroot (n 12) 29.

# Judith Verweïjen and Koen Vlassenroot, ‘4rmed Mobilisation and the Nexus of Territory,
Identity, and Authority: the Contested Territorial Aspirations of the Banyamulenge in
Eastern DR Congo’ (2015) 33(2) Journal of Contemporary African Studies 191-212.

Sibid.



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LE GENOCIDE PROLONGÉ

Le déni de citoyenneté a été utilisé à plusieurs reprises pour
justifier des attaques contre les populations tutsi, les dirigeants
locaux affirmant malgré les preuves historiques que les Tutsi sont
des ressortissants rwandais sans droit sur le territoire congolaist.
Cette pratique administrative, couplée à l'hostilité publique, crée
un contexte dans lequel les massacres sont interprétés non comme
des crimes mais comme la « défense de la nation ».

5.5. Documentation par les organisations internationales et les
acteurs des droits humains

Le ciblage persistant des communautés tutsi a été largement
documenté par des organisations de défense des droits humains,
des agences de l'ONU et des observateurs régionaux. Le Rapport de
cartographie de l'ONU de 2010 a identifié de multiples massacres
entre 1996 et 2003 qui pourraient, s'ils étaient prouvés devant
un tribunal compétent, constituer des actes de génocide contre
les Tutsi”°, Des rapports ultérieurs de la MONUSCO et du Groupe
d'experts de l'ONU ont mis en évidence la nature cyclique des
attaques contre les civils Tutsi, l'implication de groupes armés
tels que les FDLR, les coalitions Mai-Mai et les milices locales de
défense, ainsi que le schéma de manipulation transfrontalière par
des entrepreneurs politiques’. Human Rights Watch, Refugees
International et des journalistes d'investigation ont également
chroniqué des assassinats ciblés, des disparitions forcées, des
violences sexuelles motivées par l’ethnicité et des campagnes de
discours de haine.

& Davey (n 54) 77

# Report ofthe Mapping Exercise (n 8).

1 See Final Report by the United Nations Group of Experts on the Democratic Republic of the
Congo (UN DocS/2023/990, 30 December 2023) < https://prod.cdn-medias:theafricareport.
com/medias/2023/06/22 jun-drc-report-final pdf > accessed 19 November 2025.



** Page 36 **

DIALOGUE. Edition Spéciale

Malgré cette documentation étendue, la volonté politique - tant au
niveau national qu'international - de reconnaître le schéma comme
génocidaire reste limitée.

5.6. Continuité de la violence de 2010 à nos jours

La période de 2010 à 2025 a été marquée par une
intensification renouvelée de la violence, en particulier dans les
hauts plateaux du SudKivu. Des coalitions armées telles que les
Maï-Maï Biloze Bishambuke, des unités dissidentes de Twirwaneho,
des collaborateurs de Red Tabara et des factions alignées sur les
FDLR ont coordonné des attaques présentant des schémas clairs
de violence ciblée : incendie de maisons, siège des enclos de bétail,
exécutions aux barrages routiers et attaques directes contre des
camps de déplacés’? La rhétorique entourant ces attaques invoque
fréquemment le langage de l’extermination et de la pureté, avec des
slogans appelant à l'éradication de la présence tutsi dans les hauts
plateaux”. Parallèlement, les discours de haine en ligne se sont
multipliés, reliant la violence rurale au discours politique urbain
et créant un environnement idéologique national qui normalise la
marginalisation des communautés tutsi’# Cette période démontre
que la violence anti-Tutsi n’est pas épisodique ou accidentelle;
c'est un projet continu renforcé par des récits historiques, une
propagande militarisée et l'inaction de l’État.

6. Rôle de l’État et des Groupes Armés

6.1 Complicité de l'État, Fragmentation et Politique de
Négligence

L'État congolais a joué un rôle complexe et souvent contradictoire
dans la perpétuation de la violence contre les communautés

7 Ndahinda (n 38)

James Ngamije, Anti-tutsi Hate Crime and Land Conflicts in Eastern Democratic Republic
of Congo: Historical Misrepre- sentations and Current Implications (25 September
2025)< https://ssm.com/abstract=5533200 > accessed 23 November 2025.

ibid.



** Page 37 **

LE GENOCIDE PROLONGÉ

tutsi”. Alors que le discours officiel affirme parfois la nécessité de
l'unité nationale et de l'harmonie ethnique, lesinstitutions étatiques
ont fréquemment démontré de la partialité, de la négligence ou une
complicité active”. La faiblesse du gouvernement central, combinée
à des réseaux de patronage enracinés, a produit un environnement
de gouvernance dans lequelles responsables locaux disposent d’une
autonomie substantielle”. Dans de nombreux cas, ces responsables
approuvent ou ignorent les attaques contre les civils Tutsi,
rationalisant souvent la violence par le récit selon lequel les Tutsi
seraient des « étrangers » à la loyauté douteuse’. La sécurisation de
l'identité tutsi présentant ces communautés comme des insurgés
potentiels a permis à certains éléments de l'appareil sécuritaire de
justifier des pratiques discriminatoires, des arrestations ciblées et
le refus de protection. Cette posture bureaucratique et coercitive a,
au fil du temps, renforcé le cadre idéologique sur lequel s'appuient
les acteurs violents.

6.2. Partenariats entre des Éléments des FARDC et des Milices
Anti-Tutsi

L'un des moteurs les plus persistants de la violence anti-Tutsi
a été la collaboration stratégique entre certains segments des
Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC)
et des groupes armés locaux ou étrangers porteurs d’agendas
explicitement anti-Tutsi”. De nombreux rapports indiquent que

% Schouten P, Violence and Fragmentation in Congo‘s Political Marketplace (Confict

Research Programme, London School of Economics and Political Science 2021) 24.

ibid.

Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights (OHCHR), ‘DRC: UN

report raises spectre of war crimes and crimes against humanity in North and South Kivu'

G Sept 2025) < https://wwwohchrorg/en/press-releas- es/2025/09/drc-un-report-

raises-spectre-war-crimes-and-crimes-against-humanity-north#:=:text- GENEVA%20

%2D%20A1l%20parties%20to%20the,OfficeH20report%20published#%20on%20

Friday. > accessed 19 November 2025.

bid.

? IGIHE, New report accuses FARDC of collaboration with FDLR' article/new-report-accuses-fardc-of:collaboration-with-fdlr> accessed 18 November 2025.



** Page 38 **

@Z> DIALOGUE Edition Spéciale

des unités des FARDC ont, à diverses reprises, coordonné des
opérations avec les FDLR ou avec des factions Maï-Maï hostiles aux
communautés tutsi®, Ces alliances peuvent être motivées par des
considérations tactiques telles que le partage de renseignements, le
renforcement du contrôle territorial ou la lutte contre des groupes
armés rivaux mais leurs conséquences sont dévastatrices pour
les populations civiles®!. Lorsque les forces étatiques collaborent
avec des groupes tenant un discours exterminateur, elles confèrent
une légitimité institutionnelle à des idéologies qui, autrement,
resteraient marginales®?. L'incapacité des FARDC à discipliner ou à
poursuivre les soldats impliqués dans des attaques contre des civils
Tutsi institutionnalise davantage l'impunité, signalant que de telles
actions relèvent d’un comportement acceptable.

6.3. Instrumentalisation Idéologique à des Fins Politiques

La manipulation politique de l'identité ethnique est une
caractéristique de longue date de la politique congolaise. La
rhétorique anti-Tutsi a à plusieurs reprises servi d'outil aux
élites politiques cherchant à mobiliser des partisans, affaiblir des
concurrents ou créer un levier dans les négociations avec des
acteurs régionaux®. Les campagnes électorales dans plusieurs
provinces ont inclus des déclarations incendiaires présentant
les Tutsi comme des agents de complots étrangers ou comme
bénéficiaires d'un projet géopolitique caché%#. Une telle rhétorique
ne précède pas seulement la violence; elle façonne activement le
climat moral et politique qui la rend possible.

bid.

* Markoutsas N, Colonial Legacies, Tribalism, and Democratization in the D.R. Congo: À
Path Dependency Analysis (Master thesis, Dalarna University, 4 June 2025) 5

“ Pierre Englebert, ‘Aspirations and Realities in Africa: The DRC' Electoral Sideshow’

(2019) 30(3) Journal of Democracy 124, 125.



** Page 39 **

LE GENOCIDE PROLONGÉ

En amplifiant les récits de menace et d'infiltration, les politiciens
créent une atmosphère dans laquelle les milices se sentent
autorisées à agir et les civils interprètent la violence comme une
défense patriotique. Cette instrumentalisation de l'idéologie
révèle que la persistance de la violence anti-tutsi ne peut être
comprise uniquement à travers les motivations des groupes armés;
elle est enracinée dans des dynamiques politiques plus larges
façonnées par les incitations des élites.

6.4, Groupes Armés comme Producteurs et Exécuteursd'Idéologie

Bien que les élites politiques jouent un rôle central dans
la formation de l'idéologie, les groupes armés sont les principaux
acteurs qui traduisent l'idéologie en violence systématique. Les
FDLR, héritiers idéologiques des génocidaires rwandais, demeurent
les plus influents. Par le biais d’alliances locales, de régimes de
taxation et de campagnes de propagande, ils ont profondément
influencé les perceptions communautaires, présentant les Tutsi
comme des ennemis existentiels®. Les groupes Maï-Maï du Sud-
Kivu se présentent de manière similaire comme les défenseurs
des communautés « autochtones », positionnant les populations
tutsi comme des envahisseurs dont l'expulsion est essentielle pour
sécuriser la terre et l’identité®.

Ces groupes imposent des frontières idéologiques non
seulement par des massacres, mais aussi par des pratiques sociales
telles que le vol de bétail, l'imposition de taxes discriminatoires et
la ségrégation forcée des communautés. La violence devient ainsi
une méthode de gouvernance dans les zones contrôlées par les
milices, où le projet idéologique s’ancre dans la vie économique et
sociale quotidienne.

# Khuswatun Hasanah, ‘Ethnicity Issues as a Political Mobilization Instrument of Cornelis
MH in 2007 West Kalimantan Direct Elections’ (2018) 3(2) International Journal of
English Literature and Social Sciences 266-272.

“ibid.

#ibid



** Page 40 **

DIALOGUE. Edition Spéciale

7. Silence et Complicité Internationale

7.1. L'Échec des Acteurs Internationaux reconnaître les Schémas
Génocidaires

Malgré une documentation abondante produite par les
agences onusiennes,les organisations de défense desdroitshumains
et les chercheurs universitaires, la communauté internationale a
constamment échoué à reconnaître le ciblage des Tutsi congolais
comme étant de nature génocidaire®, Cette réticence s'explique en
partie par les sensibilités géopolitiques entourant le rôle régional
du Rwanda, en partie par la complexité du conflit congolais, et
en partie par l’inertie institutionnelle au sein des organisations
internationales®?. Le refus de qualifier la violence de génocide
a des implications profondes : il prive les communautés ciblées
de protection internationale, obscurcit la continuité idéologique
depuis 1994 et normalise l'exclusion des populations tutsi dans les
débats politiques. Le silence international légitime de facto le statu
quo, permettant aux acteurs locaux de poursuivre la violence sans
craindre une intervention extérieure.

Malgré des appels répétés aux mécanismes des Nations
Unies, à l'Union européenne, aux organisations régionales et aux
autorités judiciaires, aucune protection effective n’a été accordée à
la population banyamulenge assiégée®. Il est également notable

# Amnesty International, Democratic Republic of the Congo: The Massacre of Refugees
at Kibati (Index No AFR 62/025/1998) < https://wwwamnesty.org/es/wp-content/
uploads/2021/06/afr620251998en.pdf > accessed 21 November 2025.

* Human Rights Watch, “World Report 2025: Democratic Republic of Congo | Country
Chapters” (2025) < htips:// wwwhrworg/world-report/2025/country-chapters/
democratic-republic-congo#:-:text=1n% 20March%2C%2 0after 20being%20
convicted%20on%20charges,and%20reporter#%20for%20Jeune% 20 AfriqueY%2C%20
was%20released. > accessed 20 November 2025.

*? Coundl of the European Union, Democratic Republic of the Congo: Statement by the High
Representativeon behalfofthe EUonthelatest escalation in easter DRC (Press Release, 25 January
2025) < https://wwwconsiiumeuropaeu/en/ press /press-releases/2025/01/25/democratic-
republic-of the-congo-statement-by-the-high-representative-on-behalf-ofthe-eu-on-the latest
escalation-in-eastern-drc /#:-:text=2025%200:10,Democratic#20Republic%200f% 20the%20
Congo-%20Statement#%20by%20the%20High%20Representative;the® 20 Luanda%20 and%20
Nairobi%20processes. > accessed 19 November 2025.



** Page 41 **

LE GENOCIDE PROLONGÉ

que ces attaques coïncident avec des développements dans les
négociations de paix régionales à Washington et à Doha, leurs
auteurs semblant indifférents aux efforts diplomatiques en cours°!.
Au moment où j'écris, l'encerclement continu de la communauté
et l'obstruction des approvisionnements essentiels par les forces
burundaises et congolaises, ainsi que par des groupes armés
irréguliers, ont créé une crise humanitaire sans précédent.
Considérés à la lumière du schéma de longue date d’éradication
ethnique et de l'intention manifeste d'empêcher la communauté
banyamulenge de demeurer sur ses terres ancestrales, ces actes
peuvent être compris comme faisant partie d'un processus
génocidaire en cours visant les populations tutsi dans l’est de la
RDC.

La famine délibérément imposée à une population constitue
également une méthode d’extermination (voir Annexe 1 pour plus
de détails). Dans une interview accordée à BBC Gahuzamiryango, le
porte-parole de l’armée burundaise, le général Baratuza Gaspard, a
déclaré que les Forces de Défense Nationale du Burundi «assiègent
Minembwe», au motif que les civils qui y résident collaboreraient
avec « l'ennemi » (sic)°2.

Cette déclaration équivaut à une reconnaissance explicite
d'une grave violation du droit international humanitaire, qui oblige
toutes les parties à un conflit à distinguer strictement les civils des
objectifs militaires”. Selon des sources de terrain crédibles et de
multiples témoignages directs de victimes, des drones déployés par
les forces de Kinshasa, en coordination avec l’armée burundaise,

# Jesca Mutamba, ‘How Burundian troops in South Kivu sparked a distinct humanitarian
crisis amid DR Congo's wider war’ (The New Times, 15 November 2025) < https://
wwwnewtimes.co.rw/article/31279/news/africa/how-burundian-troops-in-south-
kivu-sparked-a-distinct-humanitarian-crisis-amid-dr-congos-wider-war > accessed 19
November 2025.

% Burundian Troops in South Kivu and Humanitarian Crisis’ (AfricaPress-Rwanda, 16
November 2025) < https:// wwwafrica-pressnet/rwanda/all-news/burundian-troops-in-
south-kivu-and-humanitarian-crisis > accessed 19 November 2025.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

ont bombardé le village civil banyamulenge de Mikenke le 15
novembre 2025, suivi d'une frappe sur le village de Rwitsankuku
le 17 novembre — seulement quelques jours après la signature du
cessez-le-feu entre Kinshasa et l'AFC à Doha.

7.2. Le Maintien de la Paix Onusien et la Politique des Mandats
Limités

La MONUSCO, malgré son statut de l’une des plus grandes
missions de maintien de la paix de l'ONU, a été contrainte par
son mandat, des considérations politiques et des limitations
opérationnelles”, La mission a à plusieurs reprises documenté la
violence anti-Tutsi mais a peiné à prévenir les attaques ou à fournir
une protection adéquate aux communautés vulnérables®.

Dans plusieurs cas, les casques bleus se sont retirés de zones
volatiles malgré des avertissements de massacres imminents,
invoquant une capacité insuffisante ou des règles d'engagement
restrictives”, L'incapacité de la mission à affronter des groupes
tels que les FDLR parfois en raison des alliances politiques du
gouvernement congolais a encore érodé sa légitimité aux yeux
des communautés tutsi. La présence internationale a donc oscillé
entre observation passive et engagement symbolique, sans jamais
modifier les déterminants structurels de la violence.

% Hugo de Vries, Going around in circles: The challenges of peacekeeping and stabilization
in the Democratic Republic of the Congo (Netherlands Institute of International Relations
"Clingendael! August 2015) 25.

* Natasja Rupesinghe, How Can Peacekeepers Strengthen Their Engagement with
Local Communities? Opportunities and Challenges in the Field (NUPI Policy Brief
No30/2016)for-securities-studies/resources/docs/NUPI-How%%20Can%20Peacekeepers%20
Strengthen% 20their%20Engage-ment%20with%20Local%2Communities.pdf>
accessed 19 November 2025.

%ibid.



** Page 43 **

LE GENOCIDE PROLONGÉ

7.3. La Géopolitique Régionale et l'Arme des Récits

Un autre obstacle à une intervention significative est
l'instrumentalisation des récits anti-Tutsi dans la politique
régionale. Plusieurs acteurs de la région des Grands Lacs ontutilisé
les accusations d’expansionnisme tutsi pour faire avancer leurs
propres ambitions stratégiques”. Cesrécitsgéopolitiquesrésonnent
au sein de l'Union africaine, de la Conférence internationale sur la
région des Grands Lacs (CIRGL) et dans les relations bilatérales
entre États voisins”.

Les bailleurs internationaux, craignant d’être entraînés
dans des rivalités régionales, adoptent souvent une posture de
neutralité qui renforce involontairement les récits dominants en
RDC. Le défaut d'interroger ou de contester ces récits contribue
à un environnement discursif dans lequel l'idéologie génocidaire
apparaît légitime, contestée uniquement par ceux qui en subissent
directement les conséquences.

7.4, Les Acteurs Humanitaires et la Dépolitisation de la Violence

Les organisations humanitaires, bien qu'elles fournissent des
services essentiels, renforcent souvent des interprétations
dépolitisées du conflit en présentant la violence en termes de
« tensions intercommunautaires » ou de « disputes liées aux
ressources »”®. Ce langage obscurcit la nature ciblée des attaques
contre les Tutsi et dilue la dimension idéologique de la violence.

* René Lemarchand, Burundi: Ethnic Conflict and Genocide (Woodrow Wilson Center
Press /Cambridge University Press 1996) 87.

* Gérard Prunier, “The Geopolitical Situation in the Great Lakes Area in Light of the
Kivu Crisis” (WRITENET / Refworid, 1 February 1997) < https://wwwrefworld.org/
reference/countryrep/writenet/1997/en/95462 > accessed 18 November 2025

# Yahya Chowdhury, ‘ntersectional Insights into the DRC-Rwanda Conflict’ (Research
Essay, Professor Goldberg, World Politics, April 7, 2025) < https://dc.cod.edu/cgi/view-
contentcæi?article=1159&context=srs > accessed 20 November 2025.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

En traitant toutes les communautés comme également
vulnérables, le discours humanitaire efface involontairement les
risques asymétriques auxquels sont confrontées les populations
tutsi et ne parvient pas à saisir l'intention structurelle qui soustend
les attaques!” L'absence de terminologie précise en particulier
l’évitement de termes tels que « nettoyage ethnique » ou «intention
génocidaire » limite l'impact politique des rapports humanitaires et
contribue à l’apathie internationale.

8. Résilience et Résistance des Communautés Tutsi

8.1. Stratégies de Survie et Organisation Communautaire

Malgré des décennies de violences ciblées, les communautés
tutsi de l'Est du Congo ont démontré une résilience remarquable.
Les structures locales allant de groupes de défense informels
aux réseaux familiaux élargis ont assuré la protection, distribué
des ressources et préservé l'identité communautaire. La
reconstruction de villages détruits, parfois à plusieurs reprises
au cours d’une même décennie, témoigne de la détermination des
communautés à maintenir leur présence territoriale. De nombreux
groupes banyamulenge ont développé des stratégies de survie
décentralisées, dispersant les familles dans plusieurs localités afin
de réduire le risque d’anéantissement total lors des attaques!’!.
Ces pratiques mettent en évidence une forme de résistance fondée
non pas sur l'affrontement armé, mais sur la persistance de la vie
quotidienne.

8.2. Documentation, Plaidoyer et Mobilisation de la Diaspora

Ces dernières années, les communautés tutsi de la diaspora ont
joué un rôle de plus en plus important dans la documentation des

1 ibid

%Liam Mahony, NonMilitary Strategies for Civilian Protection in the DRC (Fieldview Solutions
for the Norwegian Refugee Council March 2013) 3 < https://wwwmreno/globalassets /
pdf/reports non-military-strategies-for-civilian-pro-tection-in-the-drc. pdf#:-:text=A%20
second%20and%20more%20immediate%20level%200f,a%20protective%20a5%20
well%20as%2 peacemaking%20impact. > accessed 20 November 2025.



** Page 45 **

LE GENOCIDE PROLONGÉ

atrocités, la sensibilisation et le plaidoyer pour la reconnaissance
internationale des violences!®, Les plateformes de médias sociaux
sontdevenues des espacesessentiels pourarchiver destémoignages,
partager des images de villages détruits et dénoncer les discours
de haine. Des chercheurs indépendants, des organisations dirigées
par la diaspora et des défenseurs locaux des droits humains ont
rassemblé de nombreuses preuves qui contestentles récits étatiques
et mettent en lumière la nature ciblée des violences. Cet activisme
s'inscrit dans une lutte plus large visant à contrer l'effacement, à
réhabiliter les récits historiques et à affirmer des droits collectifs
dans un environnement politique hostile.

8.3. Dimensions Culturelles et Symboliques de la Résistance

La résistance n'est pas seulement matérielle mais aussi
symbolique. Les communautés tutsi maintiennent leurs pratiques
culturelles, leurs traditions linguistiques et leurs modes de vie
pastoraux malgré les efforts soutenus pour les perturber. La
préservation de l'identité culturelle face à l'hostilité idéologique
constitue une forme de défi symbolique, refusant le récit selon
lequel elles seraient des étrangers sans droits légitimes à la
nationalité congolaise!*#, Leur présence continue sur les territoires
ancestraux, malgré les déplacements répétés, remet en cause
le postulat idéologique d’éradication et affirme un contre-récit
d'appartenance enraciné dans l’histoire, la culture et la mémoire.

x#Chiara De Franco and Christoph O. Meyer, ‘Media and Mass Atrocity Prevention: Three
Pathways of Potential Influence’ (2025) 17(4) Global Responsibility to Protect 288-319.

Sabrina Nelson, ‘The World Must Stop Neglecting the D.RCongo' (Genocide Watch, 9
August 2024) < https://www. genocidewatch.com/single-post/the-world-must-stop-
neglecting-the-drc#:-:text=Attacks%20by%20the%20M23%20rebels,suffering%20
of%20millions%200f%20Congolese accessed 20 November 2025.

#% ibid.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

5. Conclusion

L'idéologie visant les populations tutsi en République

Démocratique du Congo n’est ni un phénomène récent ni un
ensemble de préjugés isolés.
Il s’agit d'un projet historique, politique et idéologique qui a
commencé bien avant le génocide de 1994 au Rwanda mais qui a
été transformé par celui-ci. La migration des acteurs génocidaires
vers l'Est du Congo, la formation des FDLR et l'intégration de récits
exterminateurs dans le discours politique congolais ont créé un
système régionalisé de violence qui persiste aujourd’huit®.
L'idéologie anti-Tutsi fonctionne comme une technologie politique
qui organise l'exclusion, justifie les revendications territoriales et
normalise la violence. Elle est reproduite à travers les institutions
étatiques, les groupes armés, les structures communautaires et les
récits internationaux, créant un environnement global dans lequel
les civils Tutsi demeurent particulièrement vulnérables.

La violence en cours ne peut être comprise uniquement
comme un sous-produit des conflits liés aux ressources ou de
l'effondrement de l’État. Sa nature ciblée, sa cohérence idéologique
et sa continuité sur près de trois décennies révèlent une logique
plus profonde, cohérente avec une intention génocidaire. L'échec de
la communauté internationale à reconnaître, nommer ou affronter
cette intention a encouragé les auteurs et contribué à un climat
d'impunité. Pendant ce temps, les communautés tutsi continuent
de faire preuve d'une résilience extraordinaire par la préservation
culturelle, l'auto-défense locale et le plaidoyer mené par la
diaspora, maïs la résilience seule ne peut se substituer à la justice,
à la reconnaissance ou à la protection.

Pour une véritable transformation, un changement est
nécessaire dans la manière dont la violence est conceptualisée et
abordée. Reconnaître la dimension idéologique est essentiel pour
comprendre à la fois le passé et le présent. Sans confrontation des

2% Davey (n 54) 77.



** Page 47 **

LE GENOCIDE PROLONGÉ

fondements idéologiques de l'hostilité anti-Tutsi - ses origines
coloniales, ses usages politiques et ses manifestations
contemporaines - les moteurs structurels de la violence resteront
intacts. Une paix juste et durable dans l'Est du Congo exigera plus
que des opérations militaires ou des interventions humanitaires;
elle nécessitera une reconnaissance historique, une responsabilité
politique et le démantèlement des cadres discursifs qui rendent les
vies tutsi jetables.

10. Annexes

Quelques unes des centaines de cas de graves violations des
droits humains contre les communautés tutsi, banyamulenge et
hema en RDC.

Ce tableau recense de nombreux cas de violations graves
des droits humains contre les communautés tutsi, banyamulenge et
hema en République Démocratique du Congo (RDC). Il fournit des
détails tels que la date, le lieu, les victimes, les parties accusées etune
brève description de chaque incident, allant des bombardements,
exécutions extrajudiciaires, tortures et disparitions forcées
aux agressions perpétrées par des groupes armés et des forces
militaires. Le tableau met en évidence des atrocités telles que
des massacres, des lynchages et des ciblages ethniques, souvent
sans enquêtes ni reddition de comptes, et souligne la persécution
continue de ces communautés dans diverses régions de la RDC.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

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LE GENOCIDE PROLONGÉ

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DIALOGUE. Edition Spéciale



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LE GENOCIDE PROLONGÉ

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QUI POURRAIT ARRÊTER LE GÉNOCIDE
DES Rwandophones TUTSI EN RDC ?

L'auteur: Hon. Antoine Mugesera
RÉSUMÉ

et article analyse la situation des
populations Rwandophones tutsi en

République démocratique du Congo

et les violences dont elles sont victimes.

Il s'interroge sur les responsabilités des

autorités congolaises, de la communauté

internationale et des organisations régionales

face aux risques de crimes graves contre ces populations. L'auteur

met en lumière les discours de haine, les attaques et les menaces

qui pèsent sur leur sécurité. Il appelle à une action urgente pour
prévenir toute escalade pouvant conduire à un génocide.

Biographie: Hon. Antoine Mugesera a occupé plusieurs
fonctions de responsabilité dans la vie publique rwandaise. Il
a notamment été Sénateur et a siégé au sein de divers conseils
d'administration et commissions. Il est membre du Rwanda
Elders Advisory Forum et a servi dans différentes organisations
de la société civile, dont il a été le président d’Ibuka. À travers ces
fonctions, il a contribué aux initiatives liées à la gouvernance, à la
mémoire et à l'engagement civique au Rwanda.

Sur le plan académique, Antoine Mugesera est également
engagé dans la recherche et la réflexion intellectuelle. Il a participé
à des travaux et à des échanges académiques portant sur l’histoire
contemporaine du Rwanda, la mémoire du génocide etles questions
de société. Ses contributions s'inscrivent dans une démarche de
recherche, de transmission du savoir et de promotion du dialogue
académique.



** Page 58 **

DIALOGUE. Edition Spéciale

INTRODUCTION

A l'occasion du 80ième Anniversaire de l'Organisation des
Nations Unies, le 24/9/2025, Son Excellence le Président Felix
Antoine Tshisekedi de la République Démocratique du Congo (RDC)
a prononcé un discours dans lequel il a affirmé qu’«un génocide
silencieux » est en train de se faire dans son pays.

Mais il n'avait pas dit expressément sur qui est dirigé ce
génocide, car il n'est pas question que tout le peuple du Congo/
Kinshasa en soit menacé. IL a évoqué par contre des massacres
qui se sont passé ces derniers temps dans le nord de la Province
du Kivu. Pas moins de 5 jours auparavant, le 19 septembre 2025
exactement, l'Alliance Fleuve Congo (AFD/M23) avait publié un
communiqué portant à la connaissance du public national et
international que « le régime terroriste de Kinshasa a perpétré
des massacres et commis des crimes de guerre d’une extrême
gravité ». Ce Communiqué parlait de « l’épuration ethnique et de
la propagation des discours de la haine depuis Uvira » du Sud Kivu.
L'Alliance s'engageait solennellement « à protéger et à défendre son
peuple sans relâche (et) à éliminer toute menace à la source ».

Elle condamnait « avec fermeté le silence coupable et
complice de la Communauté Internationale, des Organisations
humanitaires et de défense des Droits de l’homme, qui assistent
en spectateurs au massacre de nos compatriotes ». Voilà : Il est
question de « génocide silencieux » d’une part et d'« épuration
ethnique » d'autre part. Et ce, dans un même pays. D'après ces deux
déclarations, une chose est sûre : une menace de génocide pèse sur
l'un ou l’autre groupe ethnique à l'Est de la RDC.

Nous allons dans les lignes suivantes essayer de mettre les
choses au clair. Et nous serons un peu plus précis que le Président
Tshisekedi. Le groupe menacé de génocide à l'Est de la RDC n'est
pas celui de l’une ou l’autre tribu y habitant comme celle des
Nande, des Kumu, des Nyanga, des Hunde, des Tembo, des Havu,
des Shi, des Furero, des Bembe, des Lega etc. mais bel et bien celle
des Rwandophones dits Banyarwanda tutsi et Banyamulenge.



** Page 59 **

Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

C'est sur ces deux derniers groupes que pèse une réelle
menace de génocide, et qu'à cet effet des massacres préliminaires
se sont réalisés à leur encontre comme signes précurseurs.
Nous en montrerons des signes révélateurs. Mais commençons
d’abord par remonter l’histoire de ce peuple Banyarwanda ou
Rwandophones tutsi congolais de cette région pour ensuite
montrer que certains facteurs propices au génocide à leur endroit
se sont mis progressivement en place jusqu'à ce que ce génocide
soit actuellement imminent.

1. Avant la création du Congo, des groupes Rwandophones
vivaient dans cette région.

Avant la colonisation, l'Etat Congo n'était pas encore né. Car
il n’est que la création du Roi Léopold II de Belgique, confirmée par
l'Acte général de la Conférence de Berlin du 26 février 1885.19

A l'intérieur de ses frontières actuelles, à l'Est de cet espace
exactement, dans le Kivu actuel, il y avait différentes tribus ci-haut
citées, échelonnées du Nord au Sud de cette province. Disons surtout
qu'une bonne partie de cette zone appartenait alors au royaume
du Rwanda. Ses habitants étaient donc sujets du roi du Rwanda.
Et cela depuis au moins le 18ème siècle, car avant la colonisation,
une partie du Nord-Kivu faisait partie du royaume du Rwanda et
dépendait de lui politiquement et administrativement.

C’est tellement vrai que le roi Rwabugiri y avait un troupeau
de vaches dit Imisagara, et que les restes du roi Rutalindwa du
Rwanda repose à Tongo dans cette zone. Certains affirment même
que le Roi Musinga y serait né.

2% LA RDC actuelle a porté plusieurs noms successifs suivant: Etat indépendant du Congo
(1885-1908), Congo belge (1908-1960), République du Congo / Kinshasa (1960-1964),
République démocratique du Congo (1964-1971), République du Zaïre (1971-1997),
République démocratique du Congo (1997- jusqu'à nos jours (2025)



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DIALOGUE. Edition Spéciale

1.1. Le Nord Kivu

La Partie du Nord Kivu appartenant au Rwanda correspond
grosso modo aux territoires actuels de Masisi, de Rutshuru et
de Goma. C’est à partir des années 1750 que le Rwanda les avait
conquis. Le royaume du Rwanda y exerçait son influence jusqu’au
Lac Rwicanzige baptisé Lac Edouard par la colonisation. Elle
incluait aussi une partie de Kalehe actuel du Kivu central. Jusqu'en
1923, les chefs des chefferies situées dans ces territoires étaient
nommés par le roi du Rwanda. Le cas du territoire de Rutshuru
en est l'exemple. L'histoire a retenu comme mandataires du roi
du Rwanda les nommés chefs Kabango et Nshizirungu et leurs
adjoints Ntamuhanga et Bikamiro : ils y étaient ses représentants
jusqu’à leur destitution par le pouvoir colonial en 1923. Ils y furent
remplacés par un certain Daniel Ndeze d'origine rwandaise à
Ruhengeri. Ancien planton, il sortait de prison de Stanleyville où il
avait appris le lingala et le kiswahili d'usage dans l'administration
coloniale qui l'ont aidé à monter d'échelon!”, De simple paysan, il
devint « mwami », titre qu’on a traduit improprement par « roi »
en français. Au Congo, ce terme de « mwami » est donné au chef
de tribu tandis qu'ailleurs ce de terme « roi » est donné aux chefs
d'Etat des Nations monarchiques, comme quoi tout est possible au
Congo.

1.2. Gishari: chefferie autonome des Banyarwanda

En ce qui concerne la dépendance du Rwanda de certaines
provinces de l'Est de la RDC, il en était de même de la province
de Gishari et de Kamuronsi supprimées en 1921 : elles faisaient
partie des territoires du Nord-Kivu tributaires du royaume du
Rwanda au même titre que les territoires de Rutshuru, Goma et
une partie de Kalehe et de Walikale. De même le Gishari du Nord
Kivu ne fut amputé du Rwanda qu’en 1911 en même temps que

#7 DR Gaston Rwasamanzi, Masisi et les Banyarwanda, Histoire, stigmates et espérance,
Rwasamanzi publisher, 2025, p.28-29.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

le Bwishya, Jomba, Kamuronsi, Byahi et Ile Idjui*#. La nouvelle
chefferie de Gishari et Kamuronsi fut confiée cette année par les
autorités belges à un certain André Kalinda de la tribu Hunde mais
elle resta considérée comme dépendante du Rwanda!°”.

Même après la colonisation la chefferie comme le Gishari
peuplée majoritairement de Banyarwanda était parfois appelée «
chefferie des Banyarwanda ». Il avait même été officiellement prévu
en 1936 la création de deux chefferies Banyarwanda indépendantes
des autorités indigènes du Kivu : le Gishari en territoire de Masisi et
le Bwito en territoire de Rutshuru!!°. Le Gishari sera effectivement
constitué en une chefferie indépendante en septembre 1940. Il était
appelé « chefferie automne des Banyarwanda ». Son premier chef
désigné fut Joseph Biderit!1. Il y avait eu avant lui les batware ou
mandataires du roi du Rwanda dont entre autres Ntazimira qui fut
un des grands généraux du roi Kigeli VI Rwabugiri et Nyirimigabo
son cousin et commandant de bataillons. Il aura ensuite les chefs
Semugeshi, Rwubusisi et le dit chef Bideri, tous rwandais y nommés
avec l'accord du roi du Rwanda pendant la colonisation7!??.

Wilfrid Bucyanayandi, fils de Rwidegembya et petit fils
de Ntazimira, y sera aussi nommé chef par le pouvoir colonial
en 1939 mais sans que le Roi Rudahigwa ait été consulté. Ce
Bucyanayandi, dit simplement Bucyana, n'était pas en bons
termes avec le roi Rudahigwa à qui, encore simple prince, il aurait
lancé le célèbre dicton » Niwima nzimuka » (si tu deviens roi, je
quitterai le Rwanda). Le dernier mandataire du Roi du Rwanda
dans cette région s'appelait Rulenga (ou Lurenga) et prévenait
du clan des Abasinga. IL y eut aussi un certain Ntamuhanga du
clan des Abungura déposé par la colonisation au début du 20ième

2% Dr. Gaston Rwasamansi, op. cit. p.48.

2% Idem, p.29.

“9 Aloys Tegera Buseyi, Les Banyarwanda du Nord-Kivu (RDC), Histoire d'un groupe
transfrontalier au XXe siècle, L'Har- mattan, 2021, p.221.

#3 Idem, p.223.

42 Dr. Gaston Rwasamanzi, Masisi et les Banyarwanda, Histoire, Stigmates et Espérance,
Rwasamanzi publisher 2025, p.26 et p. 34



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@Z> DIALOGUE Edition Spéciale

siècle. Ces deux derniers étaient hutu. Par contre le chef Kabango
mandataire du Roi du Rwanda au Busanza était tutsi du clan des
Basinga. Ce fut le cas aussi de Rugaju, cousin du Roi Rwogera, et
qui fut le premier mandataire du roi du Rwanda dans la région des
volcans (Bwisha). Il était du clan des Abega!#3,

1.3. Le Nord Kivu était gouverné par le Roi du Rwanda

Disons donc, à partir des exemples cités, qu'avant la
colonisation belge et durant une bonne partie de cette dernière le
Mwami du Rwanda, représenté par ses mandataires, avait autorité
sur une partie du Nord Kivu et y exerçait le pouvoir à travers ses
Abatware (délegués), aussi bien Hutu que Tutsi. L'Histoire a retenu
certains noms d’entre eux. Avec la colonisation belge, il y aura
progressivement suppression de chefferies banyarwanda du Nord
Kivu dirigées par les mandataires du roi du Rwanda!!#, La même
suppression sera faite au Sud Kivu chez les chefs Banyamulenge
qui, de ce côté-là, n'étaient pas mandataires du Roi du Rwanda. La
colonisation créera ses propres structures de commandement dans
lesquelles le roi du Rwanda aura de moins en moins de pouvoir
du simple fait que les habitants de cette région n'étaient plus
considérés comme ses sujets.

2. La Colonisation a créé des structures à problèmes

Disons grosso modo que dans le Congo colonial et post colonial il
s'y est trouvé trois catégories de Rwandophones. Il y eut :

- La catégorie de Rwandophones dits Banyarwanda que la
frontière coloniale avait mis d'office dans cette nouvelle entité dite
Congo belge. Ils y habitaient avant cette frontière, ils y sont restés
avec elle. Appelons-les «les Banyarwanda originaires ».

13 Aloys Tegera Buseyi, Les Banyarwanda du Nord-Kivu (RDC), Histoire d'un groupe
transfrontalier au XX siècle, L'Harmattan, 2021, pp.55, 62, et p.69
24DR Gaston Rwasamanzi, op. cit. p. 30



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

- La deuxième catégorie de Banyarwanda amenés dans cette
nouvelle entité dite Congo belge est composée de « transplantés
»: Ils étaient initialement de véritables sujets du Rwanda, habitant
à l'intérieur de ses frontières actuelles, amenés au Congo Belge
par le pouvoir colonial comme main d'œuvre dans les plantations
coloniales et les chantiers miniers. Les plus nombreux ont été
principalement « plantés » au Nord Kivu. Mais il en eut qui iront
jusqu’au Katanga à Kipushi et Koluwezi. C'était officiel : des sujets
rwandais étaient extraits de leur pays et mis au service du Pouvoir
colonial qui les utilisait comme main d'œuvre au Congo belge. Le
roi du Rwanda n'y pouvait rien faire : il était devenu un simple
subalterne du pouvoir colonial.

Dans le Congo post colonial, Il y eut la troisième catégorie
de Banyarwanda qui sont allés chercher refuges au Congo
indépendant. Ce sont les réfugiés de 1960-1966, de 1972-1973 et
ceux de 1994. Une fois la paix retrouvée au Rwanda, ces réfugiés
sont pour la plupart rentrés dans un grand retour mémorable
dans leur pays natal après le génocide des Tutsi en juillet 1994 à
l'exception de ceux parmi eux qui, pour une raison ou une autre,
ne sont pas revenus. Parmi ces derniers figurent des génocidaires
impénitents et opposés au régime actuel de Kigali. Ils ont préféré
s'allier au régime congolais contre le pouvoir post-génocide du
Rwanda et poursuivre leur idéologie.

Toutes ces gens - Banyarwanda originaires, transplantés
et réfugiés non rentrés-portent le même nom de Banyarwanda,
ce qui signifie littéralement « ceux du Rwanda ou habitants du
Rwanda ». Et cela crée une certaine confusion entre population
de culture rwandaise habitant au nord Kivu d'une part et citoyens
de nationalité rwandaise d'autre part. Or des populations peuvent
avoir une même culture et parler la même langue tout en étant de
nationalités différentes. C’est le cas des populations Rwandophones
dites Banyarwanda de la RDC de la première et deuxième catégories
et ceux du Rwanda. Ils portent le même nom sans partager la
même nationalité. Cette confusion pénalise des fois les citoyens
congolais qui portent le nom de «Banyarwanda», nom qui leur



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DIALOGUE. Edition Spéciale

est officiellement reconnu'#. Leurs détracteurs en profitent pour
crier haut et fort qu'ils ne sont pas de vrais citoyens congolais. Ils
les renvoient dans ce qu'ils appellent « leur mère-patrie » qu'est le
Rwanda alors qu’ils sont d’authentiques citoyens congolais.

Du reste, le cas de ces Banyarwanda de la RDC n'est pas
unique: la frontière coloniale a divisé certaines ethnies de la RDC
avec l'Angola, le Congo Brazza et le Centrafrique. C’est dire que ce
qui a été fait en termes de partage frontalier entre le Rwanda et le
Congo belge n’est pas une exception. Alors quoi ?

Pourquoi les Banyarwanda du Nord Kivu, principalement
Tutsi seraient-ils dits étrangers à ce pays ? Les Banyamulenge
sont-ils Rwandais parce qu'ils parlent le Kinyarwanda alors qu'ils
habitent cette région bien avant la création du Congo belge et qu'ils
n'ont même pas été sujets du roi du Rwanda depuis qu'ils vivent là
au 17-18ème siècle ? Absolument non, jamais la langue ne confère
la citoyenneté. La terre ici et là comme aux USA peut le faire, mais
ailleurs seule la loi confère le droit à la nationalité. Aujourd'hui les
Rwandophones de la RDC ont de sérieux problèmes de nationalité,
y compris les Banyamulege du Sud Kivu qui n'ont jamais été sujets
du royaume rwandais.

3. Avec les Banyamulenge, le problème s’est transformé en
réelle menace de génocide

Avec les Banyamulenge le problème qui devait être simple s’est
compliqué : il n'y a pas eu de ce côté-là des « transplantés ». Les
Banyamulenge forment une population rwandophone habitant
initialement dans cette région bien avant la colonisation belge,
donc bien avant 1885. Normalement, ils ne devraient pas avoir
de « problème de nationalité ». Mais hélas, il y a eu amalgame,
confusion et mauvaise foi de toute sorte jusqu'à ce qu'ils soient

Ce dans ce sens que Jean-Claude Willame a écrit un livre intitulé « Banyarwanda et
Banyamulenge, Violences ethniques et gestion de l'identitaire au Kivu », Cahiers
africains, Zaire, Années 90, Volume 6, n° 25, L'Harmattan, 1997



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

eux-mêmes appelés « des Tutsi Rwandais dits Banyamulenge ». En
réalité, ils ne sont pas rwandais pour un sou quoiqu'ils en vivent la
culture.

3.1. Les Banyamulenge, un peuple congolais à part entière

En effet, la population dite aujourd’hui « Banyamulenge »
habite la région de Fizi, Uvira, Mwenga et le plateau d'Itombwe
depuis au moins le 17e-18e siècle. L'abbé Alexis Kagame les y
met depuis le règne de Yuhi Gahindiro (1746-1802). D'autres
auteurs avancent des dates antérieures ou postérieures. En fait,
ces populations y sont allées par vagues successives. Elles se sont
installées aussi bien sur les hauts plateaux de Minembwe que dans
les environs de Fizi, Uvira et Mwenga. Elles proviennent aussi
bien du Rwanda que du Burundi et même de la Tanzanie. Ce n'est
qu’en globalisant abusivement que tous sont dits Banyarwanda
dont ils parlent la langue et pour certains d'entre eux en ont une
lointaine ascen- dance. La colonisation leur a donné plusieurs noms
comme par exemple « Tutsi d'Itombwe », « pasteurs d’Itombwe »,
les « Rwanda- Burundi », « les Rwanda », les « Banyarwanda »
ou « immigrés rwandais», pour finalement être identifiés comme
«Banyamulenge», nom qu'ils auraient adopté dans les années 1966
- 1967 pour se dissocier des réfugiés rwandais de cette époque,
Ils n’ont jamais voulu s'amalgamer avec les réfugiés Tutsi dont ils
parlent la langue.

Mais à proprement parler, les Banyamulenge n'ont jamais
formé « de tribu » de ce nom avec chefs coutumiers comme on
en trouve dans les tribus du Kivu en RDC. Ils n'ont jamais eu de
mwami (roi) exerçant l'autorité et le commandement sur eux.
Pas de représentants mandataires du roi du Rwanda sur leur
territoire, et il n'y a jamais eu de mwami Munyamulenge issu de
l'un ou l’autre de leurs clans. Les habitants restèrent libres dans
leurs organisations claniques et familiales en dehors du Rwanda
dont pourtant ils partagent la même culture et la soi-disant

M6Colette Braeckman et al, op. cit. 35.



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@Z> DIALOGUE Edition Spéciale

morphologie. Ces deux éléments -culture et morphologie- les
desservent aujourd’hui car ils sont pris et considérés comme de
vrais Rwandais, et persécutés en tant que tels comme n'importe qui
parmi les Rwandophones tutsi de la RDC. Ils luttent de toutes leurs
forces pour garder leur citoyenneté congolaise qui des fois leur est
reniée.

3.2. Le pouvoir traditionnel des Banyamulenge et son
démantèlement

Traditionnellement les Banyamulenge vivaient principalement
sous autorité des chefs de clans. Ils partagentuniquement entre eux
une seule et même langue et culture orientées vers le pastoralisme
bovin. Sous la colonisation, les Banyamulenge avaient eu une
collectivité propre à eux de 1891 jusqu’à sa suppression en 1933.
Ils avaient jusque-là des chefferies et des sous-chefferies qu'ils
dirigeaient eux-mêmes mais qu’ils ont perdues cette année parce
que certains de leurs chefs s'étaient opposés à ce que les colons
belges s’approprient la terre de leur pâturage. C'est à partir de ce
moment que le pouvoir colonial démembra leurs chefferies. C'est
depuis lors que la collectivité de Banyamulenge fut divisée en petits
morceaux confiés aux responsables des tribus des Fulero et Bembe
plus accommodants à l'égard du pouvoir colonial.

La création des chefferies coutumières au Congo Belge fut de
facto source d'exclusion des uns par les autres. Leur destruction au
Sud comme au Nord Kivu alors que c’est sur elles qu'on se fondait
pour attribuer implicitement la citoyenneté congolaise laissa les
Rwandophones congolais sans référence de base . Ils étaient en
l'air dans un pays où la tribu comme entité politique était devenu
incontournable car quiconque n'avait pas une origine d’une de ces
chefferies était considéré comme étranger en RDC. Ce fut le cas de
ces Rwandophones dont les chefferies avaient été détruites par la

colonisation! ”.

47 Note nous communiquée aimablement par Munyampenda Jean en date du 21/12/
2025.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

Le deuxième problème des Banyamulenge est né après
l'indépendance avec la rébellion muléliste (1963 à 1966) qu'ils
ont combattue alors que les tribus voisines la soutenaient. A cette
époque en effet, les Banyamulenge se rangèrent du côté de l'Armée
Nationale Congolaise (ANC) contre cette rébellion. Pour la première
fois ils entrèrent en conflit ouvert avec leurs voisins avec lesquels
ils avaient vécu plutôt en bons termes jusque-là.

Les politiciens Bembe, Fulero et Vira comme pour les
fragiliser commencèrent à les traiter de tous les noms.

Les Banyamulenge furent accusés de tous les péchés du
monde. On les reprocha d’avoir inventé « le nom Banyamilenge»
pour mieux dissimuler leur véritable identité de « Rwandais».
Certains auraient même plus tard épousé la cause de l'Armée
patriotique rwandaise des Inkotanyi. De jeunes Banyamulenge
auraient rejoint ses rangs et combattu au côté d'eux. Ceux qui
n'ont pas combattu auraient cotisé pour leur appui. On déterre
des listes des Banyamulenge qui seraient rentrés au Rwanda après
la victoire du FPR. On leur prête « un retour massif dans leur soi-
disant pays natal ». Un membre de la Commission dite Vunga les
rejeta et proclama à son tour qu'il n’y a jamais eu aucune trace de
l'ethnie Banyamulenge dans le répertoire des tribus du Zaïre! «
Ce sont, précisa-t-il, des Tutsi venus du Rwanda en 1964 »!!°. En
basse politique, le mensonge même grossier comme celui-là peut
être rentable : il est à l'oeuvre en RDC actuellement.

3.3. Début des persécutions politiques des Banyamulenge

Des personnalités politiques Banyamulenge sont refusées
de se représenter à leur postes politiques alors qu’à l'Indépendance
ils avaient eu des représentants au Parlement. On va jusqu'à
contester leur droit aux évêques d'expression Kinyarwanda comme
Messeigneurs Gapangwa et son collègue Kanyamacumbi et même
Ngabu de tribu Hema. Par contre certains évêques du Kivu,

“8Eulode Boissonnade, op. cit. p.345.
2 Idem, p. 345.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

Mgr Emmanuel Kataliko en tête, s'en prennent aux Tutsi congolais et
épousent la cause des extrémistes anti tutsi’*, Les chefs coutumiers
en rajoutent. Les Mutuelles tribales entrent en danse et font de la
chasse aux Tutsi. Au moins 18 groupes armées opèrent dans cette
région de l'Est de la RDC. Les Associations civiles s'en mêlent à leur
tour et jettent de l'huile sur le feu. Par exemple les Associations
Bucong et Lubunga du Sud Kivu, voulant parler de Banyamulenge,
emploie au moins une trentaine de fois l'expression « Tutsi rwandais
dits “Banyamulenge” » dans un document de 9 pages!21.

Cette expression « Tutsi rwandais dits “Banyamulendge” »
revient constamment. On veut souligner qu'ils sont d'abord Tutsi,
ensuite Rwandais et enfin porteurs du nom de “Banyamulenge”
qu'ils se seraient donné pour camoufler leur véritable identité
de Tutsi rwandais. Eux se battent pour leur droit de citoyenneté
congolaise mais le Gouvernement de Kinshasa ne veut pas en
entendre parler, au contraire il les traite de véritables rwandais qui
seraient le fer de lance de l'APR rwandaise, devenue RDF (Rwanda
Defence Force) en juin 2002. Ils sont persécutés et tués comme tels.
Il n'y a plus de doute : l'idéologie raciste a gagné la partie. Elle fera
de terribles dégâts et c’est ainsi qu'environ 300 Rwandophones
dont de nombreux Banyamulenge ont été massacrés à Kinshasa.

Ces derniers ont été réduits à une ethnie « fantôme » alors
qu'ils comptent au moins parmi les 400.000 personnes implantées
au Kivu depuis plus de trois siècles’? Ils ont aussi été aussi appelés
juifs d'Afrique »'#.

idore Ndaywel à Nziem, op. cit. p.617

Manassé (Müller) Ruhimbika, Les Banyamulenge (Congo-Zaire) entre deux guerres,
L'harmattan, 2001, pp.250- 258. Ce Ruhimbika a fait partie du groupe de Banyamulenge
promoteurs du mouvement politique dit Forces Républicaines fédéralistes se
désolidarisant aussi bien de Kabila que du Rwanda qu'il accuse de vouloir instrumentaliser
les Banyamulenge. Ce groupe sous la direction du Commandant Masunzu a combattu
RCD/Goma. Voir : Isidore Ndaywel è Nziemn, op. cit. p.617.

1 Euloge Boissonnade, Kabila clone de Mobutu ? Editions Moreux, 1998, p.237-238

23 Idem, op. cit. p.311



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

3.4 Série de massacres répétitifs et autres Rwandophones
congolais

Les Banyamulenge seront régulièrement victimes de massacres
comme :

+ En 1996 où les Bembe en collaboration avec les FAZ
(Forces Armées Zaïroises) “ont tué de centaines de
civils Banyamulenge. En octobre de cette année, le Vice-
gouverneur du Sud-Kivu Lwasi Ngabo Lwanbaji donne une
semaine de 200.000 à 500.000 Banyamulenge pour quitter
le pays!?°

+ En2017 et 2019, plus de 140 villages des Tutsi congolais et
Banyamulenge ont été incendiés au Sud-Kivu et ailleurs.

+ En 2004, environ plus de 160 réfugiés Banyamulenge à
Gatumba au Burundi ont été massacrés.

+ En 2020 jusqu'en nos jours en 2025, les Wazalendo alliées
aux FDLR, aux FARDC et aux Forces armées burundaise
s'attaquent aux Tutsi du Sud-Kivu dits Banyamulenge. Un
véritable génocide pèse sur ces derniers.

Les Associations de défense des droits de l’homme comme le
HR. W. et la société civile des Hauts Plateaux de l’Itombwe ont déjà
sonné l'alarme pour que la Communauté Internationale intervienne
avant que ce ne soit trop tard car il y a ce que l'AFC/ M23 appelle
déjà « un génocide en cours ». La situation est grave.

3.5. Tentative de légitime défense actuelle face au dramatique
rejet permanent

Ces Banyamulenge cherchent aujourd’hui comme ils l'ont
toujours fait à défendre leur droit de citoyens congolais à part
entière mais malheureusement ils luttent en ordre dispersé.

“L'armée congolaise a porté plusieurs noms : Force publique sous la colonisation, Armée
Nationale congolaise entre 1960 et 1971, Forces Armées Zaïroises (FAZ) sous Mobutu
(1971ET 1997) et Forces Armées de la RDC ( FARDC) depuis 1997.

2% Colette Braeckman et al, op. citp.103



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DIALOGUE. Edition Spéciale

Certains s'accrochent à tout prix au Gouvernement central
congolais qui parfois les rejettent durement. A maintes reprises
principalement en 1998, sous l'instigation de Monsieur Yerodia
Abdoulaye Ndombasi, ancien ministre des affaires étrangères
de la RDC, le gouvernement a massacré de jeunes tutsi congolais
à Kinshasa comme il en fut le cas cette même année pour 120
jeunes recrues militaires tuées par balles dans les hangars de la
base militaire de Kamina comme celles de Lubumbashi. Ces jeunes
recherchaient à intégrer le système militaire congolais duquel ils
furent rejetés jusqu’ à ce qu'ils soient sauvagement liquidés. Il y avait
partout lynchage de toute personne dont l'apparence physique se
confondait avec celle dite d’un Tutsi. Mais certains Banyamulenge
restent toujours accrochés au service de ce Gouvernement qui les
refuse. Le cas tout récent du général Gasita, chassé dernièrement
d’Uvira par les miliciens Wazalendo de ce régime alors qu'il était
venu servir le même Gouvernement qu'eux est révélateur. Ce général
Munyamulenge a voulu servir les intérêts du régime Tshisekedi
mais Il a été refusé et chassé par les milices du même régime à cause
de ce qu’il est et non de ce qu'il a fait. C’est du racisme pur et dur
et c'est signe irréfutable de rejet. Le cas du général Masunzu- autre
Munyamulenge- aujourd’hui accusé de haute trahison va dans le
même sens comme il y en avait été le cas en 1998 où plus d'une
centaine de recrues Banyamulenge avait été massacrée. Masunzu
serait aujourd’hui rehabilité contre ses frères.

D'autres Banyamulenge se sentant exclus par leur gouvernement
ont combattu aux côtés de l'AFDL'%$ et sont aujourd’hui avec l'AFC/
M23.

## LActe Fondateur de l'Alliance des forces démocratiques pour la Libération du Congo
(AFDL) (Congo-Zaïre) date du 18 octobre 1996 à Lemera (Sud-Kivu). Il comprend 5
articles dont le 3ième désigne son porte-parole en la personne de monsieur Laurent
Désiré Kabila. Elle comprend quatre organisations : Le parti de la révolution ( populaire
(PRP) de L. D. Kabila, le Conseil national de résistance pour la Démocratie (CNRD) du
Général André Kisase Ngandu, le Mouvement révolutionnaire pour la Libération du
Zaïre (MRLZ)de Masasu Nindaga ( Parti de Banyamulenge) et l'Alliance démocratique
pour le peuple (ADP) de Déogratias Bugera et Bizima Karaha) Résistance. Voir : Colette
Braeckman et al, op. cit. p. 70.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

Il y en a aussi d’autres qui ont recherché refuge au Burundi d'où
ils sont renvoyés ou sacrifiés. Les massacres de Gatumba en 2004
au Burundi qui ont touché les réfugiés Banyamulenge l'ont montré
et ont révélé l'intention génocidaire du gouvernement de Kinshasa
sur les Tutsi : les poursuivre jusque dans un pays étranger pour
purifier toute cette région du Sud Kivu et ses environs de tout Tutsi
et, plus tard, nettoyer le Masisi et Goma de Rwandophones tutsi!??.
Le même scenario s'était passé au Rwanda à l'Université adventiste
de Mudende le 18 août 1997 où environ 150 réfugiés congolais
tutsi du Nord Kivu avaient été liquidés par les FDLR appuyées par le
Gouvernement Zaïrois. Il y en a enfin qui ont cherché refuge ailleurs
au Rwanda. Tous se réfugient ici et là parce que la RDC leur dénie la
citoyenneté. Pourquoi donc ce rejet permanent ?

4. Le Cas des Rwandophones du Nord Kivu

Avec l'éruption de la rébellion muléliste, contrairement
aux Banyamulenge du Sud-Kivu qui avaient été du côté des Forces
Armées Zaïroises (FAZ), tous les Tutsi du Nord et du Kivu central
étaient accusés au Gouvernement central de Kinshasa d’être
partisans de cette rébellion. L'ordre fut même donné en 1964
de faire tout le possible pour neutraliser ces alliés des rebelles
mulélistes-simba. 11 s’en suivit une grande cruauté dirigée contre
les Tutsi du Nord Kivu qui dura de 1964 à 1965. Il y eut meurtres,
pillages, rafles et tortures dirigés contre les Banyarwanda’#.

Un mouvement de résistance naquit au Nord Kivu princi-
palement au Masisi. C'était un mouvement de contestation du
pouvoir traditionnel hunde sur les populations banyarwanda
principalement tutsi du territoire de Masisi'?.

#7 E. Tommy Tambwe Ushindi W, Congo-Kinshasa, La République des erreurs etla stagnation
d'un Etat 1990-2015, Leadership Editions, 2015, p.379

# Gaston Rwasamanzi, op. cit. p. 166.

2 Dr. Gaston Rwasamanzi, Masisi et les Banyarwanda, Histoire, Stigmates et Espérance,
Rwasamanz publisher, 2025,pp. 49 et 148.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

Une lutte acharnée s’engagea par les BanyarwandaTutsi contre les
tribus Nande et Hunde. Malheureusement, la fraction composée
de Rwandophones hutu, influencée par le pouvoir de Kayibanda à
Kigali craignant les « Inyenzi », se sépara des Tutsi du Nord Kivu et
se bâtit du côté des Hunde et Nande contre les Rwandophones tutsi
dans ce qui est connu sous le nom de « la guerre de Kanyarwanda
» qui dura de1963 à 19651%, Il était reproché aux Tutsi du Nord
Kivu d’être du côté des rebelles lumumbistes car leurs élites
étaient proches du Parti Cerea d’un lumumbiste du nom d'Anicet
Kashamura!!. Soutenir la rébellion muléliste combattant le
Président Mobutu avait été considéré comme un crime de lèse-
majesté. Le Premier Ministre Tshombe sortit un ordre en 1964 de
neutraliser tous les alliés des rebelles mulélistes. La gendarmerie
du Nord Kivu composée principalement de Nande, de Nyanga et
de Hunde en profita pour procéder au massacre des Tutsi de cette
région à commencer par l'élite Tutsi (enseignants, commerçants,
politiciens etc.).Les autorités provinciales du Nord Kivu ytrouvèrent
l'opportunité d'éliminer les Rwandophones tutsi.

Du côté du Kivu central aussi, l'apparition de la rébellion
muléliste combattant le pouvoir de Kinshasa avait bénéficié de
l'appui des réfugiés Batutsi au Kivu. Leurs dirigeants provenant
du Parti UNAR auraient conclu un accord de collaboration avec
Soumialot dirigeant de cette rébellion. Ce serait à partir de cet
accord qu'un certain Mudandi!*?, chef d'un des groupes dits

159 Il aura un second « Kanyarwanda » plus tard au Masisi et Walikale entre 1991 et 1993. Les
milices nande, hunde et nyanga connues sousle nom de Mai-Mai et Bangilima s'attaqueront
auxHutuetTutsi dunord Kivu etil y aura plusieurs victimes chezles Banyarwanda avec plus
de 300.000 déplacés. Cet affrontement aurait pu continuer s'il n'y avait pas eu l'immense
flux des réfugiés rwandais de 1994 qui fit craindre aux « autochtones » du Kivu que leurs
terres allaient constituer un grand « Hutuland » ou « unmini-Etat hutu » (comme l'appelait
Marie -France Cros) à leurs dépens d'autant plus que ces réfugiés étaient soutenus par
Mobutu. Voir : Colette Braerckman et al, op. cit. p42. et p.98.
Note nous communiquée aimablement par Munyampenda Jean en date du 21/12/2025.
1 Ce Mudandi avait été même soupçonné d'avoir tué un certain Preziosi représentant
du HCR dans ce camp et qui s'opposait à l'entrée de réfugiés dans cette rébellion pour.
laquelle ils étaient pris comme adhérents ou sympathisants. Sa mort fut suivie par
l'arrestation de nombreux Tutsi du Kivu Central.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

Inyenzi rwandais, commença à y recruter de jeunes réfugiés tutsi
principalement dans le camp de réfugiés de Chiminunu dans
la chefferie du mwami Ferdinand Bisimwa Nyakalonge près de
Bukavu. Ils étaient considérés comme combattant le Gouvernement
de Kinshasa contre lequel luttait la rébellion muléliste. Il y eut donc
ici aussi persécution des Tutsi réfugiés au Kivu Central et certains
d’entre eux furent même massacrés dont un certain Muyango!#.
La rébellion muléliste eut des répercutions graves aussi
bien sur les Rwandophones tutsi du Nord Kivu que sur les
Banyamulenge du Sud Kivu. Et quandil sera question du programme
«d'identification des nationaux», les autorités locales, gardant
rancune, refusèrent d'y intégrer ces deux groupes de Tutsi du Sud et
du Nord Kivu. Ils furent progressivement exclus de leur nationalité.
Ils étaient sciemment confondus tantôt avec les immigrés rwandais
et tantôt avec les Rwandais tout court sans avoir été pour les
Banyamulenge les sujets du Roi du Rwanda ni avoir jamais eu la
nationalité rwandaise depuis qu'ils vivent dans le Sud Kivu.

5. Le Problème est politique

Le rejet de ces Rwandophones tutsi congolais par leur propre
Gouvernement n’est pas dû à leur nom de « Banyarwanda » ni à
leur culture toute rwandaise mais principalement à la politique
d'exclusion à leur égard. Car depuis l'indépendance du Congo
RDC, il a manqué dans ce pays une véritable politique inclusive
cherchant à intégrer tous ses citoyens y compris ceux de culture
rwandaise, Cette politique d'exclusion portée contre une partie
ethnique ciblée de ses citoyens a causé d'immenses souffrances et
fait craindre d'ores et déjà le pire que serait le génocide des Tutsi
congolais imminent depuis quelque temps. Une question se pose:

# Ce dernier est probablement de la famille de feu Claver Muyango bien connu à Kigali

avant 1990 et dont la famille vit aujourd'hui à Nyamirambo (Kigali.Tous les deux
Muyango semblent être de la même famille des Abega dits Abakagara et Abaruranga.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

Pourquoi le Congo/RDC refuse-il donc leur droit de nationalité
aux Rwandophones Tutsi congolais y installés même bien avant la
colonisation ou durant cette pauvre dernière ? Pourquoi certains
d’entre eux, dits tutsi, sont-ils même menacés de génocide ? Ce n’est
pas un problème d'espace : Le Congo est immense. Chacun peut
habiter où il veut comme beau lui semble. Ce n’est pas non plus un
problème de manque de ressources : le Congo n’en a que faire. Tout
citoyen congolais pourrait en bénéficier si elles étaient bien gérées
comme cela se fait ailleurs avec la manne pétrolière. Il est anormal
que la RDC possédant autant de ressources minières soit parmi les
pays les moins riches de la planète.

Ce n’est pas non plus un problème de frontières mal tracées
ou non : aussi bien au Nord qu’au Sud, à l'Ouest comme à l'Est de la
RDC, il y existe des mêmes tribus ou ethnies de part et d’autre des
frontières coloniales et qui n’ont pas de problèmes de nationalités
comme il en est le cas avec les Rwandophones tutsi du Nord Kivu.
Il existe des Ngwandi aussi bien en RDC qu'au Centrafrique, des
Bateke en RDC etau Congo Brazza, des Bakongo en Angola eten RDC
et j'en passe. La frontière coloniale a divisé ces peuples, le cas des
Rwandophones tutsi de la RDC n’est pas unique mais ces derniers
sont actuellement les seuls à être pourchassés pour différentes
raisons qui n’ont rien à voir avec la frontière prise comme prétexte.

C'est un problème de racisme dirigé par un leadership
politique incompétent et non intégrateur. Il est imbibé de racisme
anti tutsi violent. Le Congo est pauvre sinon malade en son
leadership contaminé de cette idéologie raciste. D'ores et déjà, les
Rwandophones congolais tutsi pressentent le pire et cherchent à
s’allier parfois à certains gouvernements des pays voisins pendant
que le Gouvernement de Kinshasa se fait aider par des pays de la
Communauté de développement d'Afrique Australe (SADC).

Ces Rwandophones tutsi alliés à ces gouvernements ont mené
au moins cinq guerres pour la défense de leurs droits. Il s'agit de:

-1) la rébellion de l'AFDL de septembre 1996 à mai 1997, -2) la
guerre de RCD d'août 1998 à octobre 2002 contre Joseph Désiré



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

Kabila, - 3) la guerre du CNDP (Congrès National pour la défense
du Peuple) de juillet 2006 à mars 2009,- 4) La première guerre de
M23 d'avril 2012 à 2014, -5) la deuxième guerre de l'AFC/M23 de
2023 à nos jours.

Nous en parlerons encore un peu plus loin mais il est d'ores
et déjà clair que toutes les guerres passées n'ont rien résolu, il est
toujours question de Rwandophones tutsi congolais qui réclament
leurs droits bafoués. Leur survie est suspendue à un fil tenu dont
l'issue est incertaine : tout dépendra des rapports de force en
présence. Pour eux, le droit le plus menacé fut longtemps celui
d'obtenir la nationalité congolaise mais, avec le temps, le droit à la
vie devient de plus en plus prioritaire car les Rwandophones tutsi
congolais sont actuellement en danger d'être exterminés.

6. De la victimisation des Rwandophones par les lois leur
refusant la nationalité

Il y a eu cacophonie dans l'octroi de la nationalité congolaise aux
Rwandophones congolais en général et aux ressortissants du
Rwanda-Burundi en particulier. Depuis la colonisation jusqu’à nos
jours il y a eu une dizaine de textes de lois régissant la nationalité
congolaise dont certains d’entre eux reniaient carrément la
nationalité aux Rwandophones congolais . En voici les principaux
textes comme le rappelle si bien Aloys Tegera Buseyi!%:

- Le décret du 27 décembre 1892 n'excluait personne. On
était congolais par naissance sur le territoire congolais, par
naturalisation, par présomption de la loi et par l'option. Même
l'enfant né d'un étranger sur le sol du Congo pouvait vite requérir
la qualité de congolais. Quelques jours avant l'indépendance, la loi
du 23/3/1960 votée par le Parlement Belge n'accordait le droit de
vote qu'aux Congolais et seulement aux ressortissants du Ruanda-
Urundi résidant au Congo qu’au moins depuis 10 ans accomplis.
Les transplantés des années 1950-1960 étaient donc exclus.

1% Aloys Tegera Buseyi, Les Banyarwanda du Nord Kivu (RDC), Histoire d'un groupe
transfrontalier au XXe siècle, L'Harmattan, 2021, pp.331-351.



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Æm% DIALOGUE Edition Spéciale

La Loi fondamentale du 19/5/1960 maintint en vigueur toutes les
dispositions légales lui léguées par le Pouvoir colonial c’est-à-dire
avec ses lacunes précédemment évoquées. La Constitution mise en
place le 1/8/1964 admit le principe d’une nationalité congolaise «
une et exclusive » qui n’est attribuable qu’à une personne dont un
des descendants est ou a été membre d’une des tribus y établies
avant le 18/10/1908. Cette Constitution gardait le silence quant
aux ressortissants du Rwanda-Burundi dont les enfants nés au
Congo étaient d'office congolais en application du décret royal de
1892. C'était une faille. C'estainsi que lors de l'attribution des cartes
d'identité pour citoyens congolais, les ressortissants du Rwanda
résidant au Masisi en furent exclus sous prétexte qu'ils n'étaient
pas des citoyens congolais.

L'Ordonnance Loi n°71-020 du 26/3/1971 reconnut que
« les personnes originaires du Ruanda-Urundi établies au Congo
à la date du 30 Juin 1960 sont réputées avoir la nationalité
congolaise à la date susdite. Mais il était encore une fois dit que
les transplantés dans les années 1950-1960 étaient exclus de ce
droit. Ils perdaient leur citoyenneté et devenaient d'office citoyens
de seconde zone ou apatrides. Pire, la Loi n° 81-002 du 29/6/1981
dont l'option fondamentale était le jus sanguinis remit en question
tous les acquis des ressortissants du Rwanda-Burundi en matière
de nationalité. Elle stipulait qu'est congolais d'origine celui qui est
membre d’une des tribus établies au Congo dans ses limites du
1/8/1885. Elle déstabilisa même les personnalités aussi influentes
que Rwakabuba Shinga qui était membre du Comité Central du
MPR. Cette loi rejeta en plus l'acquisition collective de la nationalité
congolaise aux ressortissants du Rwanda et du Burundi. Les cartes
d'identité leur octroyées antérieurement étaient déclarées nulles et
non avenues.

Lorsqu'en 1981 le gouvernement zaïrois règlementa l'octroi
de la nationalité, les Banyamulenge, pris et considérés comme «
des étrangers », furent eux-aussi exclus d'office, et la nationalité
congolaise leur fut refusée. On voulait les effacer de la mémoire et
de leur identité collective. C'était une façon de leur renier le droit



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

à l'existence légale dont ils n'avaient plus aucune identité. Le
Parlement provinciale du Kivu alla jusqu'à voter en avril 1991
une résolution qui demandait l'exclusion du Territoire zaïrois de
personnes d'expression rwandaise, y compris celles qui y vivaient
depuis des siècles comme les Banyamulenge qui ne furent pas
recensés comme des autochtones. Ces derniers ne faisaient pas
partie de ceux qui étaient identifiés comme des nationaux. Ils ne
pouvaient et ne devaient qu'être des « immigrés rwandais ».

Les Banyamulenges et tous les Banyarwanda du Nord Kivu
refusèrent d’être pris ni comme des « immigrés ni comme « des
rwandais ». Ils rejetèrent l’amalgame entre d’une part être Rwando-
phones vivant au Congo avec, et d’autre part, les réfugiés rwandais
et burundais ou autres immigrés venus depuis les années 1960
jusqu’à ce jour. La Constitution du 4/4/2003 revint à la nationalité
congolaise « une et exclusive ». L'Assemblée nationale en date du
22/9/2004 releva que la nationalité rwandaise ne se perd pas et
qu’une telle disposition constituait un précèdent fâcheux pour les
immigrés banyarwanda car ils pourraient de ce fait acquérir une
double nationalité alors que la loi Congolaise ne l’admet pas. Par
contre la Constitution du 18/2/2006 ne reconnaissait le droit à la
nationalité congolaise qu'aux immigrés rwandais qui résidaient au
Congo avant le 30/6/1960.

Les multiples changements de lois portant sur la nationalité
congolaise n'ont jamais donné aucune assurance aux Rwando-
phones congolais. Leur situation est restée toujours précaire aussi
bien sur le plan national que provincial. Un gouverneur ici et là peut
les embêter sans qu'ils ne puissent être défendus ni par la Loi ni par
le Pouvoir Central de Kinshasa. Au contraire, ce dernier ne punit
même pas ceux de ses citoyens qui persécutent les Banyarwanda et
les Banyamulenge toujours perçus comme des immigrés étrangers.
L'impunité permanente toujours en vigueur et leur transmission
intergénérationnelle reste source d'insécurité pour les concernés.
Les Rwandophones congolais, principalement tutsi, en sont
victimes dans leur propre pays qu'est la RDC.



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@Z> DIALOGUE Edition Spéciale

La loi ne les protège pas, au contraire elle les expose au bon vouloir
des extrémistes anti-Tutsi.

7. L'impunité et sa transmission intergénérationnelle à l'égard
des massacreurs de Tutsi

C'estaprèsl'indépendance du Congo en 1960 qu'apparaissent
les premiers affrontements entre élites des Tribus du Nord Kivu
et celles des Rwandophones de cette même région. Ceux d’entre
ces derniers qui étaient parvenus à émerger dans certaines
fonctions politiques et même dans les affaires faisaient ombrage
à leurs collègues « autochtones » qui les qualifiaient d'étrangers «
allogènes ». Des jalousies de la part des tribus non Rwandophones
ne manquaient pas. En plus les différentes vagues de réfugiés Tutsi
venant du Rwanda entre 1960 et 1973 avaient renforcé le nombre
de Tutsi dans cette région et avaient empirer la situation.

7.1. Luttes politiques tribales

L'arrivée de nouveaux flots de réfugiés fit naitre un
problème d'accès à la terre dans cette partie de la RDC car les
couches populaires dites « autochtones » avaient peur de perdre
leurs terres. La situation s’aggrava lorsque le parti CEREA
(Centre de Regroupement Africain) de tendance modérée et pro-
lumumbiste, mais pris et considéré comme pro tutsi, gagna les
élections provinciales de 1960!%. Il y eut deux ministres tutsi
dans le gouvernement provincial : les nommés Jean Népomuscène
Rwiyereka de Masisi et Cyprien Rwakabuba de Rutshuru. Le Mwami
René Ndeze hutu anti-Tutsi qui avait succédé à son père, le fameux
mwami Daniel Ndeze, était contre leur émergence.

#% CEREA fut d'abord une mutuelle d'entraide ethnique fondée en 1958, elle devint un
parti politique en 1959 sous la présidence de Kashamura Anicet : Bisukiro. Il était
proche du Parti MNLC/ Lumumba comme UNAR du Rwanda.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

Il fit nommer à son tour deux ministres hutu : Edouard Mujinya et
Marcel Bahizi'%, Commençait ainsi à naître entre l'élite de ces deux
communautés une concurrence acharnée qui se développera très
rapidement. Le rejet des Tutsi congolais ne fit qu’aller de mal en
pis. Et cette question resurgira régulièrement depuis lors jusqu’à
nos jours.

C'est à partir de cette époque que des mutuelles tribales
d'entraide voient le jour et deviennent des associations d’auto-
défense aussi bien chez les Rwandophones congolais que chez
les Zaïrois dits « authentiques ». Différentes tribus recourent aux
associations et mutuelles tribales sans autre programme politique
quelatribalité'#. Des milices de ce genre naissent et prospèrent. Des
organisations civiles se tribalisent à leur tour Les Rwandophones
font de même mais malheureusement ils se divisent encore plus en
HutuetTutsi. Les Hutu adhèrentau Magrivi (Mutuelle d'agriculteurs
du Kivu), les Tutsi à l'Acogenoki (Association coopérative des
groupements d’éleveurs du Kivu).

Bref, la vie publique se tribalise. Quelques affrontements
sanglants voient le jour dans le Masisi et ailleurs. LE MAGRIVI
(actuellement Agasenge) s'allie aux Hunde et font cause commune.
La confrontation se généralise en 1993. Le bétail Tutsi estexterminé
: plus de 400.000 vaches sont enlevées aux éleveurs Tutsi du Kivu#8.
On le voit : recourir au système coutumier à base tribale en plein
XXe siècle dans un pays qui se veut démocratique est un véritable
retard politique qui ne permettra jamais aux meilleurs d'émerger
car la tribu est ici prioritaire. Et le sentiment d’autochtonie ne fait
qu'empirer la situation. Ici l’autochtonie est proclamée prioritaire.

% Dr Gaston Rwasamanzi, op. cit. p.150.

237 Il y avait par exemple la mutuelle Kayanda chez les Nande, la mutuelle Bushenge chez
les Hunde, la Magrivi chez les Hutu, Umoja chez les Tutsi et les Hutu, Acuba chez les
Hun-de-Nyanga Tembo etc. Voir : Colette Braeckman et al, op. cit. p.41-42.

#% Euloge Boissonnade, Kabila Clone de Mobutu? Editions Moreux, 1998, p.342.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

7.2. Rôle actif des génocidaires hutu venus du Rwanda

Et en 1994, des réfugiés extrémistes Hutu rwandais se
joignant à d’autres refugiés emportent dans leurs bagages vers la
RDC le virus de l'idéologie du génocide anti-Tutsi dont la RDC fut
vite contaminée pour de bon. Ici on a parlé de tribus autochtones
dites « Bantous » contre les soi-disant « Nilotiques » de tribus
Tutsi. C'était une autre fausse idéologie venue dans les bagages
des colonisateurs. Elle avait été enseignée et vulgarisée par les
colons belges dans le bas peuple. Tout le monde l'avait crue. Elle
est actuellement à l'ordre du jour en RDC. C'est à partir de cette
malheureuse idéologie que le Pouvoir central de Kinshasa avait
porté secours au président Habyarimana en 1990 au début de la
guerre de libération du Front Patriotique rwandais et avait volé
ensuite au secours des miliciens extrémistes rwandais réfugiés en
RDC en juillet 1994 après avoir commis le génocide sur les Tutsiau
Rwanda. Il les a même finalement intégrés dans tous les rouages
de ses forces de défense. Ils seront aussi dans l'exploitation
minière et, en se faisant de l'argent, ils achètent des armes en vue
de combattre le Gouvernement rwandais. Ils se sont faits aussi de
grandes amitiés et de bonnes relations d’affaires dans ce Pays et de
par le monde. Bishop J.M Runiga Lugerero révèle que «Les rebelles
hutu des FDLR qui sèment le trouble dans l'Est de la RD Congo
sont parvenus à bâtir un réseau international qui leur permet
d'exporter du minerai en échange de financement. Ces rebelles
FDLR, continue-t-il, ont notamment reçu le soutien de membres
d'organisations caritatives et parvenaient via des intermédiaires,
à exporter des minerais. Le groupe d'experts cite des compagnies
britanniques, malaisiennes ou thaïlandaises, qui achèteraient
des pierres issues des mines contrôlées par ces rebelles »1%°. Ils
sont toujours à l'oeuvre actuellement et agissent sous couvert des
Forces gouvernementales Congolaises (FARDC). Ils collaborent
aussi avec Wazalendo (milices pro gouvernementales créées et
financées par le régime Tshisekedi) et même avec CNDD-FDD et

2E, Tommy Tambwe Ushindi W, op. cit. p.10-11.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

FLN du Burundi. Ils sont partout tantôt comme soldats
gouvernementaux ou mercenaires, tantôt comme tueurs à gage ou
comme creuseurs de minerais. Ils infusent l’idéologie génocidaire
dans l’armée et milices congolaises jusqu’à contaminer le public
ordinaire aussi bien en RDC qu’au Burundi. Les FDLR quant à elles
veulent reconquérir le pouvoir au Rwanda. Aucun gouvernement
du monde n’a condamné leur intégration dans l'Armée de la RDC.
Et c'est une menace réelle pour le Rwanda et les Rwandophones
tutsi sur lesquels ces forces négatives font toujours planer
«un complot de génocide»! #. L'accord de Pretoria ainsi que de
multiples résolutions de l’Onu avaient promis de les désarmer mais
finalement il n'en a pas été question, celui de Washington le pourra-
t-il? Attendons voir Le Rwanda quant à lui fera tout son possible
pour assurer sa sécurité sur sa frontière avec la RDC, la meilleure
façon étant toujours d'être offensif que défensif.

7.3. Les Banyamulenge privés du droit à la vie

Entre temps les « Banyamulenge » et « Banyarwanda » du
Nord Kivu ont été rayés de toutes les cartes ethnographiques de la
RDC alors qu’on y trouve facilement la localisation des autres tribus
du Kivu à l'exception des Rwandophones. On refuse à ces derniers
leur existence ethnographique qu'on trouve tout de même dans
certainslivres dont le plus récent est celui du Dr Gaston Rwasamanzi
«Masisi et les Banyarwanda, Histoire, stigmates et espérance»
(2025), page. 43. Leurs détracteurs se réfèrent plutôt à l'ouvrage
d’un certain M. Flament, écrit en 1906, qui n’a fait aucune référence
à «cette tribu» des Rwandophones considérée comme fantôme car
soi- disant n’existant nulle part à l'Est du Congo. On recourt encore
une fois aux cartes du Congo élaborées par Van de Houde et Van
de Kerken en 1964, pour affirmer qu'elles ne mentionnent nulle
part l'existence de la tribu Banyamulenge au Congo. Le mwami
de l’Uvira consulté aurait déclaré n'avoir trouvé aucune trace

ETommy Tambwe Ushindi W, Congo-Kinshasa, La République des erreurs et la
stagnation d'un Etat 1990-2015, Leadership Editions, 2015, p.38



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Æm% DIALOGUE Edition Spéciale

de cette peuplade!#i. Et pourtant ces Banyarwanda congolais
et Banyamulenge existent en chair et en os sur le sol congolais
quoique l'on fasse pour les ignorer et effacer toutes leurs traces.
Ils figurent même bel et bien sur certaines cartes ethnographiques.
Chercher à ignorer leur existence jusqu’à les effacer de certaines
cartes ethnographiques est en tout cas mauvais signe.

8. Quand Kabila renie l'Alliance et se refuse à résoudre le
problème de Rwandophones

Rappelons que l'Alliance des Forces Démocratiques pour
la Libération du Congo, AFDL, a pris les armes contre Mobutu
dès octobre 1996. Cette rébellion a combattu au côté de LAPR
qui voulait éloigner le plus possible les ex-FAR du Rwanda et les
Interahamwe qui grouillaient dans les villes et forêts du Zaïre.
Laurent Désiré Kabila était alors le porte-parole de cette rébellion
qui avait le soutien total de Kigali et de Kampala. Les villes sont
tombées sous son contrôle assez rapidement : Uvira le 19/10/1996
et d’autres villes tombent en cascade : Bukavu, Goma, Beni, Bunia,
Kalemie, Kindu, Ting-ting, Kipushi, Kananga, Koluwezi, Kikwit,
Kenge et Kinshasa prise le 17/5/1997.

Une fois la guerre de l'AFDL gagnée, son porte-parole,
Laurent- Désiré Kabila, se proclame président de la République du
Congo en remplacement du Président Mobutu, mais il n’est pas aimé
par la population de Kinshasa. Les soldats de l'Alliance non plus. On
prêtait à ces derniers l'intention de vouloir détacher la province du
Kivu du reste du Congo et de le céder aux Banyamulenge et aux
Tutsi congolais d’origine rwandaise implantés au Kivu. Le président
Kabila est alors pris et considéré comme un traitre. Il lui est
reproché de s'être entouré de soldats rwandais considérés comme
des mercenaires dans ce Pays et dont il se serait fait prisonnier On
veut qu'il se libère de ses parrains et il s’y lance à corps perdu.

Euloge Boissonade, op. cit. p.238



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

Face en effet à la contestation dirigée contre lui, Kabila joue
«le jeu du quitte ou double». Il recourt au «devoir d’ingratitude»
envers le Rwanda sous prétexte que la situation générale l'exige.
Il proclame qu'il n’est plus un chef rebelle mais un chef d'Etat
congolais et décide de se débarrasser de l'AFDL et des soldats
rwandais qui l’avaienttiré de l'exil et mis à la tête de l'Alliance. Il sort
un communiqué du 27/7/1998 stipulant qu’à partir de ce jour, il
est mis fin à la présence des militaires rwandais au Congo. Il félicite
le peuple congolais d’avoir « toléré » leur présence dans ce Pays!#?.
L'opération de rapatriement des militaires rwandais commence le
surlendemain le 29/7/1998. Les Congolais Rwandophones et les
Banyamulenge se sentent abandonnés parce qu'aucune solution
définitive à leur problème ne leur est donnée. Les militaires
rwandais eux se croient trahis. Ils avaient décidé de combattre
Mobutu complice du gouvernement génocidaire rwandais et qui
avait transplanté au Congo de véritables milices génocidaires mais
ils rentraient sans qu'aucune solution définitive les concernant ne
soit trouvée. Donc pour eux la mission n'était pas accomplie.

La sécurité du Rwanda à sa frontière avec la RDC restait
aléatoire et dépendante du bon vouloir de ces génocidaires établis
et intégrés dans les institutions politico-militaires de ce pays. En
effet, des ex-militaires des Forces armées rwandaises et même
des milices Interahamwe se sont vus remettre des uniformes des
Forces Armées Congolaises et ont regagné des brigades de ces
dernières Forces. Certains se sont même reconstitués en PALIR
(Peuple armé pour la libération du Rwanda) avec sa branche armée
ALIR (Armée pour la Libération du Rwanda) devenue FDLR (Forces
démocratiques pour la libération du Rwanda) à partir de 1996.

Les Tutsi de la RDC restaient toujours menacés de génocide.
Tout le monde le sentait. C’est pourquoi au XX Sommet France-Afrique
de Janvier 1999 le Président Pasteur Bizimungu du Rwanda avait
demandé à son collègue Laurent Désiré Kabila de « mettre fin aux

#2 Isidore Ndaywel à Nziem, Nouvelle histoire du Congo, Des origines à la République

démocratique, Edition Le Cri-Buku, 2012, pp.610- 612



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Æm% DIALOGUE Edition Spéciale

appels à la haine, à la violence et au génocide des Tutsi »4#, I] n'a
pas été entendu. Au contraire Kabila avait tenté désespérément
d'obtenir des participants à ce Sommet la condamnation du
Rwanda, de l'Ouganda et du Burundi, qu’il considérait comme des
agresseurs de son pays mais il n'avait pas eu gain de cause. Rien
n'était donc réglé. La lutte devait absolument continuer. C'est ainsi
que de nouvelles rebellions éclatent à Goma et à Bukavu. Un front
anti Kabila vient de voir le jour Il est mené par le Rassemblement

Congolais pour la Démocratie (le RCD).

9. La Guerre du Rassemblement Congolais pour la
Démocratie (RCD)

Le RCD créé le 12/8/1998 et présidé par un certain Wamba
dia Wamba commence la deuxième guerre au Kivu. Dans son Comité
directeur, on y trouve entre autres des leaders Banyamulenge
comme Karaha Bizima qui avaient fait partie des structures de
l'AFDL. Cette nouvelle rébellion est rejointe en novembre 1999 par
le MLC (Mouvement de Libération du Congo) qui a pris naissance à
Kisangani. Il est de Jean-Pierre Bemba dont le père fut ministre. Le
Rwanda avec les militaires de l'APR s'était joint aux rebelles de RCD
dans le but de sécuriser ses frontières que les milices génocidaires
et des militaires récalcitrants des ex-Forces Armées rwandaises
(FAR) menaçaient sérieusement. La coalition de l'APR et de la RCD-
MLC parvient à conquérir 40% du territoire Congolais. Les villes
comme Uvira, Goma, Kindu, Kisangani, Lubumbashi et Kananga
étaient prises. Mais il restait à conquérir Kinshasa.

9.1. Tentative avortée de prendre Kinshasa

Pour essayer de prendre cette ville de Kinshasa en sandwich,
il y aura le 4/8/1998 l'incroyable opération de tenter de prendre
de revers cette capitale congolaise. Les militaires de l'APR et du
RCD sont aéroportés de Goma à Kitona au Bas-Congo. L'opération
réussit et dure jusqu’au 16/8/1998.

3 Jeune -Afrique Economie n° 277, déc. 1989- janvier 1999



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

Ces militaires parviennent à libérer les villes de Boma, de Moanda et
de Matadi et même le barrage d'Inga. Mais Kabila reçoit en plus de ses
propres forces les renforts des troupes de l'Angola, du Zimbabwe et de
la Namibie qui parviennent à stopper les assaillants. Les militaires de la
RCD et leurs alliés rwandais sont obligés de lâcher prise. Les troupes du
gouvernement et leurs alliés reprennent du 24 au 28/7/1998 les villes
de Moanda, Kitona, Banana et Matadi reprise le 30 de ce mois. Kabila
est sauvé mais il sera assassiné par sa garde du corps le 16/1/2001. 11
sera remplacé par son fils Joseph Kabila qui entamera des négociations
à commencer par celles dites Dialogue inter congolais de Sun City du
25 février au 12 avril 2002 qui aboutissent au partage du pouvoir
entre Kabila, RCD et MLC. Cet accord sera suivi par celui de Pretoria du
16 décembre 2002 dit «Accord global et inclusif» de transition. Toutes
les parties prenantes s'engagent à former une armée nationale unique,
intégrée et restructurée.

9.2. Accords de paix sans lendemain

Entre le Rwanda et Kabila, il y aura aussi Accord de paix
de Pretoria signé le 30 juillet 2002. Le Gouvernement rwandais
s'engageait à retirer du Congo ses militaires évalués à 20.000
personnes. Kabila acceptait à son tour de démanteler les milices
extrémistes FDLR qui, après avoir commis le génocide au Rwanda,
continuaient à être actifs à l'Est de la RDC. Il s’engageait à
l'arrestation de ces génocidaires, à la démobilisation des milices
hutu et au rapatriement de ces derniers à partir de la base de
Kamina. Le Rwanda exécutera ses engagements et fera rentrer ses
militaires, chose confirmée par le MONUC!# mais Kabila ne fera
rien de ses promesses jusqu’à son départ.

Au contraire, il y aura dissensions et affrontements entre
d’une part son armée rejointe par MLC et les militaires de RCD Goma
malgré l'Accord global et inclusif d'autre part'#. Le «problème»

## E, Tommy Tambwe Ushindi W, Congo- Kinshasa. La répétition des erreurs etla stagnation
d'un Etat 1990-2015, Leadership Editions, 2015, p.307

45 RCD se désagrégera en RCD-Kisangani, RCD -Goma et RDC-KML. Il y aura plus tard
d'autres petites subdivisions en RDC Original, RDC Authentique et RDC-Congo



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DIALOGUE. Edition Spéciale

des Rwandophones dits Banyarwanda et des Banyamurenge
était resté irrésolu. D'ailleurs certains militaires du RCD avaient
refusé de rejoindre la nouvelle armée dite «inclusive et intégrée»
de la FARDC (Forces armées de la République démocratique
du Congo). Ils n'étaient pas allés à Kinshasa pour leur nouveau
poste de responsabilité. Parmi eux figurait un certain Laurent
Nkundabatware, dit Nkunda Miheto, général de brigade de son
état. Lui et quelques-uns de ses compagnons d'armes étaient restés
à Goma. Ils seront remplacés d'office, et le Haut Commandement
militaire décidera de les traduire en justice militaire. Ce Nkunda
sera à la tête de la guerre des insurgés de Bukavu luttant contre
les FARDC du gouvernement central qui feront de nombreuses
victimes chez les Banyamulenge au mois de mai 20041,

La ville de Bukavu sera sous le contrôle des insurgés mercredi
le 2 juin 2004. Il y aura négociations, et les troupes de Nkunda
accepteront de se retirer et de se relocaliser à Kalehe à condition
qu'il y ait enquête sur les massacres de Banyamulenge et amnistie
générale pour ses troupes. Il y avait eu en tout 102 morts et 106
blessés!#, Nkunda et ses hommes iront à Minova et, rejoint par

# Nkunda, né le 6/2/1967, descendait d'une famille migrée du Burundi et installée à
Jomba au Nord Kivu depuis le XVII siècle. Il a comme l'arrière grand -père paternel
dans cette région un certain Nshizirungu qui fut le doyen des chefs coutumiers locaux
mandataires du roi du Rwanda à Jomba. Son père Rusesamigabo qui n'était pas en
bon termes avec le mwami Daniel Ndeze dut immigrer à Bwito. Il a grandi dans la
religion adventiste de sa maman Nyirabuyanja. Il a même envisagé d'en être pasteur
mais il fut refusé. Il resta toujours marqué par le goût de l'évangélisation. Il avait
étudié l'école secondaire dans l'Institut de Kitwé qu'il a terminée en 1985. Il a étudié
la psychologie une année à l'Université de Kisangani qu'il a quittée pour l'Université
adventiste de Gisenyi où les troubles anti tutsi l'ont empêché de continuer ses études.
Il a alors rejoint le FPR Inkotanyi (1991-1992) dont il fut un cadre de 1991 à 1992 puis
comme militaire à partir de 1993 dans l'APR où il a servi dans les services spéciaux de
renseignement. La guerre et le génocide au Rwanda se sont terminés quand Nkunda
avait le grade de sergent Les troubles du Nord -Kivu (1991-1995) ont fait périr 51
personnes de sa famille. Sa première épouse Sophia moura de maladie en avril 1999,
etil se remariera avec une fille de la famille des Bashi en 2000. C'est à partir d'octobre
1996 que le sergent Nkunda se lance dans la première guerre du Zaïre du côté de
Y'AFDL. Il deviendra lieutenant en 1998 puis Colonel de l'Armée congolaise en 2001, et
général en 2003. Voir : Steward Andrew Scott, op. cit. pp. 47- 149.

47 E, Tammy Tambwe Ushindi, W. op . cit. p. 272



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

le groupe dit « Synergie nouvelle pour la défense de la paix et la
concorde », formera le Congrès National pour la défense du peuple
(CNDP). Il renforce sa structure militaire dénommée « Armée
nationale congolaise (ANC) » dont le chef d'état-major fut le
général de brigade Bosco Ntaganda et dont l’adjoint était le Colonel
Nziramakenga Sultan, dit Makenga Sultan.

La révolte de Bukavu avait montré que les différents
accords n'avaient abouti à rien. La formation de l’armée nationale
congolaise avait à son tour échoué. La décentralisation comme
mode de gouvernement avait à son tour raté. Des massacres des
innocents continuaient impunément. Le problème de la nationalité
des Banyamulenges et de tous les Rwandophones de l'Est du Congo
n'avait pas trouvé de solution. Au contraire, il y aura encore une fois
le massacres de Banyamulenge refugiés au Burundi près d'UVIRA
dans le Camp de Gatumba du 13 au 14/8/2004, où plus de 170
d’entre eux seront égorgés par les milices burundaises d'Agathon
Rwasa avec la compli des Maï-Maï congolais et les FDLR
rwandaises. Les médias de la haine continueront aussi à envenimer
la situation. Et la question des FDLR et des milices Interahamwe
rwandaises n'était pas non plus résolue. « Les FDLR (étaient)
partis pour rester » comme le disait si bien Stewart A. Scott. Il y
avait même de plus en plus de preuves irréfutables de complot de
génocide et de tentatives de faire pénétrer les FDLR au Rwanda!#.

9.3. Cassure totale au sein des Rwandophones congolais

Par malheur, les Rwandophones du Nord-Kivu s'étaient
eux- mêmes divisés en Hutu d’un côté et en Tutsi de l’autre. C'était
pour la deuxième fois que pareille division ait lieu en leur sein.
Les vicissitudes du temps avaient fini par avoir raison d’eux. Les
élections légistratives et provinciales de 2006 s'étaient faites à
base ethnique et les candidats tutsi avaient été minorisés d'autant
plus facilement que les réfugiés Rwandophones Tutsi du Congo
vivant

4 Stewart Andrew Scott, op. cit. p.275
4# Idem, p. 380.



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Æm% DIALOGUE Edition Spéciale

au Rwanda (à Byumba, Kibuye, Ngarama, Nkamira et Cyangugu), à
Gatumba au Burundi et Nyakivara en Ouganda n'étaient pas rentrés
pour participer à ces élections. Au Sud-Kivu aussi, les candidats du
RCD avaient perdu les élections.

Général Nkunda et le gouvernement congolais avaient
essayé de se réconcilier en essayant d'intégrer ses hommes dans
l'armée congolaise, opération dite mixage qu’avaient dénoncée
aussi bien l'Assemblée Nationale que l'Assemblée provinciale du
Kivu. L'opération avait donc elle-même échoué comme l'avait été
celle de désarmer les FDLR. D'ailleurs le 18/8/2007, le général
Mayala avait décidé que les opérations contre les FDLR devaient
être suspendues! *. Il couvrait ainsi de sa haute autorité ces
génocidaires impénitents qui réalisaient que l'impunité les protège.
Ils s’en ressentiront ragaillardis, donc intouchables malgré leurs
incroyables forfaits.

9.4, Lueurs diplomatiques éphémères: naissance du M23

Tout n'était pas pourtant perdu. Après rupture des relations
diplomatiques en août 1998, le président Paul Kagame et Joseph
Kabila avaient renoué les bonnes relations et s'étaient rencontrés le
6/8/2009 dans la « zone neutre » entre les villes Gisenyi et Goma. A
l'issue de leurs pourparlers, les deux chefs d'Etat s'étaient engagés
à garantir la sécurité de leurs pays et à éradiquer les groupes armés.

Ils avaient même relancé l’idée de l'exploitation commune
du gaz méthane du lac Kivu. En janvier 2009, il y eut l'opération
conjointe entre FARDC et les RDF dite « Opération Amani Leo »
contre FDLR. C'est à ce moment que Nkunda lui-même fut arrêté et
remplacé à la tête du CNDP par le général Ntaganda. Il y eut encore
une fois négociations qui aboutirent le 23 mars 2009 à la signature
de paix. Le CNDP acceptait de devenir un parti politique et il lui était
promis de participer à la gestion du Pays. Ses hommes emprisonnés
devaient être aussi libérés et le rapatriement de ses refugiés devait

+ Ibidem, p.407.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

être effectué. Malheureusement les membres du CNDP seront
divisés en pro-Nkunda et en pro-Ntaganda. Le règlement de compte
entre eux se déclenchera en peu de temps et il y aura de nombreuses
victimes de part et d'autre.

Au niveau national aussi, l'Accord du 23 Mars 2009 ne sera
pas respecté. Et le CNDP le dénoncera. Ntaganda lui-même sera
poursuivi par la CPI et prendra la fuite, et d'autres militaires le
suivront. Bref, le CNDP n’a pas été intégré ni sur le plan politique
ni sur le plan militaire. Ses militaires décident alors de passer à
l'offensive et crée le « Mouvement du 23 Mars », plus simplement
appelé « M23 » né le 6/5/2012. Sa branche militaire est confiée
à Nziramakenga Emmanuel Sultan plus connu sous le nom de
Makenga Sultan général de brigade et chef d'état-major de cette
branche armée.

Le gouvernement de Kinshasa lance un ultimatum mais en
vain, le M23 parvient à prendre la ville de Goma et d’autres localités
le 20/11/2012. Le Conseil de sécurité des Nations Unies s’en mêle
et condamne le M23. L'Union Européenne aussi et la CPI relance
le dossier de Ntaganda. Le M23 est condamné par tout le monde
y compris le Rwanda et l'Ouganda. Il est alors obligé de quitter la
ville de Goma. Ses cadres s'installent à Bunagana mais ils resteront
toujours divisés en pro-Nkunda et en pro-Makenga. Cela diminuera
considérablement sa force de frappe. Il arrivera même à Makenga
de destituer le président de ce mouvement, le Bishop Jean-Marie
Runiga Lugerero!!,

“1 Ce bishop Runiga Lugerero, président de M23, a écrit une préface critique des
institutions de la RDC dans le livre de E. Tommy Tambwe Ushindi W. Congo-Kinshasa.
La répétition des erreurs et la stagnation d'un Etat 1990-2015, Leadership Editions,
Mars 2015.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

9.5. Renaissance du M23

Quand plus tard, le M23 renaitra de ses cendres en 2021
et recommencera la guerre en 2023, il l'aura compris et luttera en
forces unies mieux qu'avant. Il a d'ores et déjà réussi à prendre le
contrôle de plusieurs localités stratégiques du Nord Kivu, et la ville
de Goma est tombée sous son contrôle le 26/1/2025 et Bukavu le
sera le 16/2/ 2025 et Uvira le 9/12/2025 même sile15/12/2025
le M23 allié à l'AFC (Alliance Fleuve Congo) a décidé de se retirer
unilatéralement de cette dernière ville. L'implication et les
conséquences de ce retrait restent encore inconnues.

Entre temps l'AFC/M23 exige un statut particulier pour
les zones libérées bien que le Sud Kivu des Banyamulenge ne soit
pas encore complètement entre ses mains. Face à cette nouvelle
guerre du M23, le Pouvoir de Kinshasa a mobilisé plusieurs forces:
les FARDC, des mercenaires, l’armée burundaise, la Monusco, la
SADC, les milices et groupes armés tribaux y compris les FDLR.
Et c'est mauvais signe. A son tour le gouvernement du Président
Ndayishimiye du Burundi a prêté main forte à Tshisekedi et a
compliqué extrêmement la situation avec ses soldats et milices:
les Banyamulenge sont encerclés et en danger d’extermination.
Au moment où nous écrivons ces lignes, ceux d’entre eux des
Plateaux de Minembwe et Mikenke sont encerclés de génocidaires
Wazalendo assistés par des forces armées burundaises. Des voix
comme celles de Moise Nyarugabo commencent à dénoncer ces
agissements de la part des autorités burundaises et de leur armée.
Il faudrait que le monde entier intervienne pour une prévention
urgente à l'égard des Banyamulenge très sérieusement menacés
de génocide, sinon ce sera trop tard.

10. Le génocide n’est jamais un accident, il se prépare

Rappelons ici le Discours du Président Tshisekedi à la tribune de
l'ONU en date du 24/9/2025 dans lequel il évoquait « un génocide
silencieux » en train de se faire dans son pays.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

Ajoutons-y le communiqué de AFC du 19/9/2025 qui parlait de «
l’'épuration ethnique et de la propagation du discours ethnique à
Uvira ». Et posons maintenant la question de savoir qui a planifié
ce génocide dont on parle de part et d'autre. Un génocide n’est
jamais un accident. C'est toujours un fait prémédité et planifié,
préparé par les tenants du pouvoir IL vise un groupe cible précis
(ethnique, national, racial ou religieux) protégé par la Convention
pour la prévention et la répression du génocide du 9 décembre
1948.I1se produit dans un contexte préconditionné. Il en existe des
facteurs facilitateurs, catalyseurs et déclenchants. Il en est même
des facteurs qui peuvent le limiter ou même l'arrêter carrément.

Le génocide des Tutsi du Rwanda en a montré différentes
phases etdifférents aspects. Nousallonsnous enservir pour analyser
la situation en RDC en ce qui concerne le génocide imminent dans
ce pays. La première question qui s'impose est celle-ci : Parmi les
450 tribus vivant en RDC laquelle est-elle susceptible d’être victime
du génocide actuellement ?

Notre hypothèse de départ est que ce sont les congolais
Rwandophones tutsi y compris les Banyamulenge qui sont
aujourd’hui les plus exposés face au génocide imminent en RDC. Ce
n’est pas une fatalité mais certains faits le démontrent à suffisance.
Ce ne sont donc pas les tribus Nande, Hunde, Havu, Shi, Fulero,
Bembe, Lega, Banyindu qui sont menacées même si la guerre peut
leur faire subir des crimes de guerre ici et là. Ce serait bien entendu
très malheureux mais différent du crime de génocide. Une chose
est sûre : l'AFC/M23 ne recherche pas à exterminer aucune de ces
tribus du Kivu. Seuls les Congolais Rwandophones tutsi de la RDC
sont susceptibles d’être exterminés par le pouvoir actuel de la RDC
en collaboration avec le gouvernement burundais et leurs milices
respectives.

Les préconditions sont déjà remplies pour ce faire, et tous
les facteurs sont presque réunis pour qu’il y ait un génocide mais
heureusement qu'il existe aussi un facteur limitant: l'AFC/M23. Il
y a en plus des situations inconnues actuellement. Par exemple
celles-ci : que se passerait-il si Tshisekedi quittait le pouvoir de gré



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DIALOGUE. Edition Spéciale

ou de force et ce, dans le plus bref délai, grâce par exemple à un
coup d'état militaire interne ? Ou qu'arriverait-il si les prochaines
élections congolaises parvenaient à mettre au pouvoir un nouveau
Président capable de mieux gérer l'avenir de la RDC en général
et de la Province de l'Est en particulier ? Que se passerait-il si le
président burundais actuel cessait de gré ou de force de soutenir le
régime de Kinshasa dans son projet génocidaire ? Que se passerait-
il si par exemple le Président sorti vainqueur des élections en
Tanzanie faisait pression pour que les Banyamulenge ne soient pas
exterminés ? Et si le Rwanda faisait de même ? Que se passerait-
il si les Accords signés le 4/12/2025 à Washington entre Le
Président Paul Kagame et le Président Tshisekedi mais sans AFC/
M23 produisaient des effets positifs désirés ? Que se passerait-il si
l'Occident intervenait ou si la pression des USA penchait d’un côté
ou de l’autre ?

Toutes ces questions restent sans réponses pendant que
Tshisekedi et ses complices ne semblent pas avoir abandonné
leur projet d’extermination des Banyamulenge et de tous les
Rwandophones tutsi du Nord Kivu. Les préconditions sont en place
et déjà certains facteurs conduisant au génocide sont actuellement
réunis. Seule la victoire éventuelle de l'AFC/M23 semble susceptible
de l'arrêter définitivement.

11. A propos des préconditions du génocide

Ce que nous appelons les préconditions du génocide ne sont
en rien cause de celui-ci. Elles créent uniquement des situations
qui favoriseraient d’autres facteurs plus orientés directement vers
l'objectif recherché. Nous en citerons au moins quatre d’entre elles.

11.1. La qualification ambigüe sinon fausse de Banyarwanda.
Le fait de donner aux Tutsi de la RDC (et même aux Hutu

y habitant) le nom de « Banya-Rwanda » (Ba : personnes, nya :
appartenance) c'est-à-dire « personnes ou hommes appartenant au



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

Rwanda » est un préalable à toutes les équivoques et ambiguïtés
possibles. En RDC, ce nom de Banyarwanda désigne ceux qui
parlent la langue Kinyarwanda. Cette dernière figure bel et bien
dans les langues locales de la RDC telles que décrites par exemple
par Isidore Nduywel à Nziem dans son livre publié en 201212.
Actuellement sur les 7 territoires du Nord Kivu, quatre (4) d'entre
eux parlent le Kinyarwanda. La « tribu Banyarwanda » figurait
bien antérieurement dans d'autres livres portant sur la RDC : par
exemple elle figure bel et bien dans celui intitulé : « Kabila prend
le pouvoir » écrit par un collectif présidé par Colette Braeckman
en 198815, Elle est figure aussi dans les groupes ethniques du livre
de Stewart Andrew Scott qui raconte la vie du général Laurent
Nkunda, intitulé « Laurent Nkunda et la rébellion du Kivu, Au coeur
de la guerre congolaise » (Karthala 2008) p.20. Mais ce nom de
Banyarwanda désigne aussi les habitants du Rwanda qui parlent
eux aussi cette même langue ou langue nationale du Rwanda.
N'oublions surtout pas que le Kinyarwanda comme langue est aussi
parlé au Bufumbira en Ouganda sans que ses locuteurs ne soient
taxés d’être de nationalité rwandaise.

N'empêche que cette appellation de « Banyarwanda » est
en soi source de confusion entre habitants du Rwanda et ceux qui
parlent le kinyarwanda comme leur langue maternelle d'autant
plus facilement qu'en RDC la langue parlée désigne aussi la tribu
d'origine. Il y a tendance à considérer aussi bien ces Tutsi du Nord
Kivu que les Banyamulenge comme étant de « la tribu Rwandaise ».
Et ce n’est pas bon en soi car les extrémistes anti-Tutsi peuvent les
prendre au mot et les considérer comme « étrangers » ou ennemis
à liquider si le gouvernement local, au lieu de les protéger, donnait
feu vert à ce macabre projet. Et il n’est pas loin de le faire car il y a
d'ores et déjà des signes inquiétants dans ce sens.

#2 Isodore Ndaywel à Nzièm, Nouvelle histoire du Congo, Des origines à la République
Démocratique, Editions Le Cri- Buku, Histoire, p.75, (cartes 7, langues locales). Parlant
des peuples du Kivu, cette auteur y inclut les Rwanda, p. 215, carte 16.

53 Colette Braeckman et al, Kabila prend le pouvoir, Les prémices d'une chute, La campagne
victorieuse de l'AFDL, Le Congo aujourd'hui, Editions Complexes, GRIP, 1988, p. 36



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DIALOGUE. Edition Spéciale

11.2. La prétendue morphologie et culture tutsi

En réalité les Tutsi n'ont pas de culture propre à eux et la
prétendue morphologie leur attribuée par la colonisation est
absolumentaléatoire. Elle change au gré des mariages et du bien-être
social. Mais le fait aussi pour les Banyamulenge et Rwandophones
tutsi congolais d’avoir cette soi-disant morphologie et une culture
identique à celles des Tutsi du Rwanda est un fait avéré qui pourrait
faciliter la poursuite des personnes possédant ces deux soi-disant
critères si d’autres conditions étaient réunies pour ce faire. Il suffit
que les adeptes de l'idéologie des FDLR intégrées dans tous les
rouages du Pouvoir de Kinshasa aient de la force suffisante et des
alliances solides pour montrer qui est Tutsi et qui ne l’est pas, et
l'affaire de génocide contre les Rwandophones Tutsi est vite réglée
en RDC. La chasse aux individus possédant ces « deux critères »
faciliterait l'affaire si d’autres conditions sont réunies. Ce serait
d'autant plus facile que cette chasse à la morphologie dite tutsi s’est
déjà faite à Kinshasa et a fait de nombreuses victimes.

11.3. La question irrésolue des «transplantés»

Le troisième préalable déjà installé est l'ambiguïté des
«transplantés» rwandais parmi lesquels figuraient aussi quelques
Tutsi rwandais. Leurs détracteurs diraient qu'ils n’ont jamais perdu
la nationalité de leur pays d'origine. Et effectivement la nationalité
rwandaise ne se perd que si on y renonce officiellement, ce qui n’a
jamais été fait par les concernés qui étaient alors les sujets de sa
majesté le Roi des Belges et qu'il n'y avait pas alors de loi portant
sur la nationalité rwandaise. Le Rwanda n'avait aucun pouvoir
pour protéger ses ressortissants transplantés de gré ou de force
au Congo Belge. L'ambiguïté du statut des anciens transplantés
les défavoriserait si jamais ils étaient reconnus et que d’autres
conditions étaient réunies pour qu'ils soient recherchés.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

11.4. Les réfugiés sans statut légal

Le quatrième facteur porte sur les réfugiés de 1959-
1994 non rentrés au Rwanda et dont le statut de réfugiés n'est
pas actuellement reconnu ni par la RDC ni par la communauté
internationale. Ils ne sont protégés par aucune Loi. C'est une
situation de fragilité pour les Tutsi qui seraient parmi eux parce
qu'ils n'ont aucun statut aujourd’hui reconnu devant les défendre
en cas d'extrémisme anti-Tutsi même si les plus débrouillards
d’entre eux se disent citoyens de la RDC et en possèdent des pièces
d'identité. Leur débrouillardise ne peut les protéger au cas où
tous les Rwandophones Tutsi congolais étaient poursuivis pour
extermination.

Voilà. Comme déjà dit toutes ces préconditions ne sont
pas en soi cause de génocide mais elles le favorisent quand
d’autres conditions sont réunies. Et ce d'autant plus facilement
que nous vivons dans un monde de toute sorte de compétition
ou de concurrence sur le plan aussi bien politico-administratif
qu'économique et foncier. Dans ces compétitions les gens dont le
statut présente quelques failles pourraient être fragilisés car dans
ce jeu toutes les armes sont brandies pour écarter tout concurrent
dont le statut présente quelques faiblesses. La concurrence qui est
rarement loyale exclut les plus faibles en cas de besoin : il suffit que
d’autres conditions soient réunies pour ce faire.

L'appellation « Banyarwanda « et le soi-disant délit de faciès
morphologique ainsi que l’ambigüité du statut des transplantés tutsi
et des réfugiés rwandais non rentrés ne sont pas cause de génocide
en soi mais peuvent fragiliser, le temps venu, leurs titulaires tutsi
congolais.

12. Des facteurs pouvant faciliter le génocide des Rwandophones
tutsi en RDC.

Nous allons présenter ici une série de six facteurs déjà installés en
RDC pouvant faciliter la mise en exécution du génocide des Tutsi
congolais.



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DIALOGUE. Edition Spéciale

12.1. Le fait d'avoir déjà rendu le Tutsi congolais un citoyen de
seconde zone.

Le fait déjà d'avoir rendu le Rwandophone tutsi de la RDC
le citoyen de seconde zone en mettant en question son identité
de citoyen congolais est une étape de reniement de ses droits
fondamentaux. Tout processus génocidaire commence par renier
ses droits à la future victime. Les Rwandophones tutsi congolais
sont actuellement dans cette situation. Et c’est mauvais signe car
c'est le premier pas vers le génocide : renier tout droit à la victime
ciblée. Ce facteur pouvant faciliter le génocide de ces Tutsi congolais
est bel et bien établi actuellement en RDC.

12.2. L'Institutionnalisation de l'impunité

Le fait d'avoir institutionalisé l'impunité à l'égard de tous
ceux qui ont fait de graves exactions contre les Tutsi de la RDC est
signe encourageant pour ces malfaiteurs. La garantie d'impunité
constitue toujours un facteur facilitant la mise en exécution du
génocide.Jamaisses concepteurs, ses organisateursetsesexécutants
ne s’imaginent qu'ils peuvent être poursuivis par la justice. Jamais
ils ne se sentent concernés par la Loi. C'est le cas actuel à l'égard
des promoteurs des idées génocidaires à l'Est de la RDC. Ils y sont
plutôt encouragés par l'impunité supposée garantie. C'est un autre
facteur pouvant faciliter le génocide des Rwandophones congolais
tutsi, et il est bien établi aujourd’hui dans ce malheureux Pays.

12.3. Le fait d'avoir institutionalisé l'idéologie du génocide
en RDC

Le fait d’avoir institutionalisé une propagande porteuse
d'idéologie génocidaire anti-Tutsi à large échelle est un autre facteur
encourageant la commission du génocide anti-Tutsi en RDC. Toute
propagande haineuse portée par l'idéologie génocidaire dirigée
contre un groupe bien déterminé est toujours un préalable à la



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

mise en oeuvre du génocide de ce groupe. Or une telle propagande
dirigée contre les Rwandophones tutsi de la RDC y existe bel et bien
aujourd’hui. Elle fragilise ces Rwandophones contre lesquels elle
est lancée. Elle est un atout et une voie obligée pour le génocide.
Elle est actuellement en cours en RDC. Et c’est grave.

12.4. La création, l'entrainement et l'armement des milices

L'existence de plusieursmilicesen RDCetauBurundi dirigées
contre les Rwandophones Tutsi de la RDC est un autre facteur
important pouvant faciliter l’extermination de ces derniers. Disons
ici aussi qu'il y a confusion volontaire entre milices armées comme
Wazalendo et autres et organisation politico-militaire comme
l'AFC/M23. Il serait erroné de prendre comme milice armée cette
dernière organisation. AFC/M23 n'est pas une milice armée. Ses
cadres comme Nangaa et ses officiers supérieurs se sont détachés
des Institutions officielles qu'ils ont longtemps servies. Corneille
Nangaa fondateur de l'AFC n'est pas un premier venu, il a présidé
la Commission électorale indépendante (CENI) de 2015 à 2021
et avait occupé d’autres hautes fonctions auparavant. Plusieurs
Officiers supérieurs de M23 ont servi dans l'Armée Nationale
congolaise avant de s’en détacher. Ils sont dans l'opposition. Ils ont
une vision politique claire qu'ils veulent imprimer à leurs pays.
Ils veulent « refonder l'Etat congolais ». Ils ne sont donc pas un
ramassis d'individus jetés dans les milices. C'est aberrant de les
confondre avec des milices.

L'existence de milices armées est toujours un danger pour
un groupe ciblé, ce qui est le cas des Tutsi congolais actuellement.
Ces milices seraient les premiers servants du génocide le moment
venu. Elles constituent un grave facteur prêt à exécuter le génocide
des Rwandophones tutsi de la RDC le cas échéant. Il suffit d’un petit
signal pour ce faire.



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@Z> DIALOGUE Edition Spéciale

12.5. La Complicité de la Monusco incapable d'arrêter les
massacres génocidaires

L'inefficacité notoire des troupes de la Monusco en RDC
et le silence de la communauté internationale en général depuis
près de 26 ans est signe qu'un génocide pourrait s'y dérouler
facilement sans que ni cette communauté ni la Monusco ne
puissent intervenir. Le silence actuel de la Monusco à la menace de
génocide à l'égard des Tutsi congolais est signe même révélateur
de sa potentielle complicité et il est criminel. Sa tendance à être du
côté du gouvernement de Kinshasa et de ses Forces armées est un
des facteurs susceptibles de favoriser le processus génocidaire en
cours, dirigé contre les congolais Tutsi de l'Est de la RDC. N'étant pas
possible de dénoncer tous les facteurs pourtant visibles conduisant
au génocide des Rwandophones Tutsi congolais, il n’est pas difficile
de prévoir que la Monusco et ses dirigeants pourraient être pris
et considérés comme complices du gouvernement génocidaire
de la RDC en cas de fait. Ce n’est pas un procès d'intention à leur
égard mais la conclusion logique tirée des faits observés jusqu’à ce
moment-ci.

La Monusco n’est pas crédible de ce côté-là et ne le sera
jamais. Vingt-six ans de sa présence en RDC n’a abouti qu’à un bilan
largement négatif. Tout est donc possible, y compris le génocide
des Tutsi congolais malgré la présence de la Monusco en ce lieu.
Plusieurs villages ont été déjà détruits sans qu'elle ne bouge. Un
génocide est même possible avec sa complicité silencieuse ou
même indirectement active. Ne pas intervenir est en soi un acte
allant dans ce sens. Sa non-assistance en personnes en danger et
sa non intervention ainsi que son silence coupable actuel sont des
facteurs pouvant faciliter le génocide des Rwandophones tutsi en
RDC.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

12.6. Un génocide en cours

L'idée qu'un génocide puisse avoir lieu et qu'il est même
en cours d'essai en RDC est largement répandu et suffisamment
documenté. Le Président Tshisekedi le reconnait mais il sème
de la confusion en disant qu’il y a « un génocide silencieux »
sans montrer sur quel groupe il porte. Un génocide n'est jamais
silencieux en temps de guerre. On sait toujours quel est le groupe
visé. Le Gouvernement congolais devrait dire clairement contre qui
est en train d’être fait ce génocide. Est-ce contre le peuple congolais
en général ou contre toutes les tribus de la Province du Kivu en
particulier ? La réalité est qu'il est dirigé contre les Rwandophones
congolais tutsi de cette province. Il y est indéniablement question
« d'épuration ethnique » qu'il faut arrêter avant qu’il ne soit trop
tard. La confusion entretenue par le gouvernement congolais au
sujet du génocide en cours en RDC cherche à cacher le groupe
ethnique visé par ce génocide tout en le diluant dans la masse du
peuple congolais tout entier. C’est une stratégie bien connue dite
du double génocide qui cherche à ce que tout le monde soit à la
fois victime et bourreau. En réalité, seuls les Rwandophones tutsi
congolais en sont dans le collimateur et en sont les seules victimes
aujourd’hui visées.

Cette manoeuvre politicienne du régime de Tshisekedi
se manifeste également par la création d’un concept nouveau dit
«Genost» qui n'a aucune signification politique, sociologique encore
moins juridique. Rappelons qu'un génocide vise un groupe bien
déterminé soit national, soit ethnique soit racial soit religieux. En
l'espèce le génocide qui se déroule sur le territoire de la RDC vise
uniquement le groupe Tutsi et ses affiliés Banyamulenge.

13. Seul actuellement l'AFC/M23 pourrait arrêter le processus
génocidaire en cours en RDC.

Il n'est pas question de compter sur la Monusco pour
arrêter le processus génocidaire en cours actuellement à l'Est
de la RDC. Elle n’a ni neutralisé les groupes armés, ni désarmé



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DIALOGUE. Edition Spéciale

les génocidaires ni protégé les civils. Le « machin » qu'est l'ONU,
patronne de la Monusco, paie des soi-disant experts qui cherchent
à la blanchir alors qu'elle est à la fois juge et partie. Leurs rapports
ne cherchent qu’à surcharger le Rwanda et à blanchir la soi-disant
leur comandataire qu'est l'ONU qui n’est d'aucune utilité. Il n’est
pas non plus question de compter sur le gouvernement actuel
de la RDC pour stopper ce processus génocidaire. Mais n'étant ni
prophète ni stratège militaire patenté, il nous est difficile de prédire
l'issue des évènements d'autant plus que les vicissitudes de la
guerre sont toujours imprévisibles. Mais sur base des informations
disponibles aujourd’hui, il est facile d'affirmer que seul l'AFC/M23
est susceptible de mettre fin au processus génocidaire en cours en
RDC. Pourquoi l’affirmer ? Pour quatre raisons suivantes :

13.1. Seul l'AFC/M23 a la volonté et la détermination politique
d'arrêter ce génocide

La première raison est que face à la faiblesse structurelle
du régime de Kinshasa, seul AFC/M23 semble avoir la volonté
politique et la détermination évidente de mettre fin à l'insécurité
pro-génocidaire des communautés Tutsi de l'Est de la RDC. Cette
volonté et cette détermination donne espoir quant à l'avenir
prometteur de la Province du Kivu et de tous ses habitants y
compris les Rwandophones tutsi aussi bien du Nord que du Sud
Kivu. La volonté politique bien déterminée est un préalable à la
victoire finale. Qui veut, peut.

13.2. Seul l'AFC/M23 est guidé par l'idéologie anti-génocide

La deuxième raison qui fait croire que seul AFC/M23
peut arrêter le processus génocidaire en cours à l'Est de la RDC
est l'idéologie même de cette organisation politico-militaire.
Contrairement au Gouvernement congolais et à ses milices
génocidaires, l'AFC/M23 n’a jamais prêché l'idéologie génocidaire
envers une quelconque tribu du Kivu. Aucun discours, aucun écrit,
aucune déclaration de sa part ne relève de cette idéologie. Rien mais



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

rien alors de sa part n’a prêché la haine et la discrimination dirigées
contre une quelconque tribu de la RDC lui opposée ou non. Pour
lui, l'idéologie du génocide n'est pas une fatalité. C’est une culture
enseignée qui peut s'arrêter. Il y a donc des solutions politiques qui
ne se réduisent pas à l’ethnisme. C'est une grande leçon que l'AFC/
M23 propose à la Communauté nationale et internationale.

13.3. Seul lAFC/M23 a donné la preuve que la sécurité règne
dans la zone libérée

La troisième raison qui donne grand espoir que seul l'AFC/
M23 pourrait stopper le processus génocidaire en cours à l'Est
de la RDC découle de la situation actuelle régnant dans « la zone
libérée ». La paix y règne, la vie reprend, les enfants vont à l’école,
les marchés grouillent de monde, les églises sont pleines : aucune
tribu ne semble ni exclue ni menacée. Il y a totale inclusivité. Les
Nande, les Hunde, les Havu, les Shi, les Fulero, les Bembe, les Lega,
les Hutu et les Tutsi y vivent ensemble en harmonie. Partout on
respire la paix même s’il peut y avoir des bavures de guerre ici et
là. Et le développement pointe à l'horizon. Tout cela grâce à la paix
instaurée par l'AFC/M23 dans sa zone libérée. Désormais l'espoir
est permis et c'est très heureux de le constater.

13.4. Seul l'AFC/M23 poursuit la construction d'un Etat de droit

La quatrième raison qui fait croire que seul l'AFC/M23
pourrait mettre fin au processus génocidaire en cours à l'Est de
la RDC est sa force de frappe jusqu'ici invaincue de l'AFC/M23.
Il cherche à faire régner un Etat de droit et de libertés pour tout
citoyen congolais y compris les Rwandophones Tutsi. Et c’est à
cette seule condition que la RDC pourrait réellement être un Etat
inclusif et intégrateur capable de profiter de ses ressources pour
être à la pointe du développement de cette Afrique des Grands Lacs.
Un Etat de droit s'impose pour tout le peuple congolais y compris
les Rwandophones tutsi congolais. Pourquoi pas ? Il faudrait réussir



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DIALOGUE Edition Spéciale

ce pari de faire régner un Etat de droit pour tout congolais sans
exclusif sinon d’autres perspectives pourraient être envisagées. Et
la guerre de LAFC/ M23 si elle était victorieuse pourrait y jouer un
grand rôle en réaménageant autrement la RDC.

14. Et si la RDC était réaménagée autrement ou l'avenir
éventuel de la RDC

Il ne manque donc à la RDC qu’un bon leadership pour faire
bien marcher ce Pays. L'ancien président du M23, Bishop J-M Runiga
Lugerero, trouve que parmi les facteurs qui empêchent la RDC
d’aller de l'avant, il y a « l'exclusion et la haine tribale, la dictature
politique et militaire, la recherche du gain personnel, l'abandon de
l'intérêt communautaire, la présence des troupes armées nationaux
et étrangers. »1%, Et le chemin semble encore long mais d'ores
et déjà une lueur d'espoir semble pointer à l'horizon : l'AFC-M23
est susceptible de montrer d’autres avenirs possibles de ce Pays.
Quoique sa mission première soit celle d'empêcher qu'un génocide
total ne puisse s’abattre sur les Rwandophones tutsi ciblés, il est
aussi capable, une fois sa victoire réussie, de proposer d'autres
formes possibles de réaménagement du Territoire congolais.

14.1. Il y a de plus en plus d'idées de réaménagement du
Territoire congolais

Nous allons en citer quelques-unes d’entre elles mais avant
de les présenter, rappelons qu’au fur et à mesure que la République
démocratique du Congo s’enlise dans la violence et que l'Etat de
droit est refusé à certains de ses citoyens et que même la misère ne
fait que s’accroitre au sein de son peuple, l'idée de démembrement
de ce Pays a vu le jour dans l'esprit de quelques personnes, et cela
depuis au moins une trentaine d'années. La presse américaine en
avait fait écho bien avant la guerre de 1996. Colette Braeckman cite
des journaux américains qui publient dans les années 96-97 de très

2% E Tommy Tambwe Ushindi. W. op. cit. p. 9.



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

nombreux articles et éditoriaux reprenant l'hypothèse d’un
démembrement du Congo et/ou de sa balkanisation. Elle rappelle
un article de l’International Herald Tribune du 19 décembre 1996
qui avait écrit quele Congo était «le résultat d’une union impossible,
non naturelle. La frontière coloniale ne pourra éternellement être
considérée comme sacro sainte ». C. Braeckman rappelle aussi que
le Journal Forum for Interational Policy du 15/10/1996 avait plaidé
en faveur de la création « de pays homogènes sur le plan ethnique,
ce qui impliquait nécessairement de redessiner les frontières
internationales et requérait d'importants efforts de réinstallation
des populations »'5.

Ce journal allait jusqu’à envisager la création d'Etats hutu et
tutsi séparés, ce dernier pouvant se situer dans l'Est du Congo. Il a
encore répété cette idée en 2000. Il en rajoutait jusqu’à prétendre
que Kigali « ne faisait aucun mystère de son ambition : transformer
le Kivu en zone tampon afin de réassurer ses frontières, en zone
de peuplement pour ses nationaux vivant à l'étroit au Rwanda».
Euloge Boissannade reprend aussi dans son livre le texte d’un
Collectif Lega qui affirmait qu'« à la demande pressante des
Etats-Unis d'Amérique et de Museveni président de l'Ouganda,
M. Nelson Mandela aurait demandé aux émissaires de Mobutu
et de Kabila d'entamer des négociations en vue de réviser les
frontières actuelles » du Zaïre!%. Le même auteur s'était demandé
si Kagame et Museveni veulent annexer le Kivu!*. Voilà : on prête
au Rwanda toute sorte d'intention jusqu'à essayer de constituer au
Congo oriental, c'est à dire au Kivu et même au Katanga, un espace
dirigé par un régime « ami » où il lui serait loisible d'exporter ses
populations excédentaires et exploiter les minerais. Il est même

#$ Colette Braeckman, Les nouveaux prédateurs, politique des puissances en Afrique
Centrale, Editions Fayard, 2003, pp. 56-58

156 Colette Braeckman, Les nouveaux prédateurs, politique des puissances en Afrique
Centrale, Editions Fayard, 2003, pp. 56-58

#7 Euloge Boissonnade, op. cit. p.348.

159 Idem, p.344.



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DIALOGUE Edition Spéciale

question d’un Accord secret de Lemera (Sud-Kivu) où il y aurait été
question de la colonisation tutsi du Kivu. En réalité il n’y a eu rien
de secret. Tout s’est fait à ciel ouvert!*. N'empêche, chacun dit ce
qu'il veut comme il peut. On a ainsi créé le mythe de cet Accord de
Lemera qui n’a rien de mythe. Mais les mythes ont toujours la vie
dure parce qu’il y a toujours des fanatiques qui les croient et les
prennent comme de l'argent comptant.

Il y a eu aussi d’autres Accords internes qui ont failli diviser
la RDC. L'Accord de Lusaka de 1999 à failli morceler ce pays en 3
Etats autonomes : un Etat autonome sous contrôle de Kabila, un Etat
autonome sous contrôle du RCD et un Etat autonome sous contrôle
de Bemba et consorts. De même l'échec du Dialogue de Sun City en
avril 2002 avait failli créer deux Etas : un Etat du Sud-Ouest et un
Etat de l'Esti5°, Déjà en 1999, le journal Jeune Afrique (n°198 » du
12 au 18 janvier) se demandait « jusqu'où iront les rebelles ? ». Le
titre de cet article était « RDC Congo: La balkanisation ». Il montrait
la carte de ce pays coupé en deux.

Aujourd’hui les idées sur le partage du Congo renaissent
et se propagent progressivement. Quatre modèles suivants sont
avancés mais ils ne sont possibles que si l'Occident européen ne
s'en mêle pas car il sait toujours pêcher en eau trouble. Et le chaos
africain lui est profitable.

14.2. Des modèles possibles de réaménagement du Territoire
Congolais

Voici maintenant les modèles de réaménagement dont il est
question aujourd’hui. Ils sont les suivants :

+ _Ilya le modèle fédéraliste. Il est le plus classique et dont
on parle ouvertement parce qu'il ne bouscule presque rien.
La RDC serait divisée en Etats fédérés suivant en grandes
lignes les provinces actuelles de ce pays. Chaque Etat fédéré

1 On trouve les Statuts de l'AFDL, son Projet politique et Autres considérations dans la
Revue Congo-Afrique n°318 d'octobre 1997, pp.495-506
1 E, Tommy Tambwe Ushindi. W. op. cit. p.9



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Qui pourrait arreter le Genocide des

Rivandophones Tutsi en RDC?

aurait de larges pouvoirs aussi bien politiques
qu'économiques mais il aurait des Institutions supérieures
dans lesquelles tous les Etats fédérés devraient se
rencontrer comme c’est le cas aux USA et ailleurs. Le but
serait de donner un peu plus de poids aux Etats fédérés qui
auraient une certaine autonomie interne et pourraient ainsi
gérer ses problèmes particuliers. Cette idée rencontre celle
de la décentralisation du pouvoir : donner plus de liberté et
de pouvoir aux Etas décentralisés. Appelons- le «le modèle
américain ». Il exige un leadership fort sinon des guerres de
sécession sont toujours possibles.

Le deuxième modèle consisterait à créer un Etat
indépendant du Kivu. C'est le modèle qui a été suivi par le
Soudan du Sud. Il s’est détaché du grand Soudan et a mis
sur pied son propre Etat indépendant. IL a cassé le mythe
des frontières intouchables laissées par la colonisation. La
Province du Kivu pourrait faire de même quitte à ce que
quelques autres Provinces la suivent ou non. Appelons ce
deuxième cas de figure «le modèle Sud-Soudan ».

Le troisième modèle est celui de l'Erythrée. En 1950,
l'Assemblée Générale des Nations Unies en avait fait une
unité autonome fédérée à l'Ethiopie mais cette dernière
l'avait annexée purement et simplement en 1962. Naquirent
alors lemouvements populaires de libération pour
l'indépendance de l'Erythrée qui auront gain de cause en
1993 avec l'appui du DERG d'Ethiopie notamment de son
Président Mengistu Hailé Mariam à qui le Front populaire de
libération de l'Erythrée (FPLE) avait accordé son appui dans
sa lutte pour le pouvoir. En luttant ensemble, ils ont acquis
chacun la victoire pour laquelle il avait pris les armes. Cette
situation se produirait en RDC si par exemple l'AFC/ M23
parvenait à mettre son Président actuel Nangaa au pouvoir
suprême à Kinshasa et que le même président accorderait
à son tour son indépendance au Kivu sous l'autorité et le



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DIALOGUE Edition Spéciale

pouvoir du M23. Nangaa régnerait sur le reste du Congo
sans le Kivu indépendant. Ce serait « le modèle Erythréen ».

-<__Le quatrième modèle est celui de l'ex Yougoslavie. Ce pays
s'est démembré en plusieurs Etats indépendants dans les
années 1990. Il y est alors né toute une série de six Etats
indépendants comme la Croatie, la Bosnie-Herzégovine,
la Serbie, la Slovénie, la Monténégro et la Macédoine. Ce
modèle conviendrait à la RDC en cas de démembrement ou
de balkanisation totale de ce pays dont naïtraient plusieurs
Etas Indépendants. C'est «le modèle yougoslave».

CONCLUSION

Après avoir examiné les problèmes de sécurité auxquels font
face les Tutsi Rwandophones congolais en RDC, nous concluons que
ce qui manque le plus à ce pays est un leadership clairvoyant, orienté
vers le bien-être de toute sa population sans exception. La mauvaise
gouvernance de ce vaste pays découle principalement de la faiblesse
et de l’incompétence de l’État congolais, de ses dirigeants et de son
armée - une réalité qui précède l'actuel président, lequel n'a fait
qu'aggraver une situation déjà critique. Les idéologies tribales ont
détruit ce pays bien avant l'indépendance et ont persisté pendant
près de 65 ans.

Aujourd’hui, une nouvelle étape a été franchie : une idéologie
génocidaire se répand à tous les niveaux, sans qu'aucun acteur
visible au sein des institutions actuelles de l'État ne soit capable
de protéger les citoyens ciblés. La haine anti-Tutsi est propagée
ouvertement et officiellement. Le président de la République parle
de génocide sans en identifier clairement les auteurs niles victimes,
tout en échouant à faire respecter la loi et l’ordre. L'impunité règne
partout. La propagande de haine se diffuse sans contrôle. Les
richesses minières du Congo, qui pourraient être une bénédiction,
sont devenues sa malédiction ; pourtant, un bon dirigeant, entouré
d'une équipe compétente, pourrait les transformer en une véritable



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Qui pourrait arreter le Genocide des
Rivandophones Tutsi en RDC?

source de prospérité. Aussi douloureux que cela soit à dire, la RDC
est un État failli.

En conclusion, ce qui a été présenté comme une esquisse
de réorganisation territoriale pour la République démocratique
du Congo ne demeure qu'une hypothèse parmi d'autres, car
seule l’histoire révélera de nouvelles possibilités. Toutefois, une
restructuration territoriale à elle seule est insuffisante, car mêmeun
petit État peut rester prisonnier du tribalisme. Le génocide perpetré
contre les Tutsi au Rwanda l'a démontré avec une clarté tragique :
le Rwanda était un petit État-nation, et pourtant le génocide s’est
produit. La RDC n'est pas, au sens strict, une véritable nation. Elle
doit donc s’efforcer de construire un État national inclusif, capable
de transcender les divisions tribales et guidé par une philosophie
politique cohérente plutôt que par la géographie ou la taille. Qu'il
soit aussi vaste que le Congo ou aussi limité que le Kivu, le facteur
décisif n’est pas sa dimension, mais sa vision.

Entre-temps, le peuple de la RDC est appelé à réfléchir
sérieusement aux options qui pourraient le mieux le servir. Plus tôt
cette réflexion conduira à l’action, mieux ce sera ; autrement, il sera
trop tard et les dégâts seront irréparables. Car aujourd’hui, il est
déjà « minuit moins une minute » face à l'extermination d’un groupe
entier ciblé. LAFC/M23, avec sa vision politique, pourrait initier
ce changement éventuel. Il pourrait même en devenir le porte-
étendard, maïs sa victoire et sa vision politique sont des préalables
indispensables. Elles apparaissent nécessaires et suffisantes,
puisque de nombreux accords passés et des conflits répétés n'ont
abouti à rien. Seule sa victoire, accompagnée de sa vision, pourrait
offrir des garanties suffisantes mais cela n’est possible que si les
grandes puissances occidentales s’abstiennent d'intervenir pour
semer le chaos, comme elles l'ont si souvent fait à leur avantage
dans ce malheureux Congo.



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DIALOGUE Edition Spéciale

Ce pays a besoin d'un leadership véritable et clairvoyant,
capable de guider toute sa population, de manière inclusive, vers
un développement intégral pour tous. Espérons que le peuple
congolais puisse trouver en lui-même un tel leadership, capable
de changer la situation pour le bien de tous les citoyens, y compris
les Tutsi Rwandophones que les dirigeants actuels semblent
totalement négliger. Au contraire, ils président même à un génocide
en cours. Pourtant, une lueur d'espoir semble venir de l'AFC/M23
qui pourrait l'arrêter. Souhaitons-lui bonne chance et soyons du
côté de la vie et non de la mort.



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L'IDEOLOGIE GENOCIDAIRE
TRANSFRONTALIERE : CAS DE LA RDC

L'auteur: Dr. Aloys Tegera

RÉSUMÉ

et article analyse la propagation de
Ci génocidaire au-delà des

frontières, en prenant le cas de la
République démocratique du Congo. Il met
en évidence comment certains discours de
haine et réseaux extrémistes perpétuent
des idées héritées du Génocide contre les
Tutsi de 1994. L'auteur examine les facteurs
politiques, sécuritaires et sociaux qui
favorisent cette diffusion transfrontalière.
L'article souligne l'importance de lutter
contre cette idéologie afin de prévenir de
nouvelles violences et crimes de masse.

Biographie: Dr. Aloys Tegera est un chercheur et analyste
rwandais reconnu pour son expertise sur les dynamiques
politiques, économiques et sociales de la région des Grands Lacs
africains. Il est particulièrement connu pour son travail dans le
domaine de la recherche sur les conflits, la gouvernance et le
développement régional. Il a occupé des fonctions de direction
au sein d'institutions de recherche et a collaboré avec diverses
organisations académiques et internationales. À travers ses
recherches, ses publications et ses interventions dans des
conférences, Dr Tegera a contribué à une meilleure compréhension
des enjeux régionaux, notamment en matière de paix, de sécurité
et d'intégration régionale.



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DIALOGUE Edition Spéciale

INTRODUCTION

Il s'appelait Kennedy Kiproo Lilan, de nationalité kenyane. Il
échappa de justesse au lynchage par une foule enragée à Goma en
date du 1 juin 2024 à cause de son faciès imputé aux Tutsi que peut-
être il n’a jamais côtoyé de sa vie. Et pourtant, il allait mourir pour
la seule raison qu’il ressemble aux Tutsi qui sont traqués partout
à l’est du Congo, massacrés, tués, lynchés, brûlés vifs et parfois
mangés pour ce qu'ils sont. Certes une extermination à petit feu
mais sûrement. La discrimination des Tutsi et leur qualification
de « faux nègres » étrangers à la région des Grands Lacs africains
est une invention de premiers explorateurs Allemands et Belges,
consolidée et enseignée par les missionnaires. Ces derniers ont
découvert un royaume du Rwanda organisé et structuré et étaient
persuadés qu'un tel niveau de civilisation et de savoir-faire ne cadre
pas avec l’idée qu'ils s'étaient fait du « vrai nègre ».

Ils conclurent que le pouvoir structurant le royaume du
Rwanda doit venir d’ailleurs, probablement de la vallée du Nil
Kouchitique ou peut-être d’origine caucasienne. Le mythe hamitique
cher aux classificateurs des races en Europe du 19ème siècle était
né et sera collé aux Tutsi jusqu’à nos jours. L'appropriation de ce
schéma racialiste par les élites locales africaines allait se traduire
en un génocide au Rwanda en 1994.

Au lendemain de l'indépendance du Congo Belge, la discrimi-
nation des Tutsi à l’est de la RD Congo remonte en mars 1962, quand
les élus Nande, Hunde et Nyanga exigent la création de la province
du Nord-Kivu sans en avoir préalablement discuté avec leurs
homologues de langue Kinyarwanda de territoires de Rutshuru,
Masisi et Nyiragongo. Les troubles, les massacres, les destructions
des biens des Tutsi qui s'en suivirent, étaient revendiqués au nom
d'un patriotisme local qui veut bouter hors du territoire national
les «étrangers parlant le Kinyarwanda» et chasser les survivants
dans leur patrie natale, le Rwanda.



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Lidéologie Génocidaire
Transfrontalière: Cas de la RDC

Dans ce papier, je vais me focaliser aux métastases du
génocide contre les Tutsi au Rwanda de 1994 à l’est du Congo
quand près d’un million de réfugiés Rwandais débarquent sur les
rives de la ville de Goma et Bukavu.

1. L'idéologie génocidaire incrustée dans l'armée etles
institutions congolaises

L'arrivée massive de réfugiés rwandais en juillet 1994
menés par une armée des ex-FAR et des milices Interahamwe
responsables du génocide contre les Tutsi au Rwanda, l'échec du
gouvernement Mobutu à les désarmer comme l’a fait la Tanzanie et
à les installer à la frontière avec le Rwanda, a marqué le début d’une
insécurité et d'un chaos dans le Sud et le Nord Kivu. I] y avait eu
des affrontements ethniques au Nord-Kivu depuis mars 1993 entre
Hutu, Hunde et Tutsi. Un rapport d'Oxfam!f! et de Caritas Secours
International de Belgique"? estiment qu'environ 7.000 personnes
ont été tuées dans ces affrontements ethniques.

Cependant, l'alliance entre les milices hutu congolaises
et les ex-FAR et Interahamwe vaincus, a changé l'équilibre des
forces sur le terrain en faveur de la communauté hutu congolaise.
Les combattants hutu revigorés ont battu les milices Hunde dans
le Masisi et le Rutshuru et poussé les Tutsi Congolais qui avaient
survécu aux massacres en exil au Rwanda et en Ouganda. L'élite
locale hunde a dénoncé la constitution d’un « Hutuland »,1% mais
le véritable impact dans l’est du Congo a été l'implantation de
l'idéologie génocidaire 5.

1 Rapport d'Oxfam du 12 août 1993

“:ibre Belgique du 24 septembre 1993.

= MUHIMA, E, « Un génocide pour un Hutuland », inédit, 1996. Lettre des communautés
autochtones du Nord- Kivu, « Plan d'annexion des Régions du Nord-Kivu et Sud-Kivu à
la République Rwandaise », Goma, novembre 11, 1994.
BUCYALIMWE MARARO, «interprétation des événements dans la Région des Grands Lacs à la
lumière du document ‘Les Protocoles de Sion! Conférence, Rutshuru, 15 juin 1994

24 POMFRET,J, « Rwandans led revolt in Congo », The Washington Post, 9 juillet 1997



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DIALOGUE Edition Spéciale

La première étape fut celle de traquer des Tutsis Congolais
considérés comme une « cinquième colonne du Rwanda en RD
Congo ». Ceux qui pouvaient se le permettre se sont frayés à coup
d'argent leur chemin jusqu'au Rwanda et en Ouganda. Le dernier
groupe de Tutsi Congolais qui étaient rassemblés à la mairie de
Goma a traversé la frontière de Gisenyi en mai 1996 et s’est installé
non loin de la «Petite barrière» avant d'être déplacé à Karongi et
Byumba peu après le début de la guerre de Laurent Désiré Kabila. La
deuxième étape était le contrôle économique et social du territoire.
Les FDLR étaient désormais les nouveaux maîtres. Ils avaient
quitté le Rwanda avec des richesses qu'ils pouvaient transporter
y compris la banque nationale, et disposaient de suffisamment
d'argent pour créer toutes sortes d'entreprises en collaboration
avec des Congolais locaux comme leurs associés. La troisième étape
était le renforcement de leurs forces militaires!$.

L'effondrement de l'alliance entre l'AFDL de Laurent Désiré
Kabila et le Rwanda et la deuxième rébellion du RCD/Goma qui
s’en est suivie en août 1998, ont offert aux FDLR une occasion en
or de rapprochement et de collaboration avec les gouvernements
congolais successifs. Ils ont été intégrés dans les FARDC ou utilisés
commetroupessupplétivesetontcombattu côte à côte avec desalliés
soutenant les gouvernements congolais successifs et galvanisés par
les discours de haine comme naguère Yerodia Ndombasi appelant
les Tutsi/ « vermine » à exterminer!% ou récemment Benoît
MUKUMBATIYA, un Maï-Maï Nande, qui dit que «un bon Tutsi est
un Tutsi mort, un bon Tutsi se trouve au cimetière». Les frères en
armes se sont mués en frères en esprit.

L'idéologie génocidaire jusque-là inconnue de la société
congolaise cimente les relations entre personnes, alimente les
discours de haine et a pris racines en RD Congo. Trente ans plus

1 POMFRET,], « Rwandans led revoit in Congo », The Washington Post, 9 juillet 1997

1% BRAECKMAN, C, La question congolaise. L'Afrique centrale après Mobutu, Paris, Fayard,
1999.

47$es propos en audio du 31 mai 2024.



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Lidéologie Génocidaire
Transfrontalière: Cas de la RDC

tard, ce que Chrétien appelle un « nazisme tropical » est bien vivant
dans la région des Grands Lacs. Ceci dit, l’est du Congo s’est révélé
être une terre fertile pour l'idéologie génocidaire. Bien que la
communauté Banyarwanda de Rutshuru et de Masisi ait connu des
hauts et des bas, elle a néanmoins réussi à s’unir et à combattre un
front commun, surtout au début des années 1960165,

Dans les années 1980, une association hutu appelée
« Mutuelle des Agriculteurs des Virunga (MAGRIVI) dans les
territoires de Rutshuru et Masisi a cultivé des narratifs anti-Tutsi
en étroite collaboration avec certaines machines de propagande du
régime Habyarimana tel le journal KANGURA diffusant l'idéologie
génocidaire!®®. L'idée principale était d’éloigner les Hutu des Tutsi,
de revendiquer l’unicité du muhutu d'où qu’il vienne et d’où qu'il
soit”, de nourrir et de consolider la « solidarité bantu» avec les
ethnies dites autochtones afin d'isoler les Tutsi comme seuls «
étrangers» désireux d'imposer leur Empire « Hima - Tutsi » dans
la Région des Grands Lacs!”!, La dernière revendication en date du
« gihutu » comme langue des Hutu congolais est une conséquence
logique de ce radicalisme «racial» et de cette distanciation entre
Hutu et Tutsi congolais en tant que deux entités culturelles
distinctes.

La revendication du gihutu en tant que langue des Hutu
congolais a été conçue et construite pour les intégrer pleinement
dans la communauté autochtone congolaise au sens large du
terme à la suite de la commission Vangu identifiant qui est

2€ RUKATSI, B, « L'intégration des immigrés au Zaire : le cas des personnes originaires du
Rwanda », Thèse de doctorat en Science Sociales, Politiques et Économiques, ULB,
novembre 1988.

2 NDAHIRO,T, The Friends of Evil: when NGO's support genocidaires, FrancegeonocideTutsi.
org, 2013, p.68. Ndahiro nous rappelle le dixième commandement Hutu publié par Kagura
et déclarant que : « La Révolution sociale de 1959, le Référendum de 1961 et l'idéologie
Hutu doivent être enseignés à chaque Muhutu à tous les niveaux, Chaque Hutu doit diffuser
largement cette idéologie. Tout Muhutu qui persécute son frère Muhutu pour avoir lu,
diffusé et enseigné cette idéologie est un traître ».

“20BUCYALIMWE MARARO, « Interprétation des événements » , op.cit.

#3 Rapport sur la situation actuelle dans les provinces du Nord et du Sud Kivu, juillet -
août 1997. NDAHIRO, T, op.cit. p 63.



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DIALOGUE Edition Spéciale

congolais et qui ne l’est pas en 1991. Cette revendication du gihutu
exclut les Tutsi Congolais dont la langue est le Kinyarwanda les
identifiant ainsi aux Rwandaïs. La tentative du professeur Ruriho
Kibambasi de réécrire l’histoire des Hutus du Nord-Kivu'? en
transcrivant les grandes étapes de l'histoire bantu - avec une
périodisation où l’histoire des Bantu se réduit à celle des Hutu
- relève davantage d’une construction idéologique pour établir
quelques affirmations importantes à ses yeux. Notamment, que
les Hutu du Nord-Kivu sont un groupe ethnique à part entière
qui partage la même trajectoire historique que les autres groupes
ethniques de l’est de la RD Congo. Qu'ils ont leur propre langue
comme les autres ethnies de la RD Congo-avec le glossonyme
correspondant l’ethnonyme- et qui s'appelle le «Gihutu» à ne pas
confondre avec le «Kinyarwanda», la langue du Rwanda.

Cet effort de distanciation du Rwanda ne tient pas compte
des trajectoires de divers clans hutu du Nord-Kivu, comme le clan
Abasinga, qui serait passé par le Mulera au Rwanda avant de s'installer
définitivement dans l'actuel territoire de Rutshuru. En effet, les
structures claniques - ubwoko au Rwanda, ruganda au Bunyoro,
ebika au Buganda, ishanja chez les Havus, etc. - mêlant parenté,
exogamie, règles de solidarité et code symbolique, constituent une
référence identitaire dans la conscience collective des populations
des Grands Lacs. Et selon Chrétien, la géographie de ces structures
claniques, alliée aux témoignages des anciens, permet de se faire
une idée de leur histoire sur un espace relativement limité mais qui
transcende les frontières politiques modernes et pour une période
de trois siècles au plus!#.

Ces structures claniques intègrent des catégories sociales
Hutu et Tutsi au Rwanda que Ruriho veut à tout prix dissocier dans
le temps et dans l’espace.

472 RURIHO KIBAMBASI,F, Introduction à l'histoire des Hutu du Nord-Kivu (Zaïre), Volume
1, Lubumbashi, février 1992

+73 CHRETIEN, JP, LAfrique des Grands Lacs. Deux mille ans d'histoire, Aubier, Paris, 2000,
p.73.



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Lidéologie Génocidaire
Transfrontalière: Cas de la RDC

La quasi-totalité des dix-huit clans répertoriés par Marcel
D'Hertefelt# se retrouvent au Nord-Kivu et combinent à la fois
Hutu et Tutsi à quelques exceptions près où, par exemple, le clan
Abungura estuniquementcomposé de Hutuetles deuxclans Abasigi
et Abagiri non identifiés par D'Hertefelt que l’on trouve à Buhumba
dans l'actuel territoire du Nyiragongo. Quoi qu'il en soit, ce qui a
commencé comme la théorie de Ruriho du «gihutu» comme langue
des Bahutu, a maintenant été approprié par les Hutu congolais
du Nord-Kivu et les FDLR. L'idéologie génocidaire a énormément
contribué à cette radicalisation.

2. Les alliances locales des FDLR
2.1. Les Nyatura

La collaboration stratégique des FDLR avec les milices
congolaises locales a non seulement renforcé sa capacité de
combat, mais aussi implanté et répandu l'idéologie du génocide. Les
alliés Nyatura sont des jeunes de la communauté Hutu congolaise
qui se présentent comme des défenseurs de leur communauté.
Aujourd’hui, certains sont membres des assemblées provinciales
et nationales, d’autres sont intégrés dans l'armée nationale et dans
plusieurs institutions de la République.

D'autres enfin ont choisi de rester dans leurs villages
respectifs, armés, dans le but de se défendre en cas de menace
contre leur communauté. Ce sont ces milices armées Nyatura qui
contrôlent les zones rurales des territoires de Masisi et de Rutshuru.
Ils ont bénéficié de l’appui des FDLR rwandaises en formation et
en équipement militaire et certains d’entre eux comme Dominique
Ndaruhutse Kamanzi alias Domi collabore encore aujourd’hui
ouvertement avec les FDLR au Bwito en territoire de Rutshuru.
En août 2018, lorsque le groupe armé rwandais en exil, le front
de libération nationale (FLN), a attaqué depuis le sud-ouest dans

474 D'HERTEFERT, M, Les clans du Rwanda ancien : éléments d'ethnosociologie et d'ethnohistoire,
Musée royal de l'Afrique centrale (MRAC), Tervuren, 1971.



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DIALOGUE Edition Spéciale

la forêt de Nyungwe, Dominique Ndaruhutse faisait partie des
Nyatura mobilisés par les FDLR dans le parc national des Virunga
pour leur prêter main-forte! 5. La poursuite des combats des
FDLR au Bwito et ailleurs pourrait expliquer l'alliance entre les
FDLR et les milices congolaises qui servent de bouclier pour leurs
opérations. En effet, les milices congolaises locales ont d’autres
préoccupations. Certains sont d'anciens combattants démobilisés
déçus par des promesses faites mais qui n’ont jamais été tenues.

D'autres sont des jeunes mobilisés pour des revendications
foncières queleurs parentsoccupent dansun contexte demouvement
de populations depuis les années 1990 et dont les revendications
n'ont jamais été clarifiées. Enfin, d’autres sont des jeunes issus
de familles expulsées des concessions que leurs propriétaires ont
récupérées en 2019 à Kibabi et Osso Banyungu dans le Masisi. En
août 2020, une réunion s'est tenue dans le secteur de Katoyi, en
territoire de Masisi, au cours de laquelle certains membres Hutu de
l'assemblée provinciale du Nord-Kivu étaient présents.

Les participants ont été encouragés à attaquer les propriétés
et les fermes des Tutsi pour les forcer à fuir au Rwanda et ainsi
offrir aux populations Hutu l'opportunité d'occuper leurs terres.
Ainsi, les Nyatura du territoire de Masisi combinaient, avant leur
légitimation au sein des Wazalendo, le harcèlement des positions
militaires et policières avec des attaques systématiques contre
les fermes agro-pastorales des Tutsi dans l'espoir de les chasser
et éventuellement d'occuper leurs terres. Cela dit, les alliances
des FDLR sont allées au-delà des locuteurs du Kinyarwanda pour
inclure d’autres groupes ethniques armés, à savoir les Hunde de
l'«Alliance patriotique pour un Congo libre et souverain (APCLS)».

75 TEGERA, B, À, « Abazungu : une nouvelle coalition au Masisi », Pole Institute, Dossier,
mai 2021, p.9.



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Lidéologic Génocidaire gs
Transfronalière Cas dela RDC SD

2.2. Les APCLS

Certes les milices hunde combattent les Banyarwanda dans
le Masisi et le Bwito depuis 1993, mais la naissance de l'APCLS en
2006 a plutôt été motivée par la présence du Congrès national pour
la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda Mihigo dans le
Bashali Mokoto et le Bashali Kayembe en territoire de Masisi. Ce
dernier faisait de l'ombre au gouverneur provincial Eugène Serufuli
Ngayabaseka et son agacement fut tel qu'il se résolut de créer une
nouvelle milice nommée les Patriotes de la Résistance Congolaise
(PARECO) chapeautée par certains officiers Hutu qui venaient de
faire défection du CNDP.

Afin de donner au PARECO un visage autochtone face à un
Laurent Nkunda qualifié « d’étranger»,unealliance fut sollicitée avec
un combattant nande, Kakule Sikuli Lafontaine et un combattant
hunde, Janvier Karairi. Cette alliance n’a pas duré longtemps. Elle
s'est scindée en trois groupes, un Hutu PARECO représenté par le
Colonel Mugabo Hassan, actuellement un général de l'armée FARDC
qui dirigeait les offensives contre le M23 dans le Masisi en mai 2023,
un Nande PARECO représenté par Kakule Sikuli Lafontaine, et un
Hunde PARECO représenté par Janvier Buingo Karairi qui a préféré
par la suite changer de nom en se nommant APCLS et en s’installant
dans le Masisi profond à Lukweti. Avec la légitimation de sa milice
en Wazalendo, Karairi a été accueilli triomphalement au printemps
2023 dans sa ville de Kitchanga pour affronter le M23 dans le Bashali
Mokoto et dans le Bwito. A ses débuts, le commandant de l'APCLS
Janvier Karairi bénéficiait d'un soutien sans faille de la mutualité
ethnique Bushenge Hunde, avant que des fissures n'apparaissent
en son sein lorsque Mapenzi Kihule a fait défection pour rejoindre
la défense Ndume rénovée (NDC-R) de Guidon Shimirayi Mwissa
avec laquelle il est resté jusqu'en juillet 2020.

Entre autres, Mapenzi Kihule a reproché à Janvier Karairi de
collaborer avec les FDLR rwandaises. Une alliance de raison et non
de cœur dont Karairi avait besoin surtout lorsque les opérations



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DIALOGUE Edition Spéciale

militaires des FARDC l'ont attaqué en mars 2015 et août 2016.
Depuis lors, Karairi s’est toujours allié aux éléments des FDLR
pour compenser sa faiblesse. Un élément actif des FDLR, Kambuzi,
opérant dans la chefferie d'Osso Banyungu et de Bapfuna est un
ancien collaborateur de Janvier Karairi. Le PARECO Nande de Sikuli
Lafontaine travaille aussi main dans la main avec la branche FDLR -
RUD Urunana dans le sud du territoire de Lubero notamment dans
le Bunyatenge. Il ressort ainsi que les FDLR ont réussi un coup de
maître en ralliant les communautés locales congolaises qui leur
servent de bouclier dans le Lubero, le Masisi et le Rutshurut#.

2.3. Les pertes humaines de cette idéologie génocidaire

A défaut d’un travail de mémoire par une autorité légitime
et compétente comme une bonne police peut l'être, les victimes de
l'idéologie génocidaire à l'est du Congo ne seront jamais connues. À
part quelques massacres documentés tels, les 180 personnes tuées
au monastère de Mokoto le 12 mai 1996, les 149 personnes tuées
à l’université adventiste de Mudende le 18 août 1997, les 1.641
personnes tuées au même endroit à Mudende le 10 décembre
1997, les autres massacres relèvent de récits des victimes quand
elles racontent leur drame. A titre d'exemple, Dusabe habitait dans
le groupement de Bashali Kayembe en territoire de Masisi. Elle
a perdu 20 personnes dans sa famille dont ses frères, ses belles-
soeurs, ses neveux et nièces. Un travail d'inventaire s'impose auprès
des victimes vivant dans les camps de réfugiés au Rwanda et en
Ouganda. Chacune de ces victimes a son récit et son lot de morts de
membres chers de leurs familles.

Entre 2018 et 2024, l'association ISOKO, une mutuelle de Tutsi
du Nord-Kivu, qui a fait un inventaire groupement par groupement,
évalue le nombre de personnes tuées à 2.500 et le nombre de
personnes portées disparues à 5.000. Un échantillon de personnes
tuées avec photos en appui fait par cette association montre que
les trois quarts ont été tuées par les Nyatura et le reste par les

YTEGERA, BA, Abazungu , op.cit. p. 13.



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Lidéologie Génocidaire
Transfrontalière: Cas de la RDC

FARDC. Aucune enquête n’a été faite pour les personnes portées
disparues et à ce stade la plupart d’entre-elles sont considérées
comme mortes. Dans le Sud-Kivu, un comité chargé de faire
l'inventaire des pertes humaines et matérielles des Banyamulenge
estime qu'entre 2017 et 2022, 1.500 personnes ont été tuées, 2145
personnes kidnappées et 6057 personnes arbitrairement mises
en prison. Ces pertes en vies humaines sont imputées aux Maï-Maï
Biloze Bishabuke et Yakutumba collaborateurs des FDLR.

En Ituri, les Hema qui sont abusivement associés aux Tutsi
alors queles deux groupes ontdetrajectoires différents, sonttraqués
et tués par une milice Lendu nommée CODECO. Un conseil de sages
Hema estime qu'entre 2017 et 2023 plus de 4.000 personnes ont
été tués et de milliers d’autres portées disparues. Les victimes de
l'idéologie génocidaire à l’est du Congo ne sont pas que les Tutsi
Congolais ou des Hema en Ituri. D'autres groupes ethniques paient
le prix fort de la présence des FDLR dans leurs fiefs traditionnels.

Les FDLR et ses milices alliées vivent sur le dos des
populations pour se nourrir et se financer. Dans un village nommé
Buramo dans le territoire de Masisi, un paysan dont nous gardons
l'anonymat pour la protection de sa famille, a été tué par les Nyatura
pour avoir été incapable de livrer à temps 15 kgs de haricots. Il
s'agissait de s'acquitter d'une taxe en nature après la saison de
récolte nommée «Ndengera buzima», littéralement traduite en
«taxe pour la survie physique, pour dormir et se réveiller vivant».
Plusieurs centaines de personnes ont payé de leur vie pour avoir
été incapables de payer toutes sortes de taxes imposées par les
FDLR et ses milices alliées.

De centaines de milliers parmi de déplacés internes estimés
à 6,1 millions‘? pour cause d'insécurité ou de guerre mouraient de
faim, et d'épidémies de toutes sortes dans des camps insalubres
dans lesquels ils croupissaient.

#7 According to International Organisation for Migrations (10M), 15 June 2023.



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DIALOGUE Edition Spéciale

2.4, Les pertes matérielles de l'idéologie génocidaire

Les destructions des maisons d'habitation, des
infrastructures de base comme les écoles et les centres de santé
ainsi que les économies de base agro-pastorales se chiffrent en
millions de dollars américains. Quand les FDLR sont entrés à l’est
du Congo en 1994, le Nord-Kivu était considéré comme le grenier
du pays fournissant les vivres, les produits laitiers et la viande dans
les grandes villes du pays à Kinshasa, Kisangani et Lubumbashi.
Une année plus tard en 1995, tout le cheptel bovin estimé à plus de
10 millions avait été détruit si bien que quand la rébellion de l'AFDL
de Laurent Désiré Kabila a pris le pays en mai 1997, les populations
souffrant de la mal nutrition chassaient les rats comme seule
source en protéines. Trente ans plus tard, les fermes du cheptel
bovin et caprin reconstituées sont de nouveau pillées et détruites.
Entre 2017 et 2022, dans le Sud-Kivu, les vaches des Banyamulenge
pillées sont estimées à 452.675.

Dans le Nord-Kivu, l'association Isoko qui a fait un inventaire
groupement par groupement entre 2018 et 2023, estime à 1.478 000 le
nombre de vaches pillées. Le commandant des opérations militaires
dans le Masisi, le général major Mayanga, encourageait les milices
Nyatura légitimées et baptisées Wazalendo pour prêter main-
forte aux FARDC, à piller les vaches des Tutsi pour se nourrir et se
financer plutôt qu'attendre la ration du gouvernement. Ce dernier
exhortait les soldats FARDC au front qui réclamaient leur ration
à piller les vaches des Tutsi qui prétendument financent le M23.
L'idéologie génocidaire implantée par les FDLR à l’est du Congo est
une arme de destruction massive destinée à raser toute trace des
Tutsi dans la région.

De façon méthodique et systématique, cette idéologie
génocidaire a utilisé les liens du sang au sein de Hutu Congolais,
les liens matrimoniaux avec les autres groupes ethniques
congolais, les liens commerciaux avec les associés dans plusieurs
secteurs économiques, les liens politiques et militaires avec les
gouvernements congolais qui se sont succédés les uns après les



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Lidéologie Génocidaire
Transfrontalière: Cas de la RDC

autres. L'idéologie génocidaire s'avère une machine redoutable
d’éradication des Tutsi au Congo et ailleurs dans la région des
Grands Lacs. Les créateurs des narratifs qui présentent les FDLR
comme une force résiduelle qui ne serait que l'ombre d'elle-même
veulent occulter sciemment la réalité de cette violence radicale que
les FDLR mènent depuis trente ans.



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FILIP REYNTJENS: « Chercheur-acteur »
AUX GRANDS LACS, QUELLE EXPERTISE
SCIENTIFIQUE ?

L'auteur: Hon. Dr Jean-Damascène Bizimana

RÉSUMÉ

et article examine le rôle et l'influence
C: Filip Reyntjens dans les analyses

politiques et académiques sur la région
des Grands Lacs. Il questionne la frontière
entre son rôle de chercheur et celui d'acteur
engagé dans les débats politiques. L'auteur
analyse ses prises de position et leur impact sur
la compréhension des dynamiques régionales.
L'article s'interroge enfin sur la rigueur
scientifique et l'objectivité de son expertise.

L'auteur : Hon. Dr Jean-Damascène Bizimana est le Ministre
de l'Unité nationale et de l'Engagement civique. Il a occupé plusieurs
fonctions au sein du Gouvernement du Rwanda, notamment en
tant que Sénateur et Secrétaire exécutif de l’ancienne Commission
nationale de lutte contre le génocide (CNLG). Il a également travaillé
comme consultant auprès de diverses institutions académiques et
organisations de la société civile, et a siégé en tant que membre de
conseils d'administration et de plusieurs institutions et commissions.

Dr. Bizimana est un chercheur universitaire qui a publié
de nombreux articles sur la géopolitique nationale, régionale et
internationale, ainsi que sur l’histoire et les conséquences du
Génocide contre les Tutsi de 1994, y compris les questions liées à
l'idéologie du génocide et à son négationnisme. Il est l’auteur de
trois ouvrages publiés en français et en kinyarwanda : Inzira ya
Jenoside yakorewe Abatutsi (2014); La contribution du Tribunal
pénal international à l'évolution de la justice pénale internationale
(2004) ; et L'Église et le génocide au Rwanda (2001).



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

INTRODUCTION

8 septembre 2025, l'Institut belge Egmont, financé par
le Ministère des affaires étrangères a pris la décision d'interdire
une conférence dans laquelle le professeur Filip Reyntjens allait
présenter son livre «Modern Rwanda. A Political History»!#. Le
fait que la diplomatie belge ait pris une décision d'annulation
d’une conférence qui se disait « académique », confirme la mise en
question du sérieux scientifique des publications de Reyntjens sur
le Rwanda. Le Communiqué du ministère des affaires étrangères
belges l’a précisé en termes on ne peut plus clairs : «Etant donné les
liens entre le SPF Affaires étrangères et l'Institut Egmont et tenant
compte des tensions entre le professeur Reyntjens et les autorités
rwandaises, l'événement pourrait être interprété comme un geste
inamical de la Belgique à l’égard du Rwanda».

Le moins que l’on puisse dire est que le statut d'expert de
Filip Reyntjens ne fait pas du tout l'unanimité tant au Rwanda
qu'au niveau de ses collègues universitaires, voire dans des milieux
politiques et diplomatiques. Son exemple montre à quel point le
rôle de ces « experts » peut être nocif dans la recherche de solutions
de paix aux conflits armés qui sévissent dans la région des Grands
Lacs, notamment à l'Est de la République Démocratique du Congo,
depuis 1994. La présente analyse se veut comme un éclairage de
cette problématique. Pour plus de clarté, honnêteté et objectivité
scientifique, notre analyse sera basée sur des faits vérifiables,
essentiellement les écrits et déclarations de Reyntjens lui-même.

# La publicité de l'ouvrage signale que Reyntiens E y brosse l'histoire politique du
Rwanda du milieu du 19ème siècle à aujourd'hui. Quel projet tendancieux lorsqu'on
sait que Reyntjens n'est pas historien, et qu'en plus de cela, depuis les trente dernières
années, il n'a séjourné au Rwanda que pendant cinq jours du 17 au 22 octobre 1994 !



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DIALOGUE Edition Spéciale

1.1. Distorsions académiques dans le traitement du Rwanda

Filip Reyntjens est arrivé au Rwanda en juillet 1976 dans un
cadre de coopération entre la faculté de droit de l'Université d'Anvers
et celle de l'Université Nationale du Rwanda. L'analyse des premiers
contacts et du vécu de Reyntjens au Rwanda montre une déconnection
lointaine du caractère scientifique de neutralité qu'exigeait son poste
d'universitaire/chercheur, laquelle affecte profondément le sérieux
de ses publications de ces trois dernières décennies. Reyntjens :
militantiste et activiste selon ses dires Filip Reyntjens se décrit comme
« chercheur-acteur »!°? et assume le fait qu'il s'écarte de l'éthique
universitaire pour épouser et défendre des thèses politiques tranchées
contre le Rwanda : « Sur ce point, l’auteur assume son engagement
et même son militantisme face à l’histoire récente et dramatique du
Rwanda et du Burundi »%, Et d'ajouter : « Les ponts avec le monde
politique ne sont jamais rompus. (...) Alors que je suis juriste de
formation, et constitutionaliste plus précisément, la pertinence du
droit s’est progressivement effritée, et j'ai glissé vers l'analyse politique
et l’histoire immédiate. » Il tient toutefois à banaliser des critiques
qu'il recevra : « J'ai admis et même revendiqué mon militantisme (...)
Nous rencontrons des acteurs et nous créons des réseaux qui, de ce
fait même, développent une structure et un visage. (...) Même lorsque
l'on ne fait pas le choix de l’activisme, on est donc impliqué dans les
pratiques politiques »%1, Il justifie son parti-pris en avouant avoir
toujours eu « une dose d'opportunisme!» dans ses relations avec le
Rwanda. Même si Reynjtens semble sûr de lui-même, il n'assume pas
cependant ses choix dès qu'il est interpellé sur sa partialité politique
contraire aux exigences académiques.

C'est le titre de son ouvrage « Les risques du métier. Trois décennies comme chercheur-
acteur au Rwanda et au Burundi », L'Harmattan, 2009, Dans ce livre il tente de justifier
les critiques fréquentes avancées contre son penchant ethniste et sa haine réelle contre
le FPR et le gouvernement rwandais.

#Reyntjens F, Les risques du métier, 2009, page de couverture

#:Reyntjens F, Les risques du métier, p.124

22 Annuaire des Grands Lacs 2007-2008



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

Dès que les questions de ce genre lui sont posées, il recourt
aux calomnies et intimidations en injuriant ceux qui pointent du
doigt ses errements, et les traitent de « fanatiques du FPR, cons,
stupides, pauvres, ridicules, petits, trolls!#5, etc». En même temps,
il se fait victime en arguant qu’on attaque sa personne et non ses
arguments#%#, Or, on ne peut comprendre les idées d’un auteur sans
connaître sa personnalité, ses motivations et sans rechercher sa
rigueur intellectuelle.

En l'espèce, la question profonde repose sur la crédibilité de
l'expertise de Reyntjens sur le Rwanda, pays dont il se décrit comme
étant « expert » alors que, comme indiqué supra, il se décrit comme
opportuniste et militant politique. Rappelons aussi qu'il n'y a jamais
mis les pieds au Rwanda depuis plus d'une trentaine d'années. Il
publie à partir d'informations non crédibles recueillies la plupart du
temps sur les réseaux sociaux, et qui émanent d'acteurs génocidaires
qu'il a côtoyés dans le passé, leurs sympathisants ou des « opposants
» aigris ayant quitté le Rwanda pour des mobiles souvent liés aux
infractions qu’ils y ont commises. Enfin, l'autre mobile qui explique le
militantisme de Reyntjens est son adhésion à Amnesty International.
Quand Reyntjens débarque au Rwanda, il n'est pas un simple
assistant académique, il est aussi militant d'Amnesty International
pour lequel il demande de s'intéresser au Rwanda : « J'invite Amnesty
international à s'intéresser davantage au pays »'%, Il se peut donc que
c'est ce lien avec Amnesty International qui explique le glissement de
Reyntjens dans la politique et son allure soucieuse de peser sur le
destin du Rwanda, en lieu et place de la rigueur scientifique.

2 Il utilise fréquemment ces insultes sur les réseaux sociaux quand il manque d'arguments
valables pour répondre aux critiques et questions concernant ses écrits et propos.

2% Pour une analyse approfondie, on lira avec intérêt l'article de Jacques Morel, « Le
professeur Reyntjens, expert du tribunal international pour le Rwanda et ami de
génocidaires », 2019, wwwfrancegenocidetutsi.org

## Reyntjens F, Les risques du métier, p.16



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DIALOGUE Edition Spéciale

1.2. Aveux de vulgarité

De récentes révélations qui circulent sur le réseau social
X parlent du passé de Reyntjens au Rwanda comme étant une
vie de fréquentation des filles rwandaises qui aurait mal tournée.
Reyntjens aurait noué une relation intime avec une fille tutsi de
Butare, laquelle l'aurait quittée en ne tolérant plus les liens de son
compagnon avec des dignitaires du régime Habyarimana, auteurs
d'une politique discriminatoire et répressive au Rwanda entre
1973 et 1994. Reyntjens se serait fâché et claqué la porte jurant par
là une haine anti-tutsi ouverte.

Pour rappel, Reyntjens a séjourné de façon permanente à
Butare entre 1976 et 1978 comme enseignant à la faculté de droit
à l'Université nationale du Rwanda, puis par des visites régulières
plus ou moins prolongées entre 1979 et 1987. Reyntjens rejette en
bloc cette accusation, la qualifiant de mensongère. Nous n’en savons
rien et acceptons le bénéfice du doute. Toutefois, Reyntjens ne cache
pas lui-même qu'il avait une conduite peu recommandable qui
peut pousser à s'interroger. Il l'écrit en ces termes : « Mon premier
contact avec le Rwanda date du 17 juillet 1976. Je ne me rappelle
pas qui a dit que l'on naît là où l’on prend conscience, mais je trouve
la phrase très applicable à mon cas. (...) C'est également à partir de
Butare que je fais mes premiers pas au Burundi, initialement dans
un contexte moins académique. Puisque Bujumbura est à l’époque
un endroit bien plus vivant que les ‘villages’ que sont Butare et
même Kigali, je m'y rends parfois le weekend pour savourer les
bons restaurants, les boîtes et le lac »%. Un tel aveu peut facilement
donner du crédit aux révélations faites sur ses échecs avec des filles
tutsi qui l’auraient mécontenté jusqu'au niveau d’engendrer une
haine générale irréfléchie.

1%Reyntjens F, Les risques du métier, p.8



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

1.3. Aveux de lacunes méthodologiques

Reyntjens reconnaît sa méthodologie de traitement du
Rwanda comme étant entachée de limites qui, certainement, nuisent
à la qualité des publications qu'il fait sur ce pays : « Je n'ai jamais
tenu de journal, essentiellement par paresse. Ce que je relate est
donc basé sur mes souvenirs (..) mais je n’exclus pas que certains
de mes souvenirs aient été entachés de quelques erreurs par le
temps ou par des événements survenus ultérieurement ». Malgré ces
graves lacunes avouées, Reyntjens persévère en notant « si c'était à
refaire, je crois que je le referais!®. » Il ne craint pas d'affirmer sa
subjectivité scientifique: « J'écris à partir de ma propre subjectivité
(..) je m'expose, mais je suis en bonne compagnie théorique »1%.

1.4, Témoin de la discrimination ethnique visant les Tutsi

Reyntjens falsifie l’histoire du génocide perpétré contre les
Tutsi en sachant ce qu'il fait. Il affirme lui-même que depuis son
arrivée au Rwanda en 1976, ila été témoin des méfaits de la politique
de discrimination et oppression du régime Habyarimana qui violait
à outrance les droits humains les plus élémentaires contre les Tutsi.
11 témoigne : « En 1977, écrit-il, nous faisons quelque chose qui ne
s'est pas vu au Rwanda depuis longtemps. Nous devons recruter
une secrétaire, et nous publions une vacance de poste, plutôt
que d'engager quelqu'un de ‘pistonné’ ; pire, nous organisons un
concours, et nous sélectionnons la meilleure candidate, qui s'avère
être tutsi. Quelques semaines plus tard, je suis convoqué par le
responsable du Service de renseignement préfectoral, qui dépend
du tout puissant Service central des renseignements, dirigé à
l’époque par le redouté commandant Théoneste Lizinde. L'homme
m'apprend que suite à ce recrutement, nous aurons deux Tutsi sur
quatre membres du personnel administratif et technique, alors

#7 Reyntjens F, Les risques du métier, p.18
% Reyntjens F, Les risques du métier, p.129



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DIALOGUE Edition Spéciale

que les ‘quotas’ prévoient dix pourcent de Tutsi ; nous ne pouvons
donc pas recruter Libérata »1%.

2. Les publications de Reyntjens sur le Rwanda à la lumière
de l'éthique scientifique

La reconnaissance de son militantisme fait que la personnalité, les
considérations politiques et les publications de Reyntjens sur le
Rwanda sont totalement partisanes et erronées.

2.1. Auteur d'une Constitution rwandaise discriminatoire

Le 20 décembre 1978 était adopté au Rwanda une
Constitution rédigée par Filip Reyntjens. Son auteur prétend selon
ses dires que cette Constitution était l’une des meilleures d'Afrique :
«Jereste néanmoins fier denotretexte quiétait,surpapier du moins,
une des meilleures constitutions africaines de l’époque. » Malgré
ces louanges, la Constitution que Reyntjens offre à Habyarimana est
plutôt un texte discriminatoire dans plusieurs de ses dispositions et
viole de nombreux principes et droits fondamentaux de la personne
humaine consacrés dans des conventions internationales.

D'abord son préambule fait scandale en légitimant les
tueries qui ont visé les Tutsi depuis novembre 1959 en les qualifiant
d'oeuvre de libération : « Considérant l'oeuvre de libération
entreprise par la Révolution de 1959 (..), Décidés à poursuivre
l'oeuvre de rénovation entreprise depuis la journée mémorable du
7 juillet 1973, en vue de la sauvegarde des acquis de la Révolution
de 1959 (..), Etabli et adopte la présente Constitution pour la
République Rwandaise. »

Unetellereconnaissance constitutionnelle revient à légitimer
l'exercice du pouvoir fondé sur le racisme, la discrimination et les
tueries ethniques visant une partie de la population du Rwanda, les
Tutsi.

4 Reyntjens F, Les risques du métier, p.9



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

A l’époque de la rédaction de cette Constitution, Reyntjens
savait que le régime rwandais avait consacré la pratique d'une
logique ethniste et criminelle, notamment à travers les massacres
de plus de 2000 Tutsi dans la préfecture de Byumba en mars 1962
et le génocide commis en décembre 1963 dans des préfectures de
Gikongoro, Cyangugu, Kibungo, Kibuye, Ruhengeri, Gisenyi, Kigali,
Bugesera ayant emporté plus de 35.000 Tutsi. Reyntjens n'ignorait
rien de cette cruelle réalité et se devait de rédiger une Constitution
qui consacre le respect des droits humains.

Ensuite, la discrimination est sacralisée dans plusieurs
dispositions qui appuient le MRND comme parti unique et un
président puissant qui gère, seul, toutes les affaires de l'Etat.
Ainsi, l’article 7 rejette toute ouverture démocratique : « Le peuple
rwandais est politiquement organisé au sein du Mouvement
révolutionnaire national pour le développement, formation
politique unique hors du cadre de laquelle nulle activité politique
ne peut s'exercer. (..) Tout Rwandais est de plein droit membre du
Mouvement révolutionnaire national pour le développement ».

Dans sonarticle 40, la Constitution de Filip Reyntjens accorde
au président du MRND l’unicité et l'exclusivité de présenter sa
candidature au poste de président de la République : « Le président
du Mouvement révolutionnaire national pour le développement est
le seul candidat à la présidence de la République ». Puis, le même
article exclut les jeunes à l'accession au pouvoir présidentiel : « Le
candidat à la présidence de la République doit être âgé de trente-
cinq ans ». Il exclut également la limitation du nombre de mandats :
« Le président de la République est rééligible ». Cet article autorise
donc de droit, le président de la République, en l'occurrence le
général Juvénal Habyarimana, à se présenter aux élections, seul,
autant de fois qu'il veut. En rédigeant cette disposition, Reyntjens
ignorait-il la valeur de l'alternance démocratique ?

La Constitution rwandaise de Reyntjens va plus loin dans
son article 42 en fortifiant tous les pouvoirs au sein du MRND, en
établissant qu'en cas « d'empêchement, incapacité d'exprimer sa
volonté, démission, décès ou toute autre cause de cessation de



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DIALOGUE Edition Spéciale

ses activités, le président de la République, il est remplacé par le
secrétaire général du Mouvement révolutionnaire national pour
le développement jusqu’à l'élection du nouveau président de la
République ». Lorsque Reyntjens rédigeait cette Constitution de
1978, il existait au Rwanda des lois et règlements limitant les Tutsi
à l'accès aux écoles secondaires et supérieures. C'est ainsi que pour
tenter de survivre à ces textes discriminatoires, certains parents,
majoritairement tutsi, s'étaient regroupés pour créer des écoles
privées tel APACOPE de Kigali ou CEFOTEC de Butare. L'Etat les
bloquait par la non-reconnaissance des diplômes. Reyntjens en était
parfaitement au courant, mais au lieu de corriger cette injustice
dans son texte constitutionnel, il l’a plutôt fortifié clair et net dans
l’article 26 : « () La reconnaissance des diplômes ou certificats de
l'enseignement libre, ainsi que l’enseignement donné, totalement
ou partiellement, sont réglés par la loi ».

PourquoiReyntjensn’a-t-ilpassupprimécettediscrimination
pour écrire un texte qui s'adapte aux normes internationales
consacrant le droit à l'éducation à tous les enfants ? Reyntjens a
persévéré dans le soutien à ces prises de position même à une
époque où il devait se rendre compte qu’il avait commis de graves
erreurs d'appui à un régime oppressif. Ainsi, en novembre 1990,
il participa avec des ONG belges à la rédaction d'une brochure
intitulée : « Le Rwanda. Et maintenant ? » dans laquelle il y soutient
la discrimination ethnique que pratiquait le régime MRND sur
base de la Constitution de 1978, notant qu'il a apporté la paix au
Rwanda: « le système de quotas a incontestablement contribué
à la pacification ethnique au Rwanda. C'est un des mérites de
la Deuxième République d’avoir réussi dans ce domaine. (..) Le
régime a connu un succès non négligeable dans les domaines
du développement, de la démocratie et du respect des droits de
l'homme »1*°,

“Reyntjens F, Les risques du métier, p.19



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

2.2. Compromissions déclarées avec le régime MRND

Reyntjens avoue ses rapports étroits avec les dignitaires du
régime Habyarimana, tout en minimisant la criminalité notoire de
ce régime dont il fut conseiller juridique et politique : « Le régime
est une banale dictature militaire, comme on en trouve partout en
Afrique, (...) elle n'était pas la pire du continent »!°, Puis, Reyntjens
avoue ses fréquentations très rapprochées avec les dignitaires de ce
régime : « Les bières que j'ai partagées avec des ministres, officiers
et hauts fonctionnaires sur leur colline d'origine m'ont peut-être
trop rapproché d'eux ». Ces liens ne s'arrêtent pas au seul partage de
bières et brochettes, ils deviennent aussi sources d'inspiration de ses
publications : « Certaines de ces rencontres sont même assez bizarres.

Au fur et à mesure qu'ils avancent dans leurs carrières, au sein
de la justice et de la haute administration, en politique, à l’armée ou
encore dans les affaires, mes anciens étudiants deviennent également
un formidable réseau, avec ses avantages et inconvénients: avantage
de l'accès, inconvénient de la proximité et, dès lors, probablement
d'une certaine clémence de ma part »"°2, Le mot « clémence » signifie
beaucoup de choses qui se résument en un mot : compromissions.
La suite de son récit le révèle. Reyntjens reconnaît en effet qu'il avait
obtenu un statut spécial quilui permettait d’imposerses propositions
au président Habyarimana: « J'exploite incontestablement mon statut
d'étranger, qui a, dans un pays comme le Rwanda, plus de latitude
qu'un national. Ce statut me permet d'accéder assez facilement
aux plus hautes autorités du pays, y compris le président de la
République, et de leur parler avec une franchise dont un Rwandais
ne pourrait que rêver, voire de courtcircuiter un homme puissant et
craint comme Sagatwa. Je dis cela non seulement parce que cela me
donne un avantage que je ne mérite pas vraiment, mais également
parce que les risques que je cours sont très limités, contrairement à
ceux courent les Rwandais »1%,

Reyntjens F, Les risques du métier, p45
«2 Philippe Brewaeys, Rwanda 1994 : Noirs et Blancs menteurs, Racine, Bruxelles, 2013
2 Reyntjens F, Les risques du métier, p.17



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DIALOGUE Edition Spéciale

Reyntjens poussera son fanatisme pour prophétiser que « le
Rwanda s'engage dans la descente aux enfers » et qu’« à l'opposé, le
Burundi avance lentement dans le bon sens et inspire plus d'espoir
que son voisin septentrional », c'est-à-dire le Rwanda. Il ira jusqu’à
prévenir que « le Rwanda aura sombré dans l'horreur dans deux,
cinq ou dix ans »!%, Eh bien ! Où est la scientificité dans ce genre de
propos ? C'est du pur militantisme comme il aime le répéter, mais
plein de haine.

2.3. Secours au régime Habyarimana dans le raffinement de sa
communication

Au début de la guerre en octobre 1990, Reyntjens va aider
le régime Habyarimana à affiner ses capacités de communication
pour contrer la diplomatie du FPR. Il le dit en ces termes : « je suis
associé à une initiative du régime, qui tente de reprendre le dessus
dans la guerre médiatique qu'il est en train de perdre face au
FPR. Début novembre [1990], je suis contacté par Fabien Singaye,
diplomate en fonction à l'ambassade du Rwanda à Berne.

Il m'annonce que le gouvernement compte envoyer deux
missions, une en Europe et une autre en Amérique du Nord, pour
informer l'opinion, et il me demande si j’accepterais de participer
à une conférence qui sera organisée à Genève dans ce cadre. Je
suis évidemment réticent : même si j'estime qu'un contrepoids à
la propagande du FPR est nécessaire, je ne désire pas non plus me
laisser utiliser par la propagande gouvernementale. Je demande
des informations additionnelles, et je suis quelque peu rassuré par
la composition de la commission. Je connais deux de ses membres,
les historiens Ferdinand Nahimana et Emmanuel Ntezimana, qui
sont professeurs à l'Université nationale du Rwanda ; même si le
premier sera plus tard jugé et condamné par le TPIR, je n’ai à ce
moment aucune raison de chercher à me distancer d'eux »#,
Précisons trois faits graves.

##Reyntjens F, Annuaire des Grands Lacs, 2007-2008
“sReyntjens F, Les risques du métier



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

D'abord, Reyntjens connaît parfaitement la nature criminelle
du régime Habyarimana qu’il accepte d'aider. Puis, il connaît tout
autant la personnalité de Fabien Singaye qui est un agent des
services de renseignements rwandais en poste à l'ambassade du
Rwanda en Suisse. Il est très proche de la famille présidentielle
étant le fils d’un grand commerçant de Gisenyi André Singaye,
ami de Habyarimana, gendre de Félicien Kabuga étant époux de
Pauline Musanabera, l'une des filles de Félicien Kabuga. Il faut aussi
préciser que deux fils du président Habyarimana ont épousé les
filles de Félicien Kabuga à savoir, Françoise Mukanziza épouse de
Léon Habyarimana et Bernadette Uwamariya épouse de Jean Pierre
Habyarimana. Enfin, Reyntjens connaît bien le caractère extrémiste
anti-tutsi de Ferdinand Nahimana.

Ainsi donc, accepter de collaborer avec de tels individus,
en notant qu'il était rassuré par leur participation à la campagne
anti-FPR relève d’un parti-pris éloigné de l'intégrité intellectuelle. Il
l'avoue lui-même : « Dès le début de la guerre [1990], je prends très
nettement parti contre l’attaque du FPR. Je ne connaissais pas le
FPR avant octobre 1990 et ma position n’est donc pas inspirée par
une quelconque antipathie préexistante (..). D'une part, puisque
le FPR est essentiellement composé de Tutsi 19 (..) Ma position
‘anti- FPR’ au début de la guerre, avec son corollaire -la perception
d’un appui objectif au régime, était adéquate. Cependant, elle était
également inconfortable, puisque je connaissais les défauts du
pouvoir en place. (...) On pourrait dire qu’en prenant parti contre le
FPR, je choisis le camp du régime en place »1%.

4*6 Cette tendance à qualifier le FPR de mouvement composé de Tutsi est faux. Par
exemple, le colonel Kanyarengwe Alexis qui était président du FPR n'était pas Tutsi, de
même que d'autres cadres comme Pasteur Bizimungu, Seth Sendashonga et autres.



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3. Reyntjens et le traitement du génocide commis contre les
Tutsi: un négationnisme outrancier

Reyntjens admet théoriquement l'existence du génocide des
Tutsi, mais déforme complètement ses composantes, allant ainsi
nettement dans la ligne du négationnisme.

3.1. Falsification des faits et équilibrisme des crimes

L'obsession de Reyntjens depuis 1994 est de prouver à tout prix
qu'il n'ya pas eu un seul génocide au Rwanda et qu'en conséquence, le
FPR est responsable d’un second génocide hutu.

Quelques exemples:

Le 9 février 1995, l'Ecole Nationale d'Administration de Paris
organisait une table ronde sur le Rwanda avec comme intervenants
Filip Reyntjens. Ses interventions ont été d’une virulence partiale
extrême comparant le gouvernement rwandais aux génocidaires,
en fermant les yeux sur le fait que ce gouvernement se battait
pour construire un pays démoli par ces derniers, et dans lequel il
n'avait aucune responsabilité : « S'il n'y avait pas eu génocide, la
communauté internationale ne tolérerait pas la situation actuelle.
Au Rwanda, le pire doit encore venir »1”.

Deux mois après, le 24 avril 1995, interrogé par le journal flamand
De Morgen, il exprima une opinion négationniste jetant sur le FPR
les tueries effectuées dans des zones qu'il ne contrôlait pourtant
pas et minimisant, de fait, la gravité du génocide des Tutsi: « Je ne
serais pas étonné si une partie des corps des victimes qui ont été
retirés l’année dernière du Lac Victoria, sont en partie des victimes
du FPR. Quand en avril 1994, Byumba s’est rendue, il y a eu des
milliers de morts. Dans le Bugesera et dans le Sud-Est, aussi des
milliers de morts sont tombés. Selon certaines sources!*, le FPR en

#?Reyntjens F, Les risques du métier, p.27

2% Jean-François Dupaquier, « Rwanda : le révisionnisme, poursuite du génocide par d'autres
moyens », in R. Verdier, E. Decaux et J.P. Chrétien (Editeurs), Rwanda : un génocide du
XXème siècle, L'Harmattan, 1995, p.135-136



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

a tué là-bas plus que les Interahamwe. Il y a au Rwanda un génocide
rampant qui se produit (...). Ce qui se passe aujourd’hui est bien plus
grave que ce qui s’est passé sous l’ancien régime ». L'on ne le dira
jamais assez, le FPR se battait contre des militaires et des milices
hutu qui tuaient des civils tutsi sans défense.

Le FPR se battait pour arrêter le génocide, pas pour assassiner
des civils. La vérité des faits est que ce sont ces génocidaires hutu du
gouvernement intérimaire, ses forces armées et ses milices qui ont
tué des centaines de milliers de Tutsi tués dans des endroits cités par
Reyntjens dont la ville de Byumba, Rutare, Mutete, Nyinawimana,
Muvumba, Ngarama, Mutara, etc, et dans le Bugesera tel Nyamata,
Ntarama, Ruhuha, Kayumba, Rebero, Nyiramatuntu, CND, Gashora, etc.

3.2. Le génocide des Tutsi, un fonds de commerce

Dès la fin du génocide, Reyntjens s’est empressé de venir
au Rwanda. Il y a séjourné cinq jours en octobre 1994. Comme
l'attestent la nature de ses publications immédiates et ultérieures,
il n'était pas intéressé par la réalité des faits, mais par le recueil
de tout élément incriminant le FPR. Ainsi, une fois de retour en
Belgique, il s'empressa d’accuser brutalement le Rwanda sans se
soucier de la réalité préoccupante d'urgence!®.

Le ton était lancé sur ce qui allait caractériser sa ligne de
conduite qu’il manifeste dans ses propos et publications. Cette vision
erronée des faits sera le leitmotiv incessant de chaque apparition
publique de Reyntjens: « La deuxième cause est Le ‘crédit génocide’,
que le régime exploite à fond. Le génocide est devenu une source
de légitimité qui permet d'échapper à la condamnation de ses
propres actes. Pour le FPR, c'est une arme idéologique permettant
d'acquérir et de maintenir le statut de victime, et ainsi de bénéficier
de l'impunité »2%,

#* Quelles sources et quelle est leur crédibilité ?
0 $, Desouter, F Reyntjens, « Les violations des droits de l'homme par le FPR/APR Plaidoyer
pour une enquête approfondie », Anvers, juin 1995, p4



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DIALOGUE Edition Spéciale

En 1995, Reyntjens rédigea conjointement avec un missionnaire
belge Serge Desouter, pour le tribunal pénal international pour le
Rwanda (TPIR), un document négationniste pour influencer le TPIR.
L'intention des auteurs se lit aisément à travers leurs procès d'intention
contre le Gouvernement rwandais : « Pour le régime actuel de Kigali, le
génocide contre les Tutsi est devenu un atout politique qui sert à faire
admettre par la Communauté internationale ses propres violations du
droit humanitaire et à légitimer une gestion dictatoriale »221,

A l'instar de Reyntjens, le père blanc Serge Desouter, parle
d'un sujet qu'il ne connaît pas. Il a quitté le Rwanda en 1986 et n'y
est plus revenu. Or, il est comme Reyntjens, l’un des « experts »
utilisé par plusieurs agences occidentales dans leur traitement de
la situation des Grands Lacs!

3.3. Rejet de la planification du génocide des Tutsi

Le 3 mai 2007, Filip Reyntjens témoignait devant la cour
d'assises de Bruxelles dans le procès du major Bernard Ntuyahaga
poursuivi dans l'assassinat de 10 casques bleus belges au Rwanda
en avril 1994. Reyntjens nia la planification du génocide en disant:
« Par définition, nous n'aurons pas de preuve d'une planification
car il n’y a pas de PV de réunions ou de témoignages, à ce jour
convaincants, de personnes qui auraient fait partie d’une structure
de commandement parallèle ». Et pourtant, Reyntjens avait été l'un
des premiers à révéler, deux ans avant le génocide, qu’au Rwanda,
il y avait un groupe d’escadrons de la mort au plus haut Sommet de
l'Etat qui préparait et commettait des massacres! I] l’a écrit dans un
document du 9 octobre 1992 en donnant des détails sur le modus
operandi de ce cercle génocidaire au sein du pouvoir rwandais:

#1 Reyntjens F, “Sujets d'inquiétude au Rwanda », Dialogue N°178, novembre - décembre 1994



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

«Suiteàunemissionbelgeeffectuée au Rwanda(en Septembre
1992), composée, en dehors de l’auteur de ce témoignage, de Willy
KUYPERS (Sénateur), Johan SCHEERS (Avocat de Bruxelles), Rik
de GENDT (Journaliste), et de Wilfried VAN den STORME (Consul
Honoraire du Rwanda à Anvers). (...) Les indications que nous avons
sur l'existence, la composition et les activités d’un ‘réseau zéro’ sont
basées sur les témoignages de deux personnes ayant été associées
à ce groupe, les témoignages de trois personnes, dont deux officiers
supérieurs qui sont bien informés sur ce groupe, des témoignages
dans la région du Bugesera en particulier (...)

Les objectifs du groupe responsable pour les troubles étaient
annoncés comme suit, à ceux qui les rejoignaient: le multipartisme
est cause de l'anarchie et du désordre; les gouvernements
Nsanzimana et Nsengiyaremye ne valentrien; il faut donc discréditer
le changement en cours.

Au niveau national, le noyau de ce groupe est constitué notamment
par les personnes suivantes :

-_Nzirorera Joseph (ancien ministre, député de Ruhengeli),

< _Zigiranyirazo Protais (ancien préfet de Ruhengeli, beau-
frère du Président),

+ _Rwabukumba Séraphin (PDG de la Centrale, beau-frère du
Président),

+ _ Col. Serubuga Laurent (ancien Chef d’Etat-major adjoint de
l'armée,

+ Col. Sagatwa Elie (Secrétaire particulier du Président, beau-
frère du Président),

+ Mr Nütirivamunda Alphonse (Directeur général des Ponts et
Chaussées, beau-fils du Président),

+ _ Capt. Simbikangwa Pascal (fonctionnaire à la présidence,
beau-frère du Col. Sagatwa),

+ Col. Bagosora, Directeur de cabinet au Ministère de la
défense, cousin du Président),

+ Maj. Nkundiye (Commandant de la Garde Présidentielle),

- _et le Col. Nsengiyumva Anatole (Chefs des renseignements
militaires).



** Page 138 **

DIALOGUE Edition Spéciale

A part le noyau central, le groupe dispose de relais locaux
ou régionaux chargés de l'exécution sur place ; c'est ainsi que dans
le Bugesera, ce rôle a été joué notamment par Fidèle RWAMBUKA,
le bourgmestre (Maire) de Kanzenze. Les activités de ce groupe ont
un triple effet : sabotage du processus de démocratisation, qui ne
peut se dérouler correctement dans un contexte de déstabilisation,
intimidation de la composante tutsi de la population et des partis
d'opposition, handicap du processus d'Arusha, puisque le message
donné est évidemment que ni les réfugiés, ni les membres du FPR.
seront en sécurité s'ils se décidaient à rentrer au Rwanda. Ces
actions sont dès lors profondément anti-démocratique et violatrice
des droits de l’homme ; à la limite, elles pourraient résulter dans
une véritable guerre civile montée de toutes pièces... Afin de faire
la lumière la plus complète possible sur ces événements et d'éviter
leur répétition, une enquête internationale approfondie est
impérieuse».

La question des escadrons de la mort ayant préparé le
génocide fut posée à Reyntjens au TPIRle 16 septembre 2004 quand
il intervenait en faveur de Théoneste Bagosora. Gêné, sa réponse
laconique fut la défense de ce cercle criminel : « Etre membre de
l'Akazu?®? n'est pas une offense ou un crime devant ce tribunal ».
Comment l'appartenance à l'Akazu ne peut-il pas constituer un
crime alors que justement ce cercle avait été conçu par le régime à
des fins criminelles que Reyntjens lui-même fut l’un des premiers à
dévoiler en septembre 1992? C’est curieux.

Rappelons à titre d'informations complémentaires, que c'est
le 21 septembre 1992, que l'armée rwandaise publia un document
d'identification de l'ennemi, qualifiant d'office, tout tutsi comme
étant l'ennemi du Rwanda.

22 Reyntjens F, Les risques du métier, p.117



** Page 139 **

Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

3.4, Les Tutsi, «auteurs de leur génocide»

Au TPIR, Reyntjens a énergiquement tenté à plusieurs
reprises de convaincre les juges que c'est la guerre déclenchée par
le FPR qui est la cause directe du génocide. Il insistera que c'est
le FPR qui est auteur du génocide qui a emporté des centaines de
milliers des familles des membres du FPR qui vivaient au Rwanda.
Le 14 octobre 1997, il intervenait au TPIR comme témoin-expert du
procureur dans l'affaire Georges Rutaganda, 2ème vice-président
de la milice interahamwe au niveau national. Reyntjens exploita
sa position pour nier le caractère intentionnel de commettre le
génocide sur le groupe ethnique tutsi : « S'il n'y avait pas eu la
guerre, il n'y aurait pas eu de génocide », ajoutant que le FPR est
«politiquement coresponsable» du génocide.

Le 25 juillet 2005, dans une interview au Journal POLITICS,
Reyntjens accusa violemment le Chef de l'Etat rwandais d’être le
responsable d'un génocide qu'il combattait stigmatisant que le
génocide ne lui disait rien : « Kagame a délibérément développé une
stratégie de la tension, c’est lui qui a mis les extrémistes hutu sur le
sentier du génocide ; l'extermination des Tutsi résidant au Rwanda
n'était pour lui qu'un calcul tactique pour qu’il puisse prendre le
pouvoir.

Une confirmation de cette hypothèse rendrait le FPR et
son chef juridiquement responsable du génocide de 1994 ». Il
reprendra cette aberrante thèse dans nombre de ses publications
et interventions publiques : « A la question posée par un des juges
s'il y aurait eu génocide s’il n'y avait pas eu de guerre, ma réponse
a été qu'à mon avis il n'y aurait pas eu de génocide sans la guerre,
et que dans ce sens le FPR était politiquement coresponsable du
génocide. J'ai bien insisté sur le fait que cette coresponsabilité est
politique ou historique, et non juridique. Je maintiens ce point de
vue »%5.

2 Akazu est un nom rwandais donné à un groupuscule extrémiste gravitant autour
du pouvoir du président Habyarimana aux fins de commettre des crimes sur des
opposants, des Tutsi et ayant préparé le génocide



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DIALOGUE Edition Spéciale

3.5. Les Tutsi, provocateurs des Hutu

L'accusation de Tutsi provocateurs des Hutu pour les inciter
aux massacres, pour dire que les Hutu ont commis un génocide
en qualité d’auto-défense, est un autre leitmotiv fort chez Filip
Reyntjens. En juin 1997, la revue flamande Wereldwild a réuni trois
personnes: Filip Reyntjens, Père Guy Theunis et Colette Braeckman,
pour parler du Rwanda. Les propos de Reyntjens et Theunis furent
d'une haine sans mesure attribuant aux Tutsi la primauté de
provocateurs des Hutu pacifiques. Reprenons quelques questions
et réponses de cette interview:

« Question : En 1959, lors de la révolution sociale hutue, l'Eglise
a-t-elle trahi les Tutsis ? Braeckman : Cela fut ressenti comme une
trahison. L'Eglise a changé de direction ; elle a donné priorité aux
revendications des Hutus. Cela correspondait d’ailleurs à l'agenda
politique du pouvoir colonial, contre lequel les Tutsis s'érigeaient.
Reyntjens : Il ne faut pas présenter les Tutsis uniquement comme
des victimes. Une des raisons de la révolution était précisément
l'inflexibilité d’une toute petite classe de Tutsis, non des Tutsis
en général. Il y avait des Tutsis qui voulaient la démocratisation.
(.) Les Tutsis ont subi des violences, ils ont été bannis. Mais ils
n'étaient pas seulement des victimes. Ils ont mené une politique de
résistance aux changements.

Theunis : C'est une constante. Les Hutus sont généralement
pacifiques. Ils voulaient une évolution non violente. La violence
vient toujours du même côté. D'un seul côté. » Question : Ce qui
veut dire ?

Theunis : Du côté des Tutsis. Ce sont toujours les Tutsis qui
provoquent, qui d'une façon ou d’une autre gâtent les choses.

Question : Les derniers mois, on parle d’une nouvelle dictature à
Kigali. Certains parlent d'une persécution de l'Eglise ?



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

Reyntjens : je ne pèse pas mes mots. Le régime de Kigali est une
dictature militaire brutale. Je comprends qu'il y ait des raisons à
cela. Le Rwanda se trouve dans une totale impasse. Cette impasse
entraîne tant de violences qu’il n'y a plus d’issue ».

On voit dans cet extrait, à quel point Reyntjens et le père
Theunis utilisent des propos de haine, racisme, discrimination,
négationnisme?"#, Cette interview a été réalisée par des journalistes
belges Guy Goris et Marc Van Laere. Elle a ététraduite en français eten
anglais et diffusée par des journaux francophones et anglophones tel
African News Bulletin/Bulletin d'informations africaines appartenant
aux Pères Blancs. Ces derniers l'ont à leur tour répandu dans tous
les réseaux d'informations dont ils disposent à travers le monde en
Belgique, Italie, France, Pays Bas, Suisse, Allemagne, Canada, Etats
Unis et dans de nombreux pays d'Afrique, Asie et Amérique latine où
ils possèdent des missions.

3.6. Clarifications du TPIR sur l'absence de lien de causalité
entre la guerre et le génocide

Dès son premier jugement rendu le 2 septembre 1998 contre
Jean-Paul Akayesu, le TPIR a tranché toute confusion sur l'existence
du lien de causalité entre la guerre et le génocide, en démontrant
que le génocide commis contre les Tutsi est un crime spécifique :
«Il apparaît clairement que les massacres survenus au Rwanda en
1994 visaient un objectif déterminé : celui d’exterminer les Tutsis,
choisis spécialement en raison de leur appartenance au groupe
ethnique tutsi (...). C'est un génocide qui a été commis au Rwanda
en 1994, contre les Tutsi en tant que groupe ».

Le TPIR poursuivra en notant une différence claire entre le
conflit armé opposant le FPR etles FAR d'une part, et la planification
et exécution du génocide d'autre part : «Parallèlement au conflit, un
génocide contre le groupe Tutsi a bien été perpétré (...) l'exécution
de ce génocide a probablement pu être facilitée par le conflit, en ce
sens que les combats contre les forces du FPR ont servi de prétexte

2% Reyntjens F, Les risques du métier, p.115



** Page 142 **

DIALOGUE Edition Spéciale

à la propagande incitant à commettre le génocide contre les Tutsi,
en faisant un amalgame entre combattants du FPR et civils Tutsi, à
la faveur de l’idée bien relayée par les médias selon laquelle chaque
Tutsi été un complice des Inkotanyi. (...). Il importe de souligner que
le génocide contre les Tutsi, bien qu'il ait été concomitant au conflit
susmentionné, est évidemment d’une nature fondamentalement
différente de celle du conflit »2%5,

En 2006, le TPIR établira dans l'affaire Karemera que le
génocide commis contre les Tutsi était un fait de notoriété publique
qui n'est pas une matière à contestation :

“Le génocide des Tutsis du Rwanda est un fait de notoriété
publique qui fait partie de l’histoire mondiale. Il n'y a aucune base
raisonnable pour qui que ce soit de nier qu'en 1994, il y avait une
campagne de massacres de masse visant à détruire, en tout ou tout
au moins en grande partie, la population tutsie du Rwanda. Même
sile nombre exact ne peut être connu, la grande majorité des Tutsis
du Rwanda ont été assassinés, et beaucoup d’autres ont été violés
ou autrement violentés. Ces faits étaient largement connus même
au moment de la création du tribunal (en novembre 1994), comme
cela est reflété dans la résolution du Conseil de sécurité (de l'ONU)
établissant le tribunal”.

3.7. Le conseil de sécurité exige la répression du négationnisme
et des FDLR

Le Conseil de sécurité de l'ONU s’est aperçu du danger
de négationnisme et de l'importance de protéger la mémoire du
génocide des Tutsi et a adopté une résolution forte dans ce sens.
Le 16 avril 2014, le Conseil de sécurité dans sa résolution 2150
a en effet réaffirmé la nature de notoriété publique du génocide
commis contre les Tutsi, déplorant l'ampleur du négationnisme,
l'impunité des auteurs du génocide et appelant les Etats Membres
à agir en faveur de la mémoire et de la justice, y compris à travers
l'arrestation et le jugement des FDLR.

#%Seule Colette Braeckman tenait des propos mesurés



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

Extraits : « (..) Il existe des preuves accablantes que des actes
de génocide ont été commis à l'encontre du groupe tutsi » (..);
Rappelant que la Chambre d'appel du Tribunal pénal international
pour le Rwanda (TPIR) a dressé le constat judiciaire concluant
qu'il était « un fait de notoriété publique » qu’« entre le 6 avril et
le 17 juillet 1994, un génocide a été commis au Rwanda contre le
groupe ethnique tutsi », rappelant également que plus d’un million
de personnes ont été tuées dans ce génocide, (...) et prenant note en
s’en inquiétant de toute forme de négation de ce génocide; Souligne
qu’il importe de tirer les leçons du génocide perpétré en 1994
contre les Tutsis au Rwanda, (..) ; Condamne sans réserve toute
négation de ce génocide et invite instamment les États Membres
à se donner des programmes éducatifs pour graver dans l'esprit
des générations futures les leçons du génocide, le but étant d'en
prévenir d’autres dans l'avenir; Salue les efforts déployés par les
États Membres pour mener des enquêtes et poursuivre toutes
personnes accusées de ce génocide ; Demande à tous les États (..)
d'enquêter sur les faits, d'arrêter, de poursuivre ou d’extrader, en
exécution de leurs obligations internationales en la matière, tous
autres fugitifs accusés de génocide qui résident sur leur territoire,
y compris les dirigeants des FDLR ». Ces décisions ont valeur
d'autorité de la chose jugée. C’est l'unique vérité qu'il faut retenir,
mais que Reyntjens ne cesse de falsifier chaque fois qu’il en a envie.

4. Reyntjens et l’utilisation de la justice internationale

Les rapports entre Filip Reyntjens etla justice internationale, que ce
soit le TPIR, que ce soit les jugements et poursuites de génocidaires
au sein des Etats Tiers ont été marqués de sa part, par une absence
criante de neutralité et d'impartialité. Il fournit trop d'énergies
pour combattre l’unicité du génocide des Tutsi, l’acharnement à
vouloir traduire les membres du FPR en justice pour des crimes
non avérés, la défense des auteurs du génocide en leur fournissant
aide et assistance et par des tentatives fréquentes d’influencer la
justice nationale et internationale. Voyons cela.



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DIALOGUE Edition Spéciale

4.1. Une absence de neutralité

La partialité de Reyntjens sur le plan judiciaire s’est
manifestée à plusieurs reprises. D'abord, en Belgique, devant
la Cour d’assise de Bruxelles ; en Suisse, devant la Cour militaire
de Lausanne, dans l'affaire Fulgence Niyonteze, bourgmestre de
Mushubati qui a été jugé et condamné par la justice suisse ; dans
l'affaire Léon Mugesera, au Canada, devant l'arbitre Monsieur
Turmel qui devait décider sur l’extradition de Mugesera au Rwanda;
témoignage par voie d’affidavit aux ÉtatsUnis et au Royaume Uni
dans la défense de quatre génocidaires (Dr Vincent Bajinya, Pierre
Célestin Mutabaruka, Emmanuel Nteziryayo, Charles Munyaneza et
Célestin Ugirashebuja), et dans l'affaire Enock Ruhigira en Nouvelle
Zélande. Lorsque le Canada décida de Léon Mugesera, la colère de
Reyntjens fut immense :

« (..) Lorsqu'en 2005 la Cour suprême du Canada autorise
son expulsion, je rédige une déclaration assermentée dans laquelle
j'affirme que son refoulement vers le Rwanda ne serait pas justifié,
puisqu'il y risquerait de subir un procès inéquitable, voire la
persécution et même la mort »*%, Contrairement à cette accusation,
Mugesera a bénéficié devant la justice rwandaise d’un procès
juste et équitable, il est détenu dans des conditions obéissant aux
normes internationales, et surtout il n’a pas été exécuté comme le
prétendait Reyntjens. Reyntjens est également intervenu comme
expert et rédacteur des rapports dans des commissions d'enquêtes
parlementaires en Belgique et en France, dans la commission de
l'Organisation des Nations Unies sous la direction de Monsieur Ingvar
Carlsson et dans le panel de personnalités éminentes mis en place
par l'Organisation de l'unité africaine, présidé par l’ancien Président
du Botswana, Sir Ketumile Masire. Dans toutes ses interventions au
sein de ces institutions, le souci de Reyntjens a toujours été celui de
vouloir les influencer, sans succès, sur deux points, l'établissement
du double génocide et la mise en accusation du FPR.

#Reyntjens F, Les risques du métier, p.97



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

4.2. Pressions au TPIR pour acquitter les accusés de génocide

Reyntjens avoue fièrement avoir souvent essayé d’influencer
les décisions judiciaires et politiques dans un sens qui l’arrangeait
ou qui protégeait ses amis rwandais, peu importe qu'ils soient
génocidaires : « Toutcomme d’autres, j'ai parfois délibérément choisi
de tenter d’influencer le cours des choses, ce qui est inhérent à la
démarche que j'ai appelée ‘militante’ ou ‘activiste’ Ce volontarisme
a un prix qu'il faut accepter de payer. (..). Même lorsque l’on ne fait
pas le choix de l’activisme, on est donc impliqué dans les pratiques
politiques »2°7,

En effet, le 30 novembre 1999, Reyntjens était entendu à sa
demande au TPIR dans le procès du chef milicien Georges Rutaganda
autitre d’amicus curiae (ami de la Cour). Reyntjens l'avait introduite
lui-même et a supplié les juges de ne pas condamner Rutaganda :
« Je m'inquiète de l'apparence qui pourrait être créée si, dans les
circonstances du moment, le Tribunal était amené à prononcer un
verdict de culpabilité et la détermination d'une peine dans l'affaire
Rutaganda »?%,

Le 22 novembre 2007, Filip Reyntjens est revenu à Arusha
avec une mission identique d'intervenir en faveur de l'ancien
bourgmestre de Ngoma (Butare), Joseph Kanyabashi. Malgré
l'existence de preuves accablantes sur sa responsabilité dans le
massacre des Tutsi de sa Commune, Reyntjens qui est ami de
Kanyabashi depuis plusieurs années, a plaidé l'innocence sans
se soucier de la recherche de la vérité?” : « Rien n'indique que
Kanyabashi approuvait les massacres de Tutsis (...). Kanyabashi n’a
pu être associé à la planification du génocide au Rwanda et à Butare,
en particulier (...). Au vu de la situation telle qu'elle se développait à
Butare, à partir du 19 avril (1994) au plus tard, et de la réalité du

Voir notamment l'ouvrage de la Fédération Internationale des Droits de l'Homme
Aucun Témoin ne doit survivre, 1999, qui détaille le déroulement du génocide dans la
préfecture de Butare

# Reyntjens F, Témoignage au TPIR dans le procès de Joseph Kanyabashi, 18/9/2007

2 Reyntjens F, Les risques du métier, p.97-98



** Page 146 **

DIALOGUE Edition Spéciale

contrôle physique dans la Commune (Ngoma), il aurait été
impossible pour Kanyabashi de s'opposer de façon effective et
visible aux forces engagées dans le génocide. Non seulement, n’en
avait-il pas les moyens physiques, mais il aurait payé de sa vie
toute velléité dans ce sens »2!°. Kanyabashi sera en fin de comptes
reconnu coupable de génocide et condamné en première instance
à 35 ans d'emprisonnement, réduit en appel à 20 ans pour crime
d'incitation au génocide.

4,3. Collaboration avec le juge Bruguière en France

Les interventions de Reyntjens dans un sens contraire à la
recherche de la vérité des faits, se sont aussi manifestées dans sa
collaboration étroite avec le juge d'instruction français, Jean Louis
Bruguière qui menait une enquête partiale à charge contre les
responsables du FPR. Reyntjens l'explique en ces termes : « À sa
demande, je rencontre le juge Jean-Louis Bruguière à Paris le 13
octobre 2000, deux ans et demi après l'ouverture de l'instruction
judiciaire en relation avec l'attentat contre l'avion présidentiel
rwandais (..). Nous parcourons notamment les données que j'ai
recueillies pour la rédaction d’un livre en 1995 et celles qui me sont
parvenues depuis sa parution. Même s’il n'exclut rien, tout comme
moi, il penche manifestement vers le FPR comme auteur de l'attentat.

Je ne suis formellement entendu que le 10 juillet 2002 à
Bruxelles, à l'occasion d'une commission rogatoire menée par le
commandant Pierre Payebien. Par la suite, je reste régulièrement en
contact avec l'instruction par le biais de celui-ci. Nous échangeons
par téléphone et courriel au sujet de questions qu’il se pose, de
données qu'il veut vérifier et d'éléments dont je pense qu'ils
pourraient être utiles à l'instruction. Un thème récurrent est la
sécurité des témoins, surtout ceux vivant au Rwanda; à une

21 Le TPIRaextradé au Rwanda Jean Uwinkindi, Bernard Munyagishari, Ladislas Ntaganzwa,
Fulgence Kayishema (en attente d’être extradé par l'Afrique du Sud).



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

occasion, l’exfiltration d’un proche de Kagame est sérieusement
envisagée, mais l'affaire n'aura finalement pas lieu (...) Puisque je
suis de plus en plus convaincu que le FPR a commis l'attentat, je
me dis qu’il aurait naturellement obtenu les missiles de son allié
ougandais »211,

On le voit, Reyntjens n’agit pas dans l'intérêt d’une justice
impartiale, il est dans la ligne unilatérale comme Bruguière, de
collecte des témoignages uniquement à charge contre le FPR, un
choix partisan éloigné de l'intégrité d'un expert scientifique.

4.4, Opposition aux mandats d'arrêt internationaux émis par le
Rwanda

La partialité de Reyntjens s'observe dans un autre dossier
concernant les mandats d'arrêt émis par la justice rwandaise contre
des accusés du génocide qui résident dans des Etats tiers.

Tout en reconnaissant le bien-fondé de certains dossiers au
niveau de leur contenu criminel, Reyntjens défend les accusés sans
limite et discernement. Il l'écrit comme suit : « Le régime rwandais
veut en effet ‘récupérer’ le plus de réfugiés possible, et s’est mis
à lancer des mandats d’arrêt à travers le monde. Si certains ont
incontestablement trait à des personnes qui peuvent légitimement
être soupçonnées d’avoir trempé dans le génocide, d’autres sont
harcelées parce qu’elles sont des opposants (potentiels) que Kigali
veut ramener sous sa coupe. Je suis donc amené à témoigner, par
écrit ou sur place, dans des pays comme les Etats-Unis, le Royaume-
Uni, les Pays-Bas ou la Nouvelle-Zélande. Dans un certain nombre
de cas, je sais que la demande rwandaise est injustifiée, mais même
là où je n'ai pas d'opinion sur la culpabilité ou l'innocence de la
personne recherchée, ma position est que l’extradition ne se justifie
pas, parce que l'intéressé risque un procès injuste et que c'est au
pays hôte de le juger ».

#3 USA (plusieurs individus), Pays Bas (Venant Rutunga, Jean Baptiste Mugimba, Jean
Bosco Iyakaremye), Allemagne (Straton Musoni), Belgique (Major Bernard Ntuyahaga),
Danemark, Suède, Canada.



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DIALOGUE Edition Spéciale

Autrement dit, Reyntjens s'oppose aux mandats d'arrêt
internationaux lancés par le Rwanda par pure conviction théorique
que les accusés n'auront pas de procès équitable au Rwanda. Or
plusieurs accusés ont été extradés au Rwanda par le TPIR2# et
par des Etats occidentaux?#, et ont tous bénéficié de procès justes
et équitables au Rwanda. Il y a même souvent des accords signés
entre le Rwanda et les Etats qui extradent et le Rwanda les respecte
scrupuleusement. Par exemple dans le cas de Wenceslas Twagirayezu
extradé par le Danemark, il était contenu dans l'accord que s’il
était condamné, il retournerait au Danemark y exécuter sa peine.
Le Rwanda a respecté cette disposition en juin 2015 et a renvoyé
Wenceslas Twagirayezu au Danemark pour y finir sa condamnation
de 20 ans de prison. Il a été reconnu coupable de crimes commis à la
paroisse de Busasamana et à l'Université adventiste de Mudende.

4,5. Soutien aux dignitaires du régime Habyarimana demandant
l'asile politique

Reyntjens pousse loin son parti-pris en se félicitant de la
façon dontil aide des Rwandais, parmilesquels figurentles suspects
de génocide, à obtenir l'asile politique en Europe : « Je dois encore
faire état de deux autres séquelles du génocide me concernant.

La première a trait au sort à l'étranger de cette nouvelle
diaspora, en grande majorité hutu. Elle a accaparé beaucoup de mon
temps. Le premier est celui de Rwandaïs sollicitant l'exil dans des
pays très divers, dont les avocats me demandent des déclarations
assermentées (affidavit en anglais) affirmant que ces demandeurs
d'asile risquent d'être persécutés pour des raisons politiques et/
ou ethniques au Rwanda. J'en ai fait des dizaines, toujours en âme
et conscience (...), et je dois dire que, du moins dans les cas que je
connais, les pays d'asile ont généralement fait preuve d'hospitalité
et/ou de prudence »14,

EReyntjens F, Les risques du métier, p.118
2 Reyntjens F, Les risques du métier, p.119
2“ Reyntjens F, Les risques du métier, p.95-96



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

Attaques contre des occidentaux défenseurs de la vérité
sur le génocide dans l’arrogance de se croire le seul « expert » du
Rwanda et de la région des Grands Lacs, Reyntjens manifeste une
intolérance intellectuelle contre des universitaires et intellectuels
qui n’adhèrent pas à ses thèses. Il le décrit comme suit :« Ceux qui
par ignorance, calcul ou sympathie- soutiennent aveuglément le
régime rwandais assument une très grande responsabilité. Ce sont
en effet ces appuis qui renforcent le FPR dans sa conviction que
tout lui est permis, ce qui à son tour crée des conditions propices à
l’accomplissement de nouveaux crimes et engendre une situation
où les violences futures deviennent inévitables. Je trouve ces appuis
parfois assez proches de moi. Ainsi, deux ambassadeurs belges
successivement en poste à Kigali, Michel Lastchenko et Marc Gedopt,
se comportent, d'après tous ceux qui les rencontrent, comme des
‘membres honoraires du FPR! Le Premier ministre Guy Verhofstadt,
qui a été fort marqué par son travail comme rapporteur de la
Commission Rwanda du Sénat belge, refuse d'émettre la moindre
critique à l'encontre du pouvoir rwandais ; à partir de 2003, il en
est de même de Louis Michel, ministre des Affaires étrangères et
ensuite commissaire européen »!5, Même des universitaires belges
qui refusent de s'inscrire dans des thèses de Reyntjens marquées
par la haine et la négation du génocide, il les diabolise à outrance :
« Dans ma propre université, un de mes collègues à la Faculté de
Droit (dont je préfère taire le nom, mais qui se reconnaîtra) saisit
chaque occasion qui lui est offerte pour appuyer le régime de Kigali
(...). Un autre collègue à mon université se fait le porte-parole des
thèses du FPR et enclenche des polémiques brutales tant dans la
presse flamande que dans une revue scientifique. Il y aurait de
nombreux autres exemples à donner, en Belgique et ailleurs. Ceux
qui agissent de la sorte sont tout aussi responsables que ceux
auxquels ils reprochent, à juste titre, d'avoir soutenu le régime qui
a conduit au génocide »21£,

#15Reyntjens F, Les risques du métier, p.118
#16Reyntjens F, Les risques du métier, p.119



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DIALOGUE Edition Spéciale

Reyntjens fait partie de ces personnes qui ont appuyé fortement le
régime Habyarimana auteur du génocide, nous l'avons démontré
à suffisance. Il devrait s'attaquer aux autres en commençant par
lui-même.

Récemment, Reyntjens s’en est pris à l'ambassadeur de France au
Rwanda, Mr Antoine Anfré qui, à la fin de son mandat postera un
tweet d'adieu le 13 août 2025 dans lequel il exprime ses souvenirs:
« Ceci est mon dernier post en tant qu'ambassadeur de France
au Rwanda : « je quitte Kigali à l'issue de quatre belles années de
mission, qui ont permis de conforter l'amitié France-Rwanda ».
Reyntjens réagira avec un jugement de valeur honteux en disant:
« L'ambassadeur Anfré a mieux représenté le Rwanda que la France! »
Où est l'expertise scientifique dans une telle accusation ? Où est
l'éthique intellectuelle ?

4,6. Opposition aux poursuites contre le génocidaire Froduald
Karamira

Froduald Karamira était l'un des dirigeants extrémistes
du parti politique MDR. Karamira fait partie des penseurs et
organisateurs du génocide. Il estnotamment connu pour avoir, le 23
octobre 1993, appelé lors d’un meeting des partis politiques MDR,
MRND et CDR à l'unité des Hutu pour l’extermination des Tutsi.
Exilé en Inde, il a en 1996, à la demande du Rwanda, été embarqué
sur un avion de ligne éthiopien et a tenté de s'échapper lors d’une
escale à Addis Abeba. Il a été aussitôt rattrapé puis incarcéré pour
un temps. Des tractations ont alors commencé. D'une part, le TPIR
qui voulait le saisir, et d'autre part le Rwanda le réclamait à juste
titre, et c’est là que l’ingérence forte de Reyntjens se manifestera
pour le soustraire à la justice.

Reyntjens explique ses interventions en faveur de Karamira
de façon suivante : « Froduald Karamira s’est installé en Inde après
la victoire du FPR. (..) Reconduit au Rwanda, il tente d'échapper
lors d'une escale à Addis-Abeba, maïs il est vite rattrapé et incarcéré
dans une prison de la capitale éthiopienne. Alerté par son frère, qui



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

vit à Nairobi, je contacte Catherine Cissé, proche collaboratrice de
Goldstone?!? et de ses successeurs; jusqu'à son départ du bureau
du procureur, cette franco-sénégalaise charmante et compétente
constitue maligne de contact constante. Je veux éviter que Karamira
soit extradé au Rwanda (...). Je contacte en même temps un avocat
belge, Me Scheers qui accepte de défendre les intérêts de Karamira
dans ses rapports avec le TPIR »21.

En voulant soustraire Karamira à la justice, Reyntjens connaît
son rôle clé dans la planification et exécution du génocide. Passons-
lui la parole encore une fois :« Je pense n'avoir pu sauver ‘à distance’
qu'une seule famille, dans des circonstances particulièrement
éprouvantes. Le 15 avril [1994], M.T, l'épouse d’un collègue tutsi,
ancien doyen de la Faculté de Droit, m'appelle pour annoncer
que son mari a été tué par des miliciens avec lesquels il gardait
pourtant une barrière dans leur quartier de Nyamirambo. RTLM
l'avait dénoncé, indiquant l'endroit où il se trouvait et appelant à
son meurtre. Lorsqu'elle me dit qu’elle vient de l’enterrer dans le
jardin, je ne sais quoi lui dire et demande ce qu’elle va faire. Elle me
répond très calmement qu'elle et ses enfants attendent d’être tués
d'un moment à l’autre. A ma question : ‘Qui contrôle les miliciens
qui ont tué ton mari ?, elle répond avec une pointe d'ironie teintée
de cynisme : ‘Ton ami Karamira!

(.) Je demande à MIT. si je peux appeler Karamira pour
tenter d'obtenir sa protection, tout en sachant que cela n’est pas
sans risques, puisque cela attirera l'attention sur cette famille. Elle
me dit que tout le monde sait où ils se trouvent et qu'ils vont de
toute façon mourir. J'appelle tout de suite Karamira. Je lui dis que
ses hommes ont tué l'époux de MT, que c'est inadmissible, mais
que le mal est fait. En revanche, sa famille est en vie et elle doit le
rester.

#7 Richard Goldstone est à cette époque Procureur du Tribunal pénal international pour
le Rwanda
28 Reyntjens F, Les risques du métier, p.89



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DIALOGUE Edition Spéciale

Je dis à Karamira que je le tiens pour responsable du sort de ces
gens et que, s’il leur arrivait la moindre chose, je le pourchasserais
où qu'il se trouve, pour qu'il réponde de ce crime.

Karamira est très gêné ; il rouspète quelque peu, affirme
qu'il ne contrôle pas toutes les barrières à Kigali, mais finit par
me donner une vague promesse. MT . et les enfants ont eu la vie
sauve et ont pu s'installer en Suisse. Je ne suis pas certain que mon
intervention y soit pour quelque chose, mais si c’est le cas, cet
épisode montre bien à quel point des hommes comme Karamira
avaient le pouvoir de décider de la vie et de la mort pendant cette
période ».

Il ne faut, en aucun cas, avoir le moindre doute sur la
puissance criminelle de Karamira et son rôle clé dans le génocide.
Il faisait partie d’un cercle profondément extrémiste qui, le long du
génocide, intervenait sur la radio nationale et RTLM pour inciter à
l'accélération du génocide?!°.

4,7. Rejet d'enquêtes des experts compétents sur l'attentat
contre le Falcon 50

Depuis 1994, Filip Reyntjens a développé une thèse selon
laquelle les tirs de missiles qui ont abattu l'avion présidentiel Falcon
50 dans la soirée du 6 avril 1994 ont été tirés à partir de Masaka,
précisément au lieu-dit CEBOL??* et que c’est le FPR qui est l’auteur
de l'attentat. Dès le départ, la position de Reyntjens est de trouver
tous les voies et moyens d’accuser le FPR. Il n'était pas intéressé
par la vérité des faits. Reyntjens a fabriqué cette thèse sans jamais
avoir mené d'enquête sur le terrain, et encore moins, sans disposer
d'aucune compétence scientifique et expertise requises qu'exige

2 Plus particulièrement, les 12/4/1994 et 21/4/1994 Froduald Karamira a lancé des
messages au génocide sur les antennes de Radio à travers des émissions animées par
le journaliste Jean Baptiste Bamwanga

2 CEBOL signifie Centre d'élevage pour bovins laitiers qui se trouvait dans la vallée
de Masaka. Ce Centre de recherche était géré par le projet Kigali-Est appartenant au
Ministère de l’agriculture et était financé par la France. Dans ce projet, nombre de ses
coopérants étaient des ingénieurs et assistants techniques français.



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

l'examen des crashs ou accidents d'avions. Dès lors, dès qu'une
expertise scientifique s'oriente vers le côté contraire à ses
fabrications accusatoires, il crie au complot.

En2008,une enquête d'expertise a été menée au Rwanda par
des spécialistes britanniques de l’Université Cranfield aboutissant
à la désignation du camp militaire de Kanombe et ses environs
immédiats comme lieu de départ des missiles SAM16 ayant abattu
le Falcon 50. Reyntjens dénonça ce rapport scientifique dont il ne
maîtrisait aucune compétence.

Entretemps en France, en 2007, le juge Marc Trévidic avait
repris le dossier de Bruguière et menait cette fois-ci une véritable
enquête à d'établissement des faits. En 2010, les juges français
Marc Trévidic et Nathalie Poux effectuent une première avancée
judiciaire réelle avec le transport sur les lieux du crime. Les deux
juges se sont déplacés au Rwanda avec un groupe d'experts en
balistique, acoustique, explosif et ont opéré de minutieux relevés
cartographiques. Leur rapport rendu public par le juge Trévidic le
10 janvier 2012 établit deux éléments capitaux. D'abord, l'avion a
été atteint par deux missiles SAM-6 et l'ont fait exploser.

Ensuite, les missiles ont été tirés depuis le camp militaire de
Kanombe, place forte de l’armée officielle, de la garde présidentielle
du président Habyarimana et de commandos d'élite. Pris au
dépourvu, Reyntjens perd ses arguments sur sa thèse de Masaka,
et opta pour une évasion qu'il maintient toujours, de dire que les
experts français n'ont pas désigné l’auteur des tirs. Très curieux
n'est-ce pas ! Qui d'autre peut-il être l’auteur des tirs si pas l’armée
rwandaise qui était responsable de ce camp militaire, le plus
important du Rwanda à l’époque ? Rappelons que ce camp Kanombe
abritait les unités d'élite dont le bataillon paracommando du major
Aloys Ntabakuze, les éléments de la garde présidentielle du major
Protais Mpiranya, l'unité Lutte Anti-aérienne qu'a dirigée le colonel
Bagosora, et qui est aux ordres du colonel Laurent Serubuga, le
bataillon des bâtiments militaires du major Augustin Ntibihora et
bien d’autres.



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DIALOGUE Edition Spéciale

A la suite de cette enquête, le 26 décembre 2018, les juges
d'instruction ont rendu un non-lieu, confirmé en appel en août
2020, puis validé de façon définitive le 15 février 2022 par la cour
de cassation française, mettant ainsi fin aux spéculations sur les
responsabilités accusant le FPR dans ce dossier. Mais, Reyntjens
ne se soumet pas aux conclusions des enquêtes comme le ferait
tout expert sérieux. Il s'obstine toujours à accuser le FPR d'en être
l’auteur?! sans aucun élément. Il faut aussi dire que dans les années
qui ont suivi les mandats d'arrêt de Bruguière, plusieurs de ses
témoins clés se sont rétractés, d’autres ont été contredits. Pièce par
pièce, la construction du juge Bruguière s’est totalement défaite.

Revenant à Reyntjens, cequiest encore plus bizarre estque le
10 décembre 1998 il a écrit au député français Bernard Cazeneuve,
rapporteur de la Mission Française d'Information Parlementaire sur
le Rwanda, une lettre dans laquelle il reconnaissait que des sources
britanniques et belges lui ont confirmé que les ex-forces armées
rwandaises disposaient de missiles SA-16 qui ont été utilisées pour
abattre le Falcon 50 de Habyarimana.

Lisez : « En réponse à votre lettre du 3 décembre [1998]
je vous confirme que j'ai obtenu les numéros de série des lanceurs
SA-16 de la part des FAR, et plus particulièrement le colonel
Bagosora. C'est par le biais de l'avocat de ce dernier, Me Luc
De Temmerman, que ces données me sont parvenues. Je saisis
l’occasion pour vous confirmer par écrit ce que je vous ai dit lors de
notre dernier entretien à Bruxelles, c'est-à-dire que mes anciennes
sources britanniques et belges m'ont confirmé (ma source
britannique ajoute ‘adamantly’) que d'après leurs renseignements,
ces missiles font partie d'un stock prélevé par la France en Irak. »

#1 Reyntjens E, « Retour sur l'attentat de Kigali l'étincelle qui a allumé le feu du génocide»,
Institute of Development Policy, University of Antwerp, september 2020. Il défend
régulièrement cette même thèse sur les réseaux sociaux.



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

4,8. Recours aux génocidaires pour accuser le FPR

L'acharnement de Reyntjens à vouloir la tête du FPR par
tout moyen est fréquent. En témoigne ce courrier du 9 mai 1997
qu'il a adressé à Hassan Ngeze, journaliste responsable du journal
génocidaire Kangura. Reyntjens sollicite à Ngeze son entière
coopération pour accuser le FPR de responsabilité dans l'attentat
contre l'avion du président Habyarimana. Lisez :

« Cher Monsieur Ngeze,

Votre lettre datée du 18 février accompagnée du texte à
l'intention d'African Rights ne m'est parvenue qu’il y a quelques
jours. Cela explique le retard de cette réponse. J'ai à plusieurs
reprises, tenté d'entrer en contact avec vous. En annexe, je vous
envoie trois lettres que j'ai en vain tenté de vous faire parvenir ces
derniers mois. Je vous prie de bien vouloir essayer de répondre à la
question que je vous soumets. Ce serait en effet crucial de pouvoir
prouver l'implication du FPR dans l'attentat contre l'avion du
président Habyarimana. Si des collaborateurs de RTLM se trouvent
à Naïrobi, vous pourriez peut-être voir avec eux si une réponse à ma
question peut être trouvée. Par ailleurs, je suis bien évidemment
disposé à rencontrer un journaliste de Kangura. Il suffit de me
contacter quelques semaines à l'avance pour fixer un rendez-vous.
Dans l'espoir de vous lire ou de vous rencontrer bientôt, je vous
prie d’agréer, cher Monsieur Ngeze, mes salutations distinguées ».

4.9. Reyntjens connaissait le caractère criminel de Ngeze

Reyntjens a contacté Hassan Ngeze pour accuser le FPR tout
en étant totalement conscient du caractère génocidaire de cet
individu. Reyntjens avait déjà décrit le rôle de Hassan Ngeze dans
les massacres de Tutsi au Bugesera. Lisons : « En mars 1992,
écrit Reyntjens, des interahamwe et des militaires de la Garde
présidentielle et du camp Mayuya (un total d'environ 75 militaires)
ont été envoyés au Bugesera. Les militaires étaient



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@X> DIALOGUE Edition Spéciale

en civil et armés de poignards et de pistolets. Les personnes, en
particulier des Officiers du Ministère public et des Inspecteurs/
officiers de Police judiciaire, qui auraient pu gêner l'opération,
avaient été mutés auparavant. Les fauteurs de troubles ont été
transportés par des véhicules des Ponts et chaussées ; l'essence
nécessaire à l'opération était fournie par MM. Rwabukumba et
Nzirorera, et aurait été transportée par Hassan Ngeze et stockée
chez le bourgmestre Rwambuka.

Arrivés initialement à Gashora, les interahamwe et les
militaires, aidés par des interahamwe locaux, se mêlaient dans
la population. Ensuite ils attaquaient quelques cibles définies à
l'avance: des familles tutsi ou appartenant à l'opposition; de là,
les violences se répandaient. La complicité de certains services
est évidente On notera également le rôle central joué par le
service des Ponts et chaussées; non seulement met-il en oeuvre
des véhicules et des bons de commande d'essence, mais le Fonds
routier sert de véritable caisse noire pour le financement d'un
nombre d'activités illégales. (...) Les fauteurs de troubles bénéficient
de protections en haut lieu. Hassan Ngeze, le directeur du journal
extrémiste Kangura, qui a joué un rôle dans les événements du
Bugesera, vient me rendre visite à mon hôtel »22.

En somme, Hassan Ngeze que le professeur Reyntjens
contacte à la fin du génocide pour l'inciter à collaborer avec lui dans
la mise en accusation du FPR est un criminel notoire dont il connaît
parfaitement, depuis 1990, son implication dans la préparation et
exécution du génocide.

5. Mise en cause des mesures de prévention visant la paix

Après le génocide, Reyntjens s'est montré actif dans la lutte
contre la mise en place d’un système de prévention du génocide et
son idéologie.

Reyntjens F, Les risques du métier, p.59-63



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

5.1. Opposition à la répression de l'idéologie du génocide

En 2001, puis en 2008, le législateur rwandais a adopté des
textes qui érigent les actes d'idéologie du génocide, divisionnisme et
négationnisme en infractions punissables. Reyntjens s'empressa de
les dénoncer en les qualifiant de «lois politiques »2#, sans se soucier
de l'ampleur et de la gravité d'actes de violence qui sévissaient au
Rwanda, en particulier ceux touchant aux assassinats de survivants
du génocide. A titre d'exemple, en 2006, le Sénat rwandais a publié
un rapport éloquent démontrant que l'idéologie du génocide était
un problème récurrent malgré des efforts évidents mis en place par
le Gouvernement pour son éradication.

De même, en décembre 2007,une commission parlementaire
instituée pour mener une enquête sur l'idéologie du génocide dans
les écoles, a démontré que sur 32 écoles secondaires, 26 d’entre
elles étaient minées par ce crime. C'est suite à ce constat que les
lois N°47/2001 du 18/12/2001 portant répression des crimes de
discrimination et pratique du sectarisme, ainsi que la loi N°33 Bis
du 6/9/2003 réprimant le crime de génocide, les crimes contre
l'humanité et les crimes de guerre ont été revues et modifiées par
la loi N° 18/2008 du 23/7/2008 réprimant l'idéologie du génocide
et infractions connexes.

En s'attaquant à la loi rwandaise portant répression
de l'idéologie du génocide, Reyntjens reprenait le contenu du
Communiqué d'Ingabire Victoire Umuhoza qui avait critiqué ladite
loi prétendant qu'elle avait un « caractère volontairement flou,
donne un pouvoir discrétionnaire illimité au Parquet et ouvre
la voie à la chasse aux sorcières et à des accusations fallacieuses
motivées par des considérations politiciennes ».

Ces attaques sont infondées. En effet, plusieurs Etats
européens répriment tout autant l'idéologie du génocide, plus
particulièrement le négationnisme de l'Holocauste, et personne,

Reyntjens F, réaction sur Rwandanet@yahoo groupes, 3 juin 2010 ; voir également
Reyntjens F, l'Afrique des Grands Lacs, Annuaire 2007-2008



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DIALOGUE Edition Spéciale

Filip Reyntjens y compris, ne nie le bien-fondé de telles lois. Par
exemple, le 19 avril 2007, soit une année avant la promulgation de
la loi rwandaise sur l'idéologie du génocide, le parlement européen
a adopté une décision-cadre qui exige aux Etats de légiférer contre
le racisme en général, y compris la négation de l’holocauste. Cette
décision dispose que seront punis des actes relatifs à « l’apologie
publique, la négation ou la banalisation grossière des crimes définis
à l’article 6 de la Charte du tribunal militaire international de
Nuremberg annexé à l'Accord de Londres du 8 août 1945, dirigée
contre un groupe de personnes ou un membre d’un tel groupe
défini par référence de la race, la couleur, la religion, l’ascendance
ou l’origine nationale ou ethnique, où le comportement est exercé
d'une manière susceptible d'inciter à la violence ou la haine contre
un groupe où un membre d'un tel groupe ».

En application de tels textes, des Etats comme l'Allemagne,
France, Autriche, Suisse, Suède, Portugal, Espagne, Italie, Roumanie,
Slovaquie, Luxembourg, Andorre et autres, disposent des textes
répressifs du négationnisme de la Shoah. Il est alors à se demander
pourquoi Filip Reyntjens voudrait que le Rwanda, pays ayant subi
le dernier génocide du 20ème siècle, ne fasse pas tout autant dans
la prévention et la répression de l'idéologie de haine qui a engendré
le génocide.

5.2. Enfermement dans l'ethnicité

Filip Reyntjens publie annuellement depuis 1994un ouvrage
qu'il a souvent intitulé « L'Afrique des Grands Lacs en crise », dans
lequel apparaît fréquemment la liste des dirigeants et cadres
rwandais avec leur label ethnique. L'une des principales questions
est de se demander là où Reyntjens se fonde pour désigner de
nos jours l’ethnie des Rwandais dans la mesure où depuis juillet
1994, le Rwanda a supprimé la mention ethnique dans les pièces
d'identité de ses citoyens. Ce fait pour Reyntjens de distiller
sans relâche l’ethnicité, témoigne de la nostalgie ethniste que ce
«chercheur-acteur » porte dans ses mémoires et engagements plus



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

politiques qu'universitaires. Si je compare cela avec la France où j'ai
fait mes études universitaires, lorsqu'un Gouvernement français est
constitué, il ne vient jamais à l’esprit de personne de scruter la liste
pour compter le nombre de Corses, de Bretons, de Bourguignons,
de Catalans, d'Alsaciens ou de Parisiens qui en font partie ! Même
en Belgique, malgré la persistance des différences affichées entre
Wallons-Flammands, un tel comptage n'existe pas.

Il est alors à se demander les motifs pour lesquels Filip
Reyntjens n’abandonne pas le comptage ethnique au Rwanda si
ce n’est son obstination de continuation de l'esprit colonial qui, au
regard d’un grand nombre de Belges, au Rwanda, on est soit Hutu
soit Tutsi, comme en Belgique on est Wallon ou Flammand! Or, iln'en
est rien, ou plutôt il n’en était rien avant l'arrivée des missionnaires
et colonisateurs belges au Rwanda.

On oublie souvent où on ignore comment un Rwandais
devenait Hutu ou Tutsi par des critères totalement arbitraires selon
la taille ou le nombre de têtes de bovins. Le cas le plus absurde est
celui de naître d’un père hutu ou tutsi. Par exemple, un frère et une
soeur tutsi de même père et mère qui se mariaient l’un avec une
fille hutu et l’autre avec un garçon hutu, auront des enfants qui ne
sont pas de la même ethnie ! Le frère époux d’une fille hutu aura des
enfants tutsi et sa soeur mariée à un mari hutu aura des enfants de
mention ethnique hutu ! Ainsi, les cousins germains n’obtenaient
pas la même ethnie !

Pendant le génocide, il est souvent arrivé que des oncles ou
des tantes, des cousins ou des cousines, tuent les enfants de leurs
familles qui n'avaient pas d'identité ethnique qualifiée de hutu.

Cette politique coloniale a fait trop de dégâts au Rwanda, et
c'est cela que le FPR a banni. Ne pas comprendre le bien-fondé d'une
telle mesure pour l'unité des Rwandaïis et perpétuer cette pratique,
comme le fait Filip Reyntjens, relève d'une manoeuvre destructrice
qu'il convient de combattre.



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DIALOGUE Edition Spéciale

5.3. Animosité contre le Chef de l'Etat Rwandais

La haine de Reyntjens contre le Chef de l'Etat rwandais
est très profond à tel point qu'il écrit qu’il s'est même déplacé à
Kampala pour convaincre les responsables ougandais de coopérer
avec lui dans cette haine. Voici ses révélations : « En novembre
2000, je tente ma chance en contactant l'aide de camp d’un général
ougandais. Pour le convaincre de coopérer, je lui fais passer
le message suivant: Alors qu'il est parfaitement légitime pour
l’Ouganda d'aider un allié, notamment par la fourniture d'armes et
de munitions, la chose devient différente si cet allié, à votre insu,
utilise ces armes pour abattre un avion présidentiel. Vous avez ici
une occasion rêvée d'en découdre avec Kagame, sans devoir vous
exposer vous-mêmes »2#, Tout est dit ! Un autre exemple est survenu
le 7 février 2008 à Bruxelles où se tenait une conférence dite « de
feu » sur les mandats d'arrêt du juge espagnol Fernando Andreu
Merelles contre quarante hauts responsables rwandais??, animée
par l'avocat espagnol négationniste Me Jordi Palou Loverdos,
proche de Reytjens. Reyntjens décrit sa collaboration avec Me
Loverdos comme suit : «11 faut que je précise (...) j'ai eu des échanges
fréquents avec Jordi Palau Loverdos, avocat des parties civiles »226,
Prenant la parole, Reyntjens a utilisé un langage injuriant le Chef
de l'Etat rwandais comme suit : « Quelle doit être la position d’un
pays partenaire du Rwanda qui doit serrer la main du président
Kagame? () Je serai tenté de dire : Kagame et les quarante voleurs!»

Reyntjens renforce sa ligne de haine contre le Chef de
l'Etat Rwandais allant jusqu’à déclarer que son engagement anti-
Rwanda est motivé par la jalousie des réussites et considérations
internationales qu'il obtient. Lisez : « Lorsque je me rends compte
que le FPR a commis et continue de commettre les pires crimes,

Les risques du métier, p.99

#5 Reyntjens F, Les risques du métier, p.97

#% La justice espagnole a finalement abandonné ces mandats reconnaissant leur caractère
politique, pas juridique



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

le seul choix qui se présente est celui du militantisme (..). Ce
militantisme n’est pas inspiré uniquement par un sentiment de
justice pour les victimes, mais également par la révoltante facilité
aveclaquellele FPR parvient à s'assurer l'impunité la plustotale. Pire,
un régime profondément criminel est présenté comme un modèle
pour l'Afrique, Kagame est reçu partout avec tous les honneurs,
on lui confère des doctorats honoris causa, des distinctions et des
prix, il est applaudi lors des multiples conférences qu'il donne de
par le monde, et le Rwanda devient un endroit où les grands de ce
monde-politique, médiatique, voire des affaires - se bousculent au
portillon. Tony Blair devient conseiller ‘non rémunéré’ de Kagame.
J'ai expliqué pourquoi cette imposture est devenue possible, mais
elle me choque profondément »?7.

On voit clairement que c'est la jalousie qui fait mal à
Reyntjens, lui qui avait juré dès 1994, que le régime du FPR ne
résistera pas à l'épreuve du temps. Observant tout le contraire,
les succès du Rwanda lui font mal en tant qu'ancien conseiller du
président Habyarimana, et au lieu de la reconnaissance de ses
erreurs, il va jusqu’à nier les évidents progrès du Rwanda dans la
bonne gouvernance : «Il n’y a pas que le passé criminel du FPR qui
me fasse partir en campagne. D’après toutes les informations qui
me viennent du Rwanda, y compris des collines les plus reculées, la
lamentable gouvernance politique est source d’une grande violence
structurelle, dont on sait que, un jour ou l’autre, elle débouche sur
la violence aiguë. J'ai donc ce sentiment d'appréhension que j'avais
déjà connu avant 1994. L'exclusion et la marginalisation de la plus
grande partie de la population -— et je ne pense pas qu'aux seuls
Hutu?®# - créent et entretiennent les frustrations, ressentiments et
haines.

#7 Les risques du métier, p.120-121
Comment Reyntjens identifie-t-il les Hutu et les Tutsi au Rwanda d'aujourd'hui ?
Mystère !



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DIALOGUE Edition Spéciale

Le développement que voient les étrangers est essentiellement
concentré à Kigali, la vitrine du régime??”. La déconnexion avec
le reste du pays est énorme et l'inégalité, calculée sur base du
facteur Gini, a doublé depuis que le FPR est au pouvoir.Malgré les
apparences de sécurité, de propreté et de ‘progrès’ le Rwanda est
donc un volcan qui attend son éruption »2%.

En septembre 2025, lorsque le Ministère belge des affaires
étrangères annule la conférence de Reyntjens à Anvers, au lieu de
voir les motifs là où ils se situent en Belgique et en tirer des leçons
y relatives, il va d’une part sanctifier et amadouer le ministre des
affaires étrangères belges : « J'ai du respect pour le ministre Prévot,
pour ses positions à l'égard du Rwanda pour son rôle en République
Démocratique du Congo. Je pense qu'il a été mal conseillé »#!, Puis,
il s’en prend, une fois de plus, au Chef de l'Etat rwandais qui n’a rien
à faire dans un dossier strictement interne belge : « La décision est
en contradiction avec l'indépendance de l'Institut», écrira Reyntjens
sur X. «Elle n’aboutira pas au respect de Paul Kagame mais à son
mépris et renforcera la conviction de Kagame qu'il peut boxer au-
dessus de sa catégorie».

5.3. Virulence contre des officiels rwandais

De nos jours, les interventions quotidiennes de Reyntjens
sur les réseaux sociaux sont des attaques, injures, mensonges,
calomnies et diatribes de toutes sortes contre le gouvernement
rwandais dans son ensemble. Personnellement, je fais partie de
cadres qu'il attaque comme bon lui semble, de même que mon

# Rappelons que Filip Reyntjens qui écrit ces contre-vérités, son récent séjour au Rwanda
date de plus de trente-un ans, précisément un séjour de cinq jours en octobre 1994

= Reyntjens F, Les risques du métier, p.121

#1 La Libre Belgique, 10 septembre 2025. Reytniens ne veut pas mécontenter Prévot étant
donnéquedanslaBelgiques’estsouventréféréàlui pour rédiger desnotesdiplomatiques
d'accusation contre le Rwanda, demandant des sanctions dans différentes instances
internationales. Reyntjens ne veut pas perdre cette considération



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

collègue Olivier Nduhungirehe. Il ne nous reproche aucun fait
délictueux, mais nous attaque uniquement dans l’accomplissement
de notre travail. Un exemple :

En février 2025, je participais à une conférence à Nyagatare
organisée pour les jeunes de la province de l'Est sur l’unité des
Rwandais en préparation à la 31ème commémoration du génocide.
Le lendemain, le Journal The New Times a mis à sa Une une photo
où je figurais avec les jeunes. Reyntjens a posté cette photo en
me comparant avec le génocidaire Léon Mugesera. Pour rappel,
Léon Mugesera qui était conseiller politique du parti présidentiel
MRND est allé le 22 novembre 1992 à Kabaya dans le District de
Ngororero où il a prononcé un discours public d'incitation directe
à l'extermination des Tutsi. Et aujourd’hui, le prétendu «expert»
Filip Reyntjens compare un officiel rwandais qui donne une
communication aux jeunes pour honorer la mémoire, bâtir l’unité
nationale, la réconciliation et la résilience à un criminel comme
Mugesera ? Comble du malheur, Reyntjens lance de telles accusations
sans jamais avoir suivi mon discours et sans jamais comprendre le
Kinyarwanda, la langue utilisée dans cette conférence !

5.4. Mobiles de l'hostilité de Reyntjens contre le FPR

La question pertinente qui mérite d’être posée est celle de connaître
l'origine de la haine que Reyntjens ne cache pas et qui ne cesse pas.
L'analyse de Servilien Sebasoni apporte une réponse éclairante
qui me paraît une explication convaincante: « Lorsque le Front
Patriotique Rwandais apparut à l'horizon, soulève Sebasoni, il y eut
une tentative brève de séduction mutuelle. Il s'avéra assez tôt que le
FPR était indocile à toute direction intellectuelle étrangère, surtout
venant de l’ancienne puissance coloniale. Entre Filip Reyntjens et
le FPR, il n’y eût jamais de cordialité. Le patriotisme du FPR voulait
refonder la nouvelle société rwandaise sur ses bases culturelles
séculaires, dont l’unité nationale par-dessus les ‘ethnies’. Un casus
belli entre FPR et Filip Reyntjens L'important pour les Rwandais
n’était pas de refuser à Filip Reyntjens la direction intellectuelle de
leur pays.



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DIALOGUE Edition Spéciale

Il était urgent d’écarter un homme porteur d’un ethnisme qui avait
divisé les Rwandais et venait de les mener au génocide. Et si un
moment le Rwanda a décidé de ne plus accorder de visa à Filip
Reyntjens, c'est qu’on n’invite pas un lépreux quand la lèpre vient
d'emporter des membres de la famille. Filip Reyntjens en conçut
une hargne durable. Il mettra désormais tous ses moyens, qui sont
considérables, et un acharnement infatigable à nuire au nouveau
Rwanda »%?,

6. La qualité d'expert de Reyntjens contestée internationalement

Diverses institutions internationales, des Etats et des collègues
universitaires de Reyntjens sont nombreux à rejeter sa qualité
d'expert, dénonçant son absence d’intégrité.

6.1. Au Tribunal pénal international pour le Rwanda

Le débat sur la qualité d'expert de Reyntjens est revenu à
diverses reprises. Intervenant comme « expert » de la défense
dans le procès Butare, Reyntjens s’est heurté aux contestations des
avocats de Pauline Nyaramasuhuko et son fils Arsène Ntahobari,
co-accusés avec Joseph Kanyabashi. Les débats se sont étendus
sur la vraie qualification de Reyntjens et la mise en doute de ses
connaissances réelles sur le Rwanda pendant et après le génocide.

La partie défenderesse représentée par Me Marquis a soulevé
une somme d'arguments très pertinents, rejetant la qualité d'expert
de Filip Reyntjens sur le Rwanda : « Le rôle d'un témoin expert, c'est
d'informer les Juges sur des questions particulières, d'une nature
technique, qui demandent une connaissance particulière dans un
domaine précis. Je comprends des cinq sujets sur lesquels Maître
Marchand voudrait que le témoin soit déclaré expert... relèvent
de champs d'expertise spécifiques. Reyntjens ne répond pas à ces
champs d'expertise spécifiques. Pour être un expert en histoire du
Rwanda, il y a un concept sousjacent : Il faut être un historien.

#?Servilien Sebasoni, Le Rwanda: Reconstruire une nation, 2007



** Page 165 **

Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

Je veux bien que Monsieur Reyntjens soit un expert en droit.
(…) Les mesures gouvernementales du Rwanda, je soumets
respectueusement qu'on ne sait trop ce que ça veut dire, dans
les faits. C'est manifestement quelque chose qui sort d’un champ
d'expertise précis comme la médecine, le droit, les sciences
politiques et autres. Alors, j'ai un peu de difficulté à admettre cette
qualification qui m'apparaît englober trop de choses.

Quant aux trois autres aspects : Histoire contemporaine du
Rwanda, enquêtes et analyses historiques - y comprisles événements
de 1994 -, pour ces deux points, il nous dit lui-même dans son
rapport, et pendant son témoignage, que pour les faits, il s’en reporte
à Madame Des Forges. Je vois difficilement comment quelqu'un peut
venir prétendre être un expert dans ces deux domaines. Comment
quelqu'un peut prétendre être un expert et se baser sur le livre de
quelqu'un d'autre ? Je m'y objecte donc formellement.

Quant au dernier aspect : Droits humains et droits de la
personne, entre autres, au Rwanda, le problème est, lorsque parla suite,
on y ajoute ‘comprenant les enquêtes et analyses dans ce domaine”
Alors que le témoin nous dit qu’il n'a mené aucune enquête sur les
événements qui nous préoccupent ici, Butare, et particulièrement
lorsqu'il nous dit ‘incluant la situation des droits de la personne au
Rwanda avant, pendant etaprès les événements de 1994’ Alors, je vous
soumets respectivement que ceci ne suffit pas à qualifier quelqu'un
d'expert. Je ne vois rien, dans ce que Monsieur Reyntjens soit d'une
nature technique sur des questions spécifiques... aucune connaissance
spécifique. Il ne la possède pas, cette connaissance spécifique. Par
conséquent, à mon avis, Monsieur Reyntjens n’a pas rempli les
obligations relatives à la qualification d'expert que relativement à la
mention d’experten droit eten droits humains et droits de la personne.
Mais en ce qui concerne Butare, je vous soumets respectivement qu'il
n'en a pas la connaissance suffisante pour générer une qualification
d'expert dans ce domaine précis »2%,

#3 TPIR, Affaire N°ICTR-98-42.T Chambrell, 18 septembre 2007, Le procureur contre Pauline
Nyiramasuhuko, Arsène Shalom Ntahobali, Sylvain Nsabimana, Alphonse Nteziryayo,
Joseph Kanyabashi, Elie Ndayambaje.



** Page 166 **

DIALOGUE Edition Spéciale

Il faut dire que Reyntjens avait, lors de sa présentation
liminaire, expliqué sa qualité d'expert qui n’était guère convaincante,
D'abord, il a indiqué qu'il était professeur de droit africain, et
qu'il avait progressivement glissé vers le champ de la politique
et du développement : « Je suis actuellement professeur de droit
africain et de politique à Anvers, et je suis Président de l’Institut
de développement... l'Institut de gestion et de développement
politique Institut de politique et de gestion du développement ». Le
premier problème qui se pose dans le cas d'espèce est que le droit
africain n'existe pas. En Afrique, on n’a pas un droit africain qui
serait l'équivalent du droit européen incarné par les institutions de
l'Union européenne.

Quant à ses publications qui justifieraient son expertise
scientifique sur le Rwanda, Reyntjens a répondu comme suit : «
Je laboure un champ assez large. J'ai publié sur le droit rwandais,
sur la situation des droits de l’homme au Rwanda, sur les élections,
l'histoire immédiate, l'évolution politique entre les années 80 et le
moment immédiatement précédant le génocide, le Rwanda et les
autres pays de la région dans le cadre de la géopolitique de la région
des Grands Lacs ».

Somme toute, la qualité d'expert exige des critères de
scientificité élevé, parmi lesquels figurent la connaissance profonde
du sujet que l’on traite, une expérience de terrain basée sur des faits
précis que l'expert a lui-même vus, vérifiés, confrontés et analysés
pour parvenir à des conclusions irréprochables tant sur le plan
de la méthodologie que de leur contenu. Ce n'est pas le cas pour
Reyntjens en ce qui concerne ses écrits sur le Rwanda depuis 1994.

6.3. Contestation des universitaires et observateurs de renom

En 1991, le quotidien belge La Libre Belgique notait à l'égard
de Reyntjens que « ses opinions favorables à la révolution hutu sont
connues »%*, Actuellement, ce sont des universitaires spécialistes
des questions historiques et politiques qui s'expriment à son sujet.

La Libre Belgique, 26 novembre 1991



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Filip Reyntjens, “Chercheur-acteur” aux Grands Lacs,
Quelle expertise Scientifique?

Ainsi, le 25 septembre 2017, après la parution d'un numéro
de la revue QUE SAIS-JE ? rédigée par Reyntjens aux éditions
universitaires de France, falsifiant l'histoire des faits constitutifs du
génocide perpétré contre les Tutsi, un collectif de 90 personnalités
essentiellement européens, dont de nombreux historiens, publia
au Journal Le Monde une tribune dans laquelle ils démontraient
la mauvaise foi et le caractère peu scientifique de Filip Reyntjens.
Ils notaient ceci : « On ne peut que se réjouir du fait que ce sujet,
sous haute tension politique à cause du rôle joué par l'Etat français
au Rwanda, fasse l'objet d'une synthèse accessible. Mais s’il mime
l'objectivité scientifique, cet ouvrage a tout du brülot politique:
l’ensemble du texte semble guidé par un seul but : dénoncer le
Front Patriotique Rwandais (FPR) ».

De nombreuses critiques du même genre ont suivi, laissant
penser une remise en cause de l’auteur et son éditeur, mais en 2021, ils
publièrent une deuxième édition dans laquelle les mêmes fautes sont
reprises délibérément. Le Journal Libération du 21 septembre 2021
fera un article sur cette publication avec un titre éloquent : « Génocide
des Tutsis : un ‘Que Sais-Je ? qui ne sait pas grand-chose. » Les auteurs
émettent leurs critiques à la fois contre l’auteur et son éditeur : « Nous
ne pouvons que nous étonner qu'un éditeur visant à mettre le savoir
à la portée de tous, ait pu ignorer les alertes d’historiens reconnus
et participe à la diffusion, une deuxième fois, de thèses niant des
éléments fondamentaux du génocide des Tutsis. Ce faisant, le groupe
d'édition Humensis (propriétaire des PUF) a non seulement contribué
à la vulgarisation de thèses historiquement obsolètes, mais apporte
également du crédit à un auteur défendant des thèses révisionnistes
sur le dernier génocide du XXe siècle »?%5,

#5 Parmi les auteurs de cette rubrique figurent des historiens de renom comme le professeur
Stéphane Audouin-Rouzeau, directeur de recherches à l'Ecole des Hautes Etudes en
Sciences Sociales (EHESS) Paris, Dr Hélène Dumas, EHESS, Dr Annette Becker, professeur
d'histoire à l'Université Paris Nanterre, Dr Juliette Bour EHESS, etc



** Page 168 **

DIALOGUE Edition Spéciale

Les auteurs qualifient Reyntjens de négationniste en étayant
les raisons objectives : « Engagé dans une guerre médiatique contre
le Front patriotique rwandais (FPR) depuis 1990 au détriment
de l'objectivité de ses travaux, Filip Reyntjens reprend les thèses
nauséabondes attribuant la responsabilité du génocide des Tutsis
au FPR qui, dès octobre 1990 ‘ne pouvait ignorer [ ] que l'attaque
mettrait en péril de façon aiguë les Tutsis de l'intérieur’, accablant
les victimes du génocide d’une partie de la responsabilité de leurs
bourreaux ».

Et les auteurs de poursuivre leur solide argumentation :
«Reprenant l’un des arguments fétiches des auteurs du génocide,
Filip Reyntjens nie la planification préalable du génocide
commis contre les Tutsis, en soutenant qu'il fut le résultat d'un
processus non prémédité, déclenché par l'assassinat du président
Habyarimana et facilité par la peur du Tutsi existant au sein de la
population. Cette négation de la planification du génocide, étayée
de manière douteuse par des sources limitées et sélectives, est
d'autant plus étonnante que ce même Filip Reyntjens déclarait
en 1995, sous serment devant la justice belge : ‘Cependant je sais
d’après de nombreux témoignages fiables qu’un projet génocidaire
et de massacres politiques existait depuis longtemps et dont on voit
les premiers signes déjà à la fin de l’année 1991».



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CONCLUSION

Dans un pays comme le Rwanda qui a connu un génocide, et
eu égard à la persistance de l'idéologie du génocide présente dans
des pays de la région : Rwanda, Burundi, République Démocratique
du Congo, il faut toujours privilégier, comme le fait le Rwanda depuis
la fin du génocide, une identité nationale qui transcende l’identité
ethnique. C’est ce seul choix qui construit la paix, pas l'inverse.

L'unité des Rwandais est historique malgré le génocide.
D'ailleurs, l'unité des Rwandais et leur conscience nationale
sont attestées dans tous les écrits des premiers explorateurs et
missionnaires.

Le rapport des Rwandais à l'ethnie a été une création
coloniale qui exige, pour la consolidation de l'unité du Rwanda,
que l’on revienne aux valeurs coutumières et historiques qui la
fortifient. C'est le choix de l'unité qui a permis de reconstruire le
Rwanda et qui est applicable aux trois pays de la sous-région des
Grands Lacs, encore habités par les résidus de l'idéologie criminelle
semblable à celle qui a causé et permis le génocide des Tutsi en
1994.

Tout « expert » qui ne se situe pas dans l'orientation de
consolidation de l'unité nationale, mais qui promeut la division, la
haine et la déformation historique des faits est très dangereux pour
le Rwanda et toute la région des Grands Lacs.

Tel est le cas de Filip Reyntjens.



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DIALOGUE Edition Spéciale

A TRAVERS LIVRES ET REVUES

Ces deux dernières années 2024-2025 ont vu la publication
de plusieurs ouvrages de qualité sur le génocide perpétré contre les
Tutsi, signe que ce crime et ses conséquences constituera à jamais
uneréalité historique detouslestemps. Un faitnouveau s’estobservé
par deux importantes publications émanant de deux religieuses de
la congrégation des Soeurs Benebikira, respectivement Sr Marie
Josée Mukabayire et Sr Anna Béata Murekatete qui ont pris la plume
pour relater les expériences du génocide et offrir au public des
témoignages inédits dans le milieu des congrégations religieuses.

1. «Lessons from the Genocide against the Tutsi : Resilience
and Forgiveness», livre de Sr Marie Josée Mukabayire

Ce livre est sorti en librairie en 2024 et a été présenté
publiquement le 3 janvier 2024 au Mémorial du génocide de Kigali
à Gisozi en présence de l'auteure. L'ouvrage relate l'expérience de
Sr Josée pendant le génocide où elle était responsable du Centre de
Santé de Cyanika, District de Nyamagabe, sa fuite, l'extermination
de sa famille, le courage de sa congrégation religieuse Benebikira,
son départ à l'étranger d’abord en Europe, aux USA puis au Ghana
la force d'inspiration pour rendre public la matérialité du génocide
s'est avérée essentielle surtout avec l'appui de ses consœurs
américaines ghanéennes qui lui ont manifesté une sympathie
sans pareil et un encouragement pour rendre par écrit le vécu du
génocide, au nom de la mémoire, de la guérison personnelle et
collective, pour enfin honorer l'espoir d’un Rwanda pacifié.

Cet ouvrage met fin à la série de livres et écrits négationnistes
écrits par des religieux rwandais et missionnaires qui sont devenus
légion depuis la fin du génocide en juillet 1994.



** Page 171 **

Conclusion

Des prêtres rwandais comme Venuste Linguyeneza, Fortunatus
Rudakemwa, Juvénal Rutumbu, Simon Habyarimana et bien
d’autres ; et des missionnaires tels les Pères Blancs Serge Desouter,
Guy Theunis, Hans Zoller et autres, en passant par l’irréductible
Mgr André Perraudin, se sont tous distingués par la publication
d'ouvrages et écrits négationnistes hautement condamnables.
Qu'une humble religieuse Mwenebikira Sr Josée Mukabayire vienne
enfin redresser les déviances, c'est du baume au coeur. Le lecteur
anglophone aura intérêt à parcourir cet important ouvrage.

2. Le Génocide commis contre les Tutsi au Rwanda,
Contribution des Benebikira à la protection des
victimes et à la reconstruction du pays, Sr Anne Béata
Murekatete

La soeur Anne Béata Murekatete a été la supérieure générale
des Soeurs Benebikira. Son ouvrage présente l'intérêt d'être le tout
premier livre sur le génocide des Tutsi écrit par une religieuse d’un
rang supérieur L'ouvrage relate les oeuvres des Benebikira à travers
tout le pays lors du génocide. L'auteur y découvrira la hauteur du
courage que plusieurs Benebikira ont manifesté pour sauver des
vies, parfois les milices les ont exterminées avec les tutsi qu’elles
protégeaient comme à la paroisse de Simbi où deux Benebikira
hutu furent massacrées avec des Tutsi entassés dans le domaine
paroissial. À Save, siège central de la congrégation des Benebikira,
ces dernières sont restées soudées, hutu et tutsi, ont accueilli des
centaines de réfugiés tutsi et ont pu sauver plus 270 Tutsi dans
ce couvent de Save. Un acte de courage unique dans l'enfer du
génocide.

La préface de cet ouvrage est l'oeuvre d'Antoine Mugesera,
vice- président de DIALOGUE. Il résume magnifiquement son
contenu en ces termes : ‘Dans cette congrégation, personne n’a ni
déserté, ni livré sa consoeur recherchée, ni même abandonné les
Tutsi venus se réfugier dans les établissements ou centres de santé
qu'elles dirigeaient. Personne n’a vendu son âme au diable.



** Page 172 **

DIALOGUE Edition Spéciale

Toutes les soeurs sont restées ensemble et au moins 18 d’entre
elles l'ont payé de leur vie’.

Faute de pouvoir faire une revue de l'ensemble des livres publiés
ces deux dernières années, nous fournissons ci-dessous leur liste
(pas exhaustive) pour orienter les lecteurs de DIALOGUE.



** Page 173 **

Quelques livres à recommander publiés sur
le génocide des Tutsi entre 2024 et 2025

+ __ Nsengimana, Albert. My mother killed me: Surviving the Genocide
against the Tutsis in Rwanda. Hugo & Compagnie, 2024.

+ Akariza,Annely Laurette. Rebounce: Transgenerationalresilience
in Rwanda - Resilience from ashes. Inzozi Publisher, 2024.

+ Hagenimana, Antoine. The Grief of My Mother: A Treasure Hidden
Under the Mountain - The Suffering and Resilience of a Child
Survivor of the Genocide against the Tutsi. BABA, 2024.

°__Iradukunda, Bruno. My forgiveness story: À genocide Survivor's
Story of Forgiveness & The In-Depth Study of the Theme. Vital
Readings Publishers, 2024.

- Le Scornet, Daniel. Comprendre le Mécanisme Génocidaire.
Douce, 2025.

-<__ Uwase, Dominique Alonga. 30 Years, 30 Stories: The light of hope
will always shine. Imagine We Rwanda, 2025.

+ Dushimimana, Emmanuel. My father's mysterious glasses.
Ingenzi Book Publisher, 2025.

+ Nzamwita, Eric. Gukurira mu gicucu cy'urupfu. Pallotti-Presse,
2025.

°__ Mukurarinda, Gustave Mukunde. The Snowfall: One Boy's Account
of the 1994 Genocide Against the Tutsi. Palmetto Publishing,
2025.

+ Uwababyeyi, Honorine. Diamonds in a Dustbin. G&I Publishers,
2024.



** Page 174 **

CLS DIALOGUE Edition Spéciale

+ _ Hedden, Immaculée. Munsi y'Ukuboko Kwayo Gukomeye. Lulu
publishing www.lulu.com, 2024.

+ __ Ngabonziza, Jean Baptiste. Munyaga mu icuraburindi: Amateka
ya Jenoside yakorewe Abatutsi ku misozi ya Nkungu na Munyaga.
Besta Publishers, 2024.

+ Nsanzabaganwa, Jean D'Amour. Ntiryari iherezo: Amasomo
twigiye mu bihe bigoye twaciyemo. Tantum Publishers part of
Tantum Group Itd, 2025.

+ _ Umulinga, Josiane. Survived to forgive, never again to genocide:
Rwanda 1994. John Mukora, 2024.

+ Kayitesi, Judence. The Unity Quest. tredition GmbH, 2025

+ Murangwayire, Liliane. Surviving the Unthinkable. Inzozi
Publisher, 2025.

+ _ Sr Mukabayire, Marie Josée, Lessons from the genocide against
the Tutsi in Rwanda: Resilience and Forgiveness. Digibooks
Ghana.Ltd, 2025

+ Kayitaba, Michel. Agakiza gashyizwe mu ngiro: Umuti w'urwango
n'isoko y'imbaraga zo kurwanya akarengane na jenoside. Rwanda
Editing and Literature Organization (RELO), 2024.

+ _ Mutangana, Steven. Rwanda: Imbabazi iwabo wAbene-Imana.
Indoha Publishing House, 2024.

+ _ Sr Murekatete, Marie Anna Beatha. Le Génocide commis contre
les Tutsi Au Rwanda: Contribution des Benebikira à la protection
des victimes et à la reconstruction du pays. SMC Ltd, 2025.



** Page 175 **

Quelques livres à recommander 4

Umubyeyi Béata Mairesses, EJO, livre disponible en français et
en kinyarwanda. Elle est l'auteure d’autres ouvrages trouvables
sur Amazon.fr comme Après le progrès, La Cheminante, 2019;
Tous tes enfants dispersés, Autrement, France, 2019; and the
English version, All your children scattered, Europa Editions,
2022 (US), 2023 (UK); Culbuter le malheur, Mémoire d’encrier,
2024 ; Le convoi, Flammarion, 2024 ; English translation : The
convoy, Open Borders Press, Orenda Books, 2025.

François Xavier Nsanzuwera, Briseurs de destin : les cerveaux du
génocide des Tutsi, Presses Universitaires St Louis, 2024.

Henri Rousso et alii, Le choc. Rwanda 1994 : le génocide des Tutsi,
7 mars 2024

Jean Pierre Chrétien, Combattre un génocide : un historien face à
l'extermination des Tutsi du Rwanda (1990-2024), 5 avril 2024

Jean Marie Vianney Rurangwa, le génocide perpétré contre les
Tutsi du Rwanda expliqué à ses enfants, Kindle Editions, 2025

Maria Malagardis, Avant la nuit, Talent Editions, 2025; Rwanda :
Vers l'apocalypse, film documentaire, 7 avril 2025

Antoine Mugesera, série d'ouvrages d'anthologie aux Editions
IZUBA:

Rwanda 1896 -1959 : La désintégration d'une nation (anthologie
Vol.1)

Rwanda 1959 - 1962 : La révolution manquée (Anthologie Vol. 2)

Rwanda 1980-2010 : Regards sur le Rwanda en marche
(Anthologie, Vol.3)

Rwanda 2009 - 2012 : Du génocide et des rescapés (Anthologie,
Vol.4)



** Page 176 **

4 DIALOGUE Edition Spéciale

+. _Numukobwa Assumpta, L'université m'a trahie, 2025.

+ Ngarambe François Xavier Le génocide contre les Tutsi du
Rwanda, l'Harmattan, 2025.

+ Jean-Pierre Peeters, Rwanda, 30 ans apres, encore et toujours, les
Lys Bleu, 2024.



** Page 177 **

Er
PSC TS


** Page 178 **

[175 d
PSC TS

Haut

fgtquery v.1.9, 9 février 2024