Traduction
Mille collines, un million de morts
La Confédération voulait faire du Rwanda la « Suisse de l'Afrique », mais l'aide au développement a débouché sur un génocide
Un membre de la Croix-Rouge parmi des réfugiés hutus en novembre 1996.
LAURENT REBOURS / KEYSTONE
Cette horreur avait été planifiée de longue date.
En l’espace de trois mois seulement, d’avril à juillet
1994, le régime rwandais et
ses complices ont exterminé près d’un million
de personnes. Les auteurs appartiennent à l’ethnie
hutu, les victimes sont des Tutsis.
Cinquante ans après la Seconde Guerre
mondiale, a lieu dans ce petit pays d’Afrique de l’Est
le plus grand génocide depuis la Shoah.
L’arme principale n’est pas
le gaz, mais la machette. Fascinée,
l’opinion publique mondiale observe – et
détourne le regard. Et au cœur de tout cela se trouve la Suisse,
même si les coopérants ne sont plus
sur place. Ils ont quitté le pays
à la hâte.
Le génocide a désormais fait l'objet de nombreuses
recherches. On sait également que le Rwanda
a été la priorité de l’aide
au développement suisse – et que l’homme
d’affaires extrêmement riche Félicien Ka-
buga, qui a financé le génocide,
a séjourné en Suisse durant l’été 1994,
où il n’a pas été arrêté par les autorités,
ce qui lui a permis de prendre la fuite. On savait en revanche très peu que
la Suisse, par le biais de son aide au développement,
avait contribué à ouvrir la voie
au génocide. Et qu’elle n’a rien entrepris
pour l’empêcher.
« Un génocide ne tombe jamais du ciel.
La Suisse a fermé les yeux pendant trente ans »,
déclare Anne
Emery-Torracinta. Cette historienne genevoise
vient de publier sa grande étude
« Dans l’ombre du génocide des Tutsi »,
qui s’appuie sur des recherches d’archives
et des entretiens avec des témoins de l’époque.
Pendant trois ans, elle a étudié les relations
entre la Suisse et le Rwanda entre
1950 et 1994.
Aujourd’hui à la retraite, elle était auparavant
professeure d’histoire et conseillère d’État du PS.
Un Valaisan en mission
La Suisse et le Rwanda : cela aurait dû être une
histoire d’amour. En 1963,
la Suisse lance son aide au développement dans le « pays des
mille collines ».
C’est un projet prestigieux. La Direction
du développement et de la coopération,
ou DDC, a de grands projets : d’ici
1994, elle investira environ 350 millions de francs
: le Rwanda doit devenir la « Suisse de l’Afrique »
en plein essor.
Les conditions semblent favorables.
En 1962, le Rwanda accède à l’indépendance. Les
Hutus renversent la monarchie des Tutsis
et prennent le pouvoir. Auparavant, le
Rwanda était une colonie belge.
Les Belges ont renforcé la séparation
entre Hutus et Tutsis. Ces deux
groupes se ressemblent, ils parlent la
même langue. Désormais, c’est la
carte d’identité qui détermine si l’on est Hutu ou
Tutsi.
Les Hutus ont les faveurs de la Suisse.
Comme ils sont largement majoritaires,
le Conseil fédéral et la DDC considèrent
généreusement le pays comme une sorte de
démocratie. « De plus, le premier président
du Rwanda, Grégoire Kayibanda,
était un démocrate-chrétien convaincu.
Cela rassurait la Suisse anticommuniste »,
explique Emery-Torracinta.
L’un des hommes les plus influents du pays
est un Valaisan : l’archevêque André Per-
raudin évangélise la population avec ses
confrères religieux. Le président est son
protégé. Les deux hommes
sont proches. Perraudin soutient
le régime hutu. Et il encourage
l’aide au développement.
La DDC ouvre, sur le modèle
de la Migros, des magasins
de la coopérative Trafipro dans tout le pays. Parallèlement,
elle encourage la création de banques populaires
et de projets d’aide dans les domaines
de l’agriculture et de l’éducation. « De nombreux Rwandais
gardent encore un bon souvenir de la
coopération au développement
de la Suisse », explique l’historienne. « Les
pauvres ont effectivement reçu de l’aide. »
La Suisse n'est pas la seule
nation présente au Rwanda, mais elle est la seule
à mener systématiquement une aide au
développement. Pour la Belgique et la France,
celle-ci est secondaire. Elles continuent, dans la
tradition coloniale, à s'immiscer dans la vie politique
et à fournir des armes à l'armée.
La Suisse, en revanche, invoque sa
neutralité ; son engagement se veut strictement « technique ».
Cela ne l'empêche toutefois pas
de créer une fonction particulière : celle
de conseiller du président. Elle acquiert ainsi
une grande influence. De 1963 à 1993,
six hommes constituent le lien le plus important
entre le régime rwandais
et la DDC. Rétrospectivement, cette fonction
s'avère problématique dès le départ, car les
conseillers s'érigent en défenseurs du président
et du gouvernement.
La violence minimisée
Car le régime se radicalise.
Peu à peu, il met en place un État d’
apartheid. Dès 1960, on assiste à des
massacres de Tutsis, suivis plus tard par
d’autres qui font des milliers de morts. La
Suisse et l’archevêque Perraudin minimisent
la violence à l’encontre des Tutsis.
À leurs yeux, l’Afrique est un continent « sauvage »
où les « tribus » s’entretuent souvent.
Des centaines de milliers de Tutsis fuient
le Rwanda. Ils ne sont pas autorisés à
y retourner. Certains s’arment et veulent
renverser le gouvernement. « La question des réfugiés
est devenue une épreuve décisive pour
le pays, mais les conseillers du président
suisse ont fait abstraction du problème »,
déclare Emery-Torracinta.
Prenons l’exemple du juriste bernois Aug-
ust R. Lindt. Il dirige l’aide au
développement en faveur du Rwanda depuis ses débuts et
est conseiller du président de 1973 à 1975.
Auparavant, il était Haut-Commissaire des
Nations Unies pour les réfugiés. Selon l’historienne, il
aurait dû être sensibilisé à ce
drame. C’est
pendant son mandat qu’a lieu la « purge »
du lycée dirigé par la Suisse
dans la capitale, Kigali : tous les
Tutsis doivent quitter l’établissement. Lindt
garde le silence, la Suisse ne proteste pas.
Les enseignants suisses refusent toutefois
de n’enseigner qu’à des élèves hutus et
quittent le Rwanda.
Citation
Schweiz
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Mittwoch, 24. Juni 2026
Tausend Hügel, eine Million Tote
Der Bund wollte aus Rwanda die «Schweiz Afrikas» machen, doch die Entwicklungshilfe endete im Genozid
Ein Mitglied des Roten Kreuzes zwischen Hutu-Flüchtlingen im November 1996.
LAURENT REBOURS / KEYSTONE
URS HAFNER
Der Horror war von langer Hand geplant.
In nur drei Monaten, von April bis Juli
1994, vernichtet das Regime Rwandas mit
seinen Helfershelfern knapp eine Million
Menschen. Die Täter gehören der Volks-
gruppe der Hutu an, die Opfer sind Tutsi.
Fünfzig Jahre nach dem Zweiten Welt-
krieg findet im kleinen ostafrikanischen
Land der grösste Genozid seit dem Holo-
caust statt. Die wichtigste Waffe ist nicht
das Gas, sondern die Machete. Gebannt
schaut die Weltöffentlichkeit zu – und
weg. Und mittendrin steckt die Schweiz,
auch wenn die Entwicklungshelfer nicht
mehr vor Ort sind. Sie haben das Land
Hals über Kopf verlassen.
Der Völkermord ist mittlerweile gut
erforscht. Bekannt ist auch, dass Rwanda
das erste Schwerpunktland der Schwei-
zer Entwicklungshilfe war – und dass der
schwerreiche Unternehmer Félicien Ka-
buga, der den Genozid finanzierte, sich
im Sommer 1994 in der Schweiz auf-
hielt, wo er von den Behörden nicht ver-
haftet wurde, so dass er sich absetzen
konnte. Kaum bekannt war indes, dass
die Schweiz mit ihrer Entwicklungshilfe
mitgeholfen hat, dem Genozid die Bahn
zu bereiten. Und nichts unternommen
hat, um ihn zu verhindern.
«Ein Völkermord fällt nie vom Him-
mel. Die Schweiz hat dreissig Jahre lang
die Augen verschlossen», sagt Anne
Emery-Torracinta. Die Genfer Histo-
rikerin hat soeben ihre grosse Studie
«Dans l’ombre du génocide des Tutsi»
veröffentlicht, die auf Archivrecherchen
und Interviews mit Zeitzeugen beruht.
Drei Jahre lang hat sie die Beziehungen
zwischen der Schweiz und Rwanda in
der Zeit von 1950 bis 1994 untersucht.
Sie ist pensioniert, zuvor war sie Ge-
schichtslehrerin und SP-Regierungsrätin.
Ein Walliser missioniert
Die Schweiz und Rwanda: Es hätte eine
Liebesgeschichte werden sollen. 1963
startet die Schweiz im «Land der tau-
send Hügel» ihre Entwicklungshilfe.
Sie ist ein Prestigeprojekt. Die Direk-
tion für Entwicklung und Zusammen-
arbeit, kurz Deza, hat grosse Pläne, bis
1994 wird sie rund 350 Millionen Fran-
ken investieren: Rwanda soll zur blü-
henden «Schweiz Afrikas» werden.
Die Voraussetzungen scheinen gut.
1962 wird Rwanda unabhängig. Die
Hutu stürzen die Monarchie der Tutsi
und übernehmen die Macht. Zuvor war
Rwanda eine belgische Kolonie gewe-
sen. Die Belgier festigten die Abgren-
zung zwischen Hutu und Tutsi. Beide
Gruppen ähneln sich, sie sprechen die
gleiche Sprache. Nun bestimmt der
Personalausweis, ob man ein Hutu oder
ein Tutsi ist.
Die Hutu sind der Schweiz sympa-
thisch. Da sie in der grossen Mehrheit
sind, erachten Bundesrat und Deza das
Land grosszügig als eine Art Demo-
kratie. «Zudem war der erste Präsi-
dent Rwandas, Grégoire Kayibanda,
ein überzeugter Christlichdemokrat.
Das beruhigte die antikommunisti-
sche Schweiz», sagt Emery-Torracinta.
Einer der wichtigsten Männer im Land
ist ein Walliser: Erzbischof André Per-
raudin missioniert mit seinen Ordens-
brüdern die Bevölkerung. Der Präsi-
dent ist sein Zögling. Die beiden Män-
ner stehen sich nahe. Perraudin unter-
stützt das Hutu-Regime. Und er fördert
die Entwicklungshilfe.
Die Deza eröffnet nach dem Vor-
bild der Migros im ganzen Land Läden
der Genossenschaft Trafipro. Daneben
stösst sie die Gründung von Volks-
banken und Hilfsprojekten in Land-
wirtschaft und Bildung an. «Viele Rwan-
der haben die Entwicklungszusammen-
arbeit der Schweiz noch immer in guter
Erinnerung», sagt die Historikerin. «Den
Armen wurde tatsächlich geholfen.»
Die Schweiz ist nicht die einzige
Nation, die in Rwanda tätig ist, aber nur
sie betreibt konsequent Entwicklungs-
hilfe. Diese ist für Belgien und Frank-
reich zweitrangig. Sie mischen in kolo-
nialer Tradition weiter in der Politik mit
und statten die Armee mit Waffen aus.
Die Schweiz dagegen beruft sich auf die
Neutralität, ihr Einsatz soll strikt «tech-
nisch» sein.
Das hält sie allerdings nicht davon ab,
ein besonderes Mandat einzuführen: den
Präsidentenberater. Damit gewinnt sie
grossen Einfluss. Von 1963 bis 1993 bil-
den sechs Männer die wichtigste Verbin-
dung zwischen dem rwandischen Regime
und der Deza. Im Rückblick ist das Amt
von Anfang an problematisch, da die Be-
rater sich zu Verteidigern des Präsiden-
ten und der Regierung aufschwingen.
Die Gewalt verharmlost
Denn das Regime radikalisiert sich.
Nach und nach führt es einen Apart-
heidstaat ein. Schon um 1960 kommt
es zu Massakern an Tutsi, später folgen
weitere mit Tausenden von Toten. Die
Schweiz und Erzbischof Perraudin ver-
harmlosen die Gewalt gegen die Tutsi.
Afrika gilt ihnen als «wilder» Konti-
nent, wo sich «Stämme» oft gegenseitig
umbringen. Hunderttausende Tutsi flie-
hen aus Rwanda. Sie dürfen nicht zu-
rück. Einige bewaffnen sich und wol-
len die Regierung stürzen. «Die Flücht-
lingsfrage wurde zur Zerreissprobe für
das Land, doch die Schweizer Präsiden-
tenberater blendeten das Problem aus»,
sagt Emery-Torracinta.
Zum Beispiel der Berner Jurist Au-
gust R. Lindt. Er leitet die Entwick-
lungshilfe für Rwanda seit Beginn, Prä-
sidentenberater ist er von 1973 bis 1975.
Zuvor war er Hochkommissar der Ver-
einten Nationen für Flüchtlinge. Er
hätte, findet die Historikerin, für das
Drama sensibilisiert sein müssen. In
seine Amtszeit fällt die «Säuberung»
des von der Schweiz geführten Gym-
nasiums in der Hauptstadt Kigali: Alle
Tutsi müssen die Schule verlassen. Lindt
schweigt, die Schweiz protestiert nicht.
Die Schweizer Lehrer aber weigern sich,
nur Hutu-Schüler zu unterrichten, und
verlassen Rwanda.
Der Neuenburger Ökonom Charles
Jeanneret übernimmt die Beraterstelle
1981 – auf Wunsch des neuen Präsiden-
ten Juvénal Habyarimana, der mit einem
Militärputsch an die Macht kommt. Fast
zwölf Jahre steht Jeanneret dem Präsi-
denten, den er grenzenlos bewundert, zu
Diensten. Er führt sich wie ein offizieller
Repräsentant Rwandas auf, schreibt die
Reden des Präsidenten und tritt öffent-
lich mit der Crème de la Crème der
Extremisten des Regimes auf. Er ver-
tritt Habyarimana sogar gegenüber dem
französischen Botschafter oder Militär-
attaché. Jeanneret informiert die Deza
einseitig und schönfärberisch über die
Zustände in Rwanda. In Bern ist man
zuweilen irritiert über dessen Geba-
ren, lässt ihn aber gewähren, schliesslich
läuft die Kooperation ja gut.
Ab 1990 herrscht in Rwanda Bürger-
krieg. Die Tutsi werden von den Tätern
«Kakerlaken» und «Schaben» genannt.
Die Schweiz und andere Länder zei-
gen sich nun doch beunruhigt und tref-
fen sich mit Habyarimana. Dieser be-
schwichtigt: Die Demokratie sei ge-
rade in Schwierigkeiten, aber auf guten
Wegen. Dabei schlittert das Land in
eine Krise. Zum ersten Mal fördert
die Schweiz Menschenrechtsprojekte,
wenn auch mit kleinen Beiträgen. Hin-
gegen unterstützt sie die Reformen der
Weltbank mit zehn Millionen Franken.
Diese Hilfe bewahrt das Regime vor
dem Zusammenbruch.
Anfang April 1994 wird Habyari-
mana ermordet – das Fanal für den Völ-
kermord. Sofort zieht der Bundesrat die
Deza-Leute ab. Jäh hat sich der Traum
von der «Schweiz Afrikas» in den Alb-
traum des Genozids verwandelt. Die-
ser beschäftigt den Bundesrat freilich
kaum, er hat andere Probleme, zu weit
weg ist der Horror. Wenige Tage spä-
ter erklärt Flavio Cotti, der für die aus-
wärtigen Angelegenheiten zuständig ist,
es werde in der Entwicklungshilfe halt
«immer Risiken geben».
«Hinter Neutralität versteckt»
Cotti will das peinliche Kapitel Rwanda
so schnell wie möglich beenden, damit
das Ansehen der Schweiz nicht weiter
Schaden nimmt. Er gibt einen Bericht
in Auftrag, der 1996 erscheint und die
Deza entlastet: Das Ausmass der Er-
eignisse sei unvorhersehbar gewesen.
Immerhin wird am Rand darauf ver-
wiesen, die Deza habe es versäumt,
politische Massnahmen zu ergreifen,
als die Lage eskalierte.
Bei aller Verharmlosung, die er be-
treibt, hält der Bericht der Schweiz vor,
sie habe zu wenig politisches Gespür ge-
zeigt. Anne Emery-Torracinta geht wei-
ter: «Man hat sich hinter der Neutrali-
tät versteckt, um keine Partei ergreifen
zu müssen.» Die Schweiz habe nicht nur
Fehler gemacht: «Sie hat versagt.» Hätte
sie die systematische Gewalt gegen die
Tutsi ernst genommen, hätte sie die
Zusammenarbeit infrage stellen oder
neu ausrichten müssen. «Die wenigen
Schweizer, welche die Diskriminierung
und Gewalt verurteilten, fanden kein
Gehör. Die Schweiz hätte schon 1964
reagieren müssen», sagt die Historikerin.
Diese Geschichte ist noch nicht
zu Ende. Emery-Torracinta durfte im
Schweizerischen Bundesarchiv Dos-
siers einsehen, die noch unter Sperrfrist
standen. Das Departement für auswär-
tige Angelegenheiten zeigte sich kulant.
Dagegen lehnte das Departement für
Verteidigung, Bevölkerungsschutz und
Sport sämtliche Anträge auf Aktenein-
sicht ab – der Historikerin unverständ-
lich. «Die Archive müssen endlich geöff-
net werden», sagt sie.
Nach dem Völkermord überprüfte
die Deza ihre Praxis. In Rwanda ste-
hen nun Friedensförderung und Dia-
log an erster Stelle.
Anne Emery-Torracinta: Dans l’ombre du génocide des Tutsi. La Suisse et le Rwanda
1950–1994. Éditions Slatkine, Genf 2026.
546 S., Fr. 44.–.