Fiche du document numéro 36110

Num
36110
Date
Jeudi 16 juin 1994
Amj
Taille
3675357
Titre
Mémoire sur une opération militaire au Rwanda [Date estimée]
Lieu cité
Lieu cité
Lieu cité
Cote
N° 314 /DEF/EMA/COIA/CAS/CD ; 2002 Z 163/1 ; D6676-D6714
Type
Note
Langue
FR
Citation
** Page 1 **

Déclassifié par décision
du ministre de la Défense

N° 808663 du 13 NN 2008

** Page 2 **

N° Document : AFR/3/388

MINISTERE DE LA DEFENSE

Panis le :

| ETAT MAJOR DES ARMEES
Déclassifié par décision 14, rue Saint Dominique
du ministre de la Défense 00456 ARMEES

N° 6086863 au 13 UN 2006
Tél : 42.19.57.30

N° /DEF/EMA/COIA/CAS/CD

L'Amiral J. LANXADE

\

«a

Monsieur le Ministre d'Etat
Ministre de la Défense

Objet : Opération française au Rwanda.

Une intervention militaire au Rwanda pourrait être décidée par la France
pour y faire cesser les massacres interethniques. Cette opération devrait se situer
dans un cadre international bien défini, avec une participation souhaitable d'autres
pays, en particulier de l'UEO, voire de pays africains.

Cette opération devrait être précédée d'actions diplomatiques appropriées
visant à afficher notre neutralité à l'égard de chaque parti en cause, et à permettre de
passer le relais aux forces de l'ONU.

J'ai l'honneur de vous adresser, en pièce jointe, un mémoire qui présente
les conditions et les modalités d'une intervention française au Rwanda. Il constitue
l'ébauche du schéma directeur de l'opération dont l'option préférentielle aura été
arrêtée par les autorités gouvernementales et dont la planification sera poursuivie
dans le détail par l'EMTA.

** Page 3 **

D6948

Le schéma général de l'opération prévoit le déploiement de nos forces dans
la zone contrôlée par le gouvernement rwandais. Une action initiale sera conduite
sur la zone de Cyangugu avant un engagement éventuel en direction de Kigali. Elle
a pour but de porter immédiatement assistance aux réfugiés tutsis qui s'y trouvent
pour faire la démonstration de notre impartialité. Celle-ci pourrait être confortée par
une entrée simultanée au Rwanda par le Zaïre, le Burundi ou l’Ouganda. La
présence de nos troupes à Bujumbura pourrait avoir un effet stabilisateur sur le
Burundi où les incidents interethniques peuvent s'étendre à tout moment à
l'ensemble du pays.

Trois options sont présentées. La première, qui privilégie l'effort principal
à partir de Goma, a ma préférence.

Le volume de la force doit permettre d'assurer la réussite totale de
l'opération, quitte à réduire ensuite ce volume comme pour l'opération en Somalie,
car un échec n'est pas acceptable.

La mise en place des unités peut se faire en plusieurs échelons en fonction
des impératifs de délais imposés.

Cependant, il convient de souligner que cette opération est délicate, qu’elle
demandera des moyens de soutien importants, et qu’il faudra accepter des risques
non négligeables pour nos troupes.

Déclassifié par décision
du ministre de la Défense

N°7 808663 du 13 JUIN 2008

SOMMAIRE

1- PRESENTATION GENERALE
2- LES OPTIONS ENVISAGEES
3- L'ACTION AERIENNE

ANNEXES

1- LE CONTEXTE POLITIQUE
2- LA SITUATION AU RWANDA
3- LA GESTION DE LA COMMUNICATION

PRESENTATION GENERALE

Paris le : 15 juin 1994

ETAT MAJOR DES ARMEES
14, rue Saint Dominique
00456 ARMEES

Tél : 42.19.41.48

Déclassifié par décision
du ministre de la Défense
N° 008663 du 13 JUN 2008 ;


N°__314__/DEF/EMA/COIA/CAS/CD

FICHE

Objet : Présentation générale de l'opération française au Rwanda.

Devant l'étendue des massacres au Rwanda, les lenteurs de la mise en
place de la MINUAR II et l'impact de ces actes de violence sur l'opinion
publique, la France pourrait éventuellement conduire une opération au Rwanda.

Agissant sous commandement national dans un cadre politique et
international qui devra être précisé, les unités déployées sur le terrain
n’opéreraient pas sous « bérets bleus». Des actions agressives d'éléments
hostiles à notre présence et ne respectant pas le cessez le feu pouvant entraîner
des pertes au sein de nos troupes sont à prévoir.

Après avoir présenté la zone d'action et une synthèse de la situation
entre les belligérants, cette fiche a pour objet de définir le cadre général de notre
engagement tant au plan international que local et de décrire les grandes options
envisageables pour une action nationale, rapide et à durée limitée.

1.- Situation :

La guerre civile, réveillée par l'assassinat du président rwandais le 6
avril 1994, a eu pour conséquence un véritable génocide perpétré par certaines
unités militaires rwandaises (garde présidentielle) et par les milices hutues à
l'encontre de la minorité tutsie de la population ou de certain cadres hutus
modérés. En invoquant la nécessité de les secourir, les forces du FPR ont envahi
en deux mois de combat toute la partie est du pays jusqu'à la ligne Ruhengeri-
Shyorongi au nord, et Kigali-Gitarama-Nyanza au centre. Les FAR tiennent
encore une partie de la capitale et l'axe reliant Nyanza au Burundi par Butare.

2

Les bandes formées de civils ou de militaires hutus incontrôlés
continuent à massacrer leurs concitoyens tutsis de tous âges au gré de leurs
caprices et des incitations à la “défense populaire" prodiguées par les chefs de
milices.

Plusieurs centaines de milliers de personnes d'ethnies hutue et tutsie
ont été massacrées, un nombre plus grand encore erre pour fuir les tueries.
Certains de ces survivants ont trouvé un asile précaire dans des "camps" placés
sous la protection symbolique d'organisations caritatives ou de congrégations
religieuses, d'autres se terrent dans les villes et les campagnes en attendant la fin
des combats et des tueries. Tous souffrent d'épidémies, de malnutrition et
parfois de blessures nécessitant soins et médicaments.

A Kigali, où les quatre cents Casques bleus de la MINUAR ne seront
pas efficacement renforcés avant deux ou trois mois, le cessez-le-feu instauré le
15 juin après-midi a été rompu le matin du 16 par le pilonnage des mortiers du
FPR tirant sur le centre ville depuis les collines environnantes.

2.- Cadre général de l'intervention :

21. Mission :

L'intervention française a pour but d'arrêter les massacres, dans un
premier temps dans les zones contrôlées par les forces gouvernementales, pour
restaurer un niveau de sécurité permettant la relève ultérieure par la
MINUAR II.

Le déploiement initial doit privilégier la rapidité pour obtenir un effet
visible et immédiat sur une des zones les plus sensibles, Cyangugu, où 8.000
tustis risquent à tout moment d'être massacrés.

Le soutien de la force doit être d'un volume suffisant pour permettre de
durer deux mois sans exclure une prolongation correspondant aux délais de
déploiement de la MINUAR.

Enfin, il convient d'accepter les risques inhérents à la conduite d'actions
de vive force.

22. Contexte général :

A) Une crise d'une gravité exceptionnelle.

Elle comporte trois caractéristiques essentielles :

- le FPR peut espérer une victoire militaire, mais celle-ci sera sans
débouché politique. Un gouvernement tutsi n'aurait pas une assise populaire
suffisante (les Tutsis ne représentent que 10% de la population). Le FPR n'a pas
les moyens militaires de contrôler l'ensemble du pays. La reprise des
négociations politiques est donc inévitable ;

3

- le problème humanitaire (massacres et réfugiés) est immense. La
pression médiatique augmente et impose une intervention plus énergique que
celle actuellement engagée par l'ONU ;

- le risque d'extension de la crise est très élevé. La situation peut
basculer à tout moment au Burundi. L'implication de l'Ouganda, la présence de
réfugiés au Kivu peuvent amener le Zaïre à intervenir directement dans la crise.
Le volume de réfugiés posera rapidement un problème de sécurité dans le nord
de la Tanzanie.

Au total, la crédibilité de l'ONU et de certains des principaux éléments
de notre politique extérieure (prévention et règlement des crises) sont mis en
cause.

B) L'action entreprise par la France s'appuiera sur quatre principes :

- les opérations doivent être menées sous l'égide des Nations Unies en
soutien des résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité. L'OUA, notamment
la Tunisie, président en exercice, pourrait soutenir le processus ;

- le but de l'opération est d'arrêter les massacres, de renforcer l'aide aux
populations et d'empêcher une extension des combats au-delà des frontières.
Toute action concernant la restructuration politique du pays est exclue. Ce sera,
ultérieurement, le rôle de l'ONU et des puissances régionales ;

- l'action s'appuiera sur les puissances régionales déjà impliquées dans
la crise. Ces puissances souhaitent, autant que nous, éviter une destabilisation de
l'ensemble de la région ;

- la participation d'autres puissances (Etats-Unis, pays européens ou
africains) paraît indispensable, une forte participation européenne, si possible
sous bannière UEO est à promouvoir.

3.- Options envisageables :

31. Mise en place du dispositif :

Le déploiement du dispositif a pour objectif d'arrêter au plus vite les
massacres interethniques par une action directe sur le terrain mais aussi auprès
de responsables locaux (Gendarmerie, Armée, Administration.…).

L'opération comporte :

- des actions préparatoires (mesures d'alerte et de prépositionnement)

- des actions initiales :

* mise sur pied d'une base opérationnelle avancée à Goma ou
Bujumbura et d'une base Air à Kissangani ;


4

* sécurisation du camp de réfugiés à Cyangugu et d'autres points
à déterminer, destinée à afficher rapidement notre détermination et notre
neutralité ;

* déploiement progressif de la force.

Dans ce cadre, trois options ont été étudiées (voir annexe) :

Option 1 :

Trois points d'entrée : - Goma (effort) - Bujumbura (humanitaire)
Bukavu (ops Cyangugu).

Ce mode d'action est destiné à sécuriser progressivement la zone
actuellement contrôlée par les forces gouvernementales suivant l'axe général
Gisenyi - Ruhengeri - Kigali.

Option 2:
Trois points d'entrée : - Bujumbura (effort) - Goma - Bukavu.

Ce mode d'action privilégie l'axe Bujumbura - Butare - Gitarama -
Kigali en plaçant d'emblée notre contingent sur la ligne de front.

Option 3:
Trois points d’entrée : Goma (effort) - Bujumbara (humanitaire) -
Entebbe (Ouganda).

Cette option paraît séduisante sur le plan politique, car elle permet
d’impliquer l’Ouganda et de pénétrer simultanément en pays Hutu et Tusti. Elle
n'est pas sans danger, pour nos troupes compte tenu de la position actuelle du
FPR envers la France.

Aussi, cette option paraît plus difficile à envisager.

Au regard des avantages, des inconvénients et des risques que
présentent ces trois options, détaillées en annexe, l'option n ! semble devoir
être retenue.

32. Volumes de forces :

Notre action militaire doit reposer sur un volume de forces garantissant
la réussite totale de notre mission.

Trois formats sont proposés qui tiennent compte notamment de
l'insuffisance des structures locales d’accueil et de l’effort important à consentir
dans le domaine du soutien et de la logistique :

- le premier, d'un volume global de 2000 hommes, permet d'engager
700 hommes en territoire rwandais. Les interventions aériennes ne peuvent se
faire qu'à partir de Bangui, avec des délais importants engendrés par
l'éloignement de la base ;

- le deuxième, d'environ 2500 hommes, permet le déploiement de 900
hommes au Rwanda. Les avions d'armes peuvent alors assurer une permanence

5

sur zone à partir de terrains plus proches (Kissangani éventuellement
Bujumbura) et garantir la rapidité des délais d'intervention,

- Le troisième, de 3500 hommes, autorise l'engagement de 1700
hommes.
Dans les trois hypothèses, le volume du soutien reste sensiblement
identique.

4.- Coûts :

41. Coût du transport :

S'agissant de la projection de la force, les principes suivants sont
retenus :

- tout le matériel du premier échelon, venant de métropole ou des
forces prépositionnées, est transporté par avions gros porteurs, ou tactiques ;

- s'agissant des autres échelons, venant de France, si les délais le
permettent, il peut-être envisagé de réaliser le transport par voie maritime
jusqu’à Libreville (13 jours) ou Djibouti (10 jours), puis par voie aérienne pour
l'acheminement sur les sites de déploiement

Le coût global peut-être estimé à 150 MF pour l'option purement
aérienne, qui reste difficile à réaliser dans l’état actuel du parc national. Le
recours à la voie maritime devrait permettre de diminuer sérieusement cette
facture (estimation en cours).

42. Surcoût hors transport :

En première estimation, le surcoût pour un mois est de l'ordre de
75 MF pour 2.500 hommes et de 90 MF pour 3.500 hommes. Ces surcoûts
comprennent les suppléments de soldes et de fonctionnement en alimentation,
carburant et munitions.


LES OPTIONS ENVISAGEABLES


TABLEAU DE COMPARAISON
DES TROIS OPTIONS RETENUES

01
(GQMA, BUKAWU,
BUJUMBURA

02

(BUJUMBURA, BUKAWU,
GOMA)

03

(GOMA, ENTEBBE,
BUJUMBURA)

AVANTAGES

Liberté d'action sur l'axe d'effort
principal car GOMA dispose d'un
aéroport international.

1) Bonne lisibilité de notre action
par le FPR et les Burundais,

2) Présence militaire au BURUNDI
favorisant la stabilité de ce pays.

1) Implication de l'OUGANDA
dans notre action,

2) Liberté d'action sur l'axe d'effort
principal à partir de GOMA.

INCONVENIENTS

BURUNDI moins impliqué que
dans 02

1) Traversée de zones tenues par le
FPR,
2) Dispersion des moyens

1) Traversée de zones tenues par le
FPR,

2) Un seul point d'entrée ouvert sur
la frontière Ougando-Rwandaise
(Gatuna)

3) Accès vers les populations
menacées très difficile
(éloignement).

RISQUES

1) Interprétation du sens de notre
action comme un soutien aux
Forces Armées Rwandaises (FAR),
2) En cas de dégradation de la
situation au BURUNDI, difficultés

En cas de dégradation de la
situation au BURUNDI, notre
liberté d'action est amoindrie.

pour maintenir le plot humanitaire.

Probabilité importante d'incidents
avec le FPR au niveau de la
frontière Ougando-Rwandaise.


LE CONTEXTE POLITIQUE

© RÉPUBLIQUE FRANÇAISE CONFIDENTIEL DÉFENSE

Paris, le 16 juin 1994

Ministère de la Défense
N° 311 DEF/DAS/SDQR/JM/CD

DÉLÉGATION
AUX AFFAIRES
STRATÉGIQUES
Déclassifié par décision
Secteur Afrique du ministre de La Défense
N° 008663 du 13 JUN 2008

NOTE

OBJET : Conditions politiques d'une intervention dans la crise rwandaise.

I. Le fondement de l'action française.

Face à l'ampleur du désastre humanitaire et aux critiques dont sont l'objet à la fois l'ONU et notre propre politique, l'objectif est de susciter une action internationale dont la France prendrait la direction principale, et dont le but serait triple : l'arrêt des massacres, la sauvegarde des réfugiés et l'interruption de l'extension du conflit. Du point de vue français, il faut éviter que nous soient reprochées et l'action d'hier et l'inaction d'aujourd'hui.

Pour assurer le succès d'une telle opération, quatre conditions doivent être
remplies.

II. Quatre conditions.
1) Le mandat international.

Un mandat des Nations Unies devrait constituer la base juridique de notre action, compatible avec les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. La demande d'un tel mandat pourrait émaner soit de l'OUA, dont la présidence est actuellement assurée par la Tunisie, soit des puissances européennes intéressées. Ce mandat devrait se placer sous l'égide du chapitre VII, et énoncer les missions suivantes : protection des populations civiles, protection des convois humanitaires, et évidemment protection des forces. A cette fin, le mandat doit permettre l'utilisation de la force, le désarmement des troupes non régulières, et laisser la plus large appréciation aux Etats dont l'intervention est sollicitée et au commandement sur le terrain.

2) Un principe d'impartialité face aux deux parties.

Il convient de déterminer, avant le déclenchement, les forces politiques du pays qui seront nos interlocuteurs (FPR, gouvernementaux). A cet égard, il est certain que notre action passée ne nous permet pas d'être regardés comme neutres par le FPR. Il importe donc d'éviter de se faire accuser de vouloir peser dans l'issue du conflit intérieur. Les déploiements seront dès lors définis en ayant trois questions à l'esprit :

- Faut-il aller dans la capitale ? Cela paraît difficile tant que les positions armées des FAR et du FPR ne seront pas figées.

- Peut-on créer des zones refuges, proches de la frontière, pour les réfugiés et les minorités menacées, bien que cela risque de créer des afflux de population ?

- Faut-il intervenir sur une partie ou la totalité du territoire ? Pour une raison d'impartialité, il faudrait viser des points répartis dans l'ensemble du pays. Mais cela suppose un déploiement qui rendra nécessaire une participation internationale.

3) L'environnement politique régional.

Afin d'éviter l'extension du conflit, notre action devrait prendre en compte les
quatre pays limitrophes directement impliqués.

Au Burundi soumis à des tensions ethniques de même nature que celle du Rwanda, il conviendra d'éviter que des transits de force, notamment à Bujumbura, déclenchent des réactions de rejet de la part de l'armée nationale. Notre action au Rwanda ne doit pas apparaître comme un secours apporté au Hutus contre les Tutsis du FPR. En revanche, certains déploiements à la frontière des deux pays sont susceptibles d'éviter des affrontements entre réfugiés et populations autochtones.

Enfin, nous devons poursuivre l'action de coopération déjà engagée pour conforter les structures étatiques du Burundi.

Une utilisation du territoire zaïrois est indispensable pour notre déploiement (présence d'aérodromes à Goma et Bukavu). L'implantation de bases logistiques de l'opération dans ces zones frontalières peut avoir un effet stabilisateur. Elles permettent, en outre, d'intervenir dans des régions frontalières où subsistent des minorités tutsies (Cyangugu, Butare). Il convient également de prendre en considération le rôle tenu par le Président Mobutu dans le réglement de la crise, en particulier depuis le sommet de Tunis.

L'importance de l'Ouganda dans la région doit également être prise en compte, notamment du fait de son rôle dans le conflit au Sud-Soudan et du poids politique du Président Museveni. Mais l'aide massive de ce pays au FPR doit cesser. L'implantation des bases arrières d'une partie de la force internationale à Kampala et à la frontière avec le Rwanda devrait faciliter le contrôle de tout mouvement suspect.

Enfin, le rôle spécifique de la Tanzanie, qui a organisé les négociations
d'Arusha et accueilli plusieurs centaines de milliers de réfugiés sur son territoire, doit être réaffirmé.

4) Agir avec l'aide des nations occidentales et des pays africains.

a- Un effort particulier en direction des pays européens.

La participation de pays européens marquerait l'intérêt de l'Europe pour le
réglement des crises en Afrique. Certains pays seront plus attentifs à notre proposition que d'autres :

L'Italie : une participation italienne marquerait la solidarité des pays européens tournée vers l'Afrique. Les Italiens ont, du reste, bien réussi en Somalie et l'Italie souhaite rester présente en Afrique. La contribution italienne apparaît d'ores et déjà très vraisemblable.

La Belgique : la présence d'un contingent belge serait utile pour permettre un déploiement en zone FPR ou une présence en Ouganda. La Belgique, en effet, a gardé de bonnes relations avec les Tutsis. En revanche, la prestation belge au sein de la MINUAR incite à une certaine circonspection et, de la part de nos interlocuteurs à Bruxelles, à la réserve. Le gouvernement belge pourrait cependant prévoir au moins une participation à la logistique.

La Grande-Bretagne : l'action d'un contingent britannique à partir de
l'Ouganda aurait un effet de neutralisation sur l'interventionnisme du Président
Museveni. Toutefois, la participation britannique risque d'être difficile à obtenir au-delà de prestations symboliques

La RFA pourrait également être sollicitée pour fournir des moyens
logistiques à une action à vocation exclusivement humanitaire.


L'implication recherchée de plusieurs pays européens nous conduit à susciter une discussion de cette opération dans le cadre de l'UEO. Pour matérialiser l'importance de l'Union de l'Europe Occidentale, un lien organique entre la cellule de planification de l'UEO et l'Etat-Major des Armées pourrait être réalisé par la mise en place d'un officier de liaison. La cellule UEO pourrait assurer l'information du Conseil, servir de point de contact entre les Etats contributeurs et observer concrètement les modalités de coopération entre Etats membres dans une opération réelle.

b- Les Etats-Unis : après leur prestation en Somalie, l'implication de forces de combat américaines n'est pas envisageable. En revanche, la participation des Etats-Unis serait utile pour assurer un déploiement rapide de la force et un soutien logistique ; l'implantation d'éléments américains en Ouganda permettrait, en outre, de contrôler l'arrêt du soutien ougandais au FPR.
Enfin, la participation des Etats-Unis accroîtrait considérablement le poids
politique de l'opération.

c- Les pays africains : la participation de pays africains est doublement souhaitable : elle marquerait la solidarité interafricaine dans la crise rwandaise et faciliterait la relève ultérieure de la force internationale par la MINUAR. Trois pays africains ont la capacité technique d'agir dans le cadre de la force, en assurant la responsabilité d'un secteur : ce sont l'Egypte, l'Ethiopie et l'Afrique du Sud (qui, dans son nouveau rôle d'acteur continental africain, devrait être favorablement disposée).

D'autres pays seraient susceptibles de fournir des contingents plus limités,
pouvant agir sous contrôle opérationnel de forces plus puissantes : le Sénégal et le Maroc.

RWANDA
RESOLUTION 918 ADOPTEE PAR LE CONSEIL
DE SECURITE DES NATIONS UNIES


LA SITUATION
AU RWANDA



SITUATION AU RWANDA

PREAMBULE

Il convient de prendre conscience que l'opération en question provoquera la critique suivante :

- Trop tard : les massacres ayant déjà provoqué la mort de plusieurs centaines de
milliers de personnes et l'exode d'un nombre plus grand encore.

et se heurtera aux difficultés suivantes :

- le FPR a affiché son opposition à tout retour de la France au Rwanda. Il sera donc difficile de :

- sauver des vies, majoritairement tutsies, malgré l'hostilité ou la méfiance des
forces FPR qui prétendent les secourir et dans une zone contrôlée par des hutus qui leur sont réputés hostiles.

- agir seuls sur un théâtre déjà confié à une force de l'ONU, inefficace mais présente.

1.- SITUATION ( Cf cartes jointes )

Le 14, le FPR et les gouvernementaux ont accepté de respecter un cessez-le-feu (qui est entré en vigueur le 15 après midi) et de reprendre les négociations sous la supervision du “facilitateur" tanzanien.

Au nord-ouest, la situation est stationnaire et les combats restent à un niveau limité, les FAR résistent sur une ligne Ruhengeri - Shyorongi.

A Kigali, de violents combats de rues se déroulaient jusqu'au 15 dans les quartiers qui sont pris puis reperdus par chacun des belligérants. Les affrontements les plus violents ont eu lieu dans le quartier de Gikondo.

Au sud-ouest, le FPR a pris la localité de Kabgayi et la majeure partie de la ville de Gitarama, les FAR semblent avoir repris Nyanza et avoir dégagé la route entre Nyabisindu et la frontière burundaise. Les hauteurs à l'est de l'axe entre ces deux villes sont aux mains des soldats du FPR.

2.- QUI SONT LES MASSACREURS ?

Ce n'est pas (trop) le FPR, occupé à conquérir Kigali et l'est du pays, même s'il se livre à des actions "d'épuration" dans la zone qu'il contrôle et où il limite le déplacement des ONG.

Ce n'est pas la partie de l'armée rwandaise occupée à guerroyer contre les
précédents.

Ce sont :

- les unités débandées et incontrôlées (garde présidentielle) ;

- les milices hutues (interhamwe et impuzamugambi) agissant à leur initiative ou à l'incitation d'appels à la “défense populaire" qui tuent essentiellement à Kigali et dans la partie ouest du pays censée être sous contrôle des forces gouvernementales.

Conclusion :

L'"ennemi" n'est pas la mitrailleuse mais la machette et son porteur, difficile à
distinguer du reste de la population et donc à neutraliser mais qui ne présente pas une menace militaire conséquente.

3.- QUI SONT LES MASSACRABLES ?

En majorité des Tutsis :

* regroupés dans des centres placés sous la "protection" d'ONG, de prêtres ou du
CICR. Les grands centres connus sont Cyangugu (8 000), Butare et Kigali.

Conclusion : la "saisie" de ces centres devrait constituer la première action à
entreprendre. Liaisons à prendre avec ONG, CICR et ordres missionnaires pour information sur les autres refuges existants.

* isolés en brousse ou en ville et terrorisés.
Conclusion : il faut les attirer (radio, hauts parleurs, patrouilles visibles) vers des pôles de regroupement protégés.

En minorité des Hutus modérés (région de Butare) recherchés par les “massacreurs"
et à regrouper au même titre que les isolés tutsis.

Quels sont leurs besoins :

- Protection et Sécurité ;

- Abris, vêtements, nourriture, médicaments ;

- soins médicaux (contre paludisme, choléra, typhoïde, maladies infantiles).


Conclusion :

L'action de mise sous protection doit s'accompagner d'une visibilité très grande
destinée à redonner confiance : FAMAS et hauts parleurs vont de pair.

Une fois les personnes rassemblées, l'action militaire s'efface ou se transforme en action humanitaire (tentes, nourriture, soins) et les infirmiers doivent être nombreux.

4.- IL FAUT AVOIR :

* Des renseignements sur :

- les points de regroupements des déplacés tutsis que pourraient nous fournir les
ONG, les missionnaires et le CICR. Il semble souhaitable de les mettre au courant ;

- la situation dans la zone d'action et ses alentours : la mise en place de détachements de liaison auprès de la MINUAR, des FAR et des commandements locaux dans les pays où arriveront les forces (Zaïre, Burundi) semble nécessaire.

* Des contacts avec :

- le FPR pour le convaincre que nous venons à l'aide de la communauté tutsie et non en soutien des forces gouvernementales :

- par l'intermédiaire de la MINUAR, de la Belgique
- par l'Ouganda (Museweni)
- par l'intermédiaire des autorités ou de la communauté tutsie du Burundi ;

- l'OUA pour ne pas la mettre en porte à faux ;

- M. Twagiramungu, premier ministre rwandais du gouvernement désigné par les
accords d'Arusha, (pour associer les modérés à cette action humanitaire).

5.- RISQUES

Si l'intervention est perçue comme un soutien aux gouvernementaux :

- les ressortissants Français travaillant pour les ONG en zone FPR pourraient être victimes de représailles ;

- la communauté tutsie des pays voisins pourrait mener des actions contre nos intérêts (actions contre nos installations ou nos implantations logistiques, agression de ressortissants français).

Les pays les plus sensibles sont :

* le Zaïre où la communauté Banyarwandaise (tutsie) est très présente dans la
région de Goma ;

* le Burundi où la communauté tutsie est très hostile à toute action de la France au Rwanda (opposition extrémiste tutsie, Tutsis rwandais réfugiés à Bujumbura, cadres subalternes et hommes du rang des forces armées). Au Burundi, le risque d'action d'envergure n'est pas à exclure.

Il est très important que le FPR ne nous considère pas comme ennemi ; une intervention dans la zone urbaine de Kigali sans son consentement pourrait conduire à des affrontements et à des pertes dans nos rangs. Une action conjointe avec les Belges ou d'autres forces armées admises par le FPR pourrait alors fournir la caution de notre bonne volonté.

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