Fiche du document numéro 36097

Num
36097
Date
Mardi 7 avril 2026
Amj
Taille
0
Titre
Du Rwanda à la RDC : les cicatrices du génocide
Sous titre
Il y a 32 ans, en cent jours, plus de 800 000 personnes étaient assassinées au Rwanda. Le génocide des Tutsis a profondément reconfiguré l’ensemble de la région des Grands Lacs. Au-delà des logiques économiques et minières, comment le génocide continue-t-il de structurer les conflits actuels ?
Nom cité
Lieu cité
Type
Émission de radio (son)
Langue
FR
Citation
Il y a 32 ans, en cent jours, plus de 800 000 personnes étaient assassinées au Rwanda. Le génocide des Tutsis, dernier du XXe siècle, n’a pas seulement laissé des cicatrices nationales : il a profondément reconfiguré l’ensemble de la région des Grands Lacs, jusqu’à l’est de la République démocratique du Congo, où ses conséquences continuent d’alimenter l’un des conflits les plus meurtriers au monde. Au-delà des seules logiques économiques et minières, comment le génocide de 1994 continue-t-il de structurer les conflits actuels ?

Un projet d’extermination ancré dans l’histoire



Hélène Dumas rappelle qu'entre avril et juillet 1994, "plus d’un million" de personnes sont "systématiquement assassinés" au Rwanda "pour le seul fait d’être nées Tutsis". Ce basculement s’inscrit dans "un racisme qui puise ses racines dans l’époque coloniale", fondé sur une vision hiérarchisée des populations, ensuite reprise par les régimes postcoloniaux. Un discours génocidaire qui déshumanise les Tutsis, traités de "serpents" ou de "cafards" dont il faudrait se débarrasser au nom d’une prétendue "autochtonie raciale" réservée aux Hutus, dans un contexte de guerre civile qui radicalise encore davantage les logiques d’exclusion, explique l'historienne.

Dans l’immédiat après-coup, la lecture dominante parle d’une "guerre interethnique", niant la spécificité du génocide. Une grille d’analyse qui, d'après Hélène Dumas, réduit les acteurs à des "instincts" et empêche de voir la "logique génocidaire" à l'oeuvre. Parallèlement, les responsabilités internationales émergent progressivement. La France a soutenu "militairement, politiquement, diplomatiquement" le régime en place, au nom notamment d’une vision biaisée des équilibres ethniques et d’une rivalité géopolitique, le Front patriotique rwandais étant perçu comme "une invasion anglophone" dans une logique de défense d’influence.

Une onde de choc régionale toujours active



Le génocide ne s’arrête pas aux frontières du Rwanda : il reconfigure durablement la région. En 1994, "plus de 2,5 millions de personnes fuient vers le Congo", parmi lesquelles des civils mais aussi des responsables et exécutants du génocide. Ces groupes armés s’y réorganisent et poursuivent la violence, menant des incursions meurtrières au Rwanda et en y installant une instabilité durable.

Aujourd’hui encore, les tensions dans la région ne peuvent se comprendre sans cette profondeur historique. Si les enjeux économiques et miniers sont réels, ils "ne doivent pas masquer" le rôle des groupes issus du génocide dans les violences actuelles, note Hélène Dumas. Pourtant, cette réalité reste largement invisibilisée : "on en parle très peu dans les médias internationaux", déplore l’historienne, alors même qu’il s’agit d’"une histoire universelle" impliquant aussi bien les puissances étrangères que les institutions internationales. Une tragédie durable, à la fois mal connue et toujours active dans ses effets.

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fgtquery v.1.9, 9 février 2024