Fiche du document numéro 27477

Num
27477
Date
Vendredi 28 février 1997
Amj
Taille
2593255
Sur titre
Commission spéciale Rwanda
Titre
Audition du colonel BEM Flament, du lieutenant-colonel Kesteloot, du lieutenant-colonel BEM Briot et du lieutenant-général Charlier
Nom cité
Nom cité
Source
Type
Audition judiciaire
Langue
FR
Citation
1-6
COM-R

SENAT DE BELGIQUE
SESSION ORDINAIRE

1996~1997

Commission spéciale Rwanda

COMPTE RENDU ANALYTIQUE
DES AUDITIONS

Vendredi 28 février 1997

SOMMAIRE
AUDITION

DU COLONEL

BEM FLAMENT

ET DU LIEUTENANTwCOLONEL

I
(Orateurs:
Col. Plarnent, M. Ceder, Mme Oua, lv1M.Hostekint, Verhofdstadt,
Mme Willame-Boonen, MM. Mahoux, Jonckheer, Destexhe et Caluwé.)
AUDITION

DU LIEUTENANT-COLONEL

(Orateurs:
Lb-Col. Briot, MM.
MM. Caluwé et Andaux.)

Lt-Col,

Kesteloot,

HEM BRIOT

Verhofstadt,

Jonckheer,

Mme

Wi1lame~Boonen,

Mme

Dua,

f

Le Compte rendu analytique des auditions qui se déroulent à huis dos
est distribué. uniquement aux.membres
de la commission

56

. SENAT DE' BELGIQUE - 28 FÉVRIER 1997
COMMISSION SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

ORDRE DES TRAVAUX
AUDITION DULIEUTENANT •.GENERAL CHARLIER
(Orateurs iLt-Cén. Charlier, M. Mahoux, Mme Willame-Boonen, MM. Anciaux, Caluwé, Mme Dua,
MM. Ionckheer, Ceder, Verhofdstadt, Destexhe et Hostekint.).
REPRISE DE L'AUDITION DU LIEUTENANT-COLONEL BEM BRIOT
(Orateurs: MM. Jonckheer, Lt-Col. Briot, MM. Ceder, Verhofstadt, Mahoux, Anciaux, Hostekint,
Mme Willame-Boonen et M. Destexhe.)

,

SE.1\JATDE 'CllLGIQL"E -)8
FÉVRIER 1997
COMMISSION SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

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il en ressortait deux options .possibles:. 400 et
600 hommes. Pour nous/ la mission était réalisable dans les
deux cas.
. .

PRESIDENCE

M. Ceder (Vlaams Blok) (en néerlandais). - Je ne
comprends pas encore très bien comment le nombre de
militaires belges de la MINUAR a été déterminé. Le
rapport du colonel Flament parle de 600 hommes. Le
premier ministre Dehaene et le ministre Delcroix ont
déclaré en septembre-octobre qu'ils enverraient 200
à 300 soldats. Le rapport du général Dallaire parle de 800
hommes. D'où venait l'instruction visant à rédiger un
rapport sur la base de 400 ou 600 hommes?

DE M. SWAELEN, PRESIDENT

La réunion est ouverte à 14 h 50 m.
Col. Flament. - Nous travaillons comme des techniciens. Le général Dallaire avait fait une reconnaissance
antérieure. Ilestimait qu'il fallait pour la zone de Kigali un
bataillon de 800 hommes. Ce chiffre fut confirmé par la
mission belge. Or, quand je suis parti pour Kigali, l'étatmajor général parlait de 200 hommes.

AUDITION DU COLONEL BEM FLAMENT
ET DU LIEUTENANT-COLONEL
KESTELOOT
M. le Président. - Cet après-midi, nous entendrons
d'abord le colonel Flament, qui était à la tête de la mission
de reconnaissance qui s'est rendue au Rwanda en vue de
l'éventuelle participation belge à la MlNUAR, ainsi que le
lieutenant-colonel Kesteloot, qui a également fait partie de
celte mission mais est resté au Rwanda à l'issue de celle-ci
et peut donc nous donner éventuellement des informations
supplémentaires.

Nous entendrons ensuite le colonel Briot, et pour
terminer le lieutenant-général Charlier.
Colonel, vous étiez chef de reconnaissance au Rwanda.
Je vous prie donc de nous décrire quelle était la situation
au Rwanda, ainsi que vos conclusions.
l
Flament, - Je voudrais d'abord dire que mon rôle
ne
Jt pas limité à cette seule mission de reconnaissance.
La planification et le suivi des opérations au Rwanda
faisaient également partie de mes compétences.

M. le Président. - Nous avons bien compris. Le colonel
Briot était votre adjoint pour le Rwanda. _

Col. F1ament. - Le Rwanda n'était qu'une des missions
en cours à cette époque-là.
Le 20 octobre 1993, le général Dallaire s'est rendu au
Rwanda accompagné d'un état-major limité. Comme nous
supputions une participation belge.j'ai été désigné afin de
préparer celle-ci. Nous sommes, partis avec 25 hommes,
dont une vingtaine de représentants des paracommandos,
Nous sommes arrivés le 26 octobre à Kigali et avons opéré
quatre jours de reconnaissances diverses. n. y avait un
atelier pour la. reconnaissance, un pour la logistique .• un
pour l'appui médical et un pour la transmission. Chaque
jour/ nous 'faisions le point. La mission a pris fin- le
31 octobre" àc 14 heures, par un briefing. ave~ le général
Dallaire; Le rapport que, vous' détenez est une- synthèse- .'
succintedes~conch.tsions·que·rai tirées de:cette-mission de
reconnaissanee.
,:.. ,;:;.'
.
.'::'·.C'-_'_.';;';'V'_
'_'h

Mon problème, c'est la sécurité des gens. J'avais également comme souhait que le centre de gravité du bataillon
de Kigali soit Belge. A l'époque, au Rwanda, la Belgique
comptait encore.
Le général Dallaire demandait donc un bataillon de
hommes composé de 4 compagnies.
Huit
cents hommes, c'était impossible pour la Belgique,
d'autant plus que la mission au Rwanda était prévue pour
deux ans. Mais 600 hommes auraient également été impossible. La mission de la Baranja était déjà en cours et exigeait
des bataillons complets.
800

Mme Dua (Agalev) (en néerlandais). - Etait-il prévu
dans les explications concernant les missions sur le terrain
que les troupes devaient collaborer au désarmement des
milices et de la population civile ? Le mandat en la matière
n'est pas clair et à ce moment il n'était pas encore question
des « rules of engagement». n était déjà question explicitement de la présence d'armes parmi les FAR, mais on
savait également qu'il y avait d'importants stocks d'armes
panni la population.
Col. Flantent. - Ce dont vous parlez, ce n'est pas une
mission mais une tâche. Dans la mission attribuée au
bataillon Kigali, il Y avait environ une dizaine de tâches.
Que l'on impose l'une ou l'autre de ces tâches à un
bataillon n'a pas d'impact direct sur les effectifs. De toute
manière, aucun bataillon ne peut effectuer simultanément
toutes les tâches.
Mme Dua (Agalev) (en néerlandais). .mission prévue pour toutes les troupes ?

Etait-ce une

Col~Flament, - Je ne me rappelle pas toutes les tâches
qui avaient été définies: à l'époque, .
.
En fonction de la décision du commandement; on décide
quelle compagnie-réalîsera quelle- tâche. A l'armée; on ne'
.désigne-pas du: personnel-spédflqtre-pour une-tâchee

COMMISSION

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SENAT DE BELGIQUE - 28 FÉVRIER 1997
SPECIALE 'RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

Mme Dua (Agalev) (en néerlandais), - Le document
des besoins
bataillons » stipule explicitement qui doit faire quoi. C'est exact; n'est-ce. pas
Ce .
document parlait-il également de désarmer la population
civile?
'
.'
.

Col. Flament, - Donc, ces chiffres avaient été établis
avant- la mission de reconnaissance.
il s'agissait d'une
estimation
budgétaire
établie à partir d'un effectif de
600 hommes .. '

Col. Flament. Le territoire de Kigali qui couvre
350 km2 a été divisé en trois zones: la ville, le nord et le
sud. A chacune de ces zones' a été affectée une compagnie,
et une quatrième compagnie servait de réserve, Chacune
des trois compagnies s'est vu imposer quelques-unes
des
tâches dont nous avons déjà parlé.

M. Verhofstadt (VLD). - Pour la quatrième compagnie
dite «Quick reaction force », à combien de véhicules et à
quel type de véhicule pensiez-vous à ce moment-là?

de

« justification

î

M. Hostekint
(SP) (en néerlandais). - Le rapport fait
état de contacts entre les militaires belges et les militaires
rwandais. Y avait-il également des contacts avec la gendarmerie rwandaise?
Le mandat précisait qu'il fallait collaborer étroitement avec cette dernière. Etait-il déjàquestïon
'e ces contacts avec la gendarmerie en début de mission?
Col. Flament, Il faut replacer tout cela dans la
chronologie. Nous effectuions une reconnaissance préliminaire. Le général Dallalre disposait, à ce moment-là, de
deux chambres à Kigali et n'avait même pas de fax. Nous
avions un C 130, des véhicules et des moyens de communication par satellite. Nous étions donc mieux équipés que
lui.
Au cours de cette mission de reconnaissance, nous avons
eu des contacts impromptus avec des militaires rwandais
pour recueillir des informations
tant pour le général
Dallaire que pour la Belgique. Ces informations devaient
servir à décider, à notre retour, de la poursuite de la
mission, ou non. Je n'avais pas d'instructions
précises au
départ. On pensait alors envoyer deux à trois cents
hommes. J'ai estimé que c'était insuffisant.
M. Hostekint (SP) (en néerlandais).
dû vous débrouiller?

-

Vous avez donc

Col. Flament.
Nous sommes des' parachutistes.
Afrique n'est donc pas pour nous un terrain inconnu.
M. Verhofstadt (VLD). - Ce document de justification
du bataillon Kigali, pour qui a-t-il été écrit?
Col. Flament.

-

Par le général Charlier et moi-même.

M. Verhofstadt (VLD). - Au point 3d de ce document,
vous notez que toute diminution du volume de cette force
d'action empêchera d'exécuter la mission. Mais quel était
votre point de départ?
Col. Flament.

-

Six cents hommes.

M. Verhofstadt (VLD). 0- Dans le document lui-même,
il n'est pas fait mention du nombre de véhicules nécessaires mais on parle, dans une annexe, de 155 véhicules à
roues et de 22 véhicules à chenilles. Ces chiffres sont-ils de
vous?
Col. FIament.
parlez?

-

De quant

date la- note' dont

vous

.,:

M. Verhofstadt

(VLD)~ .."..·0u,21 octobre.1993:

. -'

Col. Flament. - La demande de disposer de quatre
compagnies, dont une compagnie Q~ était une demande
du général Dallaire. La compagnie
en réserve devait
disposer
de moyens importants.
Le général Dallaire
pensait à des blindés à roues et à des hélicoptères de
transport. Ce n'est pas repris dans le rapport.
Le général Dallaire savait parfaitement ce qu'il voulait
et nous paraissait extrêmement motivé. Il nous a d'ailleurs
donné l'impression que nous aurions vraiment des hélicoptères et même un avion bimoteur.
M. Verhofstadt (VLD). - A quel équipement pensezvous lorsque vous dites qu'il vous fallait quatre compagnies équivalentes dont une équipée pour le transport de
troupes?
Col. Plainent, - Lors du briefing que nous avons eu
avec le général Dallaire, le 31, il fut décidé que nous avions
besoin de quatre compagnies.
M. Verhofstadt (VLD). - Je lis tout de même dans votre
note qu'il fanait également des blindés. Parlait-on déjà, à
l'époque, de faire appel à des soldats bengla?eshis ?
Col. Flament. - Je ne pense pas. Lorsque j'ai anoncé au
général Dallaire que la participation
de la Belgique ne
serait pas de 800 hommes, celui-ci m'a répondu qu'il allait
prendre contact avec New York pour obtenir des soldats
d'autres Etats.
M. Verhofstadt (VLD). - Pensiez-vous que le Bengladesh était à même de fournir des compagnies équivalentes?
Col. Flament, - Soyons clairs, si j'avais, à l'époque, mis
en doute la capacité de ces gens, je me serais fait traiter de
raciste. En outre, rien ne me permettait de dire qu'ils
n'auraient pas été efficaces.
M. Verhofstadt (VLD). - Vous écriviez tout de même
que.. cette situation
risquait
de créer des difficultés
majeures. Pensez-vous vraiment, encore aujourd'hui; que'
les compagnies étaient des compagnies équivalentes?

Col. F1arnent. - Oui.
Lt.~o};. Kesteloot,

-.:. Lorsque' nous parlons

":<1

de' compa.-.-'

grues équivalentes; cela signifié que nous.~ tenons corn.pte ~'. ~i :1."..".'1'
dela-spécialisatiorr
des troupes et: du-nombre-d'hommes,
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qui; doit être équivalent..
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SENAT DE BELGIQUE -=- 28 FÉVRIER 1997
COMMISSION SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDV ANALYTIQUE DES AUDITIONS

M. Verhofstadt (VLD); -- Considérez-vous qu'utiliser
une compagnie d'infanterie du Bengladeshnon entraînée,
est bien faire appel à une compagnie équivalente? '
Lt-col.Kesteloot, - De notre point de vue certainement.
Le général Dallaire avait décidé que ce bataillon devrait
intervenir comme force d'intervention rapide et qu'elle
disposait, pour s'y préparer, d'un certain délai. Pour
compenser leur inopérationnalité, l'état-major belge a
décidé de créer sa propre force d'intervention rapide.
Mme Willame-Boonen (PSC). - Lorsque vous vous
êtes rendu au Rwanda, avez-vous eu l'impression que la
mission qui attendait les troupes belges serait facile?
En ce qui concerne les besoins en services de renseignemr..,ts, ayant relevé des mouvements de milice, aviez-vous
el
agé la création d'un service ad hoc ou étaient-ce les
N .ns Unies qui devaient s'en' charger?
Col. Flament. - Depuis trois ans, la presse ne cesse de
débiter des inepties à propos de la mission de nos soldats
au Rwanda. Il s'agit d'une mission de l'ONU.
Dès qu'un Etat met une force à sa disposition, il ne lui
appartient plus de s'occuper de son unité. Le général
Da H aire, comme tout autre chef, n'aurait jamais toléré
qu'on se mêle de ses affaires. Ainsi, nous n'aurions jamais
décidé de commander des munitions si l'ordre ne nous
avait pas été donné.
Mme Willame-Boonen (PSC). - Vous avez tout de
même eu l'impression que c'était une mission difficile.
Col. Flament. - Elle ne nous paraissait pas plus difficile
que celle menée en Somalie, d'autant plus que les accords
d'Arusha avaient été signés et que nous étions chargés de
ve;ll~r à leur bonne exécution. En outre, M. Gazana s'était
te
! lui-même aux Nations Unies avec une délégation
ID
J, ce qui était de bonne augure.
Si j'ai demandé 600 soldats, c'était uniquement pour
avoir la certitude d'en avoir 400.
Quant à l'organisation d'un service de renseignements,
cette question relevait de la responsabilité du général
Dallaire. J'ai laissé le commandant Claes sur place pour
assurer le suivi.
Nous, Belges, ne devons pas nous mêler du processus
des opérati?ns des forces militaires.
M. Mahoux (PS). - Confirmez-vous que 400 hommes,
était-ce suffisant pour assurer la sécurité ?

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Col. F1ament. ~ Je confirme. C'était un mlnirnum, mais
c'est faisable.
-,
M. Mahoux (PS). -:- Vous dites qu'une fois le-contingent
belge fourni aux Nations Unies, une hiérarchie était mise
en place. Quels étaient les contacts directs entre les troupes
belges et Bruxelles? Ou bien le général Dallaire commandait, et je ne vois pas comment Bruxelles pouvait interférer.
Ou alors, toute sorte de demandes pas nécessairement
banales concernant par exemple le matériel arrivaient à
l'état-major de Bruxelles.
Col. Flament. - Vous ne trouverez pas dans les contacts
avec le colonel Marchal des directives contraires aux ordres
du général Dal1aire en matière d'opérations, Nous
voulions que sur le terrain, les hommes disposent d'un
maximum.
Nous ne pouvions pas attendre que l'ONU se décide, car
il aurait fallu des mois pour obtenir du matériel. Il y avait
. un suivi du bataillon belge et nous leur renvoyions le
nécessaire par des vols réguliers vers le Rwanda.
M. Mahoux (PS). - Il Y avait quand même des différences entre les prévisions initiales et ce qu'il aurait fallu,
Dans votre rapport, vous demandiez 600 hommes. Maintenant, vous dites que 400 étaient suffisants. Mais, si l'on
regarde les événements, il aurait fallu plus de
400 hommes.
Col. Flament. - Je vous le répète, 400, c'était un
minimum
acceptable.
Si nous
avons
demandé
600 hommes dans notre dossier, c'est pour avoir la certitude d'en obtenir 450.
M. Verhofstadt (VLD). - Sachant que le QRF n'était pas
établi par la Belgique ...
Col. Flament. - Exactement.
M. Hostekint (SP) (en néerlandais). - Le colonel
Flament a déclaré que le pays participant à l'opération
place ses troupes sous le commandement du chef de la
force de paix internationale, en l'occurrence le général
Dallaire. A mon sens, la toute permière responsabilité de la
direction de l'année est de veiller à ce que les troupes
belges soient transférées dans des circonstances qui garan~
tissent au maximum leur sécurité. Le colonel ne semble pas
être de cet avis.
Col. F1ament. - Si. Vous m'avez mal compris.

(Poursuioan! en français.)

Col. F1ament. - Cela représentait un état-major de
bataillon et deux compagnies. Mais, à l'expérience, je dirais
que si le Bengladesh avait été plus fiable, les choses
auraient été différentes.

Si vous croyez que j'ai voulu dire que l'on a envoyé
400 hommes et puis que l'on ne s'est 'plus occupé d'eux, il
y a malentendu. Nous avons établi un suivimais nous ne
sommes' pas intervenus dans1es ordres donnés par, les
Nations Unies.

M.' Mahoux (PS); - Dans les discussions- que-vous avez'
eues avec le lieutenant-général-Charlier, vous: avez dit quela sécurité était assurée, Le conêrmea-vous-t
'

M. Hostekint(SPr(eri néerlandais);' -'- Vousétiez cependant plus explicite, colonel Flament; '
: ,.
.

COMMISSION

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SENAT DE BELGIQUE.- 28 FÉVRIER "1997
SPECIALE 'RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDITIONS

M. Ceder (Vlaams Blok) (ennéerlaru:iaisj:- Lorsque les
troupes ont besoin de nouveau matériel sur le ferrain..par
exemple des « Milan», à q)li devaient-elles lé demander?
Au bataillon paraèommando"?',
',',
Col. Flament. - Les « Milan » sont des munitions non
prévues pour hl MINUÀR.' ,
M. Ceder (Vlaams Blok) (en néerlandais). - Une
demande pour obtenir des « Milan» ne passait donc pas
par le bataillon paracommando.
. Col. Flament. - Il faut faire la différence' entre un
supplément de 50 paires de bottines et des munitions. Le
moyen le plus sûr pour obtenir des bottines était de le
demander à l'état-major belge. Dans ce cas, cela ne gênait
,as le général Dallaire, Mais, pour les munitions, le général
,e voulait pas que l'on utilise telle ou telle munltion,
puisque nous agissions dans le cadre d'une mission de
pai~
.
,
Lt-col, Kesteloot. - Lors de la phase de reconnaissance
au Rwanda, la situatiortdupaysétait
calme. Des armes
lourdes n'étaient .donc 'pas nécessaires. Il ne faut pas
confondre avec ce qui s'est passé après. Je demanderai
donc que, dans les questions, on reste dans la phase de
reconnaissance.
M. le Président. - Au cours de cette audition, il est
effectivement question de la préparation de l'opération et
des hypothèses suivies lors de la décision de partlcipation.,
M. Jonckheer (Ecolo). - Dans votre rapport, vous
mentionnez des indications montrant que votre reconnaissance était bonne. L'existence d'un camp de réfugiés, de
caches d'armes, d'actions d'extrémistes hutus, de bandi'mes, s'est révélée exacte.
Que l'on ait envoyé 400 ou 600 militaires belges, ceux-cl
se sont retrouvés au sein d'un ensembe de 2500 hommes.
Mais je suppose que l'appréciation de ce chiffre diffère en
fonction du nombre d'autres troupes européennes parmi
les 2500.
Les règles d'engagement
ont" été définies, le
22 novembre '1993;' Vous é~riviez alors dans votre rapport
que ces règles seraient amendées par le QG. L'étaf~major
belge a-t-il eùunrôle
acflfdant l'établissement, de ces
règles'? l'ONU a-t-elle; tenu "compte des' remarques
belges? Des divergences sont-eUes apparues?
.
~ ,."..

.Nousavons effectivement joué' un rôle dans laconfedi
des règles d'engagement. Toutefois, des documentsb
existent à l'ONU et nous procédons 'à' deux adaptatio
Dès le' deuxième' jour j'ai envoyé Une copie' des règl
,d'engagement à l'auditorat, général- et-à l'état-major
Bruxelles. Une première série de commentaires nous
, ,parvenue alors que nous étions encore à Kigali; La nég
ciatlon a ensuite été poursuivie,
"

J

Je pense également que le mandat n'était pas mauvai
C'est l'exécution faite d'ordres et de contre-ordres provJ
nant de New York qui a fait que nos hommes ont perdi
toute crédibilité. Auparavant, il était suffisant d'envoye]
des parachutistes munis d'un béret vert ou rouge. Lors d~
notre dernière intervention, il a fallu des blindés.
:
M. Destexhe (PRL-FDF). - Lorsque vous êtes partis
pour la mission de reconnaissance, étiez-vous convaincu
qu'une des principales tâches consistait à faire des fouilles!
en vue de procéder au désarmement?
Col. Flament, - Non, c'était une des tâches.
M. Destexhe (PRL~FDF).- Une de vos tâches consistait
donc bien à récupérer des armes dans le centre de Kigali. ,
. Col. Flament, - Le bataillon belge devait participer à
l'opération de fouille. Le «cordon ) était belge alors que le
«search » était composé de gendarmes rwandais, d'observateurs de l'ONU ou des deux ensemble. On n'attendait
donc pas que les Belges pratiquent directement des
fouilles.
M. Destexhe (PRL-FDF). - La rrussion comprend
l'opération de sûreté en zones désarmées et le contrôle de
l'armement. Des fouilles étaient donc prévues.
Col. Flament, - Il s'agissait de boucler une région et de
la fouiller. La «Kigali weapon secure area » est une zone
où il était interdit de faire entrer des armes. Nous fouillions
le charoi sur la route vers le pont de Kabenge. li n'est pas
nécessaire, pour cela, de mettre en place un grand dispositif. Là où le bât a blessé, c'est dans notre capacité à faire
comprendre à la population pourquoi nous étions là.

M. Destexhe (PRi.~FDF). - Vous considérez qu'il s'agit
d'une tâche parmi d'autres. Or, le rapport du lieutenantgénéral Bérln indique qu'on n'a jamais réussi à réaliser la
«Kigali weapon secure area », si ce n'est que très partiellement, alors que c'était un objéctif prioritaire. .

"

Col. Flament. - Quand vous parlez de 400 par rapport
à 2 500, il faut comprendre que les 2500 étaient prévus dès
la phase 2. Dans la force étaient prév?,s un bataillon pour
Kigali et un bataillon pour li zone démilitarisée, ce derniern'interférant pas. Le rapportdoit donc.être fixé à ,420/430
par rapport à tlOO;; "
".'

a

Si nous v011Sét~si rap)dés ~ptir~aiieJ:,~)c~es~ po~:
éviterles problèmes de 16gistiqtië'éfdèdatï8er,et pour être
proches de l'aérodrome;
. ....'
.

, Cot Flament, - Le lieutenant-général
aucune responsabilité en la matière.
, M. Destexhe (PRL-FDF). rapport n'est pas correct? ,

Bérin n'avait

Voulez-vous dire que ce

Col, Plament, -'Je ne remets pas en cause ce que le
gênéraka écrit;,Le'fait de ~~ des, priorités appertenalt'au.
général. Dallaire: Celui-ci avait- fïxë une' dizaine- de' tâches"
et en définissait-l~ priorités;
,

SENAT DE BELGIQUE -28
FÉVRIER 1997
COMMISsioN SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDITIONS

. Destexhe (PRL-FDF). =.Le lieutenant~généra' Bérin
t une analyse après coup.

61

. Lt-coi. Kesteloot. - Oui. I,1est de coutume; lorsqu'une
nation met à .la disposition de l'ONU des troupee.: que
celle-ci . soient
autosuffisantes.
pendant
les
soixante premiers jours. Or, ce n'était l'as, le cas.

;,.

01. Flament. - Je régrette que beaucoùp· de con~idéras se fassent effectivement a posteriori.

1:. Mahoux (PS). - Si vous deviez refaire votre rapport
:enant compte de ce qui s'est passé, le feriez~VOusde la

M. le Président. - Dans le rapport de M. Flament, je
n'ai rien lu concemant l'hébergement. Avait-on pris des
dispositions? En effet, il s'est avéré par la suite, qu'il y
avait des problèmes.
.

me manière?
:01. Flament. _ Ce qui importe, c'est de tirer les leçons
; événements. Ainsi on ne suivrait plus à la lettre ce que
!NU dit.
[vi.r- "stexhe (PRL-FDF). - M'aviez vous déjà rencontré
pill

mt, colonel?

Col. Flaroent. - Oui.
M. Caluwé (CVP) (en néerlandais). - pourquoi le
>lonel Flament estime+il
qU'un contingent
de
50 hommes est sûr et qu'un contingent de 370 ne l'est

Col. Flament. ..::- La discussion a été serrée chez' le
général Dal1aire. Son adjoint civil est assis sur son portemonnaie. Les Rwandais voulaient mettre nos troupes sous
tente. J'aid dit que les Belges ne dormiraient pas sous des
tentes au Rwanda. Il était partisan d'éparpiller les troupes.
J'ai répondu que les compagnies belges auraient des
cantonnements par compagnie. Il était très difficile de
négocier avec les officiels rwandais. En outre, avec l'exode
à Mogadiscio, de nombreux propriétaires rwandeis
essayaient d'augmenter les pnx pour gagner de l'argent.
La mission du lieutenant-colonel Kesteloot était donc
d'essayer de trouver des cantonnements par compagnie.
M. le Président. - Nous termlnOns cette audition-ci.
Nous vous remercions pour votre présence. La commission
va délibérer afin de décider de la possibilité de vous réen-

as?

tendre.

Etait-il d'usage que l'armée demande plus, pour se
ontenter ensuite d'un nombre plus limité d'hommes ?
La force de réaction rapide a été créée sur la proposition
lu général Dallaire. Ne constitue+-elle pas un élément
mrmai d'une mission?

AUDITION DU LIEUTENANT-COl.ONEL BEM BRIOT
M. le Président. - Nous vous remercions d'avoir
répondu à l'invitation de notre commission. Nous nous
préoccupons de la prise de décision du gouvernement
belge quant à la participation à la MINUAR. Nous tenterons de nous limiter à ce sujet. Nous souhaitons connaître
votre fonction exacte à l'Etat-major et plus spécialement à
caps. A qui deviez....voue rendre compte? Nous aimerions
également connaître votre avis sur la décision prise par le
gouvernement quant au nombre d'hommes à engager ainsi
que sur les équipements préVUS. Cette décision a-t-eUe
porté flanc aux critiques de l'armée? Etait-elle acceptable

Col. Flament. _ Le général Dallaire était confronté à une
mission difficile qui concernait l'ensemble du territoire
rwandais. Il voulait une réserve.
O,tte troupe, il voulait pouvoir l'envoyer n'importe où.
Elu .ait composée de 450 hommes, ce qui autorisait
trc
elotons.
Ce n'est pas une habitude, mais il a bien fallu négocier
ce que nous estimions nécessaire pour la sécurité.

pour vous?

M. Destexhe (PRL-FDF). - Négocier avec qui?
Col. F1ament. - Vous devriez poser cette question au
lieutenant-général Charlier
M. Verhofstadt.(VLD)~, - A quel moment vous est-il
apparu que le coptingent du Bengladesh n'était pas fiable?
Col. FlamenL - Cela a pris du temps. C'est le colonel
Kesteloot qui a vu les Bengladeshis. Il serait donc plus
logique que ce soit lui qui· réponde à votre question.
Lt-co1. Kes.teloot. ::.....Nous avons ressenti l'insuffisance
des Bengladeshis dès leur arrivée.
",:



1~

Mo. Verhofstadt. (VLD);.-·L'aVez-vous
CEOPS'?

..

COI1lII\uniqùé,âu

.

U~o1. Briot. _ J'exerçais les fonctions de chef de la
sous-section planification pour .les opérations extérieures
au niveau de l'Etat-major général. Mon chef direct était le
colonel Plaroent. ncouvrait l'ensemble de la planification
et dépendait de l'amiral Verhulst. Au-dessus de celui~ci se
trouvait le général Charlier. Je m'occupais essentiellement
de la planification à court, moyen et long terme. En dehors
de l'opération Rwanda, nous étions engagés en Yougoslavie et nous nous retirions de la Somalie.
. Dans .les sous~sections, je. disposais en permanence de
6 officiers d'arme différente;
.
. Qu'est ce que le COps? Dans la structure· même.. le
centre' opérations,· dépendait· directement" du, ·colonel
Fl~t.
Fonctiotuléllement, Jé~en·liaison
directe avec
ce centre opératiOns.
.
<~.

62

, SENAT DE BELGIQUE '- 28 FÉVRIER 1997
COMMISSION SPECIALE RWANDA -;- COMPTE RENDU ANALYI1QUE DES AUDmONS

Le COps a été créé dans le contexte de la guerre froide.
Nous avons commencé avec certains moyens et U y a bien
sûr eu 'une évolution au cours des années. Le COps évolue
d'ailleurs toujours.
Ce centre a pour but de tenir les liaisons avec les
contingents extérieurs. Il a également pour objectif'majeur
d'opérer le suivi des opérations à caractère routinier. En
fonction du type' de problèmes posés, j'avais à avertir ma
hiérarchie ou à proposer des solutions. Si une autorité était
absente et qu'il y avait urgence, je devais prendre contact
avec une autre autorité. Nous pouvions être atteints à tout
moment, tout comme mes supérieurs hiérarchiques.Le
COps faisait donc la gestion de routine et. dès, qu'une
décision sortait de ce cadre, j'entrais en jeu.
Venons-en-à votre question, Quand une décision gouver~
nementale est prise, nous recevons des directives via le
ministre de la défense nationale et l'état-major général.
L'état-major a affiné sa planification en tenant compte des
décisions gouvernementales et des contraintes. Quant à
vous dire si l'état-major général avait un avis, j'afârme que
ce n'est pas notre rôle. Quand nous recevons un ordre,
nous avons à l'exécuter.
'
Quant à la deuxième partie de la deuxième question, je
n'ai pas à répondre à la place du chef d'état-major général.
M. le Président. - L'état-major général avait fait des
propositions quant au nombre, à l'équipement ... Ma question est: la décision finale correspondait-elle à la
.demande? Etait-elle acceptable pour l'armée?
Lt-col, Briot. - La demande initiale exprimée par
l'ONU était de 800 hommes. Une analyse théorique a été
faite par l'état-major général et complétée par un élément
de la mission de reconnaissance. Nous avions proposé à
-.l'état-major général une limite de 600 personnes pour que
la mission soit réalisable, que la sécurité du personnel soit
assurée, ainsi qu'un bien-être maximum des hommes. Au
point de vue des troupes de combat et d'appui, sous
450 hommes la mission ne pouvait-être réalisée sans mettre
en danger son exécution et la sécurité du personnel.
M. Verhofstadt (VLD); - Si on envoie 600 hommes au
Rwanda; maintenez-vous qu'un deuxième contingent
étranger fiable fût nécessaire.

Notre détachement à effectifs réduits n'était pas capable
de fournir une force de réaction rapide. n faillait donc en
charger une autre nation. L'appui.au contingent du nord
risquait de nous déforcer s'il devenait une -tâche permanente. Ces analyses ont été transmises aux autorités des
Nations Unies. S'il arrivait un incident majeur à la frontière
nord, nous étions prêts à fournir une assistance qui ne
serait que temporaire. Ce n'était pas à la compagnie QRF
mais à l'ensemble du bataillon de prêter cette assistance.
M. Verhofstadt (VLD). - Je lis dans le rapport que c'est
la QRF qui devait être apte à répondre à toute situation
critique pour tout le pays.
. ,
Lt-col, Briot. - C'est exact, mais nous devions surtout
répondre aux besoins de la région nord.
M. Verhofstadt (VLD). - Quand avez-vous constaté
que les troupes bangladaises n'étaient pas capables d'agir
comme forces de réaction rapide?
Lt-col. Briot. bataillon QRF.

Il nous était impossible de former ce

M. Verhofstadt (VLD). - Avez-vous dit au gouvern~
ment qu'il était impossible de remplir toutes les missions
prévues avec 450 hommes?
Lt-col, Briot. - Assurément. En diminuant le quota,
nous ne pouvions plus que couvrir les besoins de notre
propre détachement.
M. Verhofstadt (VLD). - Oui, mais pouvez-vous nous
dire à quel moment vous avez constaté l'lncapacité des
troupes bangladaises?
Lt-col, Briot. - Je né citerai pas de pays, ce n'est pas
mon rôle. C'est vous qui parlez du Bangladesh. On ne peut
pas donner ainsi une étiquette à un pays, et affirmer, a
priori, qu'un détachement n'est pas fiable. On ne peut
déterminer qu'une unité est fiable qu'en examinant son
commandement, son équipement et son entraînement.
Personne n'a demandé à la Belgique d'aller vérifier au
Bangladesh ces éléments. C'est donc sur le terrain que l'on
peut se former une idée. Dans le cas présent, je ne sais pas
avec précision quand j'ai eu cette impression.
Mais, en fonctiondes responsabilités de fa Belgique, des
coritacts ont été pris avec d'autres nations aussi.

Lt-col, Briot. - La lecture' du rapport du Secrétaire,
général sur l'ensemble des opérations montre qu'Initialement il était prévu que le bataillon de Kigali devait être à
même d'intervenir au profit du contingent .qui serait
déployé. Compte tenu du quota belge-et en fonction des
analyses de l' état-major général, nous- pensions que le
bataillon belge devait axer son action exclusivement sur
Kigaliet- plus particulièrement surl'aéroport, L'aéroport,
est un élément essentiel-norrseulementpour
assurer notre
entrée dans le pays, noœe-approvisioenement, l'arrivée du
. renfort et notre sortie.
i

M. le Président - Si je comprends bien} c'est quelques
.jours après l'arrivée des troupes bangalaises que vous avez
pu vous faire une idée de leur valeur.
M. [onckheer (Ecolo). - Quels' sont les liens qu'avait
votre centre d'opération avec le centre de crise des Nations
Unies? Les diplomates que nous avons entendus. ce matinO,'/.
. nous ont dit qu'ils n'étaient' pas concernés par les l.iaisons.;::~
qu'entretenaient les militaires,
.
.,;

SENAT DE BELGIQUE - 28 FÉVRIER 1997
COMMISSION SPECIALE RWANDA - cOMPTÉ RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

Indépendamment- de la force d'intervention rapide, je lis.
dans le rapport que toute diminution du volume de cette
force d'action en-dessous de. 600 hommes empêcherait
d'assurer. globalement la mission et rendrait la situation
dangereuse étant donné la présence d'un camp de réfugiés,
l'accumulation des armes et des munitions, le conflit des.
tendances politiques et les provocations des extrémistes
hutus. Le gouvernement vous a accordé 450 hommes. Vous
dites que vous exécutez les ordres, mais que la première
priorité est la sécurité des troupes. Maintenez-vous que
450 hommes suffisaient?
Lt-col. Briot. - Pouvez-vous. me rappeler la date du
document auquel vous vous référez?
Mme Willame-Boonen (PSC). - Le 2 novembre.
t-col, Briot. - Différents groupes de travail furent mis
ilace. La synthèse qui s'en dégagea rejoignait l'opinion
au colonel Flament. Si nous n'avions pas 600 hommes, il
fallait laisser tomber certaines missions.
Mme Oua (Agalev) (en néerlandais). - Le colonel Briot
dit que l'idéal était de disposer de 600 hommes pour
effectuer les missions, avec un minimum de 450 hommes
pour assurer la sécurité, à condition bien entendu de
supprimer certaines missions. Etait-il possible de contrôler
le désarmement de la population avec 450 hommes, sans
compromettre la sécurité des troupes?
Lb-col, Briot. - Il ne faut certainement pas y voir un
refus de prendre nos responsabilités vis-à-vis de Kigali. Les
personnes les plus habilitées à définir les missions étaient
celles se trouvant surle terrain. La zone de Kigali a été
découpée en secteurs et sous-secteurs, avec des missions
précises.
'Ame Oua (Agalev) (en néerlandais). - Vous ne pouvez
ic pas vous prononcer sur les conséquences concrètes
, la réduction du nombre d'hommes?
Lt-col, Briot. - La réduction des troupes impliquait une
modification des missions et un découpage du secteur de
Kigali.
.
M. Caluwé (CVP) {en néerlandais}. - La réduction des
effectifs impliquait selon vous qu'il fallait réduire le
nombre de missions, mais ne mettait pas la sécurité de nos
soldats en danger. N'es~ez·vous
pas à ce moment-là
qu'une force de réàctibntapide devait être placéesous
commandement belge, et ce dans le cadre de cet effectif de
450 hommes?
Lt~col. Briot - Le nombré de 450 nous ayant été
imposé, nous .avons fait faire une étude par l'état-major.
Nous avons dû, en effet, réorganiser l'unité de manière·à
créer e,n son sein un élément de réserve apte à réagir en
cas d'urgence, dans, l'intérêt de nos propres troupes. Cest
la raison pour laquelle nous avons tout fait pour avoir une.
présence belge effective au sem de·la·MINUAR à,IGgalk

63

M. Caluwé (CVP) (ennéerlandais)l - Pour la sécurité
des troupes, il était donc essentiel de contrôler l'aéroport,
mais pas d'organiser une force de réaction. rapide.?
Lt-col. Briot. - La création d'une force d'intervention
rapide relevait de· la responsabilité du général Dallaire et
de l'ONU. Au niveau national, nous ne pouvions qu'orgeniser notre propre force d'intervention rapide.
M. Anciaux (VU) (en néerlandais). - Il ressort du
rapport du colonel.Flamerit que nous devions idéalement
envoyer 600 hommes, qu'une force de réaction rapide était
nécessaire, que les troupes d'autres pays devaient être
crédibles, qu'il y avait un danger pour les Belges du côté
des extrémistes hutus et qu'une des principales missions
consistait à éliminer les dépôts d'armes et à désarmer la
population.
C'est pourquoi je trouve étrange d'entendre le colonel
Briot déclarer que la sécurité des hommes n'était pas
menacée. En effet, aucune de ces conditions n'était
remplie: il n'y avait pas de certitude au sujet de la force de
réaction rapide; la qualité des troupes du Bangladesh était
douteuse; il n'y avait que 400 soldats belges et la population n'a pas été désarmée.
Quelles raisons y avait-il de réduire le nombre
d'hommes, indépendamment des raisons financières invoquées par le général Charlier?
Lt-col. Briot. - Je ne me prononcerai pas sur l'aspect
budgétaire qui ne relève pas de ma compétence.
M. Anciaux (VU) (en 'néerlandais).
entendu le général Charlier en parler?

-

Avez-vous

Lt-col. Briot (en néerlandais). - Lors d'une telle étude,
nous tenons toujours compte de certains aspects budgétaires. Nous nous limitons à calculer combien coûtera
l'opération. Le reste n'est pas notre problème.

(Poursuivant et! français.)
Nous nous limitons à apprécier si la mission est techniquement réalisable. Lorsque le dossier est prêt et que l'étatmajor général a marqué son accord, nous demandons l'avis
de l'Inspection des finances.
M. Anciaux (VU) (en néerlandais) ..- La non-exécution
de la mission de désarmement a pourtant mis en danger la
sécurité des hommes.
..
..
Lt-col, Briot . ...:..Non. Malgré ce que certains ont pu dire;
il ne s'agissait pas d'une mission facile. Nous étions
toutefois confiants car, à l'époque, il s'agissait uniquement
de veiller à la concrétisation des accords d'Arusha en
. c.omptantsur lacollaboratton des ~eux parties.
.
bifférentes actions· furent:'prises pour lutter contre le
traffie d'armes maislû.1INUARne pouvait agir seule, sans
la. eollaborationde la gendarmerie rwandaise .. n serait
toutefois: faux de:,penser..·qu'en;,;neprenant aucune mesure
à.cetégard, on. mettait les trou.peS'ibe1geS>-en.péril.- .

SENAT DE BELGIQUE

64

COMMISSION

SPECIALE RWANDA -

-

28 FÉVRIER 1997

COMPTE"RENDU

ANAvrTIQUE

Les militaires

ORDRE PES TRAVAUX

DES AUDmONS

belges devaient

se. tenir prêts à participer:
le
d'Arusha et pour développer
la coopération
et militairé au Burundi, si cela leur était
.

à la force de l'ONU mise' en place pour accompagner
M. le Président, - Je propose que nous interromptions .
l'audition de lieutenant-colonel
Briot, pour, la reprendre
après 19 heures, et d'entendre à présent le lieutenant-.'
général Char lier. (Assentiment.)
"
-

La séance,
17 h 12 m.

AUDITION

suspendue

à 17 heures,

est reprise

à

Si la situation politique s'éclaircissait au Zaïre, nous
devions être prêts à reprendre la coopération.
Enfin, la plus grande prudence s'imposait en Yougoslavie et il ne fallait pas y accroître notre participation.

DU LIEUTENANT-GENERAL

CHARLIER

M. le Président. - Nous avons le plaisir de saluer le
lieutenant-général
Charlier. Il a été précédemment
le chef
d'état-major général des forces armées.
Dans nos questions, nous nous limiterons à la préparation de la décision du gouvernement
belge de participer à
la MINU AR et à la prise de cette décision.
A l'époque, vous étiez chef de l'état-msjor et principal
conseiller militaire du ministre. Quel est votre point de vue
sur la décision du gouvernement
de participer
à la
MINUAR?
Qui a pris I'initiative
de cette décision?
Comment?
Dans quelle mesure a-t-on alors tenu compte
d'un sentiment anti-Belge existant au Rwanda? Le fait que
la Belgique fut longtemps pouvoir de futel1e au Rwanda a
été avancé comme argument contre la participation belge à
la MINUAR. Comment en fut-il tenu compte?
Lt-Gén. Charlier. - Si j'ai répondu positivement à votre
invitation, c'est parce que, en bon démocrate, je respecte
les décisions parlementaires
mais' aussi parce que j'ai
toujours présent à l'esprit et dans le cœur le souvenir des
24 jeunes militaires belges qui allant au bout de leur devoir,
ont perdu la vie dans des missions internationales.
Je
"'ense, bien sûr, aux 10 paras assassinés en avril 1994 mais
ussi aux autres, morts au Rwanda en Bosnie, en Croatie
:~ en Somalie.
Je voudrais également ajouter qu'ayant été chef de l'étatmajor général à ce moment-là, je puis certifier que l'armée
n'a rien à cacher. Tous les documents les forces armées ont
pu être consultés parles membres de fa commission.'
, .
En ce qui concerne la prise de décision relative à la
participation
à ·1'opération MlNUAR, le premier élément
apparaît en août après la signature des accords d'Arusha,
Un rapport du service général de renseignements
faisait
état de la décision gouvernementale
relative à la contribution de la Belgique aux accords, à la participation à l'armée
fusionnée et au doublement de la coopération technique et ..
militaire.
.'
.'
Début septembre, le-ministre de la défense et moi-même
avons discuté des perspectives de participàtion des foreesarmées belges au maintien de la, paix et à la coopération
technique et militaire. De ces- entretiens, j'aL retenu, les .
points.suivantse
. ,
.',:' .'
....-

'La ~lgiqti~'fera~t

processus
technique
demandé.

En septembre également, j'ai rencontré le ministre de la
défense qui m'a dit qu'il existait un consensus au sein du
gouvernement
belge pour participer à la force au Rwanda.
Toutefois, la Belgique ne revendiquerait
pas le commandement de cette force.
A cette même époque, le colonel Engelen qui était notre
officier de liaison à l'ONU m'a dit que celle-ci allait
solliciter la Belgique en vue d'une participation à la force
qui serait envoyée au Rwanda.
Début octobre, le président Habyarimana
est venu en
Belgique et après un déjeuner avec le premier ministre et
le ministre des affaires étrangères, le ministre de la défense
m'a dît que les Belges étaient très demandés au Rwanda et
cela, le plus rapidement possible. J'ai répondu que cela ne
pouvait se faire avant novembre.
Début octobre, j'ai dit au général Schellemans mon
irritation du fait que le ministre de la défense et le ministre
des affaires étrangères avaient fait des déclarations publiques relatives aux effectifs que la Belgique était prête à
envoyer au Rwanda.
Ensuite, j'ai appris que le gouvernement
avait autorisé
l'envoi d'une équipe de reconnaissance au Rwanda afin de
préparer l'arrivée des Casques bleus belges. En ce qui me
conerne, je pense que la décision de principe a été prise
début octobre.
En ce qui concerne les motifs de participation, je citerai
en premier lieu les accords d'Arusha qui permettaient
d'espérer la fin de la guerre. La Belgique était très engagée
dans ces accords.
Le premier

motif était donc d'accompagner
le processus
le plus. de chances possibles
surtout sur le plan militaire.
' ".
.

d'Arusha et de lui donner
d'aboutir

Dans la foulée de cet accord militaire; la Belgique avait
également l'intention
de reprendre la coopération
technique et militaire qui ne s'est interrrompue qu'en 1994. La
participation
belge devait donc servir de tremplin aux
accords d'Arusha..
.'
.
Il n'était en effet pas certain que le processùsd' Arusha
allait réussir, il existait un certain risque. Dès le début du:
processusscërtaines
voix s'étaient, d'ailleurs déj.à élevées
contre.

-

La Belgique avait..1500 ressortissants
au Rwanda. Au
point de vue militaire et.polltique, nous.avions une'responsabilité si.le processus dfArusha échouait Dès' août 1993;,

toü~;'p'civ..r'ne'pas' ~ter en'~sbmalie:' . on' avaie.annoncéque l'échec risqualr'deprovoquer

au-delà de-la-findesen-mandaf

i " "

"."

'.

."

,.",

violences.'

"'C',

"



des, . ,'"
.

SENAT DE BELGIQUE - 2S FÉVRIER 1997
CŒvfMISSrON SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS·

Le souci pour la Belgique était donc d'avoir une
présence militaire plus forte que la dizaine de coopérants
techniques sur. place. Au point de vue militaire, nous
avions fait l'expéJ;ience de la difficulté de mener une
opération de rapatriement des coopérants. Le moment le
plus critique est d'amener les premiers moyens. En participant à la MINUAR nous pensions pouvoir éviter cette
phase critique de l'opération. Si le processus d'Arusha
avait réussi nous possédions un tremplain pour la coopération future. Par contre, si le processus échouait nous
étions prêts pour assurer en toute sécurité une évacuation.

65

M. le Président. - Ma question était plus large. Je
voulais savoir si l'ONU avait demandé à la Belgique de
participer à la MINUAR. Le gouvernement belge ou
d'autres autorités belges ont-elles pris l'initiative de
. présenter nos servîces? Ou bien est-ce l'armée dont la
mission se terminait en Somalie qui a souhaité se rendre.
au Rwanda?
.

Dans le rapport, j'ai lu qu'on avait repris une de mes
lettres concernant le retrait de Somalie. il est stupide de
croire que nous nous sommes retirés de Somalie pour aller
au Rwanda. Dès le 15 sep~embre, j'avais annoncé à l'ONU
que nous ne prolongerions pas. notre présence en Somalie
au-delà du 15 décembre. Dès ce moment, l'ONU a exercé
de
'essions pour que nous conservions notre présence. n
ne
t pas croire que nous sommes allés au Rwanda pour
avoir le prétexte de quitter la Somalie.
Une campagne anti-Belge était menée depuis fin
octobre 1990. A cette époque le gouvernement avait décide
de retirer les éléments militaires envoyés au moment de
l'invasion du nord du pays. L'attitude des militaires rwandais vis-à-vis des Belges s'était alors modifiée.
.
Si on se met à leur place, leur attitude est compréhensible. Le pays est envahi et la nation qui avait fourni un
appui militaire se retire dès qu'elle a sauvegardé ses coopé- .
rants. La France, qui était arrivée en même temps que
nous, a conservé son aide aux forces rwandaises. En outre,
le gouvernement belge a refusé de livrer une commande
d'armes qui était déjà payée par les Rwandais. Encore une
fois, on peut comprendre leur réaction. On ne peut toutefois pas dire que les relations étaient rompues entre les
militaires rwandais et belges. Nous avons maintenu une
coopération technique et militaire (formation des cadres,
ar 'i médical et infrastructure). il y a eu des visites de
ri ~ires rwandais en Belgique et vice-versa. Mais nous
re, _,mtions que le climat avait changé.
Un autre élément contribuait à créer un sentiment antibelge: le processus d'Arusha n'était pas accepté par tous
les Rwandais. Les opposants au processus refusa.ient
d'accepter la participation de la Belgique à la Mfi':JUAR.
Dès septembre, il y a eu des campagnes anti-belgeset"des
faits ont été perpétrés contre les civils. il était donc
nécessaire de protéger nos compatriottes •.Lorsque nous.
sommes partis au Rwanda, nous connaissions les risques.
J'ai dit au colonel ~y,.commandantdu
1er bataillon .qui
s'est rendu au Rwanda, que son premier souci devait' êtr~·
la sécurité du personnel et ce, même au, dépens de sa
mission. Vous devez comprendre que ceci est difficilement
acceptable ~upoînt
de vue militaire., l'ai également
prévenu par la suite tous, les autres commandants des .
bataillons. Je leur: ai rappelé le cas de Mogadiscio. l'étais'
donc bien conscient du ,risque encourru pas, nos, troupes.
Vous me·dexpandez. qui, a prls·l'initiative de la participa~· •
tion belge, à la MlNUAR. Poty"mol.: c'est Je' gouvemement-~,
belge.
.
' ,,'

Lt-gên, Charlier. - Je n'aurais pas eu l'occasion de
prendre cette initiative. Les 3 et 4 septembre, le ministre
m'a fait savoir qu'il fanait l'accomplir. Je ne sais pas s'il y
a eu des démarches belges vers l'ONU. Les militaires n'ont
pas émis de proposition.
En ce qui concerne le mandat des effectifs; il n'y a pas eu
de proE.osition de l'état-major belge. Le mandat a été défini
par l'ONU. Que le mandat ait été déterminé en fonction .
du chapitre VI ou vn de la Charte n'intéresse pas les
militaires. Dans le feu de l'action, il faut pouvoir adapter
son attitude en fonction des événements. On s'en est rendu
compte en Somalie et plus tard au Rwanda. Les procédures
de l'ONU sont lourdes. Il est impossible de modifier un
mandat.
Les règles d'engagement sont également fixées par
l'ONU. Nous avons néanmoins participé à leur formulation définitive. Nous avons en effet essayé de rendre le
jargon juridique compréhensible pour les soldats qui
allaient devoir appliquer les règles sur le terrain.
La question de l'effectif est une longue histoire. Dans les
années '50, quand la Belgique a envoyé un contingent en
Corée, le gouvemement belge avait envoyé un bataillon de
moins que ce qu'on lui avait démandé. Pendant l'offensive
chinoise, les militaires belges ont connu de lourdes pertes
dues au manque d'hommes. En Somalie, l'effectif demandé
ne m'a pas été accordé non plus.
En Slavonie orientale, l'ONU a demandé un bataillon de
900 hommes. Le gouvernement en a autorisé 600. Cependant, la mission n'a pas été modifiée. Depuis avril '92, les
600 hommes effectuent dont le travail prévu pour
900 hommes.
Le problème des effectifs n'est pas un problème lié au
Rwanda. C'est un problème général lié à tous les gouvernements belges.
Au début du mois d'octobre, le gouvernement parlait
déjà de limiter l'effectif alors qu'on ne connaissait pas
encore la mission. New York nous signalealorsque la force
demandée est de'SOo,hommes.·$achant ql,le le·gQuvemement refusera ces 800 hommes, nous élaborons une proposition de 600 hommes. Quand on constitue une force, on
ne traite pas de chiffres, mais on parle de mission. On ne
définit pas une force militaire avec des chiffres.
600 hommes permettaient: 4 compagnies et une force
d'intervention raptde,
'
tÔ.

".

~t;

fi est vite apparu" que le ministre de la défense avait
déterminé un plafond de 300 hommes. J'ai tenté: de lui
eXpliquer que cela_ne correspon,dait à aucune réalité l:nili".
taire; Je lui ai d'ailleurs' fait un~il:?:te-à-ce sujet.
c:;

.'

.. .. ....•..
"

"

66

SENAT DE BELGIQUE28 FÉVRIER 1997
COMMISSION SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DESAUDmONS

Le 10 novembre, l'effectif a été arrêté à 3-500hommes par
le kern cabinet. J'ai refait une note après que l'ONU nous
ait' annoncé que d'autres nations participeraient à la
mission. Finalement, le Conseil des ministres du
19 novembre a accepté un effectif de 450. Nous n'avions
dès lors plus la possibilité de tenir valablement l'aéroport
et de créer une force de réaction rapide.
Si cette commission doit servir à quelque chose, je
souhaiterais qu'à l'avenir, les hommes politiques écoutent"
les militaires. Si ceux-ci demandent 600 hommes, c'est
parce qu'ils ont la responsabilité de leur sécurité. Dans les
autres pays occidentaux démocratiques, les autorités mili- .
taires ont la possibilité d'exprimer leur point de vue, En
Belgique, on n'Invitel'état-major au Conseil des ministres
que ·quand il est trop tard.
L'équipement est lié à l'effectif qui détermine la structure
de l'unité. Avec 450 hommes, on avait juste de quoi
occuper le terrain et constituer les patrouilles ainsi qu'une
nfanterie à pieds, avec des fusillés.
Pour différentes raisons, j'ai demandé de pouvoir acheminer quelques véhicules blindés afin, d'une part, de
permettre le déplacement. en sécurité des personnalités
rwandaises et, d'autre part, afin de disposer de ces véhicules de manière statistique, c'est-à-dire d'offrir un abri à
nos forces.
Ces véhicules ne pouvaient en aucun cas constituer une
force mobile. Cela aurait nécessité un personnel spécialisé.
Je ne sais pas si la commission désire entrer dans le détail
de l'armement.
L'hébergément constitue une responsabilité de l'ONU.
Le représentant de l'ONU avait annoncé qu'on ne disposerait que de logements gratuits mis gratuitement à disposition par les Rwandais. On voulait même loger nos
militaires sous la tente, ce que nous avons évidemment
refusé. Le général Dallaire souhaitait que le terrain soit
couvert au maximum. Les unités ont été dispersées en,
'.endroits. Il a donc fallu trouver des logements dispersés.
J'ai dit au colonel Marchal que s'il avait besoin de
2 millions et demi pour assurer le logement, il les aurait et
que nous nous ferions rembourser plus tard par l'ONU. En
février, la visite d'inspection a montré que ce problème
n'était pas tout à fait résolu. Nous avons alors décidé de
regrouper les militaires en quelques sites pour résoudre ce
problème mais aussi parce que la dispersion entraînait
l'immobilisation de trop de personnel pour la garde.
Comme en Croatie, nous avons aussi .envisagé de construire nos logements. C'était la raison de la présence de
Kigalog au Rwanda le 6 et 7 avril.
'
L'évaluation de la décision du 19 novembre 1993 s'est
faite bien évidemment dans le même cadre que celui de-la
décision-de principe: il fallait assurer toutes les chances de
succès aux accords d'Arusha qui nous assuraient un tremplin pour la future coopération militaire. Encas d'échec de
ces accords, il fallait que nous puissions à protéger· nos
ressortissants. Le contrôle de l'aérodrome; de ce point de
vue, était-l'amorce d'une opération éventuelle de rapatriement..
..
...
.

Les conditions n'étaient pas celles que nous désirions. Il
ne faut pas en rejeter toute la faute sur les pauvres Bangla .•
dais ou les braves Ghanéens. Mais ce n'étaient pas des
partenaires fiables. Il. aurait fallu au moins une autre
composante solide:
L'effectif total de la MINUAR nous causait aussi des.
soucis. Il aurait fallu 4500 hommes. Pour des raisons
budgétaires, l'ONU n'en a autorisé que 2500. Est-ce la
faute de l'ONU ou de ceux qui ne lui paient pas leurs
dettes?
L'absence d'une force de réaction dans nos mains était
aussi un problème. La Belgique n'a pas revendiquée, pour
des raisons politiques, le commandement de la force.
Pourtant, il y avait de bonnes raisons militaires de le
revendiquer. Nous n'avons pas été consultés.
Le climat anti-Belge était bien connu. Quand il y a des
risques, c'est évidemment aux militaires qu'on fait appel.
Dans toutes les missions des Casques bleus, il y a des
risques. Les opérations de maintien de la paix sont des
exercices difficiles car il faut conserver un équilibre entre
l'enjeu de la mission et les risques encourus. La sécurité'
des forces de maintien de la paix repose sur l'accord des
parties et sur leur engagement à respecter les Casques
bleus. Dans chacune des opérations, nous avons dû subir
des exceptions à cet égard.
Si nous n'avions pas envoyé le bataillon Kigali et si les
accords d'Arusha avaient échoué, je sui sûr qu'on aurait
constitué une commission d'enquête pour savoir pourquoi
nous n'avions pas participé à cette mission car il y aurait
eu de nombreux morts belges civils au Rwanda.
M. Mahoux (PS). - Je voudrais revenir sur la nature de
la note du 15 octobre 1993 adressée au ministre de la
défense avant la décision de novembre d'envoi des
troupes. Vous y affirmez que la participation belge à
l'intervention au Rwanda permettrait de justifier le retrait
de nos troupes de la Somalie. Vous dites que, sous cette
condition, les Américains seraient d'accord pour le retrait
quoiqu'il y ait une pression internationale importante pour
, que nous restions en Somalie.
Vous dites aussi que, dans la mission au Rwanda, la
sécurité des troupes doit être assurée même au dépens de
la mission. Vous ajoutez que la leçon à tirer des opérations
précédentes est qu'il faut que les responsables politiques
écoutent les militaires quant le problème qui se pose est
militaire, en particulier quant il s'agit de problèmes importants comme de la détermination des effectifs, de la mise
en place d'une force de réaction rapide ou de la définition
. du type d'armement.
Finalement le contingent envoyé sera de 450 hommes
sans force de réaction rapide assurée par les Bangladais,
.De plus, il y avait une garantie que les territoires à
contrôler seraient réduits. Le colonel Flament affirme qu'il
avait proposé un effectif de 600 hommes pour en obtenir
450, ce qui lui paraissait suffisant-pour assurer la Sécurité:
P~:v~:)U:>, ~u'~u-momen.t -de la déci,sion-_d'envoi; la.
-sécurité. était' aInSi'assurée;·.1·'..
.

SENAT DE BELGIQUE - 28 FÉVRIER 1997 .
COMMISSION SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUOmONS
Lt-gên, Charlier, - Dans ma note du 15 octobre, je
faisais référence àla décision de principe déjà prise. J'ai
répété au ministre de la défense, dans un courrier que je
lui adressais, que je refusais de prendre la .responsabîlité
des opérations avec moins de 450 hommes, pour autant
qu'il y ait une force de réaction rapide sur place et que le
contrôle d'une partie du secteur soit assuré par une autre
nation.
Mme Wmame~Boonen (PSC). - Ainsi, 800 hommes
étaient souhaités, 600 proposés et 300 étaient inacceptables.
Vous en êtes arrivé ainsi au chiffre de 450 que vous pouviez
accepter dans la mesure où un complément d'hommes
serait fourni par d'autres Etats. Quels sont les remèdes ou
informations qui vous ont fait accepter le chiffre de 450?
Lt-gên, Charlîer, - Il est exact qu'au début, nous
timions qu'il nous fallait 600 hommes pour être sûrs de
ntrôler la situation. Le chiffre de 300 ne correspondait à
aucune solution militaire, tandis que celui de 450 permettait de composer des compagnies pour occuper le terrain
tout en ayant une réserve pour chacune d'elles.
M. Anciaux (VU) (en néerlandais). - Les déclarations
du colonel Flarnent, du colonel Briot et du général Charlier
sont très confuses. Le colonel Flament a déclaré que le
général Charlier aurait dit, lors du départ du colonel, qu'on
ne déploierait qu'entre 200 et 300 hommes. Le colonel
FIament devait en tenir compte lors de sa mission de
reconnaissance. Les autres militaires de haut rang ont
déclaré que l'objectif n'était pas de contrôler également
l'aéroport avec ces 450 hommes, alors que, selon le général
Charlier, c'était bien le cas. Le général Charlier prétend que
la force de réaction rapide était comprise dans les
600 hommes demandés initialement, alors que les autres
comptaient pour cela sur un total de 800 hommes. Quatre
cents hommes ne permettaient pas davantage de désarmer
t"'lte la population et d'éliminerles dépôts d'armes. Cela
.xmstituait-il pas- un danger pour les troupes belges?
M. Caluwé (CVP) (en néerlandais). - Lors des discussion sur le nombre d'hommes, a-t-on également attiré
l'attention sur les mises en garde de personnes sur le
terrain ? Selon celles-ci, un nombre trop élevé de Belges
dans le contingent de l'ONU pouvait entraîner des risques
supplémentaires. Combien d'hommes aurions-nous pu
envoyer au ..maximum si l'on tient compte de la nécessité
de relever les soldats ainsi que de nos engagement en
Yougoslavie et en Somalie?
Mme Dua (Agalev) (en néerlandais). - La principale
raison pour laquelle on a envoyé moins de troupes que
demandé était le coût que cela représentait.
A combien s'élevait ce coût concrètement? Ce matin, on
a en effet déclaré qu'Il n'y aurait pas de coût supplémentaire puisque l'ONU en assurerait le remboursement.
M. Anciaux (VU).(en néerlandais). - Il était prévu que'
l'ONU paie 1 000 dollars par homme et par jour. . _

67

M. Jonckheer (Ecolo). - La Belgique a été informée le
- 5 novembre de la composition exacte de la MINUAR.
Sachant que les Autrichiens n'étaient pas décidés à intervenir, considériez-vous toujours que les conditions que.
vous ·aviez posées pour accepter le chiffre de 450 hommes
étaient remplies?
M. Ceder (Vlaams Blok) (en néerlandais). - Selon le
colonel Kesteloot, le contrôle de l'aéroport était essentiel.
dans un scénatio du pire. Pourquoi les Belges ont-ils alors
abandonné précisément cette zone?
M. Verhofstadt (VLD) (en néerlandais). - Selon. le
général Charlier, la réduction du nombre d'hommes
de 600 à 450 était acceptable à condition que la FRR et la
surveillance des secteurs soient confiées à un autre contingent crédible; Dans sa note du lS octobre au ministre, le
général Charlier part encore du principe que l'autre contingent serait fourni par le Togo. Dans sa note du
13 novembre, il est clair que le contingent proviendrait du
Bangladesh. Le général Char lier jugeait-il ces troupes
crédibles? La décision de réduire le nombre d'hommes
était-elle à ce moment-là encore acceptable à ses yeux?
Quand a-t-il pensé que le contingent du Bangladesh n'était
pas crédible? Quand a-t-il informé le ministre du fait que
les troupes du Bangladesh n'étaient pas crédibles et qu'il
fallait prendre de nouvelles décisions?
M. Caluwé (CVP) (en néerlandais). - La principale
différence entre 450 et 370 hommes réside-t-elle dans le fait
qu'on peut alors fournir le commandant du bataillon?
Lt-gén, Charlier. - Nous voulions pouvoir participer à
tous les chaînons du commandement et nous assurer que
les Belges seraient commandés par un Belge. Ce poînt ne
fut toutefois pas déterminant dans la fixation du nombre
d'hommes.
Une décision politique ne doit jamais être couverte par
des militaires.
Contrairement à ce que vous dites, les Autrichiens
souhaitaient participer aux opérations mais ce sont les
événements du mois d'avril qui les en ont dissuadés.
M. Jonckheer (Ecolo). - Je voulais parler de la période
préparatoire en 1993.
Lt-gên, Charlier. - Je me suis rendu à Vienne en octobre
et j'ai eu l'occasion de rencontrer le chef d'état-major et le
ministre autrichien de la défense qui m'assura que son
pays était prêt à intervenir.
M. le Président..Je crois savoir que l'Autriche· était.
effectivement d'accord sur le principe mais ne souhaitait
pas passer à l'action dans' l'immédiat.
Corifîrmez-vous
venir ?

qu'ils

n'avaient

pas l'intention

de. .._.

68

SE.~AT DE BELGIQUE ,.....28 FÉVFJER 1997
COM1vfISSIONSPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

Lt-gên, Charlier, - Ils ne seraient pas venus au mois de
décembre en même temps que nous, mais je crois qu'il est
faux de dire qu'ils n'avaient pas. l'intention de venir. Le
bruita couru que la différence entre 370 et 450 pour le
budget belge serait de 200 millions. Ce n'est pas vrai. Dans
une note que j'ai envoyée au ministre, j'ai écrit que cette
différence serait de 70 millions.
Le nombre maximum d'hommes que nous pouvions
envoyer dépendait de la durée de la mission. Si celle-ci
avait été courte, nous pouvions envoyer beaucoup de
monde. A partir du 15 décembre, vu les circonstances, nous
avons considéré que nous pouvions assurer la présence de
600 hommes.
Mais il n'aurait pas fallu que les Belges soient seuls
là-bas. L'idéal était qu'intervienne une deuxième pays avec
r'I ~s troupes expérimentées, bien entraînées, et ayant une
..1TIeconnaissance du terrain. Quelqu'un a dit que j'avais
claré qu'il ne fallait pas envoyer plus de 200 hommes.
~"n'est pas vrai. Au moment de partir en reconnaissance,
j'ai simplement averti qu'il ne faillait pas rêver et que si
nous recevions 300 ou 400 hommes, c'était satisfaisant.
Au sujet de l'aérodrome, j'ai rencontré fin octobre, début
novembre, le chef d'état-major français. Il m'a affirmé qu'il
ne lâcherait pas l'aérodrome avant notre arrivée.

Lt-gên. Charlier, - Je ne crois pas avoir employé, dans
ma note au ministre, le terme « conditions». J'ai parlé
d'éléments supplémentaires d'information. Le ministre
était pas ailleurs au courant des problèmes grâce aux
rapports de l'état-major.
M. Verhofstadt. (VLD). - Je n'ai vu que le dernier
rapport du 19 novembre au ministre.
Lt-gên, Charlier. - Vous semblez faire une distinction
entre l'état-major et le centre d'opérations. Tout cela, c'est
l'état-major. Et tout est envoyé au ministre. Chaque jour se
tient une réunion. Un rapport est rédigé par divers services
et est envoyé au ministre. D'ailleurs, l'officier porte-parole
du ministre assistait souvent aux réunions.
M. le Président. ministre.
Lt-gén. Charlier. -

Il n'est pas attaché au cabinet du

Il est désigné par le ministre.

M. Mahoux (PS). - C'est la porte-parole du ministère.
Lt-gên. Charlier. - Tous les documents GR ou GEOPS
sont en tout cas des documents de l'état-major.

J'étais d'accord avec lui pour assurer le maintien de
troupes à l'aéroport. Nous avons d'ailleurs conservé
deux pelotons sur place. Ce n'était pas suffisant, mais
c'était une volonté ferme de notre part. Le peloton du
lieutenant Lotin a d'alleurs effectué sa mission parce que
l'aéroport était isolé et que personne d'autre ne pouvait
l'accomplir.

M. Anciaux (VU) (en néerlandais). - A qui ces rapports
ont ils été envoyés?

Au sujet du QRF, nous savions que le Ghana et le
Bengladesh avaient fourni des effectifs dont nous avons
découvert leur faiblesse au moment où ils ont refusé
, )béir aux ordres et sont restés dans leur campement.

Je n'ai pas dit que tous les rapports CEOPS étaient
envoyés au cabinet. Mais certains l'étaient.

M. Verhofstadt (VLD). - Seulement à ce moment-là?
Déjà en octobre et novembre 1993,des constatations ont été
faites selon lesquelles les Bengladais n'était pas à la
.hauteur de leur mission.
Mme Willame-Boonen (PSC). -:- Le lieutenant-colonel
Kesteloot nous a d'ailleurs déclaré que, dès le départ, on a
constaté qu'il y avait un problème.
..

'de

Lt-gên, Charlier.· - Il est exact que lès .condltlons
départ n'était pas identiques à celles de la phase reconnaissance, notamment au sujet de la composition de la force.
Mais entre des troupes non préparées à une opération de
maintien de la paix et le refus pur et simple des ordres, il
ya une marge
M.· Verhofstadt (VLD). - Avez-vous averti le ministre
que l'une des conditions' de: la dëdsion du -19 novembre
n'était pas' remplie 1
,..'
..
-

Lt-gên. Charlier (en néerlandais). - au cabinet du
ministre de la défense nationale, certains au ministre des.
affaires étrangères et à la maison militaire du Roi.
(Poursuivant en français.)

M. Destexhe (PRL-FDF). - Y avait-il une réunion et un
rapport tous les jours?
i.t-gén. Charlier. - Certainement.
M. Hostekint (SP) (en néerlandais). - Comment les
autorités politiques ont-elles été informées? Le lieutenantgénéral Charlier était clairement conscient de la gravité de
la mission. n ne s'agissait certainement pas d'une opération Club Med comme on l'a parfois écrit dans la presse. n
régnait un climat anti-Belge. Le lieutenant·généralCharlier
impute une lourde responsabilité aUX autorités politiques
qui, selon lui, ne veulent pas écouter lesmilîtalres .sauf" ' .
lorsqu'il déjà trop tard. n ressort également du rapport de
la mission de reconnaissance que la campagne de haine de '
Radio Mille Collines était déjà en cours en septembre/ '
octobre.
Comment cette information a-t-elle été transmise au
ministre de la défense nationale, qui a déclaré ne rien
savoir? Par ailleurs, le ministre ' des affaires étrangères
pouvait difficilement être au.courant; Les rapports duSGR
et du COps ne lui ont pas été transmis. .'
. :,.,
.

SENAT DE BELGIQUE - 28 FÉVRIER 1997
COMMISSION SPECIALE RWANDA - COlv1PTERENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

Le raffermissement de l'image de l'année n'est certainement pas une considération qui soit entrée en ligne de
compte. D'ailleurs, nous étions déjà présents en Bosnie et
en Somalie alors que le plan de· restructuration était en
. cours.
.

Selon le lieutenant-général Chartier, tous les rapports ont
été cependant envoyés au ministre de ladéfense nationale.
M. Charlier peut-il confirmer que le ministre de la défense
nationale était bel et bien au courant du climat and-Belge
de 1993 et des drconstances très difficiles dans lesquelles
les troupes belges devraient opérer?

M. Destexhe (PRL-FDF). - L'intervention en Yougoslavie était limitée et notre mandat en Somalie touchait à
sa fin. Avez-vous intégré l'idée selon laquelle du matériel
pouvait être transféré de Somalie vers le Rwanda?

Lt-gên. Charlier. - Je voudrais souligner que, pendant
cette opération, il y a eu une coopération étroite avec les
affaires étrangères. Il Y avait une réunion une fois par
semaine avec participation d'un représentant du ministère
de la défense. Ces réunions donnaient lieu à un rapport.
Mme Willame-Boonen œSe). la durée de ces réunions?'

69

Pouvez-vour préciser
.

Lt-gén. Charlier, - Le lieutenant-colonel Briot pourrait
nieux répondre à cette question mais, à mon avis, elles
levaient durer deux heures. Ces réunions avaient lieu
chaque fois qu'il y avait des problèmes particuliers, par
exemple, dans le cas de prises d'otages en Bosnie,
Les rapports étaient envoyés au ministre. A côté de ces
rapports, il ya eu également un ensemble de contacts entre
le ministre et le chef d'état-major ainsi qu'avec le colonel
Marchal.
Dire qu'il ya eu un hiatus d'information entre l'étatmajor et le ministre n'est pas possible. De plus, au mois de
mars, le ministre des affaires étrangères et le ministre de la'
défense se sont rendus au Rwanda.
M. Caluwé (CVP) (en néerlandais). - Pour la clarté, je
voudrais quand même faire observer que ces questions ont
trait à la période qui suit le 19 novembre.
M. Verhofstadt (VLD) (en néerlandais). - La question
averti le ministre de la défense nationale.
M. Anciaux (VU) (en néerlandais). - Des rapports sont
apparement parvenus au cabinet du ministre aussi avant
le 19 novembre.

Lt-gén. Charlier, - Des blindés ont effectivement été
transférés de Somalie vers le Rwanda. Je ne pense pas que
l'opération en Yougoslavie était effectivement limitée.
Nous disposions de bataillons en Slavonie et en Bosnie. Par
ailleurs, les paras ne devaient pas faire la preuve de leur
utilité.
M. Ceder (Vlaams Blok) (en néerlandais). - Les cantonnements relèvent de la compétence des Nations Unies.
Quels critères les Nations Unies appliquent-elles pour la
répartition en cantonnements? Le rôle des Nations Unies
se limite-t-il à l'aspect financier ou s'étend-il également au
choix des implantations ?
Lt-gên, Charlier. - Ceci concerne 'la responsabilité
finandère. Quand on arrive quelque part, rien n'est prêt.
Ce n'est qu'ensuite que l'ONU fait construire, par exemple,
des logements provisoires.

M. Ceder (V1aams Blok) (en néerlandais). - Vous avez
dit que le général Dal1aire avait sans doute certaines
raisons d'ordre militaire de répartir les troupes sur
14 cantonnements. Vous avez laissé entendre que vous ne
pouviez pas approuver entièrement cette décision. Il y
aurait moins d'hommes disponibles pour effectuer
certaines opérations et il serait aussi beaucoup plus difficile
de centraliser les troupes en cas de crise. Avez-vous pris
des initiatives avant les événements ou peu de temps après
ceux-ci pour remédier à ces inconvénients?

M. Destexhe (PRL-FDF). - Le plan de restructuration
de l'armée belge a-t-il eu, oui ou non, une'inf1uencesur'sa
capacité à intervenir outre mer?

Lt-gên, Charller, - il s'agit d'un problème de zone de
responsabilité. Nous respectons. la responsabilité de celui
qui est en charge des opérations sur le terrain, à savoir le
général Dallaire, et le colonel Marchal en ce qui concernait
Kigali.

La. seconde concerne. les .motivations. profondes qui
existaient pour aller au Rwanda. N'y a-t-il pas eu. là une.
espèce. de précipitation à effectuer, les opérations outre mer.
dans le but de renforcer l'idée de la nécessité d'Une armée
forte ?-

Cela ne veut pas dire que l'on ne s'en souciait pas mais
nous faisions confiance au gens de terrain. Je ne mettrai pas·
leur avis en doute car ils ont une meilleure connaissance
du terrain qu'unétar-mejor situé à des milliers de kilomètres des opérations.
.

Lt-gên. Charlier. - Le plan. de restructuration, de
l'armée n'a pas eu d'influence. il, a cependent réduitIe
potentiel permettant de multiplier les opérations.- En outre;
les opérations en cours ont été revues et notre participation.
à des opérations .nouvelles a-été ..condltionnêe par cette.
restructuration:
.'

Cela a effectivement un sens. d'essayer d'occuper' le
terrain et. d'assurer une présence .:Cette stratégie avait une
logique. il est vrai: q\le cela est coûteux en termes de
logements et,de disponibilité, La décision de regroupement.
qui' a été prise en mars l'a êtéen accord avecle comrnandement.
.
. .
.

70

SENAT DE BELGIQUE - 28 FÉVRIER 1997
COM1vfiSSIONSPECIALE RWANDA""': COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

M. Ceder (Vlaams Blok) (en néerlandais). - Je suppose
que la répartition des troupes sur plusieurs cantonnements
peut. donner lieu à des problèmes desécurité, Avez-vous
attiré l'attention sur ce point?
Lt-gên, Charlier. - Je suis certain que.1egénéral Dallaire
et le colonel Marchal ont tenu compte de cet aspect des
choses.
M. Ceder (Vlaame Blok) (en néerlandais). - Le choix
des cantonnements n'est-il pas uniquement déterminé par
des considérations budgétaires?
Lt-gên, Charlier, - Une dispersion de logements coûte
plus cher qu'une concentration. Nous nous sommes
arrangés pour récupérer le coût auprès de l'ONU
M. Andaux (VU) (en néerlandais). - Le 5 octobre 1990,
,~ gouvernement a décidé d'envoyer des militaires. Cette
décision a été prise très rapidement. Comment M. Charlier
peut-il le justifier? L'armée était-elle prête M. Charlier
était-il informé?
î

Le 1er novembre 1990 et le 12 avril 1991, le gouvernement a décidé de ne plus livrer d'armes au Rwanda. Le
1er novembre, il a en outre été décidé de retirer l'armée.
Selon M. Charlier, ces décisions ont-elles constitué un
facteur important de la naissance d'un climat an ti-Belge ?
M. le Président. - Cette question nous reporte cinq ans
en arrière. Je voudrais que nous nous concentrions maintenant sur la décision proprement dite d'envoyer des
troupes.
Lt-gên. Charlier. - Les faits de 1990~'alors que les
Français ne se retiraient pas, que les Belges n'avaient pas
livré les armes promises, ont eu une influence sur les
'vénements. J'en ai cité d'autres, tel l'appui de la Belgique
ms le processus d'Arusha. Toutefois, les relations n'ont
. as été rompues. Nous avons poursuivi notre coopération
technique et militaire.
On ne sait pas quand le processus a démarré. Le
5 octobre, nous étions à même de partir très vite. Les
militaires lorsqu'ils ne sont pas en mission passent leur
temps à préparer des opérations afin de pouvoir partir très
vite. Le ministre, lors d'un déjeuner avec le président
Habyarimana, lui a, dit que les Belges allaient partir mais
pas avant novembre.
M. Andaux (VU) (en néerlandais). - M. Charlier
déclare avoir averti le premier ministre le 2.octobre.

Lt-gên, Charlier: - Je suis convaincu d'être impliqué
depuis le 1er octobre. Nous avons commencé les analyses
et adapté les plans afin de partir tr~, vite dès ce moment.
Mme Oua (Agalev) (en néerlandais). - Selon M.Charlier, il y avait deux, raisons. d'envoyer des. troupes. au
Rwanda: assurer la réussi~e;;:'des',
.aC(:o~d$.,d'
Arusha et, si
cela ne s'avérait pas possible, évaeuenles.Belges, '",

M; Charlier n'a pas témoigné de beaucoup d'optimisme
au sujet de la première raison. Comment M. Charlier juget-il en tant que militaire. le mandat résultant, des.accords.
d'Arusha? Ce mandat aurait-il permis d'éviter un génocide, indépendamment des armes et de la taille de la force
armée?
M. le Président. -:- Pour ce qui concerne la deuxième
partie de la question de Mme Oua, je renvoie à une réunion
ultérieure de la commission.

Lt-gên, Charlier, - Je voudrai préciser que les motifs
de la décision étaient: l'accompagnement du processus
d'Arusha, la protection et si nécessaire l'évacuation de 1'\OS
compatriotes, ce qui s'est bien réalisé à partir du 7 avril.
Aujourd'hui, ce 28 février, j'ai des doutes quant au
processus d'Arusha, surtout .lorsque l'on voit de qui se
passe au Zaïre.
.'
Mme Oua (Agalev) (en néerlandais). - Dam quelle
mesure le mandat répond-il, selon M. Charlier, aux accords
d'Antsha?
Lt-gén, Charlier. - Le mandat qui a été donné il la
MlNUAR ne couvrait pas tout ce qui était contenu dans
les accords d'Arusha,
"
M. ]onckheer (Ecolo). - Le fait que le mandat soit basé
sur le chapitre VI ou VII de la Charte, n'était pas Important
pour vous, avez-vous dit. Ce matin, des diplomates ont
expliqué au contraire que la détermination du chapitre
était cruciale. J'aimerais que vous étoffiez votre remarque.
Vous avez dit que les règles d'engagement ont été fixées
par l'ONU et que vous aviez participé à la rédaction
définitive. Etes-vous satisfait en ce qui concerne les règles
d'engagement? En tant que responsable de l'armée belge,
estimez-vous que les règles définies dans le mandat garantissaient la sécurité des troupes belges?
Lt-gên, Charlier. - en Somalie, le mandat était différent .
Nous agissions en fonction du chapitre VII de la Charte de
l'ONU. Nous pouvions faire emploi de la force. Cela ne
veut pas dire que nos unités' faisaient- usage de la force
dans toutes les circonstances. Nous avons d'ailleurs réussi
notre mission en Somalie. Un militaire doit pouvoir
adapter son attitude aux circonstances. n doit pouvoir
réagir. Le chapitre VI ne le prévoyait pas et notre bataillon
n'a pu agir, C'est le grand problème des missions de
maintien de la paix. Si une des parties rompt le 'pacte, la
Iorce.d'lnterventlon est paralysée. Les militaires sont tenus
d'appliquer.Ie. règlement ,qui leur, a, été. assigné. Il est
impossible d'enserrer des règles inilitàirri, dans dés écrits
stricts. C'est une vision de juriste. On crée ainsi paralysie
et insécurité. C'est une utopie.
M. Mahoux (PS)• ..- Et les gardes-fou.. alors? n faut
quand même lier un mandat à un texte et à des règles!

. Ü-gén. charli~r,:'~, tIn ~d~fou

doit eXister,d~"a'
d~tiQn'
de.1.~~'m.i,ssion..;
Venir dire que poun.pouvolr
utiliser la mitrailleuse,JI;fauf ~app~l'
au COmmandant.
de bataillon ne. correspond à aucune vision militaire. , , '

SENAT DE BELGIQUE - 28 FÉVRIER 1997
COMMISSION SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

M. Verhofstadt MD) (en néerlandais). - Le général
Charlier a évalué le coût de l'opération à 1,6 milliard de
francs pour 600 soldats. Le gouvernement lui a-t-il octroyé
une enveloppe budgétaire pour la mission au Rwanda?

Lt-gên, Char1ier. - TI n'a jamais été question d'une
enveloppe budgétaire. En tout cas, cela ne m'a jamais été
communiqué. il était prévu un milliard à prendre dans le
budget de la défense nationale pour .les opérations de
maintien de la paix. il a ensuite été prévu que toute
dépense supérieure au milliard serait couverte par d'autres
budgets,
M. Verhofstadt (VLD) (en néerlandais). - Selon l'ordre
d'opération du 19 novembre, on avait prévu initialement
pour le départ au Rwanda 27 palettes de munitions et
'armes. Le seul élément qui a été supprimé sur ce
. .ocument est précisément la moitié de ces 27 palettes. Ces
r'al~ttes supprimées contiennent justement les MILAN, les
mortiers, etc., que le colonel Marchal a réclamé ultérieurement. L'ONU n'a pourtant formulé aucune objection contre
ces armes. Le colonel Marchal a déclaré qu'on n'a pas
emmené ces munitions parce que l'ONU refusait de les
payer. Pourquoi n'a-t-on pas emmené ces palettes de
munitions ou pourquoi n'ont-elles pas été envoyées par la
suite?
Lt-gén, Charlier. - Je ne vois pas à quoi vous faites
allusion. Peut être devez-vous vous adresser au général
Verhttlst. Je sais pour ma part que certaines munitions
étaient interdites par l'ONU, comme les mortiers. La
composition du détachement a été déterminée par la
brigade paracommando, le bataillon, l'état-major de la
force terrestre et le caps.

M. le Président. - il nous reste à remercier le lieutenantgénéral Charlier pour sa collaboration. Nous serons probasment obligés de le réinviter ultérieurement.
- La séance, suspendue
19 h 55 m.

à 19 h 25 m, est reprise à

REPRISE DE L'AUDITION
DU LIEUTENANT-COLONEL
BEM BRIOT

M. Jonckheer (Ecolo). - Pouvez-vous me préciser les
relations qu'avait le centre opérationnel avec la représentation belge à l'ONU et le DPKO à New York? Je souhaite
comprendre l'organigramme de l'état-major général et être
sûr que' vous étiez bien au centre de la. circulation des
informations entre Kigali, la représentation belge à New
York et le bureau du Conseil de sécurité.
Lt-col. Briot. - Le centre opérationnel a pour première
mission de traiter les aspects de routine. Ce centre dispose
de l'appui. d'un centre de transmission. Les fax et les écrits
y transitent; Le centre opérafîormel- réagit selon l'importance du pli et le destinataire.Fétais averti de l'arrivée des
fax et des écrits. .

71

Ceci est valable pour tout détachement à l'étranger; S'il
fallait trensmettre un écrit ou un fax vers New York, le
centre de transmission prévenait la sous-section de planification de l'état-major général. Ce qui signifie que j'étais
informé. Le centre de transmission joue le rôle de relais.
En ce qui concerne le téléphone, cela dépend des circonstances, celui qui appelait de Kigali ou de New York
s'adressait à son correspondant sans passer spécialement
par le centre de transmission ou le centre opérationnel.
.
Lors de la première opération belge, dans le cadre de
l'ONU, nous avons envoyé un militaire à New York auprès
de notre représentant permanent. Sur des problèmes
d'ordre purement militaire, notre représentant pouvait
prendre des contacts directement avec le DPKO mais de
manière informelle.
M. [onckheer (Ecolo). - Le conseiller militaire Engelen
était donc chargé des relations avec le DPKO.
.
Lt-col, Briot. - Oui, sur des questions n'engageant pas
les affaires étrangères. Ainsi, le planning des relèves des
bataillons belges en Slavonie est une question technique
sur lequelle nous pouvons directement entrer en contact
avec les Nations Unies pour les informer. li en va de même
pour l'organisation de visites des autorités belges, pour
lesquelles nous demandons l'autorisation aux Nations
Unies, qui sont responsables de la sécurité et de l'accueil
de ces personnes.
M. Ceder (Vlaams Blok) (en néerlandais). - Un ordre
d'opération du 19 novembre 1993, adressé par l'état-major
général à plusieurs membres mentionne les munitions
emmenées au Rwanda. Dans l'ordre, on a entre autres
supprimé les obus de mortier et les Milan. Qui l'a fait et
pourquoi? Je suppose qu'on l'a fait parce que ce n'était pas
conforme aux règles des Nations Unies.
Lt-col. Briot. - Pourrais-je avoir le document original?
M. Verhofstadt (VLD). - Il Y est question de 27 palettes.
Les mentions relatives à une série de palettes, concernant
notamment des mortiers, ont été biffées.
Lt-col, Briot. - Les directives que nous avons reçues de
l'ONU imposaient certaines limitations. Celles reçues le
14 octobre précisent la nature de l'équipement du bataillon
tout en soulignant que les mortiers et d'autres armes
lourdes ne devaient pas en faire partie « not required »,
tt-col. Briot. - « Required » n'a pas la même signifieetion. L'important est qu'il y avait une limitation.
M. Mahoux (PS). - Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une
. limitation. On n'exigeait pas l'utilisation de ce type
d'armes;
Lt-eo1. Briot. - Dans. nos- études, nous avons tenu
compte-de-la date limite et du résultat des reconnaissances,
ainsi-que-des-contacts-avec le général Dallalrequinousa
interdit l'emploi de mortiers ..

COMMISSION

72

SENAT DE BELGIQUE - 28 FÉVRIER 1997
SPECIALE RWANDA -:- COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDITIONS

M. Ceder (Vlaams Blok) (en néerlandais). - Le
commandant de la force armée peut donc recourir à ces
armes.
Lt-col. Briot (en néerlandais). - Il est indiqué explicitement : il peut y recourir.
M. Ceder (Vlaams Blok) (en néerlandais). - Lorsqu'il
est indiqué dans la « directive of operations» qu'il peut y
recourir, on peut tout de même supposer qu'elles s'ont
disponibles.
Lt-col, Briot. - Au début du mois de décembre, les
forces armées belges ont envoyé à Kigali des munitions et,
plus discrètement, des bombes de mortier.
M. Ceder (Vlaams Blok) (en néerlandais). - Quand les
obus de mortier ont-ils été envoyés?
-Lt-col. Briot (en néerlandais). discrètement.

Ils ont été envoyés

M. Verhofstadt (VLD). - Dans les documents, les
« low Il n'étaient pas biffés. Ils étaient donc officiels. Les
Milan étaient, par contre, biffés.
Lt-col, Briot. - Dans l'ordre de départ, il était prévu que
le premier détachement aurait une dotation toutes classes
pour quinze jours. Ce délai devait ensuite être porté à
soixante jours puis à nonante. Le premier détachement est
parti avec ce qui était prévu.
M. Ceder (V1aams Blok) (en néerlandais). - Pourquoi
ont-elles seulement été envoyées à ce moment-là? Le
colonel Briot déclare que des armes lourdes ont été tranférées à Kigali sans que les Nations Unies en soient informées. Il part donc du principe que les Nations Unies
n'autoriseraient pas cette opération. Or, les directives des
Nations Unies ne précisent rien à ce sujet.
Lt-col, Briot. - Je ne souhaiterais pas mettre les Nations
Unies en cause. Pour certaines munitions, il y avait accord.
Mais nous avons glissé en complément d'autres munitions
pour la sécurité du détachement.
M. Verhofstadt MD). - Pourquoi. ne pas avoir glissé
tout aussi discrètement d'autres choses comme par
exemple les missiles milan ou des obus 30 mm ?
Lt-col, Briot. - Nous avons demandé et obtenu l'autorisation d'envoyer des affûts milan. Mais les autorités
locales onusiennes ont refusé les missiles milan.

M:

Verhofstadt (VLD). - Puisque vous aviez des
mortiers, pourquoi ne pas avoir pris également des missiles ?
Lt-col, Briot. - Les-mortiers fonctionnent avec d'autres
munitions, Je' crois que-l'on' à décidé de ne pas emporter
.de milan car, au milieu de Kigali. ils auraient été inutiles.

M. Verhofstadt (VLD). cependant le contraire ..

Le colonel Marchal affirme

. Lt-col. Briot. - il n'était pas question d' titiÜ~~rles milan
dans Kigali. Marchal les a demandé pour défendre l'aéroport et non pour le reconquérir.
Le contingent belge possédait un certain nombre de
systèmes d'armes. Nous avons veillé à ce.qu'il dispose de
munitions suffisantes et même en excédent. Mais qu'ont-ils
pu faire face aux événements?
Je ne vois nulle part qu'il y ait. eu un manque de
munitions.
M. Audaux (VU) (en néerlandais). - Quelles sont les
informations envoyées au COps et à l'état-major général
au départ de l'ambassade, du service de sécurité ou de
toute autre source? A qui ces informations ont-elles été
transmises? Toutes ces informations ont-elles été transmises aux cabinets de la défense et des affaires étrangères
ainsi qu'à la Maison militaire du Roi?
Quand les réunions de coordination ont-elles eu Heu?
Cela .s'est-il fait chaque jour? A-t-on fait des rapports de
ces réunions et ont-ils été envoyés aux cabinets?
Selon mes informations, il y avait également une réunion
hebdomadaire incluant la défense nationale, les affaires
étrangères et un représentant de l'état-major général. Les
réunions ont-elles fait l'objet de rapports et à qui ont-ils été
envoyés?
Lt-col. Briot. - Les informations aboutissant au quartier
général des forces armées à Evere ont un destinataire
préférentiel. Ce destinataire est le SGR qui fait la différence
, entre les rumeurs, les informations et les renseignements.
De temps à autre le centre d'opérations est destinataire
de l'information. Mais vous trouverez peu de documents
de ce type car ce n'est pas son rôle. Si le centre opérations
et le service de planification recevaient l'ensemble de
l'information, il y aurait inévitablement des problèmes car
nous ne sommes pas formés à cette tâche.
Certaines informations nous étaient toutefois communiquées.
En ce qui concerne les réunions, il y, en' avait de trois
types. Une première réunion quotidienne avait lieu à
9 heures et réunissait le centre opérations, l'ensemble des
services et des forces concernés et le SGR .
Une deœdëmeréurdond'Inférmation
se tenait- à l'étatmajor général à 11 heures et était présidée par le chef de
l'état-major général. Y participaient .le chef du centre
opérations ainsi que différentes autorités US, JSO, JSOP)
ainsi que le SGR. Une partie était consacrée aux renseignements et l'autre au rapport quotidien du JSüP.
Ces deux, réunions de coordination aboutissaient éventuellement à des décisions •
. Une troisième réunion- se. tenait hebdomadairement à
l' état-major: général et. reprenait.I' ensemble' informations.
Elle avait lieu le vendredi 'matin.
..
-

SENAT DE BELGIQUE -

28 FÊVRIER 1997.

COMMIsSION SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

En ce qui concerne les' rapports publiés, la première
réunion donnait lieu à un rapport quotidien relatant les
faits, les documents re,çus et leur destinataire. Une listè de
diffusion avait été établie; Elle comprenait notamment mes
supérieurs hiérarchiques; le porte-parole du ministère de
la défense, le service information;
.:
La réunion de 11heures rie donnait pas lieu à un rapport.
Si l'apport il y avait, il n'arrivait pas à mon niveau.
Enfin la réunion hebdomadaire donnait lieu à un rapport
qui était transmis à des destinataires dont la listè avait été
préalablement établie.
M. Andaux (VU) (en néerlandais). - Toutes les lnformations sélectionnées ou filtrées parle biais du SGR qui
ont été envoyées à l'état-major général et au COps, l'ontelles été également·auxcabinets de la défense nationale et
'les affaires étrangères ainsi qu'à la Maison militaire du
,{oi 1
, il a été fait rapport de la première réunion de coordination quotidienne. Il n'yen a pas eu pour la deuxième, mais
bien pour la réunion hebdomadaire. Ces rapports ont-ils
été transmis aux cabinets de la défense nationale et des
affaires étrangères, ainsi qu'à la Maison militaire du Roi?
tt-col. Briot ..- Vous prétendez que le SGR fournissait
des éléments d'information filtrés. Je ne suis pas spécialiste
en la matière mais le terme filtrés me paraît inadéquat. Je
pense qu'il faut poser la question au SGR.
Le service général des renseignements se réunit à
9 heures tous les jours. Le service de la défense nationale
était un invité permanent. Dans les centres opérationnels,
il existe une boîte-courrier et le rapport est distribué à
chaque destinataire.
M. Anciaux (VU) (en néerlandais). - Cette réponse
iiffère quelque peu de ce que le lieutenant-général Charlier
• déclaré.
M. le Président. - Il serait préférable de répondre à
cette question par écrit. On peut difficilement attendre du
colonel Briot qu'il se souvienne de tous les détails.
M. Anciaux (VU) (en néerlandais). -'- Le colonel Briot
devrait quand même savoir quels cabinets étaient représentés à la réunion hebdomadaire?
Lt-col, Briot. ~ Le cabinet- de la défense nationale.
n

,r

,.'

"

..

-(

.,.

M. Anciaux (VU) (en néerlandais). - Les affaires étran.gères étaient-elles représentées à certaines réunions ?
. tt-col. Briot. - Je n'en ai vraiment aucune idée.

M; Hostekint (SP) (en néerlandais). - Qu'en était-il des
réunions de coordination hebdomadaires avec la; défense
nationale, les affaires étrangères et)~ premier ~tt:è
? ..
M; le Président-

Ça, c'est

autre cho~e.

73

Lt-col. Brlot, - Je ne parlais que dès réunions internes.

(poursuivant en français.)
Je ne tiens pas à chacher quelque chose mais la mémoire
. '.
.
.

me manque,

M. Mahoux (PS). -:- Qui donne l'ordre d'envoyer en
cachette des munitions par avion ? A quel niveau cet ordre
est-il donné.
'
tt-col. Briot. - Ce n'est pas en cachette mais en toute
discrétion. La structure de la défense nationale est connue.
L'état-major général donne des options. Ces propositions
remontent trois échelons, y compris l'échelon le plus élevé.
M. Mahoux (PS). - A partir du moment où la décision
est prise; on envoie donc les munitions de manière discrète.
Par contre, d'autres munitions sont commandéeset ne sont
pas envoyées. J'aimerais savoir, qui donne l'ordre.
Combien de temps faut-il pour prendre cet ordre? Y a-t-il
moyen de bloquer cette décision? Je suppose que l'ordre
part du haut de la hiérarchie. L'exécution est faite par les
échelons inférieurs. il faut bien mettre les armes avec
discrétion dans l'avion. Le colonel Marchal a demandé des
armes. La décision a-t-elle été prise de les envoyer ou non?
Qui a pris cette décision? Vous avez un rôle charnière,
colonel, puisque coordinateur. Vous êtes bien placé pour
me répondre.
M. Anciaux (VU) (en néerlandais). - Il serait intéressant
de savoir si les responsables politiques étaient informés de
ces opérations discrètes.
Ù-col. Briot. - Quand je parle de livraisons discrètes,
en fait nous avions des, directives des Nations-Unies. A
l'époque, nous travaillions dans un climat de confiance
entre les parties et la MINUAR. Nous travaillions dans une
zone qui était sous la responsabilité des forces gouvernementales. Nous devions donc tenir compte des différents
paramètres.
M. Anciaux (VU) (en néerlandais). - Je visais les
responsables politiques en Belgique. Le ministre de la
défense nationale était-il informé de l'existence de telles
opérations?
Lt-col. Briot. - Il Y a un certain nombre d'échelons.
C'est une structure hiérarchique, mais il ya également des
liens fonctionnels. Le fonctionnement de l'état-major
repose sur un échange d'idées et de liens fonctionnels.
Quand une décision est prise de l'envoi d'une livraison
particulière, une trace écrite doit exister quelque part. Je
suppose qu'il existe au moins une fiche.
M. Mahoux (PS). - Vo~s vous souvenez qui a donné
l'ordre d'envoyer. les armes.
.
Lt-col, Brio~.::7'" .No~s voyions le chef d' état-major
g~~r~,a'l., moins ,~e,.foi~ E~ jour.e.t nous discutions des
problèmes. Le, chef d'état-major propose les décisions
prises au ministre.·'

74

SENAT DE BELGIQUE - 28' FÉVRIER 1997
COM1vfISSION-SPECIALERWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDITIONS

M. le Président. - Vous supposez que la déclsion prise,
le chef d'état-major en a parlé au ministre.
Lt-col, Briot. - Je ne supposé rien. L'autorisation est
donnée par le chef d'état-major général.
Mme Willame-Boonen (PSC). - J'aimerais revenir sur
le problème des blindés qui n'etaient pas en ordre de
marche et ne possédaient pas de munitions. Comment le
colonel Marchal a-t-il réagi? Qui était présent lors de la
fameuse réunion de coordination dont a parlé le général
Charlier ? Est-ce le colonel Marchal ou vous? Un détachement judiciaire avait-il été prévu pour accompagner les
soldats sur place?
Lt-col, Briot. - Depuis le début des opérations à l'exté?ur, c'est-à-dire en 1990, un détachement judiciaire est
ujours prévu. Il est prêt à partir à tout moment à la
demande de l'état-major général.
Mme Willame-Boonen (PSC). composé de combien de personnes?

Ce détachement est

M. Destexhe (PRL-FDF). ......:Pensez-vous qu'on puisse
retrouver des copies de ces rapports à votre état-major, car
il en manquent beaucoup?
Lt-col, Briot. - Je ne saurais pas vous dire.
M. Destexhe (PRL-FDF). -Il devrait y avoir des copies
chez le premier ministre ainsi qu'au cabinet des affaires
étrangères.
Li-col. Briot. - Je ne pourrais pas vous dire. Il faut voir
quel est le type de rapport que vous manque. Dans les
premiers rapports, vous ne retrouverez que Belbat. Au
moment où Arusha a été signé, cela né faisait pas partie de
la réunion. Je ne sais pas quand on a commencé à en parler.
M. Jonckheer étrangères, préside la réunion?
tt-col. Briot. - Ce n'est pas un secret, mais posez la
question au ministère. Il s'agit d'un membre de cabinet.
M. Verhofstadt (VLD). -

Lt-col. Briot. - Un substitut de l'auditorat, un greffier,
deux gendarmes, sauf erreur de ma part.
La réunion de coordination hebdomadaire correspond à
un besoin. Après les premières opérations, nous nous
sommes rendus compte que les échanges entre les différents services devaient être formalisés. La première
réunion s'est tenue au ministère des affaires économiques
en novembre ou décembre 1990 ou 1991. Y étaient invités
un représentant de la défense nationale, un représentant
des affaires étrangères, un délégué du premier ministre, un
délégué AGCD, un membre de l'état-major général dont
j'étais le représentant.

tt-col. Briot. -

De temps en temps le chef de cabinet.

M. Verhofstadt (VLD). c'était qui ?
tt-col. Briot.' répondre.

Le chef de cabinet?

Et quand ce n'était pas lui,

Par déontologie, je préfère ne pas

M. Mahoux (PS). - y a-t-il des archives à l'état-major?
Lt-col. Briot. - Quand j'ai quitté, il Y en avait, mais
depuis mon départ je ne sais pas .

.e but premier de la réunion était d'aborder le problème
"~i nécessitait une coordination entre ces deux départements. L'exemple typique est la Somalie. J'étais le représentant pour les opérations extérieures, et j'y allais chaque
fois.

M. Destexhe (PRL-FDF). - Il est impossible d'avoir ces
documents. Je pense qu'on cherche à nous cacher quelque
chose.

M. le Président. ~ Il s'agissait donc bien d'une réunion
hebdomadaire.

M. le Président. - On a posé la question' concerant c~s _
documents au cabinet des affaires étrangères. Il nous en ont
transmis quelques uns. On attend les autres.

Lt-col, Briot. - Je ne me serais jamais permis de rater
une réunion, Tout le monde n'était pas toujours disponible,
mais chacun savait que le jeudi matin, il y.avait systématiquement réunion. Seules une dizaine de réunions en
quatre ans n'ont pas eu lieu pour des raisons exceptionnelles.
M; Destexhe (PRL-FDF). .:.- y avait-il des comptes
rendus ?

Lt-col.

iéWs

Briot. destinatalredu.compte
yen avait à chaque fois.

~du:._n/

~
Mme Willame-Boonen (PSC). - Les blindés venus de
Somalie étaient dans un état déplorable. Qu'est-ce qui se
passe avec ces véhicules?
.
Lt-col, Briot. ..:....
L'état-major général avait conclu que les'
CVRT proviendraient de Somalie. L'ONU avait prévu que
le bataillon à Kigali devait posséder des véhicules blindés
à roues. Les forces armées belges ne possédaient pas ce
type de véhicule. Le général Dallairè refusait les véhicules
à chenilles. Ce type de matériel a été. intensivement utiliséen Somalie, L'état-maiol\ général avait décidé- d'envoyer
une équipe de. reconnaissance- afin d'évaluer-l'état des
véhicules. Les pièces de rechange existaient sur place. .

SENAT DE BELGIQUE - 28 FÉVRIER 1997
COM1vfiSSIONSPECIALE·RWANDA -COMPrn
RENDU ANALYTIQUE PES AUDmONS

Entre octobre et novembre nous avons envoyé des
mécaniciens pour reconditionner le matériel,' ce qui était
une priorité logistique.
Mme Willame-Boonen (PSC). - y avait-il sur place du
personnel en suffisance pour exécuter cette tâche?
Lt-col. Briot. :..:....
Evidemment, quand on fait passer du
matériel d'une unité à l'autre, il y a des. protestations sur
son état.
Les instructions prevoyaient que· soit inclus .dans
l'équipe le personnel qui sera ultérieurement chargé du
même matériel à Kigali. Je ne sais pas si ces instructions
ont été exécutéescomplètement. Il faudrait demander au
commandement de secteur de Kismayo en charge de la
logistique comment ont été reconditionnés ces matériels.
{me Willame-Boonen (PSC). - A quel date ce matériel
l-- avalt-il être opérationnel ?
Lb-col, Briot. - Dès la relève par le bataillon indien, il
fallait évacuer le matériel soit vers l'UNAMIR, soit vers la
Belgique. Ce transfert a été fait par voie aérienne, maritime,
et terreste, Les véhicules demandés ont été envoyés à
Kigali. Pour éviter des remous dans la population locale,
ils ont été déchargés de nuit. Nous avons ainsi évité
d'effrayer les troupes gouvernementales.
Mme Willame~Boonen. (PSC). - A quelle date a eu lieu
cette opération?
Lt-col. Briot. - Elle a eu lieu avant le 25 décembre parce
que nous devions quitter la Somalie pour cette date.
Comme nous nous retirions « en tapis » vers Kismayo, on
n'a pas pu évacuer ce matériel immédiatement. Un
compromis a été trouvé entre les besoins de Kigali, ceux
d~ Kysmayo et les instructions de l'état-major généraL
.vI. le Président. -

Et que s'est-il passé sur place?

Li-col. Briot. - Le commandant de secteur de Kigali
s'est plaint de ce que le matériel optique des CVRT et le
maténel d'armement nécessitaient un rééquilibrage. L'étatmajor général a envoyé une équipe de spécialistes en
mars 1994.
M. Verhofstadt (VLD). - La demande du commandant
de secteur date du.7 février.Le travail a été malfait et une
noovelle demande a été faite le 5 avril.
Le major Podevijn nous a affirmé par téléphone, le
28 novembre à 10 h 50 rn, que sur les 6 CVRT,.4 étaient
opérationnels, 1 en panne définitive et le dernier « cannibalisé ».

(poursuivant en néerlandais.)
Le colonel Briot prétend qu'il y avait des équipages pour
ces véhicules blindés. Selon I'auditeur-général, il y avait unseul ëquipage; voire- deux au: maximum-sur place.

75

Les autres blindés n'ont pas pu être utilisés parce qu'il
n'y avait pas de chauffeur ou de canonnier entraîné. Le
colonet Briot nie-t-il. ces constatations de l'auditeur
général?

.

.

Lt-col. Briot. - Vous me posez beaucoup de questions
en une fois. Le major Podevijn donna son avis sur les
véhicules. En quelle qualité et au nom de quelle fonction le
fait-il?
.
M. Verhofstadt (VLD). - En tant qu'adjoint du général
Dallaire, Il recueille aussi des informations pour l'EGR.
Lt-col. Briot. - Il est conseiller au quartier général du
général Dallaire et sa fonction n'a aucun rapport avec la
logistique.
M. Verhofstadt (VLD). - J'ai d'autres sources et de
nombreux documents différents qui parlent des mêmes
problèmes. Personne n'a nié encore qu'il y avait deux
véhicules en panne. Selon le général Charlier les 4 autres
véhicules ont été utilisés comme éléments de dissuasion.
Lt-col, Briot. - A l'origine, le général Dallaire voulait
ces véhicules de transport de troupes pour protéger les
déplacements des personnalités des deux parties. Voilà
tout.
M. Verhofstadt (VLD). - Ce n'était qu'une des tâches
prévues pour ces véhicules.
Lt-col. Briot. - C'était leur tâche première.
La fourniture des semitar était une initiative belge qui
n'a pas recueilli que des applaudissements.
Je ne nie pas l'état des véhicules. Mais des mesures ont
été prises à Kisrnayo et à Kigali.
C'est d'ailleurs au commandant de secteur à décider de
la manière d'utiliser des véhicules.
M. Destexhe (PRLwFDF). - Les directives pour la
MINUAR précisent que le batillon de Kigali doit pouvoir
.transporter une compagnie.
M. Verhofstadt (VLD). - Le colonel a certainement
parlé du problème de munitions. Il y à eu au moins 5
à 6 officiers belges qui étaient sur place qui ont déclaré à
l'auditeur militaire qu'il leur avait été impossible de lancer
une opération de sauvetage du groupe Lotin parce qu'ils
n'avaient pas suffisamment de munitions. Leur avis est
donc tout à fait différent du vôtre.
Lt-col. Briof. - La question est de savoir si le contingent
aurait pu utiliser ces munitions, s'il les avait eues. En outre,
il disposait d'autres-armes et munitions.
M., Verhofstadt MD·). - Le colonel.Marchal vous a
potirtantdemandé œsmuriitlons en janvier 1994•.

76 -

COMMISSION

SENAT DE BELGIQUE - 28 FÉVRlER 1997
SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

M. le Président. - Pour terminer cette séance, la
commission laisse la parole au lieutenant-colonel Briot
pour lui permettre de donner sa version des faits.
tt-col. Briot. - En ce qui concerne les munitions de
30 mm, le commandant de secteur de Kigali transmit une
note le 14 janvier 1994 à l'état-major général poursolliciter
l'envoi de certaines munitions dont la liste devait être
ultérieurement transmise en langage codé. Le général
Dallaire ne s'y est pas opposé mais a demandé qu'on lui
transmette une note officielle pour l'envoyer aux Nations
Unies.
Le commandant de secteur introduisit ensuite une
demande de prix unitaire pour ces munitions. La réponse
de l'état-major général fut transmise à Kigali le lundi.
M. Verhofstadt (VLD). - La liste était-elle écrite?
Lt-col, Briot. - Oui. La note précisait que la demande
serait transmise au commandant de la force avec une copie
à l'état-major général. Les prix furent transmis. Le
15 mars 1994, le commandant de secteur envoya une note
de synthèse en demandant où étaient les munitions. Une
décision militaire fut alors prise unilatéralement pour lui
fournir ces munitions. Je ne sait pas s'il y a eu un descriptif
de celle-ci.

M(IIliteur

M. Verhofstadt (VLD). - Ce n'est que le 28 mars que la décision a été prise d'envoyer des munitions et encore, il
ne s'agissait que des obus 30 mm. Elle furent finalement
livrées le 20 mars 1994.

Lt-col. Briot. - Vous dites qu'après le 18 mars, il y a eu
un retard de deux semaines avant la livraison. Selon moi,
il y a eu un problème technique. Je ne sais pas si c'est un
contre-temps dans la rotation des avions. Je me rappelle
cependant que la livraison était prévue pour le 6 ou le
7 avril. Mais tout cela n'a rien à voir avec l'opération Silver
Back.
Je constate qu'à l'issue des événements, toutes les munitions, hormis les Milan et les 30 mm., étaient présentes en
quantité suffisante à Kigali, indépendamment de Silver

Back ..

M.le Président. - Je remercie le lieutenant-colonel Briot
pour ses réponses et pour sa remarquable mémoire.
La réunion est close à 21 h 50 m.

belge, rue?e Louvaln··4{).42,1000 Bruxelles. - Directeur: A. Van Damme

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