Citation
Après le retrait de « Turquoise »
La France laisserait un «soutien logistique
de transition» au Zaïre
La France pourrait laisser au
Zaïre, après le retrait de son dis-
positif « Turquoise» du Rwanda,
un soutien logistique de quelque
200 à 300 militaires, auxquels
serait confiée la mission d’assis-
ter les différents contingents afri-
cains venus épauler son action
humanitaire. C’est l’une des
hypothèses à l'étude, aujour-
d’hui, dans les états-majors fran-
çais, qui n’en préparent pas
moins le retour, sur ses bases de
départ, en France ou en Afrique,
du dispositif « Turquoise» entre
la fin juillet et la mi-août,
comme il a été annoncé précé-
demment.
À côté du contingent français
proprement dit, qui ne compte
pas moins de 2 500 hommes,
« Turquoise» a rassemblé quel-
que 240 soldats sénégalais, une
compagnie tchadienne, une sec-
tion composée de militaires
venus du Niger et du Congo, une
dizaine de médecins et d’infir-
miers issus de Mauritanie et,
depuis peu, une demi-douzaine
d’observateurs dépêchés par
l'Egypte.
Selon les plans à l'étude, il
s’agirait de laisser sur place,
notamment à Goma et à
Bukavu, au Zaïre, un soutien de
200 à 300 militaires français qui
seraient prélevés sur le dispositif
« Turquoise» et qui assureraient
la logistique des éléments afri-
cains, le temps que l'ONU les
prenne à son tour en charge. Les
conditions de ce maintien, c’est-
à-dire la durée et le volume du
dispositif impliqué, devront être
négociées avec le gouvernement
zaïrois. Dans les états-majors, on
parle d’un «soutien logistique de
transition », notamment pour ce
qui concerne le service de santé
qui a installé ses antennes à
Cyangugu, dans l’actuelle « zone
humanitaire sûre» rwandaise, et
qui pourrait être replié en face, à
Bukavu, au Zaïre.
Dans cette seule zone, on
dénombrait au début de la
semaine, selon les estimations,
des états-majors, environ
2,5 millions de Rwandais, parmi
lesquels 1 million d’habitants
qui y étaient à demeure et
1,5 million de réfugiés. Depuis,
cette zone tend à se vider, les
Rwandais cherchant probable-
ment l’eau, la nourriture et la
sécurité au Zaïre. La crainte des
militaires français est que, dans
les faits, se reconstitue l’équiva-
lent d'une zone humanitaire au
Zaïre, là où il n'avait pas été
prévu, à l'origine, d'en instituer.
Nombreux sont les militaires
français qui se disent déçus des
hésitations marquées, sur le ter-
rain, par la plupart des organisa-
tions humanitaires. Le problème,
expliquent-ils, est qu’on n’a pas
prioritairement institué des
« pôles » d’action humanitaire là
où se trouvaient les populations
en difficulté et, donc, les besoins
à satisfaire.
Cette solution aurait eu
l'avantage de permettre, de
« fixer » les Rwandais au lieu de
les laisser errer au gré des mou-
vements militaires du FPR.
J.I.
Le Monde
21/07/94