Fiche du document numéro 21177

Num
21177
Date
Dimanche 18 mars 2018
Amj
Auteur
Taille
185826
Titre
Le duel Natacha Polony, Raphaël Glucksmann [Natacha Polony, à propos du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994 : « Malheureusement, on est typiquement dans le genre de cas où on avait, j’allais dire, des salauds face à d’autres salauds »]
Sous titre
Transcription d'Aymeric Givord
Nom cité
Mot-clé
Source
Type
Transcription d'une émission de radio
Langue
FR
Citation
Natacha Polony, à propos du génocide perpétré contre les
Tutsi au Rwanda en 1994 : « Malheureusement, on est
typiquement dans le genre de cas où on avait, j’allais dire,
des salauds face à d’autres salauds »

France Inter, dimanche 18 mars 2018 à 13 h 20.
Emission « Le duel Natacha Polony, Raphaël Glucksmann »
Lien : https://www.franceinter.fr/emissions/le-duel-natacha-polonyraphael-glucksmann/le-duel-natacha-polony-raphael-glucksmann-18mars-2018
*
NB. – Les principaux bégaiements ont été supprimés.
[10’ 42’’]
Ali Baddou : Et avant d’accueillir Jean-Pierre Le Goff, un sujet sur lequel vous vouliez revenir,
Raphaël Glucksmann. En l’occurrence, c’était cette semaine, la révélation de documents confidentiels
par le journal Le Monde et qui pointent la responsabilité de la France dans le génocide des Tutsi au
Rwanda.
[10’ 55’’]
Raphaël Glucksmann : Oui, et aussi la publication d’un livre, celui d’un ancien capitaine de l’armée,
Guillaume Ancel. Et son témoignage fait suite au témoignage de plusieurs militaires français, dont
Rémy Duval ou le héros…, la légende du GIGN, Monsieur Prugnaud [Prungnaud] – qui ne sont pas
des gauchistes militants ou des intellos droits-de-l’hommiste –, et qui, tous, disent la même chose. Ils
nous disent quoi : que la France a aidé des troupes génocidaires, alors même que le génocide a eu lieu.
En leur donnant des armes – et là, c’est Ancel qui nous révèle ça –, et même en leur virant, en leur
versant directement leur salaire. Donc, des gens qui venaient de tuer 800 000 Tutsi, eh bien, étaient
payés [sourire incrédule] par l’Etat français ! Et donc, on se retrouve dans cette situation qui est que
nous sommes face au plus grand scandale de la Vème République. Et aussi à son secret le mieux gardé.
Et donc, le secret commence à être érodé grâce au témoignage de ces militaires. C’est un moment
extrêmement important. Vous savez, moi, j’ai passé des années à enquêter sur le Rwanda. Et on sait
aujourd’hui que la France a armé et a soutenu des troupes qui allaient commettre un génocide, avant le
génocide. Qu’elle a continué à les soutenir pendant le génocide. Et qu’elle a même continué, à les
soutenir et à les armer, après le génocide. Et donc, là, on est face à un vrai scandale d’Etat. Et l’Etat
français a toujours été…, n’a toujours pas été capable de faire la lumière sur son passé. Les archives ne
sont toujours pas totalement déclassifiées. Et il n’y a toujours pas eu de véritable discours sur ce que la
France a fait au Rwanda.
[12’ 27’’]

1/3

Ali Baddou : Natacha Polony.
[12’ 28’’]
Natacha Polony : Je pense en effet qu’il est nécessaire de…, d’ouvrir les archives, de les déclassifier,
qu’il est nécessaire d’essayer de regarder en face ce qu’il s’est passé à ce moment-là. Et qui n’a rien,
finalement, d’une distinction entre des méchants et des gentils. Malheureusement, on est typiquement
dans le genre de cas où on avait, j’allais dire, des salauds face à d’autres salauds et, hélas…
[12’ 49’’]
Raphaël Glucksmann : Qui ?
[12’ 50’’]
Natacha Polony : La France a sans doute participé à cela et qu’elle a…
[12’ 52’’]
Raphaël Glucksmann : Quels salauds et quels autres salauds ?
[12’ 53’’]
Natacha Polony : C’est-à-dire que… Je pense que…, il n’y avait pas d’un côté les gentils et de l’autre
les méchants dans cette histoire. Et la dérive du…
[12’ 59’’]
Raphaël Glucksmann : Non, mais il y a eu un génocide !
[13’ 00’’]
Natacha Polony : Oui, bien sûr, il y a eu un génocide !
[13’ 01’’]
Raphaël Glucksmann : Dans un génocide, il y a des bourreaux et des victimes !
[13’ 03’’]
Natacha Polony : Bien sûr !
[13’ 04’’]
Raphaël Glucksmann : Il faut arrêter de maintenir tout le temps ce gri… Je dirais, ce n’est pas… Il
n’y avait pas des salauds face à des salauds ! Il y avait un régime génocidaire face à des victimes.
[13’ 06’’]
Natacha Polony : Non, mais…
[13’ 07’’]

2/3

Raphaël Glucksmann : Il y avait un régime génocidaire, face à des victimes.
[13’ 08’’]
Natacha Polony : Et aujourd’hui, nous sommes face à un régime qui est un régime qui est devenu
totalement dictatorial et qui accomplit, là aussi, des exactions vis-à-vis des journalistes, vis-à-vis de…,
vis-à-vis de l’ensemble des oppositions.
[13’ 19’’]
Raphaël Glucksmann : Oui.
[13’ 20’’]
Natacha Polony : Et, hélas, nous sommes dans cette situation-là qui est consternante et effarante. Et il
ne s’agit pas… Ça n’est absolument pas remettre en cause le génocide que de dire qu’il y a ce fait là.
Et que, malheureusement, la France a participé en… – sans doute, et c’est cela qu’il faut prouver –, en
donnant des armes…, en choisissant un camp là où il ne fallait pas choisir…
[13’ 43’’]
Raphaël Glucksmann : Mais, il ne fallait…
[13’ 44’’]
Natacha Polony : Mais aider à empêcher les massacres.
[13’ 46’’]
Raphaël Glucksmann : Eh bien, aider à empêcher les massacres, cela aurait supposé, eh bien, de
choisir de s’opposer à ceux que nous avons soutenus. Parce que ce ne sont pas des salauds face à des
salauds. Jamais on ne dirait…, en 19…, alors que, pourtant, les troupes russes, les exactions des
troupes russes soviétiques libérant l’Europe à Berlin sont absolument énormes – bien plus grandes que
celles du FPR, parce qu’il est question d’eux au Rwanda –, jamais on ne dirait : « Ce sont des salauds
face à des salauds ». Non, ce ne sont pas des salauds face à des salauds. Il y a un régime tout à fait
détestable aujourd’hui au Rwanda, il n’est pas génocidaire. Et, en 1994, il y a des gens qui commettent
un génocide et des gens qui sont victimes du génocide. Et la France, malheureusement – et c’est notre
honte et c’est là-dessus que nous devons faire la lumière –, la France a choisi d’être du côté de ceux
qui commettaient le génocide. Ça ne veut pas dire que la France a voulu le génocide. Mais ça veut dire
qu’à aucun moment, le fait qu’il y ait génocide n’a entraîné de remise en cause de la politique
française. C’est pas des salauds face à des salauds. C’est des bourreaux face à des victimes et on a
choisi le camp des bourreaux.
[13’ 36’’]
Natacha Polony : On ne définit pas les gens par bourreaux et victimes, ce n’est pas comme ça.
[13’ 38’’]
Raphaël Glucksmann : Si ! En l’occurrence dans un génocide, on les définit par bourreaux et
victimes !
[Fin à 13’ 41’’].

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