Fiche du document numéro 4109

Num
4109
Date
Dimanche 1er janvier 1995
Amj
Auteur
Fichier
Taille
164758
Pages
2
Titre
Audition de Jacques Gashoke
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Mot-clé
Cote
PAT D7156
Source
Fonds d'archives
VdM
Type
Audition judiciaire
Langue
FR
Citation
Ce jourd'hui un janvier
mil neuf cent nonante cinq , à 12.20 heures

Nous soussigné(s) ARTIGES Guy, Adjt, OPJ
de gendarmerie

en résidence à KIGALI (Rwanda), Dét Jud , en tenue
civile, membres de l'Equipe d'Enquête Judiciaire,
rapportons nous être rendu à RWANKUBA ( Rwanda )
au nord du lac MUHAZI. Nous y avons rencontré le
nommé :

GASHOKE Jacques

né en 1937

nationalité Rwandaise
dlié à RWANKUBA ( Rwanda )

Mr GASHOKE a fait sa déclaration en Kyrarwanda

et celle-ci nous a été traduite par Mad, COLLET
Jacqueline ( déjà entendu ) qui pratique cette
langue.

" Le 06.04.94 je me trouvais à KANOMBE, en dessous
de la maison communale.

Vers 20.30 hrs, j'étais dehors et j'ai vu arriver
l'avion du Président.

J'ai vu passes un point lumineux qui a frolé la
queue de l'avion. Ce point lumineux a continué son
chemin. La couleur de ce point était rougeatre.

Un deuxième point suivait, très proche et celui-là
a touché l'avion et j'ai eu l'impression que
c'était dans le flanc. L'avion a immediatement
explosé. Il m'a semblé que l'avion était très de
moi lorsqu'il a été touché. L'avion avait passé la
colline ( RUNUONZA ) lorsqu'il a été touché. La
distance entre les deux points lumineux était
d'environ 50 mètres.

Moi je me trouvais dans l’axe de La piste et pour
moi les points lumineux venaient de la direction
de la colline de MASAKA.

Je sais que les militaires du camp de KANOMBE ont
commencé à tirer immédiatement après la chûte de
l'avion. C'est mon beau-fils MURAZIMANA Amelet,
para à KANOMBE qui m'a dit très peu de temps
après la chûte de l'avion que je ne devais plus
sortir de chez moi parce qu'ils allaient commencer
à " travailler ". Chez eux cela veut dire " tuer "
Je me suis caché et j'ai vu les interrahamwes et
le garde présidentiel commencer à tuer. C'était la
garde présidentiel qui commencait à tuer les
hommes avec leurs fusils et les interahamwes
terminaient les femmes et les enfants à la
machette.

Je ne sais pas combien ils ont tué de gens mais
j'ai entendu qu’il en a eu beaucoup tout autour de
KANOMBE, de KABUGA et de MASAKA. Toute la nuit ils
n'ont fait que cela. Ils avaient des voitures qui
déposaient les interahamwes en renfort pour tuer.
J'ai pu me sauver car j’habitais chez un membre de
la famille HABYARIMANA qui était interahamwe et
musulman. Il m'avait bien dit que l'on pouvait
manger ensemble et que cela ne l'empêchait pas de
me tuer lorsque ce serait le moment. Cet
interahamwe est parti avec le groupe de la famille
HABYARIMANA, groupe qui est parti avec les
Français.
Je me suis caché sur place pendant 32 jours et ce
n'est que lorsque le FPR a pris la colline de
KANOMBE que j'ai pu sortir.
Je ne savais plus marcher à force de rester
recroquevillé. J'ai mangé du lait en poudre pour
survivre.
A votre demande je reponds que les militaires et
les interahamwe n'avaient pas l'air surpris par
l'évenement de la chute de l'avion. Ils ont
commencer à " travailler " directement.
J'avais déja entendu dans les bars avant
l'attentat que les militaires et les interahamwes
ne voulaient pas des accords d'ARUSHA. Ils me
disaient qu'ils ne voulaient pas vivre avec nous (
les Tutsis) et qu'ils allaient nous tuer. Nous
nous attendions tous à quelque chose de ce genre.
Mon beua-fils MURAZIMANA Anaclet était caporal et
1 est actuellement au camp GAKO en attendant de
rejoindre l'APR.
({ lecture faite,signe dans notre carnet de
renseignements })

RENSEIGNEMENTS .

GASHOKE nous a précisé, qu’en ce qui concerne les
interahamwes, c'était le colonel BAGOSORA qui
constituait les groupes et qui les inspectait
durant la formation ( 3 mois ).

BAGOSORA aurait egalement la réputation d’être un
des chefs de l'escadron de la mort.

Dont acte.
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fgtquery v.1.9, 9 février 2024