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KIGALI - Ils sont une vingtaine assis les uns à côté des autres, la tête basse et les mains derrière le dos, sous un soleil de plomb, sur le bas côté de la route menant à l’aéroport.
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Ces hommes, âgés environ de 15 à 30 ans, viennent d’être interpellés par l’armée qui, durant toute la matinée de dimanche, a passé au peigne fin le quartier populaire de Ramere [Remera] d’où, affirme-t-on, est partie jeudi soir une attaque des rebelles dont la cible était l’aéroport et où, samedi soir, on a pu entendre encore des tirs très sporadiques.
"On les a arrêtés parce qu’ils n’avaient pas leur certificat de résidence", a expliqué un soldat à un groupe de journalistes européens qui a pu se rendre à l’aéroport en voiture, malgré l’interdiction de se déplacer, en profitant d’une navette de l’hôtel dans lequel ils sont hébergés.
Le soldat n’a pas été en mesure de préciser quel serait leur sort ni vers quel lieu ils allaient être dirigés. Quelques minutes après, ils ont été embarqués dans un camion militaire. Selon des rumeurs totalement invérifiables : les personnes arrêtées seraient emmenées dans un stade de la capitale.
Ainsi, trois jours après l’attaque rebelle contre Kigali, l’armée poursuivait sa vaste opération de ratissage centrée surtout sur les quartiers populaires et procédait à de nombreuses arrestations qu’il était impossible de chiffrer, selon l’envoyé spécial de l’AFP.
De sources sûres françaises, on affirme que des arrestations ont été effectuées au centre même de l’état-major des forces armées. Le limogeage, rendu public samedi soir, du chef des services de renseignements, Augustin Nduwayezu, semble confirmer les rumeurs qui faisaient état d’une opération dans l’appareil de défense rwandaise sans distinction entre appartenances ethniques.
Une tentative de renversement du pouvoir
"Il faut se garder de voir, dans la situation actuelle, un simple conflit inter-ethnique entre Tutsis et Hutus", explique un diplomate. "Il y a d’abord eu une tentative politique de renversement du pouvoir actuel à qui on reproche son manque de démocratie et sur laquelle est venu se greffer l’antagonisme ethnique".
"Les arrestations actuelles touchent aussi les Hutus car il semble que certains d’entre eux aient pris part à la rébellion", poursuit-il.
Le sentiment des Européens est que la situation est "floue et totalement insaisissable". Pour eux, le calme dans la capitale n’est qu’apparent. Les rebelles sont restés à Kigali et se cacheraient parmi la population. Si les combats ont cessé dans la capitale, c’est parce que l’arrivée des détachements militaires français et belges ont eu un effet dissuasif.
Enfin, l’interdiction de se déplacer commence à provoquer de sérieuses difficultés d’approvisionnement dans certains quartiers périphériques. "Nous commençons à manquer des produits de première nécessité, a affirmé une habitante du quartier de Gastata [Gatsata] interrogée par l’AFP au téléphone. D’ici un jour ou deux, nous n’aurons plus rien à manger si on ne nous autorise pas à sortir pour acheter de l’alimentation".
ru/chb.