Fiche du document numéro 36243

Num
36243
Date
Mardi 2 juin 2026
Amj
Auteur
Fichier
Taille
468826
Pages
4
Urlorg
Titre
À Paris, Emmanuel Macron et Paul Kagame inaugurent un mémorial du génocide des Tutsi
Sous titre
Lors de la cérémonie inaugurant un monument dédié au génocide des Tutsi, mardi 2 juin à Paris, Emmanuel Macron, au côté de son homologue Paul Kagame, a réaffirmé la responsabilité de la France dans le processus qui a conduit à cette catastrophe.
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Source
Type
Article de journal
Langue
FR
Citation
Deux stèles, deux blocs lisses en laiton noir dressés l'un en face de l'autre, là, au coeur de Paris, non loin de la Seine pour faire mémoire du génocide perpétré contre les Tutsi, en 1994, un million d'enfants, de femmes et d'hommes exterminés en 100 jours. Deux stèles sobres, sombres comme l'abîme qu'elles évoquent, puissantes, comme le crime dont elles se souviennent, et solides comme la vie et l'espoir dont elles témoignent. Et deux présidents, Emmanuel Macron et son homologue rwandais Paul Kagame pour les inaugurer, entouré de victimes du génocide, des associations qui les représentent, des membres du gouvernement, d'artistes, de spécialistes et de jeunes élèves d'une école de la région parisienne.

Les « mots » d'Emmanuel Macron



Emmanuel Macron, visiblement ému par ce moment solennel, a rappelé ses « mots » prononcés à Kigali en 2021, quand il avait « reconnu au nom de la France les responsabilités de notre pays dans un engrenage qui a conduit à mener au génocide des Tutsi ». Cinq après, il ne regrette aucun de ses propos, a-t-il affirmé, rendant hommage au travail de la commission d'historiens conduite par Vincent Duclert qui avait établi cette responsabilité de la France, renversant près de trente ans dissimulation, d'escamotages, de mensonges et de dénis d'État, à l'exception notable du président Nicolas Sarkozy.

Ce dernier, d'ailleurs, a été salué lors de la cérémonie par les deux présidents : il avait été en effet le premier à avoir évoqué, en 2010, une « grave erreur d'appréciation » de la situation qui prévalait au Rwanda par la France, une « forme d'aveuglement quand nous n'avons pas vu la dimension génocidaire du gouvernement du président [Juvénal Habyarimana] qui a été assassiné ». Emmanuel Macron a tenu à remercier Paul Kagame d'avoir su « accueillir » cette « reconnaissance ». « Ce monument, s'il est un aboutissement, n'est pas une fin. C'est un jalon sur un chemin que nous avons ouvert », s'est félicité le chef de l'État français.

Assumer ses responsabilités, écouter une rescapée« Assumer ses responsabilités historiques exige un véritable courage (...) et il faut une grande humanité pour aller jusqu'au bout. Monsieur le président Macron, je tiens à vous féliciter pour les deux : votre courage et votre humanité », a déclaré de son côté Paul Kagame. « La France n'était pas la seule à avoir failli. De nombreux autres pays ont également failli, mais aucun n'est allé aussi loin (...) pour rétablir la vérité et reconnaître sa part de responsabilité dans la tragédie », a-t-il souligné.

Devant ce parterre de personnalités, une rescapée, Jeanne Uwimbabazi, est venue raconter les jours terribles d'avril 1994, quand sa famille a été massacrée, elle-même réchappant de peu aux génocidaires avant d'être évacuée en France, grièvement blessée, à l'âge de 16 ans. Elle a évoqué « l'abandon » des Casques bleus dont elle a été le témoin et la victime, partis en laissant derrière eux des Tutsi terrorisés dans une école encerclée par les miliciens hutu, alors que « leur seule présence aurait suffi à nous protéger ». « Je me demande toujours quelle a été la chaîne de responsabilités », a-t-elle dit d'une voix tremblante.

Une émotion partagée



Un témoignage qui a visiblement frappé les esprits et les cœurs de toute l'assemblée dont le général Thierry Burkhard, l'ancien chef d'état-major des armées et actuel délégué général de l'Ordre de la Libération : « Oui, j'ai été ému par ce témoignage », confie-t-il à La Croix. « C'est très émouvant et terrible. Et ça pose des questions pour moi, le militaire : qu'est-ce que le chef militaire sur place aurait dû faire ? Sûrement pas monter dans ses camions et se sauver ! »

« Je pense à mes parents, à ma famille tuée en avril 1994. Par ce monument qui est le fruit de notre mobilisation depuis des années, je peux leur dire que ce qui leur est arrivé ne sera pas oublié, ici, à Paris, dans la capitale de la France », explique l'une des invitées à cette cérémonie, Félicité Lyamukuru. L'historien Marcel Kabanda, qui avait demandé au président Emmanuel Macron en 2019 la création d'un mémorial consacré au génocide des Tutsi et auquel le chef de l'État a donc répondu par ce monument, est heureux d'avoir été entendu. « J'espère que ces deux stèles vont être une lumière qui permettra aux Français d'être éclairés sur la réalité du génocide des Tutsi, et une lumière qui montre qu'un État peut aussi reconnaître ce qu'il a fait de mal, a-t-il expliqué. C'est par la lumière que l'on vainc nos obscurités. »
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fgtquery v.1.9, 9 février 2024