Fiche du document numéro 36088

Num
36088
Date
Avril 2026
Amj
Fichier
Taille
16075248
Pages
12
Titre
Décolonisons ! No. 357
Mot-clé
Cote
No 357
Source
Type
Publication périodique
Langue
FR
Citation
AVRIL 2026

JOURNAL ANTICOLONIAL ÉDITÉ PAR L'ASSOCIATION SURVIE

LA FRANCE ET LE GÉNOCIDE DES TUTSI·E·S : DÉNI DE JUSTICE

DÉCOLONISONS !

N°357

ISSN 2679­7585

3€

EN BREF

Dette : bras de fer
France/Sénégal
Le Trésor français a fait parvenir en février
aux autorités sénégalaises une lettre exigeant
le règlement de plusieurs impayés,
notamment envers l’Agence française de
développement (AFD), pour un montant
compris entre 20 et 30 millions d’euros. Une
démarche qui s’inscrit dans le bras de fer
engagé entre le Sénégal d’une part, la France
et le Fonds monétaire international (FMI)
d’autre part, à propos de la dette de l’État
sénégalais. Depuis la révélation de l’ampleur
de cette dernière, maquillée par l’ancien
gouvernement de Macky Sall, le pays fait en
effet face à quelques doutes quant à sa
solvabilité.
La France cherche en sous­main à obliger
le Sénégal à accepter le plan de
restructuration de sa dette que propose le
FMI, mais dont le gouvernement du Pastef,
porté au pouvoir sur des promesses anti­
impérialistes, ne veut pas. Un FMI qui
s’inquiète notamment des choix de l’État
sénégalais d’orienter sa dette vers des
bailleurs non occidentaux et du risque que le
Sénégal « brade ses ressources » (Africa
intelligence, 19,/02). Ironique, quand on se
souvient que le Sénégal a été un terrain de
jeu particulièrement propice pour
l’implantation d’entreprises françaises, le
détournement de l’aide au développement
et le pillage des ressources !
Dakar semble pourtant bien décidé à
payer sa dette, même s’il l’estime illégitime
(Afrique XXI, 23/12/2025), quitte à mettre en
place une austérité qui ne dit pas son nom et
dont la population est, comme toujours, la
principale victime.

Censure
universitaire
Du 9 au 11 mars s’est tenu à l’Université de
la Polynésie française (UPF), à Papeete, un
colloque sur les questions de souveraineté
dans le Pacifique. Un rendez­vous
universitaire somme toute assez classique,
mais qui s’est déroulé à huis clos – ni public,
ni média (Radio 1, 10/03). Plusieurs des
intervenant⋅e⋅s, qui ont appris la nouvelle à
peine quelques jours auparavant, pointent
derrière cette mesure inhabituelle une
« demande de l’État français ». Dans une
déclaration préliminaire, celleux­ci ont
dénoncé une « restriction sérieuse des

libertés académiques », en précisant :
« Aucune motivation explicite ne nous a été
communiquée, même si beaucoup parmi
nous en devinent les raisons ».
De fait, dans une Polynésie considérée par
l’Onu comme un territoire à décoloniser,
débattre de « souveraineté » n’a rien
d’anodin. Particulièrement lorsque la liste
des personnes invitées à s’exprimer compte
plusieurs universitaires engagé⋅e⋅s auprès
des Kanak dans leur lutte d’indépendance
(Mathias Chauchat, Isabelle Merle, Benoît
Trépied et d’autres), et même des
chercheurs ou responsables kanak
ouvertement indépendantistes (Anthony
Tutugoro, Johanito Wamytan).
L’affaire n’est pas isolée : une conférence
qui devait avoir lieu le 26 février à Sciences
Po Paris sur la situation en Kanaky­Nouvelle­
Calédonie s’est vue également imposer le
huis­clos – elle s’est finalement tenue à
Montreuil. Des cas de censure à peine
masquée, qui rappellent ce qui s’est passé
dans
plusieurs
établissements
d’enseignement autour de la question
palestinienne depuis le début du génocide à
Gaza.

Total condamné…
Et alors ?
126,8 millions de dollars : c’est l’amende
record infligée à TotalEnergies par la
Commission indépendante de lutte contre la
corruption et autres infractions connexes
(ICPC) du Nigeria. Selon Africa Intelligence
(24/02), qui a révélé l’affaire, la
multinationale a dépassé le quota de
travailleurs étrangers qu’impose une loi
promulguée en 2010. Celle­ci oblige les
compagnies pétro­gazières à intégrer dans
leurs processus de production des
entreprises et de la main­d’œuvre locales (de
30 % à 100 % selon les métiers). D’après les
enquêteurs de l’ICPC, Total n’a pas respecté
le « délai maximal présumé pour la
nigérianisation des poste » et a « facturé
illégalement aux contrats de coentreprise et
de partage des bénéfices le coût du quota
d'expatriés non approuvés ». Ce que la
multinationale conteste, refusant de régler
l’amende et saisissant la justice nigériane
pour mettre fin à l’enquête de la commission
anti­corruption.
Dans une autre affaire judiciaire en cours
au Nigeria, Total refuse aussi de payer les
285,2 millions de dollars que la justice

arbitrale l’a condamnée à verser en
novembre, pour s'être octroyé du pétrole
censé revenir à la compagnie pétrolière
nationale nigériane, la NNPC, avec laquelle
elle avait passé un accord de production
partagée en juin 2000 (Africa Intelligence,
18/12/2025). Malgré ces condamnations qui
s’enchaînent, Total, principal investisseur
privé du pays dans le secteur énergétique,
semble vouloir continuer à surexploiter en
toute impunité.

Strapontin
françafricain
En 2023, le député Bruno Fuchs (Modem),
actuel président de la commission des
Affaires étrangères de l’Assemblée nationale,
avait co­signé avec Michèle Tabarot (LR) un
rapport « sur les relations entre la France et
l'Afrique » dans lequel il se montrait
(timidement) critique à l’égard de la
politique africaine de Macron. Il tente
aujourd’hui d’assurer la promotion dans les
médias d’un nouveau rapport sur
« l’élaboration d’une doctrine française en
matière de diplomatie parlementaire ».
N’allez pas croire qu’il s’agit d’exiger un plus
grand contrôle parlementaire sur l’exécutif
ou de demander un droit de regard sur le
traditionnel « domaine réservé » de l’Élysée.
Pour Fuchs, la question est de savoir
comment « les parlementaires peuvent aussi
jouer un rôle majeur dans le renforcement
de l’influence de la France dans le monde »
alors que celle­ci est en perte de vitesse,
particulièrement en Afrique.
Dans Le Figaro (22/02), celui qui se rêve
visiblement en nouveau « Monsieur Afrique »
du pouvoir indique : « À Madagascar […],
après le récent changement de
gouvernance, j’ai été le premier
responsable politique occidental à
rencontrer le président de la “transition”.
Ce déplacement a permis d’envoyer un
signal très fort, alors que d’autres
puissances cherchent à occuper le terrain.
Il a été imaginé et piloté en coordination
avec Jean­Noël Barrot, le ministre de
l’Europe et des Affaires étrangères, et
l’ambassadeur de France. ». Et de proposer
ses services pour se rendre au Mali ou au
Niger, après avoir rencontré le président
togolais cet été. Malheureusement, déplore­
t­il, il n’est écouté ni des diplomates, ni de
l’exécutif… C’est bien triste.

Image de couverture :

Georges Franco
Instagram : georgesfrancopeintre
Journal fondé en 1993 sous le nom de
Billets d'Afrique par François­Xavier
Verschave ­ Directeur de la publication
Nicolas Butor ­ Comité de rédaction
R. Granvaud, O. Tobner, J. Boucher, J. Poirson,
N. Butor, B. Godin, N. Maillard­Déchenans,
M. Petit­Ageneau, A. Decroix, K. Gueguen ­
Ont contribué à ce numéro L. Dawidowicz,
M. David, F. Graner, C.­E. Mercier, D. Olgati­
Trocmé, J. Beurk ­ Édité par Association
Survie, 21 ter rue Voltaire ­ 75011 Paris­ Tél.
(+33)9 53 14 49 74 ­ Web http://survie.org ­
Commission paritaire n°0226G87632 ­
Dépôt légal avril 2026 ­ ISSN 2679­7585 ­
Imprimé par Imprimerie Notre­Dame, 80
rue Vaucanson, 38830 Montbonnot Saint Mar­
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Sommaire
4 DOSSIER SPÉCIAL
LA FRANCE ET LE
GÉNOCIDE DES TUTSI·E·S

Déni de Justice

6 JUSTICE
Dossier Barril
8 ENTRETIEN
L'immunité de l'État
français et son cadre légal
10 ANALYSE
Attentat du 6 avril 1994
au Rwanda
12 ACTUALITÉ
À Madagascar, la França­
frique ne perd pas de temps

U

LA
FRANÇAFRIQUE
CONTRE LA
JUSTICE

ÉDITO

n°357 / AVRIL 2026

n hebdomadaire (Marianne, en date du 5 mars, pour ne pas le citer) vient de
révéler comment le ministère français des Affaires étrangères a tenté
d’entraver une enquête judiciaire sur le massacre qui a suivi la réélection
frauduleuse d’Ali Bongo au Gabon en 2016. À l’époque, pour réduire au silence Jean
Ping, son principal opposant, le dictateur gabonais avait tout bonnement envoyé
l’armée sur son QG, qui avait même été mitraillé depuis un hélicoptère. Une
opération soldée par des dizaines de mort⋅e⋅s et de blessé⋅e⋅s.
Deux plaintes ont alors
été déposées en France
pour « arrestation et
détention
arbitraire,
torture et acte de
barbarie,
tentative
d’assassinat et crime
contre l’humanité ». Trois
Français travaillant pour
Bongo – un ancien (?)
officier
en
charge
du
renseignement et deux anciens de la
Légion étrangère attachés à sa sécurité – sont
accusés d’avoir pris part à la répression. L’enquête est confiée à l’Office central de
lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), rattaché à
la gendarmerie. Le Quai d’Orsay tente alors, maladroitement, de dissimuler les
documents dont il dispose, malgré les alertes de son service juridique et l’avis de
certains de ses cadres qui y voient une faute politique. Manque de chance, l’OCLCH
s’en est rendu compte et l’affaire est en cours. Le ministre de l’époque s’appelait
Jean­Yves Le Drian, le président François Hollande.
Ce n’est pas la première fois que la justice met son nez dans les affaires
nauséabondes de la politique africaine de la France, et les entraves aux enquêtes
sont une constante. Pour l’État français, dans de telles circonstances, la règle est de
couvrir les coupables ou les complices, français comme africains, y compris lorsque
les responsables politiques ou militaires impliqués ne sont plus en fonction. Pour ce
faire, tous les moyens sont bons : falsifications de documents et destruction de
preuves (comme dans l’affaire de l’assassinat du juge Borrel, relire notre numéro de
novembre), menaces et intimidations (affaire Elf ), exfiltrations rocambolesques et
disparitions mystérieuses (affaire du bombardement de Bouaké en Côte d’Ivoire,
affaire des financements libyens)… pour ne citer que quelques dossiers
emblématiques. Et bien sûr, usage systématique et extensif du secret défense.
L’implication de la France dans le génocide des Tutsi⋅e⋅s du Rwanda en 1994,
auquel nous consacrons ce mois­ci un large dossier, offre un panorama édifiant de ce
déni de justice d’État. Il se traduit concrètement ces derniers mois par une
succession de décisions de non­lieu et de clôture de plaintes, sur le plan pénal bien
sûr, mais aussi sur la voie nouvelle, ouverte en 2023, d’un contentieux administratif.
Autant de renoncements judiciaires derrière lesquels on perçoit un fil rouge
évident : écarter tout ce qui pourrait mettre en cause trop sérieusement l’État lui­
même, et du même coup préserver quoi qu’il en coûte l’immunité des gouvernants.
En entravant, voire en enterrant, toute tentative citoyenne de demander des
comptes à nos dirigeants, la machine étatique perpétue ainsi au plus haut niveau du
pouvoir une impunité généralisée, créant de fait une caste d’intouchables. Vous avez
dit démocratie ?
La rédaction

DOSSIER
PORTRAIT

4

LA FRANCE ET LE GÉNOCIDE DES TUTSI·E·S

DÉNI JUSTICE
DE

Un dossier coordonné par
Katell Gueguen

Alors que la reconnaissance du génocide des Tutsi⋅e⋅s est acquise, la justice française
s’enferme dans le déni concernant le rôle de la France au Rwanda (1990­1994). Et se
montre incapable d’envisager les responsabilités de Français accusés d’être impliqués,
autant que celles de l’armée et de l’exécutif tricolores.

D

ans le bilan de l’année écoulée
depuis les commémorations du 7
avril 2025, commençons par les
nouvelles positives : en justice comme dans
la société française, la reconnaissance et la
mémoire du génocide des Tutsi⋅e⋅s
progressent.
On saluera ainsi la décision administrative,
le 28 août 2025, d’interdire l’inhumation à
Orléans de Protais Zigiranyirazo, alias
« Monsieur Z », condamné en première
instance par le TPIR à 20 ans de détention.
Ce pilier du cercle des extrémistes hutus qui
ont conçu le génocide des Tutsi⋅e⋅s, n’a été
acquitté en appel que pour des motifs pro­
céduraux.
À Bordeaux, après des années de refus de
la municipalité précédente1, celle élue en
2020 a inauguré une plaque commémorative
pour les victimes du génocide, le 6 février
2026. Elle reprend la fameuse phrase du
rapport
Duclert
pointant
les
« responsabilités lourdes et accablantes » de
la France. Au bord de la Garonne, ce lieu de
recueillement sera prochainement ombragé
d’un orme planté à l’occasion, sur la
suggestion de l’écrivaine rescapée Beata
Umubyeyi­Mairesse, présente ce jour­là. En
présence de deux élus de la ville,
d’associations (dont Cauri et Survie), et de
collégiens, il a été souligné : « Pire que les
échecs et les déceptions serait l’oubli.
Souviens­toi. »
C’est justement à Bordeaux que, dès 1995,
Adelaïde Mukantabana, rescapée et
présidente de l’association Cauri, avait (avec
d’autres) déposé plainte contre un Rwandais

en fuite. Cet ancien médecin de l’Hôpital de
Butare, Sosthène Munyemana, s’est exilé
depuis 1994 en France, où il a exercé à
l’hôpital de Villeneuve­sur­Lot. Ce n’est
qu’en 2023 que s’est tenu son procès aux
assises. Survie était partie civile aux côtés
d’autres associations, telles que le Collectif
des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), et
de personnes physiques. Il a alors été
condamné à 24 ans de réclusion criminelle,
dont huit de peine de sûreté.
À l’issue de son procès en appel, il a été
condamné le 27 octobre 2025 à la même
peine, cette fois avec douze ans de peine de
sûreté, pour crime de génocide contre les
Tutsi⋅e⋅s et actes de préparation de ce
génocide2. La feuille de motivation du
verdict note qu’il « a eu pleinement
conscience du plan concerté génocidaire
afin de porter atteinte à la vie des Tutsis,
[qu’] il y a adhéré et a joué un rôle actif en
qualité d’auteur ». Munyemana s’est pourvu
en cassation.
Ainsi, à son rythme (lent), depuis 2014, la
justice pénale française poursuit des
présumés génocidaires rwandais et les
condamne. Mais pas tous.

Des Rwandais, oui… mais
pas s’ils impliquent la France
Car, dans le même temps, trois dossiers
concernant des Rwandais se rapprochent
d’un non­lieu définitif. Est­ce parce que la
justice esquive tout ce qui l’amènerait à
aborder la complicité française dans le géno­
cide ?

1 « France­Rwanda. Alain Juppé, François Mitterrand et “les génocides” », Afrique XXI (14/06/2024).
2 « Bisesero : éviter un déni de justice », Billets d’Afrique n°349 (été 2025).

Décolonisons 357 - avril 2026

«

Pire que les échecs et les
déceptions serait l’oubli.
Souviens­toi. »

Il y a d’abord Agathe Kanziga, femme du
président Juvénal Habyarimana, sœur de
« Monsieur Z », pilier du cercle des
extrémistes hutus. Elle a été accueillie en
France avec les honneurs dès le mois d’avril
1994, et prise en charge par le ministère de
la Coopération. Sa demande d’asile en
France a cependant été rejetée en 2004, un
rejet confirmé par le Conseil d’État, au motif
qu’elle était « au cœur du régime
génocidaire responsable de la préparation
et de l’exécution du génocide », ayant
« exercé une autorité de fait entre 1973 et
1994, mais aussi au­delà de cette date ». Or,
elle n’a jamais été expulsée !
Elle est visée depuis 2008 par une
enquête en France pour complicité de
génocide et crimes contre l’humanité. Que
sait­elle de l’attentat contre l’avion de son
mari le 6 avril 1994 ? Quel y a été son rôle ?
Bénéficie­t­elle de protections pour un
maintien sur le territoire français et un non­
lieu en justice ? Les mêmes questions se
posent exactement à propos d’un deuxième
Rwandais, lui aussi extrémiste hutu : Laurent
Serubuga [voir p. 10].
Quant à un troisième Rwandais, Cyprien
Kayumba, il doit en savoir long sur les
circuits de livraison qui ont permis de
contourner l’embargo envers l’armée
rwandaise [voir p. 7]. Il a en effet piloté des
achats d’armes pour le gouvernement

intérimaire rwandais (GIR), au pouvoir
pendant le génocide. Les juges d’instruction
estiment que, même s’il est très probable
que Kayumba ait eu connaissance des
massacres en cours, il n’est pas établi qu’il ait
adhéré à la politique génocidaire du GIR. Ce
faisant, ils interprètent de manière restrictive
ou erronée la notion de complicité : en
réalité, on peut être considéré comme
complice d’un crime même sans partager
l’intention
de
l’auteur
principal
(jurisprudences « Papon » et « Lafarge » de la
Cour de cassation).

Mettre en cause des
Français? Courage, fuyons !
La même interprétation contestable de la
jurisprudence a été utilisée dans un dossier
emblématique3 : la plainte déposée par des
Tutsi⋅e⋅s rescapé⋅e⋅s des collines de Bisesero,
abandonné⋅e⋅s à leurs tueurs par l’armée
française entre le 27 et le 30 juin 1994. Les
militaires français sont accusés de
« complicité de génocide par abstention en
violation d’un devoir d’agir » pour ne pas
leur avoir porté secours. Les juges ont
prononcé un non­lieu, confirmé en appel le
11 décembre 2024 par la Chambre de
l’instruction.
Les parties civiles, dont Survie, les
rescapé⋅e⋅s tutsi⋅e⋅s, la Ligue des droits de
l'homme et la Fédération internationale
pour les droits humains, ont déposé un
pourvoi devant la Cour de cassation4, qui
dira si ce dossier sera définitivement clos ou
non.
Plus généralement, plusieurs dossiers
judiciaires visant des représentants de l’État
français ou de ses institutions, tous accusés
de complicité de génocide, sont en cours de
fermeture, et ce malgré les nombreux
éléments incriminants permettant la
poursuite de l’instruction. Que ce soit dans
la plainte visant le mercenaire Paul Barril
[voir p. 6], la plainte visant les livraisons
d’armes pendant l’embargo de l’Onu [voir
p. 7]. Ou même les plaintes des rescapées
tutsies qui accusent de viols des soldats
français de l’opération Turquoise. Ou encore
celle des familles des gendarmes français
tués à Kigali peu après l'attentat du 6 avril
1994 [voir p. 11].

Une voie différente : la
justice administrative
La justice administrative ouvre une autre
voie, indépendante de la justice pénale. Des
rescapé⋅e⋅s et les associations CPCR et
Rwanda avenir, avec leur mandataire
Philippe Raphaël, ont ouvert en 2023 contre
l’État français un contentieux administratif.
En cherchant à faire juger la faute de
l’administration (plutôt que celle des
individus) pour faire reconnaître son rôle
dans le génocide, il touche aux fondements
mêmes de nos institutions.
Ce qui est reproché à l’État français ?
Livraison d’armes pendant l’embargo,
inaction face aux miliciens ou aux radios de
la haine, non­désarmement des génocidaires
pendant le génocide des Tutsi⋅e⋅s, non­
dénonciation de l’accord d’assistance
militaire de 1975 entre la France et le
Rwanda, absence de protection adéquate
des rescapé⋅e⋅s tutsi⋅e⋅s dans les camps de
réfugié⋅e⋅s, impunité des membres du GIR
en permettant leur fuite… et bien d’autres
faits encore.
Le 19 février 2026, une « audience
d’admission » au Conseil d’État a jugé cette
requête non recevable. La décision finale,
que nous n’avons pas au moment de mettre
sous presse, devrait arriver bientôt,
mais il n’y a guère de suspense, le
Conseil d’État suivant quasiment
toujours l’avis émis lors de ses
audiences préliminaires par son
rapporteur. Ce dernier a opposé à la
requête – qui demandait non pas de
mettre fin à l’immunité des « actes de
gouvernement », mais de la restreindre
– une fin de non­recevoir brutale, sans
même tenter de répondre aux
arguments des requérants. De quoi
conforter un peu plus l’impunité de
nos dirigeants, même dans les cas les
plus graves [voir p. 8].
Ainsi prend fin l’espoir placé dans la
justice administrative, dans laquelle le
Conseil d’État joue le rôle de cour de
cassation. Dans quelle démocratie
vivons­nous, où les actes du
gouvernement
ne
sont
pas
sanctionnables juridiquement, même
quand ils impliquent une complicité de
génocide ? Ne reste plus qu’à se
tourner vers la Cour européenne des
droits de l’homme, dont on peut

espérer qu’elle sera moins sensible aux
désirs d’immunité de l’exécutif français.
Après le rapport de la commission
Duclert, qui lui a été rendu en mars 2021,
Emmanuel Macron a fait entendre qu’il
n’irait pas plus loin dans la reconnaissance
du rôle de la France dans le génocide.
Vincent Duclert lui­même a d’ailleurs refusé
d’appuyer Survie dans ses recherches de
documents pour alimenter le dossier
Bisesero. À l’inverse, il a demandé à notre
association de retirer ses plaintes…
Ainsi, tant devant la justice pénale
qu’administrative, les dossiers concernant la
complicité française dans le génocide se
ferment aujourd’hui les uns après les autres.
Le secret des archives [voir p. 9] et
l’immunité juridique protègent ensemble les
gouvernants dès lors que les citoyen⋅ne⋅s
leur demandent des comptes – une
constante que l’on retrouve dans nombre
d’affaires sensibles. Plus de 30 ans après le
génocide des Tutsi⋅e⋅s au Rwanda, l’État
français n’assume ainsi toujours pas
pleinement le rôle qu’il a joué. À nous de
poursuivre le combat, inlassablement, pour
que toute la lumière soit faite.
Laurence Dawidowicz &
Claire­Emmanuelle Mercier

3 « Bisesero : éviter un déni de justice », Billets d’Afrique n°349 (été 2025).
4 « France et génocide des Tutsis : en cassation », Décolonisons n°352 (12/2025).

Décolonisons 357 - avril 2026

DOSSIER

5

6

JUSTICE

DOSSIER BARRIL :
LA TRAÎNÉE DE POUDRE QUI
NE MÈNE NULLE PART
Malgré treize ans d’instruction, la solide plainte déposée contre le mercenaire Paul Barril –
et contre X – pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité risque de ne pas être
jugée. Encore une fois, les responsables civils et militaires français restent hors d’atteinte.

L

e 24 juin 2013, les associations
Survie, la Ligue des droits de
l’homme (LDH) et la Fédération
internationale des droits humains (FIDH)
déposent une plainte avec constitution
de partie civile devant le Tribunal de
grande instance de Paris pour complicité
de génocide contre Paul Barril et contre
X. La plainte nominative porte sur des
faits de complicité de génocide et crimes
contre l’humanité dans le génocide
commis contre les Tutsi⋅e⋅s du Rwanda en
1994. La plainte contre X, elle, vise à faire
juger les complices et les commanditaires
de Barril possiblement liés à l’État
français.

Un mercenaire proche du
pouvoir français
Paul Barril est un ancien gendarme qui
a été membre puis a commandé le
Groupement d’intervention de la
gendarmerie nationale (GIGN). Il a
participé à la création de la cellule
antiterroriste de l’Élysée en 1982. Il a été
impliqué dans plusieurs affaires louches,
dont la plus connue est celle dite « des
Irlandais de Vincennes »1.
Avec son entreprise de sécurité privée
lancée à cette même époque, proposant
des interventions dites « de sécurité »
dans des pays étrangers, il commence à
travailler pour les services secrets de
l’État rwandais dès 1989 : d’abord pour
infiltrer en Europe le Front patriotique
rwandais (FPR), mouvement politique
rwandais tout juste créé en exil. Puis,
jusqu’en 1994, Paul Barril conduit
diverses missions pour le Rwanda :
formation de militaires, organisation des
services de renseignement…

Une plainte solide
La plainte initiale présente, déjà, des
éléments établissant la matérialité des
faits reprochés à l’ancien capitaine de
gendarmerie. Ils montrent en effet sans
équivoque que celui­ci a apporté un
soutien effectif au gouvernement
rwandais en train de commettre le
génocide. Le premier est précisément le
lien qui existe entre Barril et le
gouvernement rwandais dès la fin des
années 1980 et qui s’est poursuivi durant
et après le génocide. Un lien concrétisé
notamment par un contrat d’assistance
signé en mai 1994 entre Barril et le
représentant
du
Gouvernement
intérimaire rwandais (GIR) pour une
« aide sur le plan humain et matériel au
Rwanda ». L’aide en question est
détaillée à l’article 2 du contrat2 : la mise
à disposition d’une équipe de 20
hommes « spécialisés » qui auront pour
tâche, en plein génocide, d’« encadrer et
former » les hommes mis à leur
disposition par le GIR et la fourniture de
munitions pour armes lourdes et légères,
ainsi que des grenades.
La plainte présente en outre un
télégramme écrit début juin 1994 par le
préfet de la province de Kibuye, décrivant
les munitions dont ont besoin les milices
pour poursuivre les massacres sur les
collines de Bisesero. Des munitions qui
correspondent à celles mentionnées dans
le contrat Barril, ce qui établit que les
armes attendues servaient à commettre
le génocide.
La plainte montre par ailleurs que la
mission
n’a
été
réalisée
que
partiellement, indépendamment de la

volonté de Barril. On le voit ainsi dans un
courrier envoyé en septembre 1994 par
le ministre de la Défense du GIR à son
premier ministre et affirmant que les
livraisons d’armes prévues au contrat
n’ont pas été effectuées afin de ne pas
perturber l’opération Turquoise menée
par la France.
Ce même courrier atteste de la
présence de Barril au Rwanda à l’époque,
puisqu'il précise qu’un avion civil a été
loué pour que le mercenaire puisse se
rendre sur place en mai 1994. Ce qui
recoupe un témoignage, recueilli par le
tribunal pénal international pour le
Rwanda, selon lequel Paul Barril était
présent avec ses hommes dans un camp
d’entraînement des Forces armées
rwandaises (FAR) en mai 1994.
La plainte présente aussi un compte
rendu du colonel Rosier, en charge des
forces de l’opération Turquoise pour la
région sud du Rwanda, décrivant
l’échange qu’il a eu avec les ministres de
la Défense et des Affaires Étrangères du
GIR, le 25 juin 1994 : il y mentionne qu’ils
étaient en contact avec Barril. La
hiérarchie militaire de Turquoise était
donc, a minima, au courant.

Une instruction fructueuse
de la justice
L’instruction
fut
menée
minutieusement et a permis de faire
interroger tous les mercenaires ayant
participé à cette mission au Rwanda en
mai 1994 – une participation que tous
ont reconnue. Les responsables
politiques et militaires de l’époque ont
eux aussi été auditionnés. De
nombreuses pièces collectées au

1 « Les Irlandais de Vincennes : l'esbroufe des mousquetaires de l'Élysée », dans « Affaires sensibles » sur France Inter (30/10/2019).
2 Les documents cités dans cet article sont consultables sur le site web francegenocidetutsi.org, base de données sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi⋅e⋅s.

Décolonisons 357 - avril 2026

7

Un travail sans relâche
des associations
En parallèle, les parties civiles ont
poursuivi un patient travail de
recherche qui a permis de mettre à
jour la présence d’un autre mercenaire
français au Rwanda durant le génocide :
Robert Bernard Martin4. Il s’avère que
ce Robert B. Martin, mentionné dans la
plainte initiale comme la personne qui
a retiré le chèque d’acompte pour le
contrat du 28 mai 1994, ne serait autre
que Bob Denard, le tristement célèbre
« corsaire de la République » comme il
se surnommait lui­même.
La fuite de certaines archives de
l’Élysée révèle un courrier écrit par le
général Quesnot, alors conseiller
militaire de François Mitterrand, qui en
mai 1994 préconise l’emploi d’une
« stratégie indirecte » pour continuer à
soutenir les FAR en déroute face au
FPR.
Des
interrogatoires
de
responsables civils et militaires de haut
rang, menés sans réelle volonté de les
pousser dans leurs retranchements, ne
révèlent rien de plus.
Paul Barril a lui­même été interrogé :
une seule fois, en 2020. Atteint de la
maladie de Parkinson, l’homme de
maintenant 80 ans ne peut désormais
plus être présenté à la justice.

JUSTICE

domicile de Barril lors des perquisitions
menées dans le cadre de l’enquête sur
l’attentat du 6 avril 1994 par les juges
Bruguière et Trévidic ont été versées au
dossier. Elles permettent de consolider la
matérialité des faits constitutifs de la
complicité de génocide au sens du code
pénal français.
L’instruction a également mis au jour un
élément nouveau : les interrogatoires des
complices de Barril ont révélé que l’avion
civil qui a conduit Barril et ses cinq hommes
au Rwanda le 5 mai 1994 a fait escale sur la
base militaire d’Istres.
Cependant, certains verrous ne sautent
pas : malgré les demandes répétées des
parties civiles, la juge d’instruction
aujourd’hui en charge du dossier n’a pas eu
accès aux archives du conseiller militaire de
François Mitterrand, poste qui fut occupé
successivement par Jacques Lanxade, puis
Christian Quesnot. Pourtant parmi ces
archives se trouvent les courriers adressés
par ces militaires au président Mitterrand
pour lui présenter les options possibles
pour servir, selon eux, les intérêts de la
France.
De même, alors qu’il est connu que Barril
était en 1993 mis sur écoute par la DGSE
dans un autre dossier3, la juge d’instruction
n’a pas su trouver la retranscription de ces
écoutes qui pourraient contenir des
éléments importants sur les liens entre
Barril et le pouvoir exécutif en France.

Le temps comme
échappatoire
Fin 2025, alors que les complices de
Barril et Denard sont connus et encore
en vie, alors que certains des décideurs
au plus haut niveau de l’État sont eux
aussi connus et encore en vie, la juge
d’instruction propose la clôture de
l’instruction. Sans la moindre mise en
examen. Les parties civiles argumentent
pour que l'instruction continue.
Encore une fois, nous ne pouvons
que constater que la justice refuse
systématiquement de faire éclater la
vérité sur des complicités de génocide
lorsque des représentants et des
serviteurs de l’État français en sont
parties prenantes.
Martin David
3 « Paul Barril : l’ex­super gendarme piégé par les
services secrets », Libération (9/03/1995).
4 À consulter sur le site web de Survie, notre rapport
« Révélations sur l’implication de Bob Denard au
Rwanda, payé par les génocidaires via la BNP »
(01/02/2018).

LIVRAISON D’ARMES AUX GÉNOCIDAIRES : NON-LIEU LÀ-AUSSI ?

E

n novembre 2015, Survie a déposé
une plainte contre X visant de
possibles livraisons d’armes en
1994 de la France aux Forces armées
rwandaises (FAR). Des armes qui ont servi
à combattre le Front patriotique rwandais
(FPR), mais aussi à commettre le génocide
contre les Tutsis. Un des objectifs de la
plainte était de faire avancer la
jurisprudence pour que nos gouvernants
respectent leur signature du traité sur le
commerce des armes de 2014, qui interdit
l’exportation de matériels pouvant servir à
un génocide ou à tout crime de guerre.
La plainte contient un rapport de la
Mission des Nations unies pour l’assistance
au Rwanda (Minuar) en date du 22 janvier
1994. Il décrit le contenu d’un avion­cargo
provenant de France, notamment des
munitions pour mortiers, et mentionne

des autorisations d’exportation de
matériels de guerre au Rwanda de 1990 à
1994. Les dates de livraisons demeurent
inconnues, mais la livraison au premier
semestre 1994 n’a jamais été démentie.
On retrouve également dans cette
plainte le témoignage d’un colonel belge,
Luc Marchal, affecté à la Minuar, selon
lequel trois avions militaires français ont
livré des caisses de munitions de mortiers
destinées aux FAR dans la nuit du 8 au 9
avril 1994. Ou encore une note de la
Direction des affaires stratégiques du
ministère de la Défense, rédigée en février
1995, qui évoque la poursuite des
livraisons d’armes aux FAR jusqu’en juillet
1994. Sans oublier les déclarations de trois
ministres français de premier plan (Debré,
Kouchner, Védrine) qui confirment les
livraisons d’armes en 19941.

L’État français, averti des risques de
génocide, puis du génocide, a ainsi livré
des armes à ceux qui le commettaient. Et
ce en violation de l’embargo des Nations
unies, décrété dans la résolution du 17 mai
1994 qui dénonce le caractère génocidaire
des massacres en cours.
En décembre 2025, après dix longues
années où juges comme enquêteurs n’ont
montré aucun empressement, la clôture de
l’information judiciaire a pourtant été
prononcée.
Katell Gueguen
1 « Rwanda: la France est visée par une plainte pour
complicité de génocide », Mediapart (3/11/2015). Et
sur survie.org : « La France livre des armes aux
génocidaires », troisième épisode d’une série de
cinq vidéos présentant témoignages et documents
secret défense récemment déclassifiés attestant de
la complicité de la France au Rwanda.

Décolonisons 357 - avril 2026

ENTRETIEN

8

L’IMMUNITÉ DE L’ÉTAT
FRANÇAIS ET SON CADRE
LÉGAL
La justice pénale française rechigne à faire reconnaître et sanctionner la complicité de l’État
français dans le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994. Une approche fondamentalement
différente a donc été tentée par la société civile : la justice administrative.

E

n 2023, une vingtaine de rescapé⋅e⋅s
et de membres de familles de
victimes, soutenus par deux
associations, le Collectif des parties civiles
pour le Rwanda (CPCR) et Rwanda avenir,
ont déposé une requête devant la justice
administrative française visant les différents
actes de l’État français pouvant être poursui­
vis pour complicité de génocide au Rwanda
en 19941. Pourquoi la justice administrative ?
Parce que, tandis que la justice pénale
sanctionne les auteurs de crimes ou de
délits, la justice administrative tranche les
conflits qui opposent une personne (ou une
organisation) à l’administration. Elle peut
faire annuler un acte illégal d’une institution
publique ou de l’État ; et éventuellement,
comme dans cette requête, demander une
réparation pour les conséquences de cet
acte. On en discute avec le mandataire des
requérant⋅e⋅s , Philippe Raphaël.
Trois ans après, où en est cette requête ?
Philippe Raphaël : Début 2023, les
requérants ont écrit au gouvernement
français pour demander réparation. Le
gouvernement n’a pas répondu : deux mois
de silence équivalent à un refus, nous avons
attaqué ce refus devant le Tribunal
administratif de Paris. L’audience a eu lieu le
24 octobre 2024. Le tribunal a rejeté la
requête en se déclarant incompétent, du fait
que les décisions et actes en cause
constituent des « actes de gouvernement ».
Cette notion ne vient pas de la loi, encore
moins de la Constitution. C’est la justice
administrative (plus précisément le Conseil
d’État, qui est sa cour la plus élevée) qui,
d’elle­même, refuse de juger certains actes

politiques. Notamment les décisions de
politique internationale qui engagent l’État
français. Comme la justice refuse de
restreindre les pouvoirs de l’exécutif en la
matière, celui­ci n’a pas de comptes à
rendre.
Nous avons fait appel, et la Cour
administrative d’appel a tenu une audience
rapidement, dès le 7 mars 2025. L’audience a
été brève et a abouti à un rejet similaire.
Vous avez fait un recours devant le
Conseil d’État, pouvez­vous nous en
parler ?
Nous avons déposé un mémoire au
Conseil d’État pour faire casser le refus de la
Cour d’appel. En effet, notre requête porte
sur des décisions et actes de l’État français
liés à des crimes contre l’humanité ou
crimes de génocide, en l’occurrence lors du
génocide contre les Tutsi⋅e⋅s. Or la France a
signé la Convention de 1948 pour la
prévention et la répression du crime de
génocide.
Le recours pose trois questions juridiques
principales. D’abord, les actes constitutifs de
complicité de génocide relèvent­ils de la
normalité des actes de gouvernement ?
Ensuite, est­ce à l’exécutif d’en décider ?
Enfin, tout acte émanant de l’organe
militaire est­il juridiquement intouchable par
principe ?
Les décisions et actes de l’État français
dans le cadre de ses relations internationales
sont totalement protégés, inattaquables
devant la justice. Sauf en cas de faute de
personne ou de faute de service, par ceux
qui en sont responsables – leurs actes sont
alors « détachés » de la responsabilité de

l’État et ces actes­là peuvent être poursuivis,
donnant droit à réparation des préjudices
devant la justice administrative.
Par exemple, si l’opération Turquoise était
considérée comme humanitaire, le cadre
légal dans lequel elle s’est déroulée serait
alors le droit humanitaire ; les actions des
militaires devant en appliquer les principes,
règles et obligations comme les
interdictions. Les actes et non­actes des
militaires devraient en conséquence être
regardés comme détachables et détachés
des actes de gouvernement. Ce serait une
première : des actes et non­actes commis
par des militaires cesseraient ainsi de
bénéficier d’une complète immunité
juridique par principe.
Mais le 16 juin 1994, ce que le chef d’état­
major des armées, l’amiral Lanxade,
transmet au ministre de la Défense, c’est
bien un « Mémoire sur une opération
militaire au Rwanda », opération qui prendra
le nom de « Turquoise » et débutera le 22
juin 19942. Elle ne déploie initialement
aucun moyen médical humanitaire pour
soigner la population visée par le génocide ;
sa petite antenne chirurgicale d’urgence
visait à prendre en charge d’éventuels
soldats français blessés au combat3.
Or, l’accord militaire d’assistance
technique aux Forces armées rwandaises
(FAR) de 1992 est resté formellement en
vigueur pendant tout le génocide4. L’armée
française, en soutenant les FAR, soutenait un
gouvernement génocidaire. Ainsi, si
Turquoise était considérée comme une
opération militaire, cela entraînerait la
reconnaissance juridique de la complicité de
génocide.

1 « L’État français face à la justice administrative », Billets d’Afrique n°346 (04/2025).
2 Amiral Jacques Lanxade, lettre au ministre de la Défense François Léotard, en accompagnement du « Mémoire sur une opération militaire au Rwanda », non datée
[probablement le 16 juin 1994].
3 Procès Boudiguet contre Pons et Rigal, TGI de Paris, 17ème chambre, 2/09/2016. Voir « Turquoise sans masque », Billets d’Afrique n°261 (10/2016).
4 Arrêt Cussac du conseil d’État, 165521, 26/07/1996.

Décolonisons 357 - avril 2026

Est­ce que la justice dédouane l’État de
toute responsabilité ?
En 2023 et 2024, des arrêts du Conseil d’État
ont déterminé des conditions et critères pour
que, même du fait d’actes de gouvernement
non détachables des relations internationales,
on puisse parler de « responsabilité sans faute »
de l’État. Cela fait penser à la célèbre expression
« responsable mais pas coupable », et au moins
cela peut ouvrir droit à des réparations.
Nous ne nous sommes pas appuyés sur ces
arrêts. En effet, en ce qui concerne l’implication
de la France au Rwanda lors du génocide des
Tutsi⋅e⋅s, nous affirmons qu’il y a eu faute, et il
est important que cela soit reconnu.
Lors de l’audience du 19 février 2026, le
rapporteur a répondu à une question… que
nous ne posions pas ! En deux minutes, il a
rejeté une requête demandant la disparition de
la théorie des actes de gouvernement.
Sauf que vous ne demandez pas la
disparition de la notion d’« actes de
gouvernement »…
Effectivement, il ne s’agit pas de les faire
disparaître, ce qui remplacerait l’État de droit

par un « gouvernement des juges » qui auraient
tous les pouvoirs. Mais il faut au moins redéfinir
exactement cette notion, pour respecter la
conception française de séparation des
pouvoirs telle qu’elle est définie dans la
Constitution de 1958.
En effet, actuellement, c’est l’exécutif qui
apprécie s’il s’agit d’actes de gouvernement, il
est ainsi juge et partie. Et même, en
l’occurrence, ce transfert du pouvoir de juger
s’opère au profit de l’armée. Or cela doit être
au juge d’apprécier les principes, périmètres,
contenus et critères de l’immunité des actes de
gouvernement.
Nous espérions par cette requête un
ajustement des spécifications de la théorie des
actes de gouvernement. À l’heure où nous par­
lons, le rapporteur a donné une orientation,
nous n’avons pas encore la décision du Conseil
d’État. Est­ce que le génocide est dans la
normalité ? C’est au Conseil d’État d’en ré­
pondre.
Propos recueillis par
Laurence Dawidowicz

ACCÈS AUX ARCHIVES : SECRET ET IMPUNITÉ

L

e collectif Secret­défense ­ un enjeu
démocratique1, dont fait partie
Survie, dénonce depuis 2017 la façon
dont les gouvernements français se
protègent contre le contrôle par les juges
ou les citoyens. Environ cinq millions de
documents, dont la majorité n’ont rien à
voir avec l’armée, sont aujourd’hui classifiés
dans notre pays.
L’armée a établi un inventaire de ses
fonds liés au Rwanda. Elle a tenté pendant
quinze ans de dissimuler son existence,
mais Mediapart a réussi à le publier en
20212. En se basant sur les titres de dossiers
listés dans cet inventaire, on estime que le
Service historique de la Défense (SHD) de
Vincennes abrite une centaine de milliers
de documents sur le sujet. En 2015 et 2021,
l’Élysée a annoncé des ouvertures
d’archives. La seconde a été importante en
volume : plusieurs milliers de documents
concernés… ce qui reste une petite
fraction du total.
Grâce à l’inventaire (et donc aux cotes)
des dossiers, plusieurs citoyen⋅ne⋅s ont
enfin pu demander l’autorisation d’en
consulter. L’un d’entre eux, ballotté par
l’armée de refus en autorisations retirées, a
fini après plus d’un an par pouvoir

consulter les archives du lanceur d’alerte
René Galinié, attaché militaire français au
Rwanda avant le génocide. Tous les autres
se sont heurtés à des refus. Pourtant, la
consultation est un droit constitutionnel, et
le refus devrait être limité à des exceptions
dûment motivées.
Pour refuser, l’armée invoque des
formules passe­partout – comme « Votre
demande n’est pas légitime », « La
communication de ces dossiers porterait
une atteinte excessive aux intérêts
protégés par la loi », voire « Votre demande
a été égarée » – ou use simplement de
délais de réponse abusifs – deux ans et
demi au lieu de deux mois. Même quand
des archivistes du SHD ont aidé à formuler
la demande de consultation, il est arrivé
que la hiérarchie réponde « Votre demande
est refusée car les documents demandés
ne se rapportent pas à votre recherche »,
ou que la demande est trop volumineuse,
ou encore que le demandeur ne pourrait
pas tirer parti d’une déclassification trop
partielle. La réponse la plus cocasse
invoque le secret sur les armes de
destruction massive3.
Il y a déjà plus de cinq ans, un journaliste
et deux membres de Survie ont déposé un

recours devant le Tribunal administratif.
Celui­ci n’a pas exercé son droit (et devoir)
de contrôler les dires de l’armée, qui reste
ainsi à la fois juge et partie. Ces requêtes
sont désormais dans les mains du Conseil
d’État… Pour combien de temps encore ?
Elles concernent notamment les ordres
donnés par l’état­major parisien aux
troupes de l’opération Turquoise à propos
des Tutsis en train d’être massacrés à
Bisesero : les juges ont renoncé à accéder à
ces archives­là alors même que les
membres de la commission Duclert, choisis
par l’Élysée, avaient, eux, reçu l’habilitation
secret­défense qui leur aurait permis de
consulter ces documents s’ils l’avaient
souhaité4. D’autres de ces archives portent
sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion
du président rwandais [voir p. 10].
François Graner
1 https://collectifsecretdefense.fr/
2 « France­Rwanda : des archives militaires françaises
toujours au secret », Mediapart (3/03/2021).
3 Cotes GR 1 K 715/17, 26, 58, 59 refusées au
fondement du II de l’article L. 213­2 du Code du
patrimoine.
4 « Archives militaires sur le Rwanda : malgré les
promesses, le verrou n’a pas sauté », Mediapart
(19/12/2021).

Décolonisons 357 - avril 2026

ENTRETIEN

9

10

ANALYSE

ATTENTAT DU 6 AVRIL 1994 AU RWANDA

LES EXTRÉMISTES HUTUS…
ET LA FRANCE ?
Des extrémistes hutus coulent des jours tranquilles en France. Bénéficient­ils d’une
protection parce qu’ils connaissent de lourds secrets franco­rwandais concernant l’attentat
du 6 avril 1994 contre le président Habyarimana ? Retour sur une affaire toujours non
élucidée.

E

ntre 1962 et 1964, dans le Rwanda
nouvellement indépendant, l’école
d’officiers forme ses trois premières
promotions. Y figurent des noms que l’on
retrouvera plus tard : Juvénal Habyarimana,
Laurent Serubuga, Théoneste Bagosora,
Pierre­Célestin Rwagafilita. Ce sont des
extrémistes hutus venant du Nord­Ouest du
Rwanda, qui forment un cercle autour de
deux personnes prestigieuses : Agathe
Kanziga et son frère aîné Protais
Zigiranyirazo. En 1963, Kanziga et
Habyarimana se marient.
Ce cercle accède aux affaires en 1973 en
renversant le président en place (un Hutu
du Sud, soutenu par la Belgique) pour le
remplacer par Habyarimana, avec le soutien
de la France. Il s’arroge les leviers du
pouvoir et met en coupe réglée l’économie
du pays et ses divers moteurs – notamment
l’aide étrangère, les investissements
étrangers et les exportations agricoles.
En 1987, l’ambassadeur de France à Kigali
décrit le Rwanda comme une « poudrière
contenue
par
le
service
de
1
renseignements » . Habyarimana est fragilisé
par la contestation interne et la crise
économique. Ses compagnons le défient.
Selon l’ambassadeur de France, la tentative
(manquée) de coup d’État du 1er janvier
1989, pilotée par Serubuga qui commande
désormais l’armée rwandaise, et Rwagafilita
qui commande la gendarmerie, est leur
« troisième du genre au cours des neuf
derniers mois »2.

Prêts à tout pour garder
le pouvoir
En 1990, la rébellion du Front patriotique
rwandais (FPR, à dominante tutsie) rebat les
cartes. Contre ces boucs émissaires, le petit
cercle ravive l’idéologie des extrémistes
hutus. Dans la nuit du 4 au 5 octobre 1990,
une fausse attaque est destinée à faire croire
que des éléments infiltrés du FPR ont
attaqué Kigali. C’est le prétexte à
l’arrestation d’environ 10 000 Tutsi⋅e⋅s.
Provisoirement, Habyarimana retrouve une
utilité pour ce cercle, qui souhaite faire
derrière lui l’union des Hutus de toutes les
régions, et pour la France, qui s’implante
militairement afin d’arrêter le FPR.
Lors d’une réunion de travail avec le
général Varret, responsable de la
coopération militaire française, Rwagafilita
demande des armes lourdes pour ses
gendarmes ; c’est afin de liquider
complètement les Tutsi⋅e⋅s, précise­t­il à
Varret en aparté3. Serubuga se réjouit de
cette attaque du FPR, car elle sert de
justification aux massacres des Tutsi⋅e⋅s, et il
commence
à
les
expérimenter
ponctuellement à partir de 1991. Début
1992, il se renseigne sur l’achat de missiles
sol­air.
Or, courant 1992, Habyarimana laisse le
multipartisme
s’installer.
Bagosora,
Serubuga, Rwagafilita voient leur étoile pâlir,
leurs fonctions diminuer. Ne supportant pas
leur mise à l’écart, ils développent des
médias de la haine. Selon des témoins, que
la Direction générale de la sécurité

extérieure (DGSE) française prend au
sérieux4, Zigiranyirazo et Kanziga sont les
cerveaux d’un réseau (surnommé « réseau
Z » ou « réseau Zéro », voire « Akazu » – qui
signifie « petite maison »). Il inclut les
« colonels de Madame » : Bagosora,
Serubuga, Nkundiye et Nsengiyumva. Il
fomente des troubles et organise des
escadrons de la mort. Début 1993,
Habyarimana commence à demander à la
France de l’aider à quitter le pouvoir en
toute sécurité, et les dirigeants français ne le
considèrent plus comme un relais fiable.
Les accords d’Arusha, en août 1993,
scellent l’entente entre les démocrates, des
clans de Hutu⋅e⋅s du Sud et des Tutsi⋅e⋅s. Ils
marginalisent les extrémistes hutus du Nord­
Ouest ; les troupes françaises, à contrecœur,
doivent quitter le Rwanda. Lorsque des
Tutsis assassinent le président hutu du
Burundi voisin, les extrémistes hutus
rwandais font monter les peurs et les
tensions. Armant leurs milices et les excitant
aux meurtres de Tutsi⋅e⋅s, ils mettent tout en
œuvre pour torpiller la mise en place des
institutions issues des accords.

Un attentat dans la nuit
C’est dans ce contexte que, le 6 avril
1994 vers 20h30, le président Habyarimana
est tué : son avion est abattu par un
missile. Qui a tiré ? Cela n’a pas été élucidé.
Dans les 24 heures qui suivent, les
extrémistes hutus assassinent leurs
opposants politiques et commencent le
génocide des Tutsi⋅e⋅s. Par ailleurs ils

1 Télégramme diplomatique Kigali, 21 mars 1987. Sauf mention contraire, tous les documents cités sont disponibles sur francegenocidetutsi.org.
2 Télégramme diplomatique Kigali, 10 janvier 1989.
3 Rwagafilita à Varret : « Nous sommes en tête­à­tête, entre militaires, on va parler clairement. Je vous demande ces armes car je vais participer avec l’armée à la liquidation
du problème. Le problème, il est très simple : les Tutsis ne sont pas très nombreux, on va les liquider. » À écouter : « Génocide au Rwanda : le général Jean Varret parle d’une
“faute” et d’une “responsabilité” de la France », France Culture (14/03/2019).
4 DGSE, fiche n° 19404/N, « Hypothèse du Service sur les responsabilités de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana », 22/09/1994. Cette note de synthèse rassemble
une grande partie des informations indiquées dans le présent texte.

Décolonisons 357 - avril 2026

tentent d’accuser le FPR d’avoir commis
l’attentat. Or celui­ci ne donne aucun signe
de réaction rapide qui indiquerait qu’il s’y
serait préparé5. Seul le bataillon FPR
cantonné à Kigali dans le cadre des Accords
d’Arusha, bombardé le 7 avril au matin par
la garde présidentielle, sort en fin d’après­
midi pour affronter cette unité d’élite.
Comme le relèvent les services de
renseignement français, les troupes du FPR
stationnées dans le nord du Rwanda se
mettent en marche le 9 avril suite à la
généralisation des massacres commis par
les extrémistes hutus ; les premières unités
« arrivent aux lisières nord de Kigali » le
10 avril6.
Un témoin rwandais, auditionné par la
justice belge, accuse les extrémistes hutus,
dont nommément Serubuga et Rwagafilita,
d’être des commanditaires de l’attentat7.
Cette hypothèse est jugée plausible et
cohérente par la DGSE, qui souligne
l’intense activité déployée par Bagosora
dans les heures avant et après l’attentat.
Mediapart8 relève que Serubuga était le
co­propriétaire d’une usine qui a cessé son
activité en février 1994, et dont la garde a
été confiée à un militaire rwandais, alors
qu’à la même période l’armée rwandaise
interdisait la zone aux promeneurs9. Or
cette usine aurait pu servir à abriter des
hommes et du matériel en vue de
l’attentat. Certains témoins affirment que le
missile est parti d’un point qui est proche
de l’usine. Un emplacement plat, dégagé,
accessible, doté d’une bonne visibilité.

Dans les deux cas, la probabilité que le FPR ait
pu y installer discrètement des hommes et du
matériel existe, mais est faible10.
Des enquêteurs belges, rwandais,
britanniques et français ont abordé cette
question, en se basant sur ce que des témoins
ont vu ou entendu et sur d’autres données
fragmentaires. Les experts français,
notamment, ont tenu compte des données
liées à la physique : vitesse de propagation et
amplitude du son lié au départ du missile,
vitesse de propagation du missile, et son
impact sur l’avion. Leur rapport, remis au juge
français Trévidic, conclut en écartant les
possibilités que le missile soit un Mistral de
fabrication française (ils privilégient le SAM
russe, voire le Stinger états­unien) et qu’il ait
été tiré depuis les abords de l’usine.
Avec un collègue physicien, nous avons
réexaminé en profondeur les méthodes de
ces enquêteurs, et rédigé un article détaillé
qui étudie la précision de leur conclusion11.
Au­delà de la qualité indéniable de leur travail,
il me semble que leur conclusion est trop
affirmative. Le tir d’un missile Mistral depuis
les abords de l’usine de Serubuga me paraît
compatible avec les données existantes, et
être même une hypothèse probable.

Cela remettrait sous les projecteurs la
possible implication d’extrémistes hutus ainsi
que d’exécutants français, qu’ils soient
mercenaires ou de l’armée régulière. Et
même l’hypothèse de décideurs français –
hypothèse non prouvée, mais cohérente, que
ce soit sur le plan matériel ou politique12. De
quoi éclairer d’une nouvelle lumière tous les
embarras français sur la question, les
dissimulations, le peu d’empressement de la
justice à rechercher les auteurs13. Sans parler
des pressions sur les familles de deux
gendarmes français assassinés peu après
l’attentat (peut­être parce qu’ils ont été
témoins d’éléments gênants), et des
falsifications grossières de leurs certificats de
décès14.
Est­ce que tout cela pourrait expliquer
pourquoi Laurent Serubuga coule des jours
tranquilles dans le nord de la France, sans être
mis en examen ? Et quid d’Agathe Kanziga,
dont le Conseil d’État a refusé de régulariser
le séjour en France à cause de son rôle dans le
génocide, et qui malgré tout n’est toujours
pas expulsée ?
François Graner

Une enquête toujours
à mener
Le lieu de départ du missile ne fait
cependant pas l’objet d’un consensus. Les
lieux invoqués par les divers témoins sont soit
dans les environs d’un camp militaire de
l’armée rwandaise, soit (dans le cas de l’usine)
à quelques centaines de mètres d’un point de
contrôle routier tenu par cette même armée.
5 « Le négationnisme dans tous ses états », Billets d’Afrique n°336 (05/2024) et 337 (06/2024).
6 Direction du Renseignement militaire, fiche « Objet : Les forces armées rwandaises (FAR) sont dans une situation difficile », 2/05/1994.
7 Déposition de Jean Birara devant l’auditorat militaire belge, 26/05/1994.
8 « L’attentat du 6 avril 1994, déclencheur du génocide des Tutsis : le scandale d’un crime sans coupable », Mediapart (6/04/2024).
9 Audition du Dr Massimo Pasuch, 20/10/2011.
10 Ni les témoins, ni les enquêteurs n’ont suggéré que le missile ait pu être tiré depuis l’intérieur même de l’enceinte du camp militaire, ce qui disculperait évidemment le FPR.
Certains commentateurs mal informés ont fait cette confusion.
11 « Inference accuracy about an aircraft crash », par François Graner et Stefano Panebianco, à paraître dans American Journal of Physics. Cet article est commenté et expliqué
dans « Attentat du 6 avril 1994 au Rwanda ­ L’enquête rebondit ? », à lire sur survie.org (03/2026).
12 « L’attentat du 6 avril 1994 : l’hypothèse de tireurs et/ou décideurs français vue à travers les textes des officiers français », La Nuit rwandaise n° 8 (04/2014).
13 « L’attentat contre l’avion du président Habyarimana » (pages extraites de Raphaël Doridant et François Graner, L’État français et le génocide des Tutsis au Rwanda, Agone/
Survie, 2020), disponibles sur survie.org.
14 « Plainte déposée pour élucider le meurtre d’Alain et Gilda Didot et René Maïer, potentiels témoins de l’attentat du 6 avril 1994 au Rwanda », survie.org (9/04/2024).

Décolonisons 357 - avril 2026

ANALYSE

11

12

ACTUALITÉ

À MADAGASCAR, LA FRANÇAFRIQUE
NE PERD PAS DE TEMPS
Après s’être compromise avec l’ancien pouvoir, chassé par la rue en octobre 2025, la France
cherche désormais à rester en grâce et à conserver sa position historique dans
la Grande Île.

E

n exfiltrant, le 12 octobre 2025, l’ex­
président de Madagascar chassé par
des semaines de mobilisation
populaire1, Emmanuel Macron prenait un
gros risque : celui d’être définitivement perçu
comme ennemi de la jeunesse du pays, mais
aussi du nouveau pouvoir malgache. Or, pour
la France, la Grande Île est un partenaire à la
fois historique et incontournable dans une
zone géographique sensible, proche des îles
de La Réunion et de Mayotte et du très
stratégique canal du Mozambique.
En face, le colonel Michaël Randrianirina,
président de la Refondation de la république
de Madagascar, et les nouvelles institutions
qu’il dirige doivent se démarquer du
gouvernement précédent pour répondre au
désir de changement qui les a menés au
pouvoir. Mais ils souhaitent aussi gagner une
crédibilité internationale et éviter d’être
considérés comme issus d’un coup d’État.
Randrianirina cherche donc à diversifier ses
partenariats… tout en affirmant sa fidélité à
la France (qui reste aussi, ne l’oublions pas,
l’un des principaux bailleurs du pays).

Jouer le chaud et le froid
En accordant une interview à la chaîne
Russia Today le 26 novembre 2025,
Randrianirina semble d’abord indiquer une

volonté de privilégier la Russie comme
partenaire international. Mais trois jours plus
tard, le colonel­président s’entretient par
téléphone avec le président Macron, et le 5
décembre, accorde une interview à France
24. Le message est clair : si la France souhaite
conserver sa position, ce ne sera pas gagné
d’avance. Elle devra désormais jouer avec
subtilité.
Le 24 février, le président malgache est
ainsi accueilli à l’Élysée quelques jours
seulement après avoir été reçu avec faste au
Kremlin. Un simple déjeuner de travail avec
Emmanuel Macron, à l’issue duquel sort un
communiqué de presse diplomatiquement
lisse où « les deux Présidents réaffirment
leur engagement pour un partenariat
renouvelé, équilibré et résolument tourné
vers l’avenir, fondé sur le respect mutuel et
orienté vers des résultats concrets au
bénéfice de leurs populations respectives ».
Cependant, au moins deux dossiers
importants pour les intérêts économiques
français sont actuellement dans l’impasse : le
téléphérique d’Antananarivo (dont le chantier
est assuré notamment par Colas et Poma) est
bloqué et le barrage de Volobe (EDF), dont le
contrat a été conclu en avril 2025, est retardé,
voire remis en cause.

La Russie pas seule
concurrente
La Russie place ses pions à Madagascar,
particulièrement dans le domaine de la
sécurité, mais elle n’est pas la seule. Les États­
Unis, déjà très influents dans le pays, ont
d’importants projets miniers à Ampasindava
et Base Toliara. Et la Chine projette la
construction d’un complexe industriel qui
représenterait plus de 10 milliards de dollars
d’investissements et jusqu’à cent mille
emplois. Le protocole d’accord a été signé le
6 février.
Le prochain sommet « Africa Forward », co­
organisé par la France et le Kenya à Nairobi
les 11 et 12 mai, pourrait offrir une occasion
pour Paris de se repositionner. L’invitation de
Randrianirina à ce rendez­vous, conçu pour
favoriser les « partenariats entre l’Afrique et
la France pour l’innovation et la
croissance », avait été un temps suspendue,
mais le président malgache l’a finalement
reçue à l’occasion de son passage à l’Élysée.
Le jeu stratégique entre Paris et Antananarivo
se poursuit.
Danielle Olgati­Trocmé

1 « À Madagascar, la Gen Z contre la Françafrique »,
Décolonisons n°353 (12/2025).

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Décolonisons
357
- avrildues
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