Citation
1.2. === Le deuxième cercle ===
Les personnes qui le forment manifstent un attachement
prononcé à la réussite du processus de libéralisation politique
actuellement en cours. Cependant, les raisons de cette louable
option ne sont pas toutes désintéressées. En effet, leur oppo-
sition au premier cercle tient autant du regret de ne pas en être
que de la constatation de sa sclérose nuisible au pays. On
compte, en son sein, de nombreux officiers comme les colonels
Ndindiliyimana (ministre chargé des questions de sécurité et de défense), Rusatira (secrétaire général de la défense nationale)
ainsi que quelques ministres marginalisés comme celui de la
justice, Nsanzimana et, à moindre titre, celui des affaires
étrangères Bizimungu.
Page deux
Peu influent à cause de son manque d'homogénéité et de force,
il semble se positionner "en réserve de la République" espérant
constituer un recours éventuel grâce à son expérience évidente et
sa sagesse affichée. dans ce but, il entretient de bonnes rela-
tions avec le troisième cercle qui pourrait le soutenir.
1.3. === Le troisième cercle ===
Il est constitué par:
- une grande partie des jeunes officiers supérieurs qui, à
l'occasion de la guerre, ont eu enfin des responsabilités dans
les états-major et à la tête des bataillons.
- l'élite intellectuelle et technique (magistrats, professeurs,
médecins, économistes, ingénieurs, juristes,...) exerçant dans
l'administration ou hors d'elle, des fonctions indispensables
à la vie socio-économique du pays.
De plus en plus nombreux, ses tenants se réunissent dans les
"cabarets" mais cultivent l'anonymat par crainte des réactions
des caciques du premier cercle : certains d'entre eux, en effet,
considérés comme dangereux par ces derniers, auraient été exclus
de la fonction publique ou auraient perdu une partie de leur
clientèle professionnelle, dissuadée de les fréquenter. Tout
indique cependant qu'ils sont actifs, s'organisent en clubs de
réflexion et attendent la création officielle des partis pour y
adhérer et intervenir. Le colonel Nsabimana, chef du secteur
opérationnel du Mutara, et le commandant K..., chef du bureau
renseignements au ministère de la Défense, seraient des leurs.
Généralement légitimistes, excluant toute forme de violence
mais aussi tout interdit, y compris la négociation avec les
Inkotanyi qu'ils jugent envisageable "après qu'ils aient déposé
les armes", ils ont le souci de se préparer à servir le "Rwanda
nouveau", sous l'autorité du président Habyarimana. Toutefois
leur attachement à sa personne va déclinant. Ils commencent, en
effet, à lui reprocher de ne pas se situer au-dessus des partis
et de rester prisonnier de son entourage immédiat (le premier
cercle).
II === Les oppositions démocratiques en voie d'organisation ===
2.1. === Les oppositions intérieures ===
Jusqu'à la guerre d'octobre totalement inexistantes dans
l'expression parce qu'étouffées méthodiquement par les structures
du parti unique et la surveillance appuyée du service central de
renseignements (S.C.R.), elles tentent aujourd'hui d'émerger, à
la faveur de la promulgation de la nouvelle constitution et de la
loi sur les partis.
D'ores et déjà, hormis le M.R.N.D. dont il a été question
plus haut et qui participe directement du régime en place, plu-
sieurs formations se sont manifestées. Toutefois seules les trois
premières semblent être en mesure de constituer des forces
politiques réelles :
2.1.1 === Le mouvement démocratique républicain (M.D.R.) ===
Il ressuscite l'ancien M.D.R. PARMEHUTU, triomphateur en 1959
de la dynastie tutsie et fondateur de la Première République
rwandaise. Il passe pour soutenir l'esprit de revanche des hutus
du Sud qui ont été écartés du pouvoir en 1973. Ceci semble être
attesté par l'évocation régulière de la mort dans des conditions
controversées du président Kayibanda et de plusieurs dignitaires
de son entourage, disparus dans l'établissement des dirigeants
actuels. Son fief reconnu est la région de Gitarama. Apparemment
dirigé par Faustin Twagiramungu, industriel local, il a l'appui
de Thaddée Bagaragaza, président de l'Assemblée nationale de la
Première République. Son programme n'est pas encore clairement
exposé. En effet, probablement en raison de son option rétro-
grade, il se contente actuellement d'appeler à la restauration
des valeurs du régime précédent, en insistant certes sur le
multipartisme et le jeu démocratique, mais en n'écartant pas
la conservation des quotas ethniques en faveur des Hutus. Il est
généralement crédité de 30 à 35 % des intentions de vote. Pour
autant que cela puisse être estimé.
2.1.2. === Le parti social démocrate (P.S.D.) ===
Il a popur chefs de file deux anciens ministres de l'actuelle deuxième République : Félicien Gatabazzi, plusieurs fois en
poste de 1977 à 1987 et Frédéric Nzamurambaho, chargé de l'agri-
culture de 1977 à 1986. Plus modéré que le M.D.R., s'appuyant
principalement sur les Hutus du Sud et de l'Est (préfectures de
Cyangugu, Butare, Gikongoro et Kibungo), ce parti, dont le
programme est essentiellement libéral, propose une alternative à
la querelle entre le M.D.R. et le M.R.N.D. et aux réglements de
comptes entre les revanchards de la Première République et les
responsables de la Seconde. Il prone une véritable démocratie,
qui fasse place, indistinctement, à l'égalité des chances et au
mérite, sans négliger l'indispensable solidarité entre les natio-
naux. Il estime pouvoir actuellement compter sur 20 à 25 % des
intentions de vote.
Ce dernier parti serait prêt éventuellement à créer une
fédération comprenant plusieurs nouvelles formations afin de
faire contrepoids au M.R.N.D. nouvelle formule.
2.1.3. == Le parti démocrate chrétien (P.D.C.) ===
Conduit par une personne du nom de Jean-Népomuscène
Nayinzira, il s'est distingué récemment en dénonçant les
manoeuvres du régime du président Habyarimana pour freiner,
voire pour fausser, le jeu démocratique. Il n'a pas fait connaî-
tre encore de programme défini et son influence présente ne peut
encore être appréciée. Ce pendant, son inspiration religieuse
pourrait trouver un certain écho dans une population largement
christianisée, pour peu que le clergé le soutienne.
2.1.4. === Les cinq autres partis ===
Le "Parti libéral", "l'union des ethnies rwandaises",
"l'union populaire rwandaise", "le parti pour l'union des
ethnies", "le parti socialiste rwandais" ont fait connaître
leur existence et ont diffusé un ou deux tracts, mais aucun
d'entre eux ne semble pouvoir obtenir une audience suffisante poyur compter réellement.
Signé: colonel Galinié - (à suivre) 190800./.
Klein