Fiche du document numéro 27478

Num
27478
Date
Vendredi 28 mars 1997
Amj
Auteur
Fichier
Taille
733641
Pages
7
Sur titre
Commission spéciale Rwanda
Titre
Audition du lieutenant-général J. Charlier
Nom cité
Fonds d'archives
VdM
Type
Audition judiciaire
Langue
FR
Citation
1 ..25
·'

COM-R

'

SENAT DE BELGIQUE
SESSION ORDINAIRE

1996-1997

Commission spéciale Rwanda

COMPTE RENDU ANALYTIQUE
DES AUDITIONS

Vendredi 28 mars 1997

SOMMAIRE
AUDITION DU LIEUTENANT-GENERAL
J. CHARLIER
(Orateurs: Lt.-gén. Charlier, MM. Destexhe, Jonckheer,

Mahoux, Verhofstaàt,

Caluwé, Hostekint

Mme Willame- Boonen.)

.Le Compte rendu analytique des auditions

qui se déroulent

à huis clos

est distribué uniquement aux membres de la commission

et

SENAT DE BELGIQUE .; 28 iv1ARS 1997
264

COMMISSION SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

PRESIDENCE

DE M. SWAELEN,

PRESIDENT

La réunion est ouverte à 10 h 10 m.

AUDITION
DU LIEUTENANT·GENERAL

J. CHARLIER

M. le Président. - Entre la décision du gouvernement
du 19 novembre et l'assassinat des dix paracommandos, le
ministre de la défense nationale a-t-il été informé des
différents problèmes liés au mandat, en matière de munitions, d'hébergement, etc? Que pensez-vous de ces multiples problèmes domestiques qui ont entraîné ds dysfonctionnements?
Etiez~vous au courant de l'envoi discret de munitions
non autorisées à Klgali ?
.
Quelles relations établissez-vous entre la campagne antiBelge et l'assassinat des paras?
, possibilité d'un échec des accords d'Arusha ayant été
. .quée, quelles instructions avez-vous données en cas de
.uation explosive?
Partagez-vous le point de vue selon lequel la MIl\JUAR
aurait dû être composée de policiers plutôt que de paras?
Lt-gén. Charlier. _ En ce qui concerne le partage des
responsabilités en matière de défense et de forces armées,
je considère que la responsabilité est indivisible.

transmis au ministre. La partie relative aux troupes ne fait
pas l'objet d'un document de synthèse car il s'agit surtout
de décisions ponctuelles. Mais parfois;' il Y a des choses
Importantes.
.
Le contenu du document journalier est, selon les b~soins,
communiqué au ministre. il faut savoir que le porte-parole
du ministère de la défense assiste à la réunion quotidienne.
Ce porte-parole. qui est un officier,a été mis en place parle
ministre car il y avait eu des problèmes de communication
dans le passé. Il est donc chargé de la coordination des
informations. il y avait également une réunion hebdomadaire au ministère des affaires étrangères.
Si des choses importantes se passaient; je téléphonais
moi-même au chef de cabinet qui agissait de la même façon
à mon égard.
Nous pouvions ainsi coordonner nos décisions. Parfois,
je donnais moi-même l'information directement au
ministre. De 1992 jusqu'au moment où j'ai quitté mes
fonctions, rares ont été mes rencontres avec lui où il n'a
pas été question d'une revue des opérations. Je n'ai jamais
eu l'impression qu'entre l'état-major et le cabinet du
ministre, il y ait eu le moindre degré différent d'information.
Les informations sur la campagne anti-Belge ont été
reprises dans les documents SGR transmis au ministre. il y
a eu des difficultés d'application du mandat, notamment
pour le désarmement de la KWSA. L'ONU a estimé que ce
problème ne relevait pas du mandat et dépendait de la
gendarmerie rwandaise. les échanges que j'ai eus à ce sujet
avec le cabinet du ministre ont été nombreux.
L'absence d'un second contingent valable est une question qui a été discutée avec le ministre. Afin de pallier la
faible qualité du contingent du Bangladesh, nous avons .
essayé d'obtenir une compagnie autrichienne. Mon idée
était de profiter de la relève de KIBAT 1 pour modifier le
bataillon et obtenir le renfort autrichien. les check points et
autres opérations de ce genre auraient pu être assurés par
la compagnie autrichienne, ce qui nous aurait permis de
modifier la composition du KIBAT.
il nous fut signalé que l'envoi d'une compagnie était
possible à condition que l'ONU en fasse la demande et
qu'elle soit intégrée dans le bataillon belge. Sollicitée,
l'ONU répondit que la demande devait provenir du
terrain. Le colonel Marchal fut dès lors encouragé à faire
faire la demande par le général Dallaire, mais l'ONU
évoqua alors des obstacles budgétaires et proposa que la
compagnie autrichienne vienne en remplacement d'une
autre unité, ce qui n'aurait servi à rien.
-

Il est évident que, dans un ensemble d'une ampleur telle
qu'est la force année, le processus de décision est structuré
autour de différents échelons. Une synthèse progressive
des informations se fait entre ceux-ci. Les responsabilités
sont réparties. Chaque chef de division a un domaine, de
Le premier bataillon KIBAT qui avait servi .en Somalie
responsabilité qui lui est propre. Chez les' militaires, un
connut des problèmes d'adaptation et de discipline dont le
ordre verbal a autant de valeur qu'un ordre écrit. L'absence
cabinet fut informé.
de document ne signifie pas qu'un ordre n'a pas été donné.
En ce qui concerne les munitions, je répète la déclaration
Chaque jour, les officiers du SGR et ceux de COps se
,déjà. faite sous-serment que je n'ai·été-mis·au·courant des
rencontrent le matin et présentent un exposé couvrant les
problèmes qu'à la mi-mars. L'état-major nia donc pu en
faits des 24 dernières heures. ressayais moi même
parler plus tôt au. ministre. .
d'assister à cette- réunion. Chaque [ourr un- document- ese .. . -,.- I;..esc-E:VR'F'. SQIlÇ arrivés' à- Kigali- ·en; provenance- de
publié. il est surtout l'œuvre du SGR. La contibution de ce
Kismayo en mauvais état. Des mécaniciens ont donc dû
service- est reprise dans. un document' périodiq1J.e.qui est.
être envoyés. Je ne sais -si l~ ministre: en a été-informé

SENAT DE BELGIQUE

C01rfMISSION SPECIALE RWANDA -

La composition détaillée du détachement et des munitions KIBATa été réglée par le centre de coopération.I'étatmajor de la force terrestre, la brigade d'état-major et
KlBAT.J'ai fait confiance aux gens du terrain.
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28 MARS 1997

COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

Je n'al jamais reçu de la part du' ministre ou de son
cabinet de demande d'informations complémentaires. Je
pense donc que son information était égale à la nôtre.

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-

_~

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J'ai lu dans la presse des informations tirées des déclarations du colonel Briot, selon lesquelles des munitions
auraient été envoyées en fraude. Il faut savoir que les
centres logistiques de la force terrestre disposent d'approvisionnements de toutes sortes pour les cas d'urgence,
conditionnés et palettisés d'avance. Pour transporter des
explosifs par avion, les conditions d'emballage sont extrêmement strictes et très coûteuses. Plutôt que de détruire
ces emballages, certaines palettes ont été envoyées telles
,... 'es.
1 ne s'agissait pas de munitions non-autorisées mais
seulement de munitions non-requises. Dès lors, l'ONU
n'aurait pas dû payer leur transport. La seule fraude a
consisté à ne pas informer l'ONU de cette particularité de
sorte qu'elle a pris en charge l'ensemble des frais de
transport, y compris les munitions non-requises. Je ne me
souviens pas d'avoir été tenu au courant de cet incident,
mais si cela avait été le cas, j'aurais dit de le faire.
Une fois sur place, il est apparu que les conditions de la
mission seraient difficiles. Le processus de paix d'Arusha
comptait de nombreux opposants et le président Habyarimana n'était manifestement pas enthousiaste. A l'étatmajor général parvenaient tantôt des informations positives, tantôt des informations négatives. Nous étions
balottés entre l'espoir et l'inquiétude.
Tout ce qui constituait un progrès dans le sens d'Arusha
était favorablement accueilli par la MINUAR et les Belges.
Les opposants, par contre, n'étaient pas heureux de cette
situation et s'opposaient à la MINuAR.
1 eut aussi de bonnes nouvelles, comme l'accord signé
:4 décembre sur la zone libre d'armes de Kigali. C'était
une étape importante du processus de paix.
Début janvier, nous apprenons que des dispositions sont
prises pour la prestation de serment du nouveau gouvernement.
Ces éléments d'information positifs et encourageants se
répètent durant la période. En février, à son retour de
mission de Kigali, le général Uytterhoeven me déclare que
la situation peut évoluer en bien ou en mal, que les Belges
sont demandés et appréciés à Kigali, et qu'il a reçu
l'engagement que l'on mettra fin à la campagne and-Belge,
Au début du mois de mars, j'ai reçu le commandant de
la gendarmerie du Rwanda. il m'a dit qu'il était partisan
de la confiscation des dépôts d'armes. J'ai eu l'impression
qu'il croyait au.processus d'Arusha.
Dans le coùrant du mo~ de mars, un ministre Rwandais
a affirmé au colonel Marchal que le nouveau gouvernement prêterait serment le 25 mars et que le président était
déterminé à appliquer les accords, Le 25 mars, le colonel
Marchal reste pexsuadé que les Rwandais doivent aller-de'
l'avant, sinon ce.sera le chaos, Ils ont choisi le chaos..

265·

il Y' a de nombreuses autres' informations qui toutes
soufflent alternativement le chaud et le froid. Une telle
situation est caractéristique de ce type de mission car une
opération de maintien de la paix est toujours une épreuve
d'influence. Dans chacune des parties à réconcilier, il y a
.des partisans et des adversaires de la paix. Les signaux
envoyés sont donc à la fois positifs et négatifs.
Au Rwanda les signaux négatifs étaient essentiellement
des menaces verbales jusqu'au 6 avril, à l'exception d'un
petit incident.
En Slavonie, des miliciens Serbes ont simulé à deux
reprises l'assassinat d'un militaire belge. En Somalie, on a
tiré sur un officier de reconnaissance en vue de le tuer. Il a
été grièvement blessé.
M. Destexhe (pRL-FDF). - Ces événements sont le fait
d'éléments incontrôlables serbes ou somaliens, Au
Rwanda, c'est un groupe organisé au sommet du pays qui
prépare de sang-froid l'assassinat des militaires belges. Le
rapport du général Dallaire est éclairant à ce sujet. Cela me
paraît plus dangereux.
M. le Président. - N'interrompez pas le général,
attendez le moment des questions. Je suis sûr que vous
recevrez une réponse à votre question.
Lt.-gén. Charlier, - Dans tous ces cas, les menaces ont
été mises à exécution. Il n'y a rien eu de ce type au Rwanda
jusqu'au 6 avril.
Nous n'avons jamais sous-estimé les menaces. A chaque
nouvelle information concernant des menaces, j'ai
demandé au commandant sur place au Rwanda de
confirmer l'information, de m'en donner son analyse et de
m'expHquer les mesures prises. il n'y a jamais eu de
relâchement.
Le retrait de KIBAT a été envisagé à trois reprises.
Lors d'une réunion des chefs d'état-major avec le
ministre, le ministre a proposé que, dans l'éventualité où
une compagnie autrichienne serait mise à disposition de la
NfINUAR, elle vienne à remplacer une compagnie belge.
Dans ces circonstances, j'ai proposé soit que l'on renforce
la MlNUAR soit que la Belgique se retire. Les conséquences politiques de ce retrait étaient telles que nous ne
l'avons pas retenu. Cela se passait en janvier.
Nous avons encore envisagé ce retrait après le télégramme alarmant du colonel Marchal qui demandait des
précisions sur-ce qu'il devait faire en cas de généralisation
des troubles. Si l'on envisageait l'évacuation de tous les
Belges, je savais que nous enverrions des troupes mais je
ne- pouvais pas envoyer ce message à un état-major de
l'ONU; J'ai donc. téléphoné au colonel Marchal CaI je
craignais que son télégramme ne soit la conséquence de
l'épuisement nerveux qui guette les officiers dans ce genre
de situation. Nous venions de relever le général Bricmont.
Le colonel Marchal. s'est cependant dit prêt à· continuer sa.
mission; il .l'a, répété- au, ministre de la défense lots de sa
visite au mois de mars.

SENAT DE BELGIQUE COMMISSION

66

SPECIALE RWANDA -

28 MARS 1997

COMPTE RENDU ANALYTIQUE

Le ministre- de la- défense nationale déclara: . « Si ·le
lrocessuspolitique
n'évolue pas..il faudra envisager notre
etrait de la MINUAR et l'arrêt de la coopération technique
nili taire. »

DES AUDmONS

Quand l'accord entre les parties n'existe plus et que les
hostilités reprennent, la-force de paix ne peut que-songer à
sa sécurité parce qu'elle n'a pas les moyens d'imposer un .
cessez-le-feu.

La question reprend une de vos
sans doute pas utilisé cette
«pression.
Nous voulions
simplement
évoquer
une
eprise possible de la guerre, après un échec des accords
l'Arusha.

En ce qui concerne la' mission du colonel Leroy; le
Secrétaire général de l'ONU, M. Boutros Gali, a déclaré que
le maintien de la paix n'était pas une mission pour les
militaires mais que seuls les militaires étaient capables de
l'accomplir. En Belgique, seuls les militaires l'acceptent, en
dépit du fait que certaines missions pourraient être effectuées par des civils. Quand les SCMN ont été constitués en
Yougoslavie, il n'y eut que deux civils. Quand une mission
typique de police fut prévue en Haïti, on ne trouva que des
policiers militaires qui durent d'ailleurs subir un entraînement particulier. On a même voulu nous faire jouer aux
douaniers en Roumanie, mais le ministre de la défense
nationale et moi-même avons refusé.

'- ,_-gén, Charlier - J'ai évoqué la possibilité d'une
ituation '{à la Mogadiscio»
en songeant au sort des
nilitaires américains.

M. Jonckheer
(Ecol~). Etes-vous
informé, que
M. Delcroix nous a transmis une note signée par vous et
datée du 12 juillet 1994?

En ce qui concerne les instructions en" cas de reprise des
iostilités, le A~cument. q'!.e rai r~su est-il .un document
ffficiei de la commission?
Dans l'affirmative, je demande
{u'on retire l'expression « véritable baing de sang» parce
lue je ne l'ai pas dite.
M. le Président.

-

léclaratlons. Vous n'avez

J'en reviens aux instructions. Dès que KIBAT fut mis à la
llsposition
de l'ONU, le général Dallaire exerça le
ommandement
opérationnel de notre bataillon. Il ne fut
.lus questions que l'état-major général intervienne dans la
enduite des opérations.
Avant le départ des unités, je donnai comme instruction
ux chefs de corps et au colonel Marchal que, en cas de
eprise des hostilités ou de perte de contrôle de la situation,
'attitude à prendre était celle du hérisson en boule, c'est-dire le repli dans les cantonnements,
les hommes étant
-rèts à se défendre. C'est d'ailleurs la seule attitude
.ossible, Il en a été de même en Bosnie, en Somalie et en
:·ougoslavie. Pendant des mois, l'OTAN a tenu au chaud
ln plan de 50 à 60 000 hommes pour dégager la force
lRO' "r en Yougoslavie.
'-- " est-ce qu'une force de maintien de la paix? Ce type,
le force ne peut intervenir que dans le cadre d'un accord
ntre les parties, à partir d'un cessez-le-feu, et dans' le but
le mettre au point le cheminement de la consolidation de
~ paix. Les parties s'engagent à respecter l'inviolabilité de
l force de paix. Ce n'est d'ailleur
que dans ce cadre qu'une
elle force est envoyée, et qu'elle est acceptée par les
.arties, Elle doit aussi témoigner, au niveau international,
le la volonté, ou du refus, des parties d'aller vers la paix.
Cette force doit être visible pour porter ce témoignage et
st donc vulnérable.
Nous connaissons
deux exemples
.rarnattqces : le colonel Barrey, en blanc et sans armes,
battu à la mitrailleuse en Bosnie et le caporal Orban
battu dans son camion qui devait approvisionner
Sara-

svo,
Sans pouvoir

imposer ra paix, cette force doit la faciliter
de façon à ne pouvoir être souponnée d'être partisane. Sa- composition est donc faible et
lie est emprisonnée- dans. ua-earean- de=-règles,d~engage-'
nent,
.. , ,. ' ..
t doit être constituée

Lt.-gén. Chartier. -

Oui.

M. Jonckheer (Ecolo). - En lisant votre note, je constate
que vous insistez plusieurs fois sur la responsabilité qu'a
un militaire de se préparer au pire et donc, de doter un
contingent de l'équipement
adéquat pour le scénario du
pire. Bien sûr, rien n'empêche
un pays d'envoyer
de
l'armement supplémentaire
par rapport à ce que demande
l'ONU mais je suppose que c'est ce pays qui en supporte
le coût.
Estimez-vous
L'absence
de
représentait-elle

que la mobilité de KlBAT était garantie?
véhicules
blindés et d'hélicoptères
ne
pas un handicap?

Lt-gên. Charlier, - Ma note a été rédigée à la demande
du ministre. Nous avons découvert les missions de maintien de la paix en Yougoslavie. Nous en avons tiré petit à
petit les enseignements.
J'ai écrit dans ma note qu'il ne
fallait plus accepter de partir en mission dans des conditions semblables à celles du Rwanda, notamment avec un
mandat qui ne pouvait évoluer.
M. [onckheer
(Ecolo), - Le scénario du pire ne doit
cependant pas être uniquement prévu dans les opérations
de maintien de la paix.

Lt.-gên, Charlier. - C'était prévu dans la composition
des bataillons proposée par l'état-m;'l.jor. Vous savez que
nos moyens ont été limités et que lesremèdès
que nous
avons proposés n'ont pas été appliqués. Le gouvernement
belge n'était pas prêt à envoyer des troupes supplémentaires au Rwanda.

..

M.:-Jondcheer-(Ecolo)~ '- N~avez~vouspas estim~q~il': ;....-0;;;,
fallait renforcet: l!'équipement:?
'"
..':
'. _.;.

SENAT DE BELGIQUE - 28 rv1ARS 1997
COM:MISSrON SPECIALE RWANDA - COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDmONS

Lt.-gén. Charlier. - L'équipement dépend de l'effectif.
~sCVRT·ne suffisent pas· pour: renforcer la force. mobile.
faut aussi. des équipages de pilotage des- CYRT. Au"
vanda, nous avions juste de quoi occuper le terrain. Mon
ée était de retirer, lors de la relève, une compagnie de
siliers et de la remplacer par du personnel pour des
.érations mobiles sur des véhicules blindés.
. .
\1. Mahoux (PS). - Dans votre rapport de 1Q94, vous
ez les conséquences de la participation belge dans une
ission de l'ONU. On avait déjà tiré des conclusions
mblables en 1992 après les opérations en Yougoslavie. La
restion de la sécurité à Kigali se posait sans arrêt. Vous
'ez dit qu'il était impossible d'assurer la sécurité. On a
nstaté le problème sans le corriger.
VOL'

267

M. Mahoux (PS). - On nous dit que. la réserve est
fondamentale. Or, en parlant des militaires du. Bangladesh
et du Ghana, vous mentionnez que l'on a su très tôt que la
réserve n'était pas efficace. Cela est grave. Avez-vous pensé
que la sécurité n'était pas assurée?

.

..

Lt-gên. Charlier - Cet élément est effectivement très
important. On s'est, comme vous le dites, très rapidement
aperçu. que les militaires du Bangladesh n'étaient pas en
mesure d'assurer leur mission. Cela allait jusqu'au refus
d'obtempérer. C'est pourquoi nous avons envisagé
d'obtenir un renforcement de KIBAT. A l'époque, mon
opinion était.qu'il fallait obtenir les renforts autrichiens ou
se retirer. Les discussions se sont éternisées. C'est le
général Dallaire qui aurait du intervenir auprès de l'ONU
mais la demande n'est pas venue du terrain.

wez dit que vous n'étiez pas au courant de la

~n:-'..
.n

je à caps qui était donc informé. Est-il normal que
lUS ne l'ayez pas été.
Lt-gén, Charlier, - Je n'ai jamais dit qu'il était impos)le d'assurer la sécurité de KIBAT au Rwanda. KIBAT
'ait la possibilité d'assurer sa propre sécurité en faisant le
irisson.

Dans sa demande datée du 28 janvier, le colonel Marchal
rit qu'il a l'intention de demander des munitions suppléentaires mais que le commandement veut d'abord en
nnaitre le prix. Il est normal que je n'aie pas été informé
~ cette demande. La réponse a d'ailleurs été rapide
lis-qu'elle a été envoyée le 31, les 29 et 30 étant un weekrd. la demande proprement dite n'est parvenue à l'étatajor qu'au milieu du mois de mars.
;,:1. Mahoux (PS). - Marchal écrit cependant qu'il a
.soin de munitions supplémentaires notamment pour
'0 té
l'aéroport.
~\'1.Verhofstadt (VLD). -

La oremière "demande date
28 qu'il y a en outre la

ailleurs du 15, pas du 28. C'est

le

nnande des prix.
~1. Mahoux (PS). - Vous dites que c'est le cabinet du

M. Caluwé (CVP) (en néerlandais). - Qui avez-vous
consulté pour la rédaction de votre note d'évaluation du
12 octobre?
Lt.-gên. Charl ier - J'ai donné des idées générales à I]o,
soit à l'amiral Verhulst, pour l'établissement d'une note qui
a été élaborée par la division opérations de l'état-major
général. J'en ai pris connaissance. Après discussion, le.
projet a été amendé et finalisé.
1.\"1.Caluwé (CVP) (en néerlandais). - Vous êtes-vous
concerté avec le commandant de secteur ou de bataillon?
Ont-ils fait une analyse de la situation sur place et vous
ont-ils donné leur avis ?

Lt.-gén. Charlier. - Je vous conseille de poser la question à l'amiral Verhulst.
M. Caluwé (CVP) (en néerlandais). Le colonel
Marchal a pourtant déclaré ici qu'on ne lui avait jamais
rien demandé.

Lt-gên. Charlier. erreur.

Si cela n'a pas été fait, c'est une

irustre de la défense qui vous a averti du problème des

.ches d'armes. Comment se fait-il que cette information,
mue du colonel Marchal et transmise par la filière rniliire, aboutisse finalement au cabinet du ministre?

M. le Président. - Nous poserons la question à l'amiral
Verhulst,

Peut-on se replier en hérisson?

M. Caluwé (CVP) (en néerlandais). - Comment
interprétez-vous l'arrêté royal de décembre 1989 relatif aux
compétences du chef d'état-major en ce qui. concerne la
capacité opérationnelle des troupes? Au. début de. votre
intervention, vous avez. en effet déclaré que c'était une
reponsabilité partagée entre le ministre et le chef d'étatmajor.

Lt-gên. Charlier -Je me souviens d'un coup de fil du
inéral Schellemans m'informant de ce que les affaires
rangères signalaient l'existence de caches d'armes et
aient d'avis qu'Il fallait les éliminer. J'ai dès lors téléaoné au colonel Marchal et c'est ainsi que je l'ai appris.

En ce qui concerne le deuxième point, il est évidemment.
lorsque.les.troupes
mt dispersées.
.us difficile. de se- replier-en·hérisson

. .._-.u..g~n...Charlier: (en-néerlandais)

Le cher d'étatmajor exerce ses compétences à l'égard du ministre •..
e,

-

SENAT DE BELGIQUE -

268

(Poursuivant en français.).
Les responsabilités du chef d'état-major général sontfixées à l'égard du ministre de la défense nationale' par
l'arrêté royal de décembre 1989· portant organisation et
mission de l'état-major général.
M. Caluwé (CVP) (en néerlandais). - KIBAT I s'est
caractérisé par de nombreux incidents et problèmes de
discipline. Une vingtaine de paras ont même dû être
rapatriés. En avez-vous tiré les conclusions qui s'imposaient lors des préparatifs de KIBAT II ?
Lt-gên. Charlier, - Tout à fait. Le rapport du général
Uytterhoeven fait le constat de ces difficultés. il en est
'sulté une modification de l'entraînement du 2e Codo.
M. Hostekint (SP) (en néerlandais). - Vous avez déclaré
que les paras de Flawinne étaient mieux informés et
psychologiquement mieux préparés que leurs collègues de
Diest. Mais après leur arrivée au Rwanda, ils ont même
invité leurs proches à prendre des vacances à Kigali. S'ils
avaient été bien préparés, ils auraient été conscients de la
gravité de la situation à Kigali. Trouvez-vous que KIBATII
fut mieux préparé que KIBAT I?
M. Caluwé (CVP) (en néerlandais). - Peut-être les
préparatifs ont-ils eu L'effetinverse, étaient-ils un peu trop
rassurés et leur a-t-en demandé instamment de ne rien
faire d'erroné ou de provoquant?
Lt-gén. Charller, - Les problèmes de discipline du
1er bataillon étaient la conséquence de son retour de
Somalie où il avait connu un univers totalement autre.
. .ntraïnernent différent donné au 2e bataillon Codo
-onsistait notamment à expliquer qu'il s'agissait d'un autre
.nandat et qu'il fallait éviter les incidents.
Il ne. s'agissait nullement d'apprendre à mieux se
défendre; mais bien de s'lncrire pLus parfaitement dans un
mandat de maintien de la paix en milieu urbain.
M. Hostekint (SP) (en néerlandais). - Je comprends
cela pour les paras de Diest, mais leurs collègues de
Flawinne n'avaient pas l'expérience de la Somalie.
Entre novembre et mars, période où ils sont arrivés au
Rwanda, il s'était déjà passé toutes sortes de choses et les
accords d'Arusha avaient en fait déjà été torpillés.
KIBATII est néanmoins parti. Cela pose le problème de la
responsabilité.
Lt.-gén. Charlier - La deuxième Coda a aussi participé
à la mission en Somalie. il y avait de toute façon des leçons
à tirer. Mais assurer la sécurité fait partie de l'entraînement
de base,

28 MARS 1997

COMJv!ISSION SPECIALE RWAJ.'JDA- COMPTE RENDU ANALYTIQUE DES AUDITIONS
Mme Willame-Boonen (pse). - L'état-major-a-t-il reçu
les rapports des associations des droits de l'homme? Le
major Hock a fait parvenir à SGR une note le 2 février sur
l'appui accordé aux milices par des autorités rwandaises.
Quelle est votre réaction à cette note? Avez-vous cherché à
rencontrer le major?
Vous avez dit qu'en cas de reprise de la guerre civile, nos
troupes devaient appliquer une directive « hérisson en
boule », La mort d'Habyarimana ne nécessitait-elle pas un
déclenchement immédiate de cette réaction?
Lt.-gén, Charlier - II faudrait vérifier si ces documents
sont bien arrivés à l'état-major: Nous étions au courant de
l'appui d'.une fraction des autorités politiques rwandaises
aux milices. Nous étions au courant, par le colonel.
Marchal, de l'existence des dépôts d'armes. Je n'ai pas
cherché à rencontrer le major Hock, mais j'ai lu son rapport
et l'analyse qu'en a faite le SGR. Cela .faisait partie des
informations négatives que nous avons intégrées dans
l'évaluation de la situation.
L'attentat contre l'avion présidentiel, le 6 avril, est
évidemment un élément très grave, dont j'ai été informé
dans la soirée du 6 avril. Je me suis enquis immédiatement
de ce que faisait KIBAT. KIBAT avait commencé à se
regrouper sur l'ordre du colonel Dewez, dès le 6 au soir.
M. Verhofstadt (VLD) (en néerlandais). - Votre rapport
de juillet 1994 tire des leçons claires en ce qui concerne le
Rwanda.

(Poursuivant en français.)
Les effectifs ont été fixés en fonction de contraintes
budgétaires. Il est nécessaire d'augmenter ces effectifs. Il
est d'une absolue nécessité d'avoir, à chaque niveau, des
réserves. Les troupes doivent emmener systématiquement
leur armement lourd et les munitions adéquates; le coût de
l'armement lourd est compensé par les avantages opérationnels. Plus loin, vous dites encore qu'il faut des véhicules blindés, des appuis aériens, de meilleures transmlssiens, etc.
(Poursuivant en nëerlandais.)

N'auriez-vous pas pu déjà tirer les mêmes leçons des
briefings d'opérations précédentes menées en 1992 et 1993
en Yougoslavie, où les mêmes problèmes se sont posés?
Lt-gén, Charlier, - Ces leçons ont été tiréés après les
événements du Rwanda, a posteriori hélas, mais elles
montrent bien que les conditions de notre intervention ne
correspondaient pas aux nécessités de l'opération. Je me
suis déjà longuement expliqué sur les effectifs. Les paragraphes que vous avez lus renforcent le point de vue que
j'ai exprimé ici. La composition du bataillon ne correspondait en rien à nos souhaits. Nous avons essayé de la
modifier tout au long de l'opération.
M~ Verhoistadt MD). '- Ces conclusions auraient pu
être tirêes et l'ont été avant 1994.•.à partir des autres
opérations, en Yougoslavie. par exemple.

COMMISSION

Lt-gên.
l'effectif.

Charlier. -

SENAT DE BELGIQUE - 28 MARS 1997
SPECIALE RWA..NDA - C01vWI'E RENDU ANALYTIQUE DES' AUDmONS

Ce n'est pas moi qui ait fixé

M. Verhofstadt (VLD). Pourquoi
approuvé s:il ne vous convenait pas?

l'avez-vous

Lt-gên. Charlier. -:- Si j'avais refusé, je serais parti. Un
autre JS aurait accepté la mission avec 300 hommes. J'ai dit
que je ne prendrais pas la responsabilité de cette opération
si l'effectif était inférieur à 450.
.
M. Verhofstadt (VLD)..- Les constats de carences vous
les aviez déjà faits en 1992 et néanmoins vous acceptez la
mlssion. car vous pensez qu'il vaut mieux que ce soit vous
décidiez avec 450 hommes plutôt qu'un autre. Cela se
se-t..il vraiment comme cela?
(1l1i

Lt.-gén. Charlier. - J'ai déjà essayé de vous faire
comprendre, sans polémiquer, le processus de marchandage qui a déterminé l'effectif à envoyer. Je n'aurais pas eu
les 600. Il n'est d'ailleurs pas démontré que cela aurait pu
éviter les 10 victimes.
Je ne veux pas poursuivre la polémique ni donner de
détails sur le marchandage, pas respect pour les familles.

269

M. Mahoux (PS). - Le ministre prétend que ia fixation
de l'effectif est une affaire de militaires".La décision n'a été
prise qu'avec l'aval des autorités militaires particulièrement sur les problèmes de sécurité.
Pourtant, vous semblez dire qu'avec 450 hommes, vous
ne pouviez assurer la mission correctement, y compris la
sécurité. Nous sommes au cœur du problème: qui est
responsable? Cessons de jouer au ping-pong. Nous
voulons des détails et des précisions.
M. Verhofstadt (VLD). - Si vous ne voulez pas· donner
de détails en présence des familles, demandez le huis clos.
La commission veut.les détails, sinon elle ne remplit pas
son rôle.
U.-gén. Charlier. - Je reviens sur les termes de ma
lettre du 8 et 9 novembre 1993: je ne prends pas la
responsabilité de la faisabilité opérationnelle de cette
mission avec moins de 450 hommes. Je n'ai pas dit que je
refusais de prendre la responsabilité de KlBAT.
Je suis prêt à dire tout ce qui s'est passé, mais à huis clos.
M. le Président. - Nous allons donc poursuivre la
réunion à huis clos.
La réunion est close à 12 heures.

Monitellr belge, rue de. LOl1vain 4G-42, 1[)()(lBruxelles. - Directeur:

A. Van"Damme.

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