Fiche du document numéro 24758

Num
24758
Date
Lundi 20 mai 2019
Amj
Auteur
Fichier
Taille
284551
Pages
8
Urlorg
Titre
L'interview de Jean-Pierre Elkabbach : Raphaël Glucksmann
Nom cité
Source
Type
Transcription d'une émission de télévision
Langue
FR
Citation
Raphaël Glucksmann : « une nation ne s’abaisse pas en
regardant dans les yeux son propre passé, elle se grandit »

Transcription partielle de l’émission « L’interview de Jean-Pierre
Elkabbach », diffusée le 20 mai 2019 sur C-News.
Lien vers le site de l’émission :
https://www.cnews.fr/emission/2019-05-20/linterview-raphaelglucksmann-842069
*

RAPHAËL GLUCKSMANN SUR LE PLATEAU DE C-NEWS, LE 20 MAI 2019.
NB. – Les principaux bégaiements ainsi que les acquiescements de complaisance ont été supprimés.
[Début de la transcription à 12’58’’]
Jean-Pierre Elkabbach : 23 ministres. Je ne peux pas ne pas parler du Rwanda ! 23 ministres de
François Mitterrand se sont indignés par votre accusation de Mitterrand. Vous en faites le complice
des assassins et des génocidaires du Rwanda en 1994. Est-ce que, ce matin, ou vous nuancez ou vous
retirez ce que vous avez dit ?
[13’15’’]
Raphaël Glucksmann : Non, mais… Non, je ne retire absolument rien. Simplement, je n’ai pas
prononcé la phrase « complice ». Et…

1/8

[13’21’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Enfin, vous avez dit…
[13’22’’]
Raphaël Glucksmann : De quoi parle-t-on ? On parle d’un génocide…
[13’25’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Attendez…
[13’25’’]
Raphaël Glucksmann : On parle d’un million de morts.
[13’26’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Ce matin, vous ne retirez rien ? Vous ne nuancez rien ? Vous maintenez vos
accusations ?
[13’32’’]
Raphaël Glucksmann : Je maintiens les enquêtes que j’ai faites pendant 10 ans sur le génocide et sur
le rôle de la France. A l’époque, il y avait un Président, qui était François Mitterrand. Il y avait un
gouvernement, qui était un gouvernement de droite…
[13’42’’]
Jean-Pierre Elkabbach : De… cohabitation.
[13’43’’]
Raphaël Glucksmann : Dirigé par Edouard Balladur. C’est une responsabilité collective de la classe
politique française. Et mon message, c’est très simple : une nation ne s’abaisse pas en regardant dans
les yeux son propre passé, elle se grandit.
[13’54’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Alors… Mais ce n’est pas la peine…, quand on veut revoir l’histoire et le
passé, ou de tricher ou de mentir. Je vais vous poser quelques questions…
[14’01’’]
Raphaël Glucksmann : De tricher ou de… ?!
[14’02’’]
Jean-Pierre Elkabbach : En 1990 – 1990 ! – Paul Kagame, armé par les Américains…
[14’08’’]
Raphaël Glucksmann : C’est faux.

2/8

[14’08’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Venu d’Ouganda…
[14’09’’]
Raphaël Glucksmann : C’est faux !
[14’10’’]
Jean-Pierre Elkabbach : A-t-il oui ou non provoqué des massacres lui-même ?
[14’13’’]
Raphaël Glucksmann : C’est faux, c’est faux. C’est faux !
[14’15’’]
Jean-Pierre Elkabbach : L’histoire vous dit le contraire.
[14’16’’]
Raphaël Glucksmann : Mais quelle histoire ?
[14’17’’]
Jean-Pierre Elkabbach : L’histoire vous dit le contraire.
[14’18’’]
Raphaël Glucksmann : Ecrite par qui, Monsieur Elkabbach ? Ecrite par qui ?
[14’19’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Mais des historiens…
[14’21’’]
Raphaël Glucksmann : Mais non !
[14’22’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Des historiens…
[14’22’’]
Raphaël Glucksmann : Mais non ! Que Monsieur Kagame ne soit pas un démocrate, que Monsieur
Kagame soit un tyran…
[14’27’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Il est… C’est devenu un grand chef d’Etat pour l’Afrique…

3/8

[14’29’’]
Raphaël Glucksmann : Voilà. Ouais, mais…
[14’29’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Ça c’est sûr, maintenant. Mais avant ?
[14’30’’]
Raphaël Glucksmann : Mais en 1990, il y a des réfugiés qui essaient de rentrer. Il y a une guerre
civile au Rwanda. Et la France, à ce moment-là, choisit de mettre tous ses œufs dans le même panier et
de soutenir le gouvernement Habyarimana.
[14’43’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Le gouvernement légal de là-bas. Et toutes les puissances internationales le
font.
[14’48’’]
Raphaël Glucksmann : Non, la Belgique se retire. Monsieur Elkabbach ! Enfin, c’est la vérité
historique ! Ce n’est pas le sujet principal des Européennes, je vous le rappelle, mais c’est quand
même la vérité historique.
[14’54’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Non !
[14’55’’]
Raphaël Glucksmann : La vérité historique, c’est que la Belgique se retire en 1990 parce qu’il y a les
premiers massacres !
[14’57’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Mais parce ce qu’elle se sauve ! Mais vous ne condamnez pas ! Vous ne
condamnez pas la Belgique !
[15’01’’]
Raphaël Glucksmann : Mais, je ne condamne pas la Belgique…
[15’02’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Vous ne condamnez pas les Américains ! Vous ne condamnez pas les
Anglais qui n’ont rien fait…
[15’06’’]
Raphaël Glucksmann : Mais je ne condamne personne !
[15’07’’]

4/8

Jean-Pierre Elkabbach : Et vous condamnez votre propre pays qui a demandé…, le seul pays qui a
demandé l’avis du Conseil de sécurité.
[15’10’’]
Raphaël Glucksmann : Mais non ! Monsieur Elkabbach. Non ! Non, ne me faites pas ça ! Ne me
faites pas ça parce que, Monsieur…
[15’13’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Je connais le sujet aussi très bien !
[15’14’’]
Raphaël Glucksmann : Mais non ! Mais non, mais non. Puisqu’en 1990, la Belgique se retire. Vous
savez pourquoi elle se retire en 1990 ? Parce qu’elle soutenait le gouvernement Habyarimana et
qu’elle a assisté aux premiers massacres de Tutsi. Et donc elle décide de se retirer. Voilà la vérité
historique !
[15’27’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Mais qu’est-ce qui déclenche le… et qui pousse le…, les accords,
compromis, de… Arusha !
[15’31’’]
Raphaël Glucksmann : Je ne suis pas certain que ce soit le cœur de la campagne pour les
Européennes, Monsieur Elkabbach !
[15’34’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Qui ? Sinon François Mitterrand !
[15’37’’]
Raphaël Glucksmann : Bien sûr, les accords d’Arusha ! Très bien.
[15’38’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Et Alain Juppé, qui est aussi indigné des propos que vous avez tenus.
[15’40’’]
Raphaël Glucksmann : Mais, Monsieur Elkabbach…. Monsieur Elkabbach. Les accords d’Arusha…
[15’44’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Oui. Je connais l’affaire du Rwanda très bien.
[15’45’’]
Raphaël Glucksmann : Mais non. Non, vous ne connaissez pas l’affaire du Rwanda !

5/8

[15’47’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Très bien, très bien.
[15’48’’]
Raphaël Glucksmann : Vous ne connaissez pas ! Il y a eu…
[15’49’’]
Jean-Pierre Elkabbach : La France a attendu deux mois et demi l’avis du Conseil de sécurité dans
l’indifférence de tous les pays du monde.
[15’54’’]
Raphaël Glucksmann : Mais non. La France, au Rwanda, a collaboré avec le régime Habyarimana
jusqu’au bout. C’est une erreur tragique. Il faut faire la vérité historique...
[16’04’’]
Jean-Pierre Elkabbach : D’accord.
[16’04’’]
Raphaël Glucksmann : Faire la lumière sur ce passé. Donc, ouvrir les archives !
[16’06’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Eh bien, c’est ce qu’a dit…
[16’06’’]
Raphaël Glucksmann : C’est ce que le Président Macron a proposé. Je l’ai approuvé. Je ne suis pas
un opposant pavlovien. Quand le Président Macron fait quelque chose de bien, je le dis.
[16’15’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Et… Comme l’armée elle-même est une…,
[16’17’’]
Raphaël Glucksmann : Bien sûr.
[16’18’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Est encore humiliée par les accusations…
[16’20’’]
Raphaël Glucksmann : Mais quelle armée est humiliée par les accusations ?
[16’21’’]

6/8

Jean-Pierre Elkabbach : L’amiral Lanxade, qui était le chef d’état-major, était ici il y a quelque
temps. Lui-même a décidé d’ouvrir les archives. Ecoutez-le.
[Passage d’un extrait de l’entretien avec Jacques Lanxade diffusé le 5 avril 2019 sur C-News :
Jacques Lanxade : Ce qui me choque profondément, c’est deux choses. C’est la première…, c’est
qu’un certain nombre de personnalités françaises se…, contribuent à cette atteinte contre l’honneur de
la France et l’honneur de l’armée française.
Jean-Pierre Elkabbach : Mais au nom d’une…, peut-être, d’une haute conception qu’ils ont de
l’honneur et de l’éthique ?
Jacques Lanxade : Oui, c’est cette conception des repentances éternelles. Enfin, il ne faut tout de
même pas exagérer ! Dans cette affaire, la France a fait ce qu’elle devait faire. Et l’armée française a
fait ce qu’elle devait faire. Et il est tout à fait insoutenable d’être attaqué.
{Coupe}
Jacques Lanxade : La France n’a pas à se reprocher elle-même d’avoir commis des actes parce que
c’est exactement le contraire qui s’est passé. Nous sommes les seuls à avoir essayé d’empêcher que le
drame intervienne. Et quand il intervient, les seuls à intervenir !].
[17’13’’]
Jean-Pierre Elkabbach : C’est une… L’accord de l’ONU, qui était pour la France une mission
humanitaire. Mais comme vous l’avez dit vous-même, les historiens – puisque les archives vont être
ouvertes – diront les…, laquelle des deux versions…
[17’22’’]
Raphaël Glucksmann : Mais surtout, de mon côté, il ne s’agit absolument pas du culte de la
repentance. Je ne suis pas dans cette logique-là. Je pense qu’il faut la vérité historique.
[17’28’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Mais de la vérité historique. On est d’accord là-dessus. On change de… Ah
mais, pourquoi je vous pose cette question ? Parce que…, est-ce que quand vous serez…, si vous êtes
élu député européen à Bruxelles et Strasbourg, vous défendrez la France ? Ou chaque fois qu’il y aura
une occasion, vous lui taperez dessus ?
[17’44’’]
Raphaël Glucksmann : Mais qu’est-ce que vous me racontez, là ? Monsieur Elkabbach ! Moi, je
défends la France ! Et même quand je critique mon gouvernement, je défends la France ! Mais quelle
est l’image que je me fais, moi, de la France ? La France, c’est le pays qui a déclaré les droits de
l’homme ! La France c’est des principes, la France c’est des valeurs ! La France, ce n’est pas juste un
gouvernement, à un moment donné de son histoire…
[17’59’’]
Jean-Pierre Elkabbach : C’est pour ça que chacun de nous la défend ! Chacun de nous.
[18’02’’]

7/8

Raphaël Glucksmann : Bien sûr, chacun de nous la défend ! Mais…, oui, mais, quand on critique un
gouvernement… Ceux qui critiquent Emmanuel Macron aujourd’hui, ils ne sont pas contre la France !
Ils sont contre une politique menée. Et donc, moi…
[18’12’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Mais là, il n’y a pas un million de…
[18’13’’]
Raphaël Glucksmann : C’est précisément au nom de mon amour de la France que je peux critiquer
ce que la France des fois a fait.
[18’15’’]
Jean-Pierre Elkabbach : Et moi, c’est de la même manière. Pour mon amour de la France. On ne
laisse pas passer, parfois, ce qui me paraît des contrevérités. Mais ce sont les historiens qui
trancheront.
[Fin de la transcription à 18’ 22’’]

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