Fiche du document numéro 24418

Num
24418
Date
Mardi 9 avril 2019
Amj
Auteur
Fichier
Taille
264331
Pages
2
Titre
« Rwanda, un génocide en héritage » : la parole se libère
Sous titre
Vingt-cinq ans après le génocide, le pays estime que la nouvelle génération doit tout savoir pour vivre apaisée. Tout.
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Type
Langue
FR
Citation
FAC-SIMILE

« Rwanda, un génocide en héritage » : la parole
se libère
Vingt-cinq ans après le génocide, le pays estime que la nouvelle génération
doit tout savoir pour vivre apaisée. Tout.
Par Pierre Lepidi Publié le 09 avril 2019 à 16h00

Des photos des victimes du génocide au Rwanda. BEN CURTIS / AP

LCP, mardi 9 avril à 21 heures, documentaire
Dans les salles de classe du Rwanda, les descendants des tueurs sont assis à côté de ceux des victimes.
C’est ce que de nombreux observateurs appellent le « miracle rwandais ». Vingt-cinq ans après le
génocide des Tutsi qui a fait plus de 800 000 morts, il n’y a plus de quota ethnique dans les écoles et les
universités. Il n’y a même plus d’ethnie. « Nous sommes tous des Rwandais, répondent en chœur les
élèves au professeur qui, dans ce documentaire, leur demande s’ils sont Hutu ou Tutsi. Et aujourd’hui,
nous vivons en paix. » Il aura fallu le temps d’une génération pour que ce pays d’Afrique centrale se
réconcilie. Du moins en apparence. Car le film montre que les douleurs psychologiques, notamment
chez les jeunes, sont encore vives.
L’enseignement du génocide est entré dans les programmes scolaires en septembre 1996, soit deux
ans après la fin des massacres
L’enseignement du génocide est entré dans les programmes scolaires en septembre 1996, soit deux ans
après la fin des massacres. « Les jeunes souhaitent comprendre les raisons qui ont conduit à ce qui s’est
passé, assure Jean-Damascène Bizimana, directeur de la Commission nationale de lutte contre le
génocide. Ils veulent savoir comment cela a été planifié, comprendre le rôle des différents acteurs :
colonisateur, politique… » Qu’elle soit du côté des tueurs Interahamwe, ces miliciens extrémistes Hutu,

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ou de celui des survivants, chaque famille rwandaise a été frappée par l’horreur. Les premiers récits
qu’entendent les jeunes viennent généralement du cercle familial. Au pays des mille collines, un
proverbe affirme qu’« une famille qui ne parle pas, ment ».
Mais engager le dialogue réveille toujours des souvenirs douloureux. Le documentaire, réalisé par André
Versaille, propose des instants d’une rare intensité, notamment celui où un père dévoile à sa fille son
passé. « Quel rôle as-tu joué ? », interroge Agnès, 20 ans. « A cette période, tuer quelqu’un ne voulait
plus rien dire, répond son père, qui fut condamné à onze ans de prison. Tout le monde s’est joint aux
attaques génocidaires. Et moi ton père, également. C’était pour sauver ma peau. »
Le viol, arme de destruction massive
Au cours du génocide, le viol a été utilisé comme arme de destruction massive. Même si la plupart des
femmes ont été tuées après avoir servi d’esclaves sexuelles, un rapport des Nations unies a estimé qu’au
moins 250 000 d’entre elles furent abusées au cours du printemps 1994. Agé de 25 ans, François est né
d’un viol. Dans le documentaire, Diane, sa mère tutsi, décide de lui raconter son histoire sous l’œil de
la caméra. Est-ce du voyeurisme ? Le viol de l’intimité d’une famille ? On peut s’interroger.
A l’heure où les théories négationnistes et révisionnistes sur le génocide se propagent sur Internet, de
nombreux Rwandais pensent qu’il faut montrer ce que fut l’atrocité du génocide. Pour que l’histoire ne
se répète pas, ils estiment qu’il faut rappeler que des femmes ont eu les organes génitaux mutilés à la
machette ou à l’acide. Qu’il est utile de dire comment d’autres ont été abusées avec des branches de
bananier ou des tessons de bouteille de bière. Les Rwandais pensent que, vingt-cinq ans après, le monde
doit se souvenir que la tache brune du Mémorial de Ntarama, situé à une cinquantaine de kilomètres de
Kigali, est celle du sang des enfants fracassés contre le mur par les miliciens ou leur propre mère dans
le cas de mariage mixte.
En cette période de commémoration, qui a commencé le 7 avril, les Rwandais estiment que c’est ainsi
que peuvent se faire la réconciliation nationale et la construction d’un pays apaisé.
Rwanda, un génocide en héritage, d’André Versaille (Fr., 2019, 60 min).

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