Fiche du document numéro 236

Num
236
Date
Lundi 30 mai 1994
Amj
Auteur
Fichier
Taille
308037
Pages
4
Titre
Audition de Mathieu Gerlache par l'auditorat militaire belge
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Mot-clé
Source
Fonds d'archives
VdM
Type
Langue
FR
Citation
FEUILLE D’AUDITION
Annexe n° 01...
P.-V, n° 759/94 du 30 mai 1994

de la brigade de Gendarmerie DETACHEMENT
JUDICIAIRE DE BRUXELLES

Le 30 mai 1994 à 11.25 heures, a été entendu par moi/nous verbalisateur
IDENTITÉ : RENOUPREZ André

Nom et prénom : GERLACHE Mathieu

Lieu et date de naissance : Namur le 13 juillet 1965

Profession : militaire de carrière Etat-civil épx de DUMONCEAU S
Adresse :

Pour militaires : Grade et numéro de matricule : caporal
Unité : 12e compagnie de FLAWINNE


qui a déclaré :.

Je désire m'exprimer en fraçais et fais choix formel de la procédure
en cette langue.

A. GENERALITES.

J'ai déjà fait l'objet d'un interrogatoire par le DETACHEMENT JUDICIAI-
RE an RWANDA en date du 13 avril 1994,

Je désire cependant éclaircir les points suivants:

B. ATTENTAT.

Le camp FAR de KANOMBE était situé à plus ou moins 1,5 kilomètres
à vol d'oiseau de l'aéroport. Etant installés dans l'ancienne tour de
contrôle de l'aéroport haute de 5 à 6 mètres, notre PC compagnie ainsi
que les radios se trouvaient au dernier étage de la tour,

Ce dernier étage était une plate-forme entourée de verre.

De la vue que l'on avait de cet endroit, ou pouvait apercevoir toutes
les pistes mais pas le camp des FAR, ce dernier se trouvant en contre bas

Le 06 avril 1994 vers 20.30 hrs alors que j'étais de service à la
permanence radio, j'ai constaté que l'éclairage de la piste venait de
s'illuminer. Je précise, en effet que l'éclairage était toujours éteint
Le piste n'était éclairée que lors des manoeuvres d'atterrissage d'un
avion. Je suis alors sorti de la tour de contrôle et je me puis appuyé
sur la rambarde de la plate-forme pour regarder l'avion qui approchait
atterrir. Je suis formel pour dire que l'éclairage de l'aéroport ne s'est
jamais éteint pendant les manoeuvres d'approche de l'avion. L'éclairage
s'est effectivement éteint mais après l'accident de l'avion, je ne sais plus
vous dire combien de temps après.


Au moment où l'avion approchait de l'aéroport, nous ne savions pas de
quel avion il s'agissait. J'ai aperçu alors un point lumineux partir du
sol, la direction du départ de ce point était le camp de KANOBE.

Concernant la couleur de ce point lumineux je pense qu'il était
blanc. On aurait pu penser qu'il s'agissait d'une étoile filante de par
sa configuration,

C'est lorsque j'ai aperçu que ce point prenait la direction de l'avion
que je me suis rendu compte que cela devait être un tir de missile.

À ce moment, les lumières de l'avion se sont éteintes mais l'avion n'a
pas explosé suite à ce premier tir.

Les lumières éteintes de l'avion ne se sont plus jamais rallumées.

La thése de tir de missile s'est confortée lorsque j'ai aperçu un
deuxième point lumineux, le même que le premier, venant du même endroit
prendre la direction de l'avion. L'avion a à ce moment explosé et est tom-
bé à plus ou moins 500 mètres de la résidence du PRESIDENT, cette dernière
se trouvant dans l'alignement de la piste d'atterissage.

Au moment où l'avion a explosé, directement après une fusillage généra-
le a éclatée. Je pouvais apercevoir de chaque côté de la piste, et vrai-
semblablement de part et d'autre de la maison du PRESIDENT de nombreux
tirs d'armes à feux dont certains avec balles traçantes.

Je ne saurais plus évaluer le temps que ces tirs ont durés ,

Au moment de l'explosion de l'avion, je n'ai aperçu sur les pistes de
l'aéroport aucun militaire du FAR.

Suite à ces événements, j'ai informé par radio,le commandant de compa-
gnie se trouvant à mes côtés, le S3 (CPT CHOFFRAY). Je lui ai signalé
qu'un avion venait d'exploser suite à un tir de deux missiles. Le S3 n'a
pas pris cette information au sérieux, il annonçait d'ailleurs plus ou
moins une heure après les faits sur le réseau radio que c'était un dépôt
de munitions qui venait d'exploser à KANOMBE.

Mon commandant de compagnie (CPT VANDRIESSCHE) s'est alors rendu à
l'aéroport civil et a appris que c'était l'avion du PRESIDENT qui venait
d'exploser. En revenant, le CPT VANDRIESSCHE a immédiatement signalé
les faits exact par radio à l'échelon supérieur.

Après un certain temps que je ne saurais évaluer, mais qui pourrait
être une heure, j'ai aperçu de ma tour de contrôle, le peloton Mortier
arriver et effectuer un stand by de part et d'autre de la piste.

À ce moment, j'ai quitté ma position pour aller parler avec eux.

A votre question concernant le motorolla que possédait le LT LOTIN, je
puis vous certifier

puis vous certifier qu'il en possédait un sans pouvoir vous décrire le
modèle.

C. ASSASSINAT.

Les mortiers avec le LT LOTIN_ sont restés à l'aéroport jusqu'au
moment où ils sont partis pour effectuer la mission d'escorte chez
AGATHE.

Pendant tout ce temps, les mortiers n'ont pas eu de mission particu-
lière si ce n'est de rester en stand-by pour une demi-section, l'autre
demi étant, en protection de la piste.

Concernant les communications radio entre (LT LOTIN) et le PC opéra-
tion, étant sur la même fréquence, je puis vous dire que lors des problè-
mes avec les mortiers, avant d'arriver chez AGATHE, j'ai entendu le
caporal LHOIR préciser à le S3 que c'était normal qu'il y ait des pro-
blèmes avec une jeep car cela faisait une heure que l'on tirait dessus.
Il disait celà ironiquement pour bien faire comprendre la situation.

Suite au problème qu'annonçait le LT LOTIN par radio alors qu'il
se trouvait chez AGATHE, Le PC opération, sans pouvoir dire qui parlait
à la radio, lui a répondu: "c'est toi qui est sur le terrain, tu es
seul juge de la situation, prend toi même la décision de ce qu'il faut faire.
Après avoir entendu que des mortiers se trouvaient désarmés par
terre, je n'ai plus rien entendu à La radio. Suite à cette interruption
le PC a appelé plusieurs fois Y6 sans plus avoir de réponse.
Le restant de la journée ainsi que les jours suivants je suis resté
à l'aéroport pour continuer ma mission.

Concernant les jours suivants, je sais que le 07 avril, pendant la
journée, plus précisénent dans le courant de la matinée, le LT VERMEULEN
a voulu s'approcher de l'épave de l'avion, il à du faire demi-tour, l'épa-
ve étant gardée par des FAR, des éléments de la Garde Présidentielle,
et peut être des gendarmes rwandais. Je sais cela car j'ai entendu qu'il
le signalait sur le réseau radio... La sec-
tion qui l'accompagnait ainsi que d'autre militaires venant à l'aéroport
(militaires au moment des faits en sortie d'agrément) sont partis pour
se réfugier au stade AMAHORO. De l'écoute radio lors des problèmes au
stade, je ...
... Il en a informé le PC opération par radio, et
au PC opération le S3 en informait le PC ONU (colonel MARCHAL).
Il y avait manifestement un problème de décision à prendre car aucun
ordre n'a été donné au LT VERMEULEN. Ce dernier était menacé avec ses
hommes devant les portes du stade et les militaires "onu bengalis"
refusaient de lui ouvrir les portes et de pouvoir se mettre ainsi à
l'abris.

On pouvait entendre de par la voix du LT VERMEULEN qu'il était serieux
et le temps de réponse paraissait être une éternité,

De par La radio, je sais qu'il y a eu une fusillade avant qu'ils puis-
sent rentrer enfin dans le stade.

Comme tout était bloqués, le PC opération n'a pas pu lui envoyer de
renfort.

D. RADIO-MILLE-COLLINES,

Concernant cette radio, je n'ai jamais eu l'occasion de l'écouter.


E. FIN D'ENTRETIEN.

Pour expliquer en partie ce qui s'est passé, je pense qu'au niveau
de notre commandement, ce dernier ne s'est pas rendu compte à temps,
de la gravité de la situation par une mauvaise connaissance du pays
et de leurs habitants.
Si cela peut vous intéresser, je peux vous faire parvenir le double
de la photo que j'ai prise a la position où je me trouvais lors de
l'attentat. Sur cette photo, on aperçois la piste

Je ne connais aucune personne antre que les militaires à entendre.

(lecture faite persiste et signe le présent).
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fgtquery v.1.9, 9 février 2024