Fiche du document numéro 152

Num
152
Date
Mercredi 15 juin 1994
Amj
Auteur
Fichier
Taille
244390
Pages
5
Titre
Conseil restreint
Sous titre
Décision de l'opération Turquoise
Tres
François Mitterrand décide l'opération Turquoise et propose qu'elle aille jusque Kigali pour protéger certains sites
Mot-clé
Résumé
Suddenly realizing the seriousness of the situation, François Mitterrand decided on Operation Turquoise at this Restricted Council meeting on June 15, 1994. François Léotard, Minister of Defence, is reluctant. Alain Juppé, Minister of Foreign Affairs, is considering "a more muscular operation if the UNAMIR is slow to deploy". Prime Minister Edouard Balladur agrees that "something needs to be done". It is François Mitterrand who decides: "It is a decision for which I take responsibility". He suggests that "our effort could be limited to the protection of certain sites, hospitals or schools […]. In Kigali itself there would be two or three sites". The honor of France is in question according to him.
Source
Fonds d'archives
FM
Commentaire
This report contradicts all those who affirm that Mitterrand being ill, which is correct, he was incapable of making a decision. If this decision had been dictated by the horror of the massacres, it would have been taken much earlier. It is clear that it is the rout of government forces that most worries French officials. If it is not in question here, General Quesnot constantly speaks of it in his notes to François Mitterrand.
Type
Procès-verbal de réunion
Langue
FR
Citation
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CONSEIL RESTREINT

Mercredi 15 Juin 1994

SITUATION AU RWANDA

Participaient à ce conseil restreint, présidé par le
Président de la République

M. BALLADUR Premier mihistre

M. LEOTARD Ministre d'Etat, ministre de la
défense
M. JUPPE Ministre des affaires étrangères
M. ROUSSIN Ministre de la coopération

PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

M. VEDRINE Secrétaire général
Générai QUESNOT Chef de l'état-major particulier
M. PIN Chargé de mission

CABINET DU PREMIER MINISTRE

M.BAZIRE Directeur du Cabinet

Général COURTHIEU Chef du cabinet militaire

SECRETARIAT GENERAL DE LA DEFENSE NATIONALE

Général LERCHE Secrétaire général

MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES

M.DUFOURCQ Secrétaire général

MINISTERE DE LA DEFENSE

Amiral LANXADE Chef d'état-major des armées
Général MERCIER . Chef du cabinet militaire

SECRETARIAT GENERAL DU GOUVERNEMENT

M.DENOIX DE SAINT MARC Secrétaire général
- 000 -

SECRETARIAT

Colonel BENTEGEAT Etat-major particulier


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. CONFIDENTIEL DEFENSE



R W A N D A

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Nous commencerons par le Rwanda car la situation exige que
nous prenions d'urgence des mesures

MINISTRE DE LA COOPERATION

Là situation ne s'améliore pas. Les massacres se poursuivent
côté Hutu et côté Tutsi. L'opinion publique internationale et
l'opinion françaises sont horrifiées devant ce spectacle d'enfants
massacrés, d'orphelinats envahis.

J'ai discuté de la situation avec des partenaires africains
proches de nous et ils suivront volontiers si nous faisons
quelque chose. Le Sénégal et le Congo ont répondu favorablement à
l'O.N.U.., Le Président Bongo ne l'a pas exclu devant le Premier
ministre.

Nous poursuivons notre aide humanitaire au Burundi où la
situation nous préoccupe et en Tanzanie. Nous sommes impuissants au
Rwanda car le F.P.R. contrôle l'aéroport de Kigali.
J'ai eu le Général Dallaire au téléphone. Il est très
préoccupé car il n'a plus les moyens de protéger les orphelinats, la
MINUAR étant sous le feu des combattants.



MINISTRE DE LA DEFENSE

Je voudrais faire simplemeht deux remarques techniques. Nous
ne pourrions faire quelque chose qu'avec l'accord, des deux parties
et un soutien international. Or, je vois mal comment nous pourrions
obtenir l'accord du FPR et le soutien international.

Nous ne pourrions intervenir qu'en zone Hutu. Nous serions
condamnés par le FPR et victimes de manoeuvres médiatiques. Je suis
donc très réticent. Mais si nous devions y aller quand même, il
faudrait des moyens lourds.

Il y a une alternative, le Buruhdi, où nous pourrions mettre
a priori quelques moyens qui nous permettraient éventuellement de
faire quelque chose de plus important.

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

Je voudrais signaler qu'il y a eu à Tunis une déclaration de
cessez-le-feu. Le FPR a pris des engagements qu'on jugera sur place.
La mise en place de la MINUAR à pris un retard inacceptable. Je l'ai
dit à M. Boutros-Ghali. Alors, que faire ?

- Accélérer notre contribution à l'équipement des contingents
africains - Sénégal, éventuellement Gabon -. Le premier crédit de 20
millions de francs permettra d'équiper 200 hommes. Mais il y a 800
Sénégalais.

- Utiliser les 18 000 hommes de l'ONUSOM qui ne sont pas très
occupés. Boutros-Ghali est intéressé. Il va vérifier s'il peut en
décider lui-même ou si une nouvelle résolution est nécessaire. Mais


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CONFIDENTIEL DEFENSE

il faut faire vite - 2000 à 3000 hommes pourraient mettre fin aux
combats.

- Faut-il aller plus loin et envisager une intervention pour
exfiltrer les populations ?

Nous étudions une opération pacifique avec les O.N.G. pour
évacuer 200 à 300 enfants dans les 48 heures.

- Au-delà, il faut envisager une intervention plus musclée si
la MINUAR tarde à se déployer. J'y suis favorable sans en nier la
difficulté.

J'ai, par contre, des réticences à l'égard d'une intervention
au Burundi. Si nous arrivons en force, l'équilibre délicat entre
Hutus et Tutsis peut voler en éclats.


PREMIER MINISTRE

Nous ne pouvons plus, quels que soient les risques, rester
inactifs. Pour des raisons morales et non pas médiatiques.
Je ne méconnais pas les difficultés. Je pense que si d'autres
puissances sont prêtes à étudier avec nous une intervention
humanitaire, il n'y pas d'inconvénients.
D'ailleurs il y a tellement de chances pour que les autres
refusent qu'il n'y a pas grand risque à le demander.
À l'occasion du prochain incident, le ministre des Affaires
Etrangères pourrait en parler ouvertement à nos partenaires. Je
pense aux Américains, aux Européens et pas seulement aux Africains.
Mais il faut faire quelque chose. Dans des cas aussi affreux,
il faut savoir prendre des risques ‘

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

J'approuve cette façon de voir. Mais nous pourrions limiter
nos objectifs. J'ai reçu des organisations humanitaires et, hier
soir, Médecins sans Frontières. J'en tire la conclusion que notre
effort pourrait être limité à la protection de certains sites, des
hôpitaux ou des écoles, sans entrer dans une opération militaire
d'ensemble qui serait difficile car il n‘y à pas de front continu.
À Kigali même, il y aurait 2 ou 3 sites et il faudrait
examiner cas par cas d'autres villes.
Certes, il faut faire venir de Somalie tout ce que l'on peut.
Mais nous n'aurions pas besoin de déploiement de forces très
conséquent. Car il ne semble pas que les deux camps soient agressifs
vis-à-vis des Européens ; ce n'est pas leur préoccupation
principale. Ils ne sont pas prêts à nous affronter en bataille
rangée. Quelques centaines d'hommes concentrés sur quelques sites
devraient suffire. ‘
Si vous mettez autour d'un point une compagnie résolue, il
n'y aura pas d'assaut. Il faut une protection ciblée, pas une
campagne d'ensemble, ni une intervention générale et indistincte.
La difficulté est de déterminer comment débarquer et de
quelle facon y arriver. C'est à étudier.
En ce qui concerne les camps de Tanzanie, Médecins Sans
Frontières m'a dit que les dirigeants hutus qui avaient organisé les
massacres contrôlaient les camps, gonflaient les chiffres de
réfugiés. C'est un lieu privilégié pour recevoir des aides et
organiser des trafics.

CONFIDENTIEL DEFENSE.

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Je souhaite qu'on enquête dans les 8 jours qui viennent. Nous
ne devons pas être dupes. Ces camps sont-ils quadrillés et ces
opérations préparées de longue date ?

MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

MSF m'a dit la même chose. Ils veulent lutter contre les
trafics, faire comprendre aux chefs qu'ils ne sont pas des
interlocuteurs valables et que les responsables de massacres seront
punis.

MINISTRE DE LA DEFENSE

Monsieur le Président de la République, dois-je comprendre
que cette opération est une décision ou qu'il s'agit seulement d'en
étudier la possibilité ?

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

C'est une décision dont je prends la responsabilité.

CHEF D'ETAT-MAJOR DES ARMEES

En ce qui concerne les points d'entrée, l'aéroport de Kigali
nous ferait prendre des risques considérables. Il y a donc deux
possibilités : Bujumbura et Goma. Il faudra choisir. De toutes
façons, il est vraisemblable que tôt où tard nous devrons aller au
Burundi.

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

A terme, le Burundi est inévitable. Nous en avons parlé.

MINISTRE DE LA DEFENSE

Le problème est qu'ensuite il faudra partir.

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Mais les Rwandais ne sont pas disposés à faire la guerre
contre nous.

MINISTRE DE LA COOPERATION

Il faudra prendre des contacts avec l'Ouganda.

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Museveni sera raisonnable.



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CONFIDENTIEL DEFENSE



MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

Il y a deux hypothèses d'action. Soit nous gardons les sites,
soit nous faisons une opération d'aller et retour avec les enfants.

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Elles sont complèmentaires. De plus, si on ramène les
enfants, où les mettre ? Au Zaire, en Tanzanie, au Burundi ? Ils
seront aussi exposés.




MINISTRE DE LA COOPERATION

En ce qui concerne les camps, nous sommes plus efficaces au
Burundi où nous travaillons avec les ONG. Nous allons être plus
vigilants en Tanzanie.


PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Ce que j'approuve, c'est une intervention rapide et ciblée
mais pas une action généralisée. Vous êtes maître des méthodes,
Amiral.

PREMIER MINISTRE

Mais avec qui irons-nous ? Il n'est pas question d'y aller
seuls.

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Nous avons les Africains. Et puis, les Hutus sont favorables
à la France et les Tutsis aux Belges.

CHEF D'ETAT-MAJOR DES ARMEES

Les Italiens, peut-être. Les Belges, s'ils ne sont pas du
côté des Hutus.

MINISTRE DE LA COOPERATION

Je vais faire un tour de piste des états africains.

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Si les autres sont défaillants, on doit y aller seuls avec
les Africains. On prend le risque d'une efficacité moindre mais
notre action a un caractère urgent et limité.
C'est l'honneur de la France qui est en cause.


CONFIDENTIEL DEFENSE
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