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Num
1149
Date
Lundi 8 octobre 1990
Ymd
Author
File
Size
20603
Uptitle
Rwanda, Burundi
Title
Les Hutus, les Tutsis et les paras...
Keyword
Source
Type
Article de journal
Language
FR
Citation
Comme les Capulets et les Montaigus, les Hutus et les Tutsis ne s'aiment
guère. L'histoire prouve éloquemment qu'ils ne se l'envoient pas dire.
Les « événements de 1972 », comme on dit pudiquement du côté de
Bujumbura, la capitale du Burundi, ont coûté la vie à plus de cent mille
Hutus, permettant à la minorité tutsie de se maintenir au pouvoir dans
ce pays. Nouvelle révolte, nouveau massacre en août 1988. En revanche,
au Rwanda voisin, où la majorité hutue est aux commandes, les Tutsis,
d'un soulèvement raté à l'autre, ont pris, par vagues successives, entre
1959 et 1963, le chemin de l'exil. Avec le secret espoir de revenir, un
jour, sur leurs pas.

A Bujumbura, depuis l'arrivée au pouvoir, en septembre 1987, du major
Pierre Buyoya, la « réconciliation nationale » est à l'ordre du jour.
Mais cette politique de décrispation ethnique heurte les intérêts plus
ou moins bien compris de la nomenklatura tutsie, qui commence à ruer
dans les brancards. A Kigali, où la carte d'identité ethnique est en
vigueur, on applique à l'embauche, pour maintenir les choses en l'état,
le singulier système des quotas. Et l'on ne se prive pas de répéter aux
exilés qui ont le mal du pays que, pour des raisons économiques, le
Rwanda affiche malheureusement complet.

Rien, a priori, n'explique, et encore moins ne justifie, cette haine
tenace que se vouent ces deux communautés qui, par le sang, ne sont,
pourtant, pas imperméables l'une à l'autre. Pasteurs nomades de
tradition guerrière, les Tutsis se raccrochent à la branche des
Nilotiques. On les dit quelque peu sûrs d'eux-mêmes et dominateurs. Les
Hutus, eux, appartiennent au monde bantou. Volontairement ou non, ils se
donnent l'image de paysans accrochés à leurs terres, madrés mais plutôt
rustres, malhabiles en politique.

La Belgique, qui a administré, pendant près de quarante ans ces Etats
jumeaux, a joué de ces différences de mentalité et de comportement pour
y imposer sa loi, marquant ses préférences pour les « esclaves » hutus,
plus malléables que les « seigneurs » tutsis. L'indépendance n'a pas
arrangé les choses : ceux auxquels le pouvoir a été dévolu, à Bujumbura
et à Kigali, ont alors tout fait pour s'y accrocher. Le « vent d'est »
qui souffle, depuis peu, sur l'Afrique, a commencé de les déstabiliser.
Ce n'est donc pas un hasard si, face à un pouvoir contesté et affaibli,
les exilés rwandais tentent, aujourd'hui, de se réinstaller de force au
« pays des mille collines ».

Pour mener à bien leur entreprise, ces exilés ont, c'est le moins que
l'on puisse dire, bénéficié de la neutralité bienveillante de la
solidarité clanique de Yoweri Museveni, le chef de l'Etat ougandais,
membre de l'ethnie nilotique des Ankoles, très proche de celle des
Tutsis. Est-on à la veille d'un nouveau déchaînement de haines tribales
? Le président burundais a, en tout cas, assuré son homologue rwandais
qu'il ne se prêterait pas à ce jeu d'autant plus dangereux que la
présence de parachutistes belges et français complique la partie.
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