Fiche du document numéro 10495

Num
10495
Date
Jeudi 14 juillet 1994
Amj
Auteur
Fichier
Taille
146526
Pages
5
Titre
Entretien accordé par le Président de la République, M. François Mitterrand, à TF1 et France 2 [Extraits]
Cote
Pol. Etr. juillet-août 1994 p. 81-85
Source
Fonds d'archives
Type
Langue
FR
Citation
Entretien accordé par le Président de la République, M. François
Mitterrand, à TF1 et France 2 - Extraits Source : Ministère des Affaires étrangères
Paris, 14 juillet 1994
• Participation de l’Eurocorps au défilé du
14 juillet - France - Allemagne
Q - Oui, Monsieur le Président, quel sentiment éprouviez vous quand vous étiez sur la
tribune officielle, la tribune présidentielle, tout
à l’heure avec Helmut Kohl, Felipe Gonzalez,
les chefs d’unités des différentes formations de
l’Eurocorps, et que vous voyiez défiler devant
vous des unités de ces différentes nations, y
compris de l’Allemagne ?
R - De l’émotion, et j’étais heureux qu’on ait
pu choisir entre le passé et le futur en faveur
de l’avenir.
Q - Une émotion comparable à celle de votre
prédécesseur qui, à la télévision, avait pleuré
à l’idée de voir des soldats allemands redéfiler
sur les Champs-Elysées ?
R - Pas de jugement là-dessus.
Q - Est ce que pour quelqu’un comme vous, qui
a connu la guerre et qui l’a faite...
R - J’ai entendu beaucoup de témoignages, sur
les différentes antennes de radios ou de télévisions, d’anciens combattants qui disent : "je ne
peux pas accepter ; moi, j’étais ici, moi j’étais
là".. Eh bien moi aussi j’y étais. J’ai été blessé,
j’ai été prisonnier et je n’en étais pas content,
et quand j’ai appris le défilé des Allemands sur
les Champs-Elysées en 1940, j’ai ressenti une
très profonde tristesse. Donc je peux en parler
autant qu’eux et, précisément à cause de cela,
j’éprouve une sorte de joie à la pensée qu’un
demi siècle a suffi pour régler le problème de
deux guerres mondiales où les Allemands et
les Français avaient été parmi les protagonistes
principaux.
Q - Plus politiquement, quand on voit, avant
hier, les communistes défiler sur les Champs
Elysées, manifester, quand on voit le fils du
Général de Gaulle protester contre cette initiative ou même Charles Pasqua dire qu’il est
d’accord, mais pas sur l’année, on sent qu’il y
a tout de même une polémique en France.

R - C’est vous qui avez été porteurs de cette
polémique : moi je ne sais pas. Ce que je peux
dire simplement, c’est que cela n’a pas beaucoup d’importance.
Q - Mais l’argument qui était employé, par
exemple par Charles Pasqua, c’était le fait que,
sur le principe, l’Eurocorps, la participation
des différentes nationalités au défilé, c’était
plutôt une bonne idée, mais que l’année du
cinquantième anniversaire du débarquement,
c’était un peu incongru.
R - L’anniversaire du débarquement a été célébré, pour la Normandie, au mois de juin. Il
sera célébré au mois d’août en Provence. Il ne
faut pas tout mélanger.
M. Pasqua appartenait à la Résistance et le hasard a voulu que je connaisse son père, qui était
dans le même mouvement que moi. Donc, nous
avons les mêmes souvenirs, mais nous n’avons
pas les mêmes réactions. Lui pense au passé,
moi je pense à l’avenir. Je le répète, je crois
qu’il faut bâtir l’Europe. Si l’on veut construire
l’Europe, il faut considérer que cette Europe a
besoin de sa propre défense. Si elle reste seulement dépendante des puissances extérieures à
l’Europe, alors, elle n’est pas elle-même.
Il faut préparer ce moment grâce à l’Eurocorps
qui n’est qu’un embryon, mais enfin 40.000
soldats, ce n’est déjà pas mal, avec des Espagnols, des Luxembourgeois, des Belges, des
Allemands, des Français... D’autres viendront.
On parle déjà d’une force d’action rapide avec
des Italiens,
Q - Des Italiens, des Espagnols... Silvio Berlusconi vous en a-t-il déjà parlé ?
R - Il m’en a parlé, mais pas précisément à propos de l’Eurocorps. D’autre part, on envisage
une marine commune dans le cadre d’une défense européenne. Moi, je trouve que cela va
dans le bon sens, j’en suis très content. Là, on
travaille aux fondements du siècle prochain, on
ne perd pas son temps à se lamenter sur les

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déboires du siècle précédent.
(...)
Q - Vous disiez il y a quelques instants que
c’était la construction européenne. Quand on
regarde ce qu’étaient la France et l’Allemagne
il y a quinze ans, vingt ans, et puis ce que sont
aujourd’hui la France et l’Allemagne, est-ce que
dans cette amitié consolidée, il n’y a pas quand
même une forte part d’inégalité en puissance ?
R - Pourquoi ? Laquelle ?
Q - Eh bien, on pourrait se dire que l’Allemagne réunifiée, que l’Allemagne, avec sa puissance économique, que l’Allemagne est un allié
un peu plus égal que les autres ?
R - Vous voudriez lui faire la guerre pour la
diminuer ?
Q - Moi, je ne voudrais pas lui faire la guerre,
mais je voudrais que vous nous disiez si c’est
quelque chose qui vous inquiète ? Est ce que de
temps en temps vous vous dites...
R - Je vous le répète, cela fait mille ans que
cela dure. Quand Philippe Auguste a vaincu
Otto IV à Bouvines, il était en droit de s’interroger, parce que ce n’était pas grand chose,
le Royaume de France, à l’époque. Et François
ler en a pris un coup : prisonnier de Charles
Quint en Espagne, et le Royaume de France en
mesure d’être dépecé. Finalement, la France a
gardé son homogénéité, sa force, sa puissance.
Q - Mais il y a cinq ans, démographiquement,
on était encore à égalité, aujourd’hui, ils ont 21
millions d’habitants de plus.
R - Parce que l’unité allemande s’est faite.
Les Français, peu à peu, auraient pu rattraper les Allemands en nombre, parce que notre
démographie, l’augmentation de notre population est supérieure à celle des Allemands. Et
puis, sont arrivés 17 millions d’Allemands de
l’Est. C’est un fait. On ne va pas se cogner la
tête contre les murs parce qu’il y a beaucoup
d’Allemands.
Q - Sans se cogner la tête contre les murs, on
pourrait avoir un soupçon d’inquiétude, un peu
de mélancolie.
R - Je ne voudrais pas du tout vous choquer,
parce que j’ai de la considération pour vous,
mais c’est parler pour ne rien dire.
Q - Bon.
R - Il y a des réalités en Europe : Il y a plus de
Russes que d’Allemands, plus d’Allemands que
de Français, plus de Français que de Suisses. Eh
bien, voilà. Qu’est-ce que vous voudriez faire ?
Q - Je ne sais pas, vos sentiments sont quand
même intéressants.

R - Il n’y a qu’une réponse à cela, il faut rendre
la France plus forte...
Q - C’est une réponse.
R - ...dans son économie, dans sa psychologie,
dans son sentiment de cohésion nationale, dans
ses réussites techniques, scientifiques. Il faut
qu’elle ait l’orgueil d’être elle- même, et elle
a de quoi. J’ai confiance dans la France.
Q - Pensez-vous que cette ligne européenne,
avec l’Eurocorps, soit de nature à réveiller des
opinions publiques, en Europe, qui sont très frileuses ? On l’a vu en France lors des dernières
élections européennes, le 12 juin, où l’on a vu
finalement que l’addition de tous les partis ou
toutes les listes qui étaient contre l’Europe, finalement tangentait celles qui étaient pour.
R - Si l’on se place sur ce terrain-là, il y a eu
un progrès des partisans de l’Europe en 1994
par rapport à 1992.
Les Français, dans leur grande majorité, sont
pour l’Europe. Lorsqu’il s’agit de parler de
choses pratiques, positives, quand des intérêts
sont en cause, ils le sont un peu moins. C’est
précisément ce sentiment de concurrence, le cas
échéant de faiblesse...
Q - C’est bien pourquoi il faut l’exprimer de
temps en temps.
R - Il faut qu’ils acquièrent le complexe de ce
qu’ils sont : et la France est quelque chose de
grand dans le monde.
Cela fait, je le répète, mille ans qu’ils sont les
voisins des Allemands et cela fait mille ans
qu’on est là. Et on a traversé deux guerres
mondiales, qui ont été désastreuses pour tout
le monde, qui ont sacrifié des millions de gens.
Nous sommes en 1994. Eh bien, la France est
solide. Quels que soient ceux qui la dirigent,
elle est solide.
• Présidence de la Commission de l’Union
européenne
Q - L’Europe se grippe de temps à autre. On l’a
vu lors du Sommet européen de Corfou, Vous
étiez, les uns et les autres, Français et Allemands, et d’ailleurs neuf autres pays, d’accord
sur un nom pour succéder à Jacques Delors,
qui est celui du Premier ministre belge. Il se
trouve que les Anglais ont dit non. Donc, vous
avez été obligés de céder...
R - On a été obligé de céder... Il faut expliquer
pourquoi.
Q - C’est le droit de veto...
R - Ce n’est pas tout à fait exact, car juridiquement, moi, je conteste que la loi du veto
puisse jouer. En raison des dernières dispo-

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sitions, c’est maintenant au Parlement européen de déterminer son choix. Mais enfin on
ne va pas se perdre dans ce genre de considération. L’habitude est que les Douze puissent
s’entendre sur un nom. Là, onze ont été d’accord, pas le douzième. Les onze autres en ont
tenu compte et c’est pourquoi nous reprenons
la conversation - j’espère qu’elle aboutira -, demain...
Q - Par exemple M. Santer ?
R - Je verrai ce que proposera le Chancelier
Kohl.
Q - Est-ce que votre pronostic, c’est que demain
on aura un successeur à Jacques Delors ?
R - Je pense que oui.
Q - Et vous allez pousser quand même l’idée
de la candidature du Premier ministre luxembourgeois ?
R - Je n’ai pas à vous dire ce que je ferai par
rapport à une proposition qui n’est pas encore officiellement transmise. C’est le Chancelier d’Allemagne qui, pour l’instant, préside la
Communauté européenne. Je lui succéderai le
1er janvier 1995. Et hier ou avant-hier, c’était
le Président grec. Bon, Laissons au Chancelier
Kohl sa responsabilité.
Q - Mais l’idée que ce soit plutôt un francophone...
R - Il faut que ce soit un francophone, selon
moi. En tout cas, que ce soit quelqu’un qui
parle français.
• Ex-Yougoslavie - Bosnie - plan de règlement établi à Genève
Q - Au sommet de Naples, cette fois-ci, du G7,
des sept principales puissances industrielles, il
y a notamment un point qui nous concerne
beaucoup depuis plusieurs années en France et
qui. est la question de la Bosnie, sur laquelle il
y a une décision commune, prise par l’ensemble
des grandes puissances industrielles qui se sont
mises d’accord pour cautionner un projet de
règlement.
Apparemment, les réactions ont été assez négatives du côté des Serbes. Si les Serbes refusent
ce plan, qu’est-ce qui se passe ?
R - M. Juppé s’est exprimé là-dessus hier encore. Il a été chargé de négocier, C’est son
rôle, il s’est rendu à Belgrade, en Serbie, et à
Pale, qui est le lieu où se situe l’état-major des
Serbes de Bosnie. C’est la première fois que les
Etats-Unis d’Amérique, la Russie, l’Union européenne, la France, l’Allemagne, la GrandeBretagne, l’Italie, etc, se sont mis d’accord sur
un plan. Jusqu’alors, on travaillait en ordre

dispersé, et même parfois contradictoire. Cela
prend donc beaucoup de force et je pense que
les différents partenaires qui se font la guerre
là- bas doivent y réfléchir sérieusement.
• Rwanda - intervention française
Q - Il y a un autre gros dossier international
très sanglant en ce moment, c’est le Rwanda.
L’opération Turquoise se passe plutôt bien par
rapport aux prévisions pessimistes, en tout cas
il n’y a pas d’accrochage avec le FPR, des vies
humaines sont sauvées. Cela dit, on voit bien...
R - Des dizaines de milliers !
Q - Oui, beaucoup, et on sent quand même bien
qu’il n’y a pas consensus absolu, y compris de la
part des organisations non-gouvernementales,
c’est-à-dire des associations humanitaires, qui
n’ont pas envie de participer à l’opération ou de
venir la soutenir, en disant : au fond, la France
essaye de se refaire une virginité après avoir
soutenu pendant des années le gouvernement
R - Non, non, cela, ce sont des histoires !
Q - C’est ce qu’ils disent.
R - Certains le disent, d’autres ne le disent pas.
Ceux qui le disent, souvent ne savent pas.
La France a des liens traditionnels avec beaucoup de pays d’Afrique. Elle n’en avait pas avec
le Rwanda, car le Rwanda est une ancienne colonie allemande devenue colonie belge.
C’est en 1975, retenez bien la date, six ans
avant mon arrivée à la Présidence de la République, je dis cela pour que ce soit clair, que
le gouvernement français a traité avec le Président du Rwanda, le même M. Habyarimana
qui a été assassiné récemment, et a signé avec
lui un traité d’assistance militaire qui faisait
que la France fournissait des instructeurs pour
former les cadres de l’armée rwandaise : en
1975. C’est ce traité-là. qui continuait à s’appliquer. Il n’y avait là rien d’extraordinaire, la
même disposition existe à l’égard de pas mal
d’autres pays d’Afrique.
Mais bien entendu, l’armée française, ou les
Français qui se trouvaient là, - ce n’était pas
une armée, juste quelques dizaines d’hommes -,
avaient également pour mission de ne pas intervenir directement dans le conflit. C’est ce traité
qui était en application, avec un gouvernement
qui était reconnu par l’OUA, c’est-à-dire l’Organisation de l’unité africaine, et par l’Organisation des Nations unies , un gouvernement
qui avait accepté les conditions que j’avais posées à La Baule pour l’assistance au développement, c’est-à-dire une évolution démocratique,
la constitution de plusieurs partis, il y en avait

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neuf, la constitution d’une presse aussi libre
que possible. Je dis cela avec les précautions
d’usage parce que je sais bien qu’il y a une certaine différence entre ce qu’on dit et ce qu’on
fait dans beaucoup d’endroits du monde...
Là-dessus, il y a eu une série d’assassinats : le
Président du Burundi, - je dis le Burundi, parce
que c’est un pays qui ressemble beaucoup au
Rwanda...
Q - Même composition ethnique...
R - ...un pays de même composition ethnique,
et voisin -, assassinat du Président du Rwanda,
et en même temps assassinat du deuxième Président au Burundi. Ceux-là, c’étaient des Hutus, l’ethnie majoritaire à 85 ou 87 %, avec en
face l’ethnie tutsie, celle qui est en train de gagner cette guerre, parce que c’est une catégorie
de gens courageux, organisés, de tradition militaire.
La France a réussi une négociation entre les
deux clans. Cette négociation a abouti le 4 août
1993. Que disait cette négociation ? Qu’un Premier ministre commun serait désigné : c’est
d’ailleurs celui qui vient de l’être, dans des
conditions différentes, mais il vient de l’être ,
qu’il y aurait 40 % de cadres tutsis dans l’armée et 50 % dans l’encadrement - les généraux,
les colonels, ceux qui dirigeaient cette armée ;
que le pouvoir civil serait exactement partagé.
Les Français en avaient profité pour dire qu’ils
estimaient, eux, que leur place n’était plus au
Rwanda (nous ne tenions pas à y rester - mais
qu’il fallait que les Nations unies installassent
une force, qui s’appelle la MINUAR, peu importe), une force internationale : ce qui a été
fait.
Et les Français sont partis. Les Français sont
partis plusieurs mois avant le déclenchement
de ce génocide qui a suivi l’assassinat des Présidents du Rwanda et du Burundi.
A ce moment-là, on nous a suppliés de revenir en nous disant "sauvez les casques bleus,
ramenez les Français, les Belges, les étrangers
qui se trouvent au Rwanda", ce que nous avons
fait. Nous avons envoyé des avions, nous avons
ramené dans d’autres pays, en particulier en
Europe, des gens qui étaient menacés.
Mais depuis les accords d’Arusha, nous ne
sommes plus partie dans cette affaire.
Donc, le génocide a eu lieu après. Nous étions
déjà absents.
Q - Justement, à propos du génocide, il y a une
question qu’on s’est posée, que tout le monde
s’est posée d’ailleurs, qui est de savoir pour-

quoi, puisqu’on sait qu’il y a eu des centaines
de milliers de victimes, on n’a pas pu intervenir avant, On a bien vu que quand on est
intervenu, cela a été efficace. Pourquoi est-ce
qu’on n’a pas pu intervenir avant pour sauver,
je dirais, l’essentiel de ceux qui ont été exterminés ?
R - Il y a beaucoup de gens qui nous disent :
pourquoi êtes-vous intervenus ?
Q - Moins maintenant.
R - Vous nous dites -. pourquoi intervenir si
tard ? C’était difficile pour la France de se substituer aux Nations unies dont c’était le rôle.
Q - Mais qui étaient défaillantes.
R - Oui, malheureusement. Mais quand vraiment c’est devenu évident, nous y sommes allés
à nos risques et périls.
Q - Ce qui est arrivé cette nuit et ce matin
encore, c’est qu’on a vu arriver des dizaines, des
centaines, des milliers de réfugiés qui passent
maintenant la frontière zaïroise, et vous allez à
votre tour aider le Président Mobutu qui vous a
quand même aidé en vous prêtant ses aéroports
de Goma et Bukavu...
R - C’est tout à fait autre chose. A partir du
moment où ils franchissent la frontière, ils ne
sont plus en péril de mort par voie de fait, ils
sont en danger de mort par famine. Alors c’est
vraiment aux organisations internationales à
prendre leurs responsabilités.
Q - Est-ce qu’au passage, quand même, vous
n’avez pas remis spectaculairement en scène un
homme qui est considéré comme un dictateur
et qui était un petit peu pestiféré, à Paris, à
Washington ?
R - C’est un effet inattendu. Mais si l’objectif
était de sauver le maximum d’hommes et d’aider les ethnies, d’abord les Tutsis qui étaient
les plus menacés à cet endroit là, eh bien on a
bien fait.
Les conséquences secondaires, il faut les supporter. Il faut voir comment on les gérera.
Nous avons sauvé des dizaines, des milliers de
gens, de pauvres gens qui avaient déjà supporté
beaucoup de souffrances.
• Algérie
Q - Il y a un autre sujet dramatique et qui
nous touche de près puisqu’il s’agit de l’Algérie,
qui pour les Français est proche à beaucoup de
points de vue. Avec ce qui s’y passe, c’est-à-dire
une guerre civile larvée avec beaucoup de violence, d’exactions, d’intégrisme, est-ce que la
France peut ne rien faire ? Est-ce que la France
peut faire quelque chose d’utile ?

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R - La France fait beaucoup, car si elle ne peut
pas intervenir - c’est impossible - dans la guerre
civile, elle peut aider l’Algérie à rétablir autant
que faire se peut une situation économique extrêmement délabrée.
Je pense que la mauvaise situation économique
de l’Algérie a dû beaucoup contribuer à accroître le nombre de partisans des mouvements
extrémistes. Vous savez, la misère est toujours
mauvaise conseillère.
En essayant d’aider l’Algérie à se redresser économiquement, je crois qu’on lui rend service
pour son futur redressement politique. Mais on
ne peut pas aller plus loin. Nous ne sommes
pas les arbitres entre les factions. Nous traitons
avec les gouvernements qui existent.
Q - D’un mot seulement, qu’est-ce qui se passerait si à un moment, ce qui n’est pas forcément exclu, il y a toute une série de. gens qui
demandent à se réfugier en France pour des
raisons qui seraient effectivement vraiment politiques ? S’ils étaient persécutés ?
R - Si j’avais à vous consulter ce jour là, tel
que je vous connais, vous me diriez : "vous ne
pouvez pas leur fermer la porte, vous ne pouvez
pas les laisser se faire assassiner là bas !" Vous
diriez cela, et moi je penserais comme vous,
Q - Mais s’il y en a des centaines de milliers ?
R - S’il y en a des centaines de milliers, cela posera un problème difficile, parce que la France
a déjà accueilli beaucoup d’immigrés de tous
les pays, et cela exigera certainement une organisation internationale. Ce n’est pas la France
seule qui peut résoudre ce type de problème.
• Corée du Nord
Q - Un mot sur la Corée, avec la mort du président Kim Il-Sung qui avait 82 ans après 45
ans de pouvoir. Cela vous inquiète ? Il y a un
risque de poudrière là bas pour vous ? Vous
l’avez connu, vous l’avez rencontré.
R - Je dois être le seul des dirigeants français
peut-être... D’ailleurs quand nous étions réunis
à Naples, j’ai constaté que j’étais le seul à avoir
connu Kim Il Sung- Ce n’était pas un ami intime.
Q - Il n’était pas très fréquentable. Si ?
R - J’étais le seul à l’avoir rencontré. Il est
mort, il avait 82 ans. Permettez-moi de vous
faire cette confidence : cela arrive ! Et quand
on approche de ces âges là, il vaut mieux ne
pas faire l’étonné. Donc la succession était préparée au bénéfice de son fils.
Q - Le népotisme, vous êtes pour ?
R - Le népotisme... en France il y a eu népo-

tisme pendant combien de siècles, si vous appelez cela comme cela ?
Q - Jusqu’en 1789.
R - Je n’ai pas du tout l’intention de demander
à un membre de ma famille de me succéder,
même à un cousin très éloigné. Bon, alors laissez les Coréens débrouiller leurs affaires. Cela
dit, le fils ne me paraît pas d’une nature plus
douce que le père. (...)./.

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