Author-card of document number 28924

Num
28924
Date
Vendredi 27 mai 1994
Ymd
Hms
13:00:00
Size
8682210
Uptitle
Journal de 13 heures [2:44]
Title
Marine Jacquemin : - « L'avancée des forces FPR à majorité tutsi fait fuir les Hutu qui ont peur maintenant des contre-massacres ». Jean-Pierre Pernaut : - « Donc tout le monde massacre tout le monde en fait ? Ça se tue dans tous les sens ? »
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Abstract
- Marine Jacquemin: There would be around 400 to 500,000 dead! It's entirely possible. When we walk around the towns we have passed through, there are mass graves everywhere!

- Jean-Pierre Pernaut: Everywhere on all the roads, thousands of people fleeing everywhere in all directions?

- Marine Jacquemin: Yes, they don't know where to go! There, currently, it is the Hutus who are fleeing Kigali because there have been so many massacres committed by the Hutus that the advance of the predominantly Tutsi RPF forces is driving the Hutus away who are now afraid of counter-massacres.

- Jean-Pierre Pernaut: So everyone is actually killing everyone? It kills in all directions?

- Marine Jacquemin: In other words, it is clear, clean and precise that the Hutus massacred under the influence of these militias. Now on the RPF side, the first testimonies we have also report massacres.

- Jean-Pierre Pernaut: For years, you have been going all over the world for TF1. Have you ever seen such tension elsewhere?

- Marine Jacquemin: No, no. I have never seen such a horror. Never never. We are afraid every moment. Even we were very scared. Well it seems that France is still the friendly country, side government forces. Which obviously saved our lives at each dam. Each time the question arose: "Are you Belgian or are you French?". The guns were pointed at our stomachs and they were ready to draw straight away. Luck wanted us to be French.
Source
TF1
Public records
INA
Type
Journal télévisé
Language
FR
Citation
[Jean-Pierre Pernaut interviewe sur le plateau du JT Marine Jacquemin, l'envoyée spéciale de TF1 au Rwanda.]

Marine Jacquemin : […] pour dire qu'il y aurait à peu près, euh…, 400 à 500 000 morts ! Et, et…, et c'est tout à fait possible. Quand on se promène autour des…, des villes que nous avons traversées, il y a des charniers partout ! C'est-à-dire que la terre est…, est fraîchement, euh, recouverte. Il y a eu des tombes incroyables tout autour de ces villes-là [des colonnes de réfugiés prenant la fuite sont diffusées au même moment]. Et…, et par exemple, nous sommes arrivés dans un camp, le camp de Kabgayi, que vous venez de voir sur ces images. Et… [des images de réfugiés sont toujours diffusées], là, vous voyez le…, l'exode. L'exode est massif, évidemment. Maintenant…

Jean-Pierre Pernaut : Partout sur toutes les routes, des milliers gens qui fuient un peu dans tous les sens ?

Marine Jacquemin : Oui, oui ! Ils ne savent pas où aller ! Ils sont…, ils sont perdus parce que… Là, actuellement [elle montre de la main les images qui sont en train d'être diffusées], ce sont les Hutu qui fuient Kigali parce qu'il y a eu tellement de massacres commis par les Hutu que l'avancée des forces FPR, c'est-à-dire tutsi… -- c'est un petit peu compliqué à expliquer mais…, j'essaie de le faire simple --, l'avancée des forces FPR à majorité tutsi, donc, fait fuir les Hutu qui ont peur maintenant des contre-massacres [diffusion d'images de camps de réfugiés]. Et…

Jean-Pierre Pernaut : Donc tout le monde massacre tout le monde en fait ? Ça…, ça se tue dans tous les sens ?

Marine Jacquemin : Mais c'est-à-dire que c'est…, c'est clair, net et précis que les Hutu ont massacré…, ont massacré sous l'influence, euh, de…, de…, de ces milices qui… Vous savez les…, les…, ces…, les Hutu sont à majorité paysanne. Ce sont des gens pas très instruits. Et ce sont des gens qui sont armés de machettes, euh…, de…, de grenades et qui ont tué un petit peu [sourire] n'importe comment et salement tout ce qui bougeait, côté tutsi. Maintenant côté FPR, les premiers témoignages que nous avons font état également de massacres. Je dirais -- entre guillemets -- "un peu plus propres" puisque ils semblent massacrer avec des balles de…, de ce côté-ci [gros plans sur des civils blessés].

Jean-Pierre Pernaut : Vous avez évoqué le…, la Croix-Rouge tout à l'heure. Il y a beaucoup d'organisations humanitaires à part la Croix-Rouge là-bas ?

Marine Jacquemin : Ecoutez, pour l'instant il n'y a pratiquement que la Croix-Rouge qui ait aidé. Euh…, ils ont une alliance avec MSF. Donc il n'y a que la Croix-Rouge sur le terrain. Et une Croix-Rouge qui…, qui est freinée par, euh, par le danger [diffusion d'images d'un hôpital de fortune]. Et…, par exemple, où nous étions, à Gitarama, nous avons emprunté une route pour monter vers Kigali que la Croix-Rouge actuellement n'emprunte plus parce que ils ont été, euh, mitraillés et un de leurs médecins a été blessé.

Jean-Pierre Pernaut : Marine, depuis des années, vous…, vous… allez dans le monde entier pour TF1. Vous avez déjà vu une telle tension ailleurs ?

Marine Jacquemin : Non, non. J'ai jamais vu…, j'ai jamais vu une horreur pareille. Jamais, jamais [gros plan sur des cadavres tourbillonnant dans les chutes de Rusumo]. On…, on a peur à chaque instant. On…, même…, même nous, nous avions très peur. Et, euh…, bon il semble que la France, euh, soit toujours le pays ami, côté forces gouvernementales. Ce qui nous a évidemment, euh, sauvé la vie à chaque barrage. Car si nous avions été Belges… À chaque fois la question se reposait : "Etes-vous Belges ou êtes-vous Français ?". Euh, les armes étaient pointées sur notre ventre et ils étaient prêts à dégainer tout de suite. La chance a voulu que nous soyons Français.

Jean-Pierre Pernaut : Voilà. Vous étiez là-bas avec Thierry Froissart et Gilles Tuban. Et on verra dans…, dans toutes nos éditions du week-end et lundi avec ce camp. Euh…, vous avez filmé des…, des documents qu'on reverra dans nos prochaines éditions. Merci Marine pour ce témoignage.

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