Author-card of document number 3559

Num
3559
Date
Lundi 25 juillet 1994
Ymd
Hms
20:00:00
Size
29997574
Uptitle
Journal de 20 heures [8:14]
Title
Quand ils n'ont pas été tués par la violence interethnique, beaucoup d'enfants du Rwanda se retrouvent orphelins
Subtitle
L'armée américaine a suspendu ses parachutages de vivres aux réfugiés qui avaient été très critiqués par les organisations humanitaires.
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HCR
Abstract
- Two terrible figures are coming to us today from Zaire: nearly 14,000 people have died in the past six days in the Goma region, most of them as a result of the cholera epidemic. Second figure: more than 100,000 Rwandan children are said to be separated from their parents.

- When they have not been killed by inter-ethnic violence, many children in Rwanda find themselves orphans. And in an indifference that is matched only by the immensity of their silent dismay. Children of misfortune to the end, 4,000 of them have failed in a UNICEF orphanage near Goma. An orphanage which quite involuntarily would rather deserve the name of mouroir.

- There are outlines of individual solutions which are beginning to emerge. Janvier is 25 years old, he is a Rwandan refugee. While fleeing his country, he took in seven children who now have a smile when they find him in the evening. Because he is resourceful and had some money, he managed to escape the worst. To avoid these orphanages, January will have to be able to return to Rwanda with her seven children one day. And above all, that we help.

- The US military today suspended its food drops to refugees. The UN High Commissioner for Refugees did not give him new flight authorizations. The airdrops had been severely criticized by humanitarian organizations. Today Australia and Russia announced they are joining aid operations. But it is all very difficult to fall into place.

- The race against death has started. From everywhere, from the United States, Germany, France, Belgium, Israel, Australia, wide-bodied jets stuffed with food and medicine take off. Doctors and experts in the manufacture of drinking water are also taking the road to Goma. But good will is not enough. The drops organized yesterday [July 24] by the United States were strongly criticized and had to be stopped this morning. Too much rush. The food packages have landed in the middle of the coffee plantations, they are difficult to recover. The place chosen, Katale camp, was not justified: the refugees had enough food there to survive. Some humanitarian organizations there speak of a joke.

- The High Commissioner for Refugees is trying to calm people down and put order in the delivery of aid. Negotiations are underway with the United States on the resumption of the airlift. The UNHCR does not want any more misfires: it wants to distribute and distribute food, medicine and drinking water according to the needs of the different camps. Its officials are also worried about not seeing the arrival of teams specializing in the construction of sanitary facilities. Without a latrine, cholera will continue to spread. The epidemic has already claimed 11,000 lives. It could affect 80,000 people.

- The Americans are afraid that a large-scale operation that will not serve much, as was the case in Somalia, is repeating itself. Everyone is saying: "We want to go, but not alone". Obviously, the failure of such a mission would be catastrophic. And it's a bit the fear of Americans today.

- Since the establishment of the French security zone, there have always been minor skirmishes and acts of looting. Until now, the French army spoke of acts of looting by Hutu militias. Today she says that these are real skirmishes. This has a very specific reason. It is a question of giving the new government in Kigali, the new Rwandan government, pledges of goodwill by saying to this government: "You see, we are not playing into the hands of the Hutu militias, the ex-government militias. , in exchange, multiply the calls for return and everything will be better".

- It should be noted that these are clashes with the militias and not with the former armed forces of Rwanda. Rwanda's former armed forces are mainly concentrated in Zaire, near Goma. While obviously, in the Turquoise zone, a certain number of militiamen, those called the Interahamwe, who were the main perpetrators of the massacres, have merged into the population and are leading a guerrilla war of last hope.

- A nice gesture to note: that of Richard Virenque, the winner of the mountain grand prix in the Tour de France. The French champion has announced that he is donating his Tour winnings to the Médecins Sans Frontières organization to help refugees in Rwanda. This represents 250,000 francs. And Virenque also wants to auction his white jersey with red polka dots and then his bike.

- He could have been content to have an obsessive thought for his own suffering. He could also have pocketed the 250,000 francs of nest egg that his talent allowed him to accumulate during the three weeks of the Tour 94. But there were these images, these terrible images, which he discovered every evening and which spoiled him so much. His pleasure as a winner than his serenity as a geographically well-born human being. So yesterday [July 24] after arriving on the Champs, Richard Virenque donated all of his earnings to Doctors Without Borders.
Source
TF1
Public records
INA
Type
Journal télévisé
Language
FR
Citation
[Dominique Bromberger :] Deux chiffres terribles nous parviennent aujourd'hui du Zaïre : près de 14 000 personnes sont mortes depuis six jours dans la région de Goma, en majorité des suites de l'épidémie de choléra. Deuxième chiffre : plus de 100 000 enfants rwandais seraient séparés de leurs parents. Nos envoyés spéciaux Gauthier Rybinski et Manuel Joachim ont retrouvé quelques-uns de ces orphelins.

[Gauthier Rybinski :] Quand ils n'ont pas été tués par la violence interethnique, beaucoup d'enfants du Rwanda se retrouvent orphelins. Et dans une indifférence qui n'a d'égal que l'immensité de leur désarroi silencieux [on voit un enfant nu, complètement décharné, passer devant un adulte qui regarde dans le vide]. Enfants du malheur jusqu'au bout, ceux-ci sont 4 000 à avoir échoué dans un orphelinat de l'UNICEF près de Goma. Un orphelinat qui bien involontairement mériterait plutôt le nom de mouroir [on voit une femme en train de laver un enfant squelettique].

[On voit une femme blanche -- il s'agit du docteur Nemet -- en train de réveiller un réfugié en lui disant : "Allez debout, on doit nettoyer là, tiku kenda, ngwino hano" ; sur un autre plan, on la voit dire à un homme noir : "Prends un seau et dégage-moi tout ça, allez !"] [Docteur Nemet, "UNICEF" : - "[Inaudible] la solution pour ces enfants c'est de renter chez eux, hein. Ça, c'est…, tout le monde le dit, on le pense. Et je crois que c'est…, il faut que ces enfants rentrent chez eux…". Gauthier Rybinski : - "Même s'ils n'ont plus…". Docteur Nemet : - "Dans leur milieu et dans… chez eux !". Gauthier Rybinski : - "Même s'ils n'ont plus de parents ?". Docteur Nemet : - "On verra des solutions avec, euh, avec…, avec qui de droit. Mais il faut pas les laisser ici ces enfants. Vous voyez…, vous avez vu comme c'est plein ? On peut pas, on peut pas ! C'est inhumain pour eux !".]

Pour cela, il y a des ébauches de solutions individuelles qui commencent à voir le jour. Janvier a 25 ans, il est réfugié rwandais. En fuyant son pays, il a recueilli sept enfants qui désormais ont le sourire lorsqu'ils le retrouvent le soir. Parce qu'il est débrouillard et qu'il avait un peu d'argent, il a réussi à échapper au pire.

[Janvier : "Ils m'appellent souvent 'Papa", les petits. Les grands m'appellent, euh, mon…, m'appellent de…, à…, euh…, au nom de…, de mon nom, c'est…, c'est-à-dire Janvier. Alors, comme ça je…, j'accepte. Tout ce qu'ils me disent, j'accepte".]

Bien évidemment, si ces enfants peuvent recevoir une certaine douceur affective, c'est auprès de Janvier qu'ils la trouveront. Mais la chose n'est pas viable indéfiniment [on voit Janvier en train de nettoyer les enfants].

[Janvier : "J'assure leur survie journalière. Alors, ce qui est l'avenir…, on vivra comme ça, à la grâce de Dieu. Peut-être que je vais m'arranger autrement pour chercher au moins de boulot [sic] pour avoir quelque sous pour les nourrir, comme ça. Mais je ne suis pas totalement sûr".]

Alors pour éviter ces orphelinats, il faudra bien qu'un jour Janvier puisse rentrer au Rwanda avec ses sept enfants. Et surtout, qu'on l'aide [gros plans sur des enfants nus et très amaigris couchés sur un matelas ; certains toussent, d'autres pleurs].

[Dominique Bromberger :] L'armée américaine a suspendu aujourd'hui ses parachutages de vivres aux réfugiés. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux réfugiés ne lui a pas donné de nouvelles autorisations de vol. Les parachutages avaient été très critiqués par les organisations humanitaires. Aujourd'hui l'Australie et la Russie ont annoncé qu'elles se joignaient aux opérations d'aide. Mais tout cela a beaucoup de mal à se mettre en place. Patricia Allémonière.

[Patricia Allémonière :] La course contre la mort s'est engagée. D'un peu partout, des États-Unis, d'Allemagne, de France, de Belgique, d'Israël, d'Australie, des gros-porteurs bourrés de nourriture et de médicaments décollent. Des médecins et des experts en fabrication d'eau potable prennent aussi la route pour Goma.

Mais voilà, la bonne volonté ne suffit pas. Les largages organisés hier [24 juillet] par les États-Unis ont été vivement critiqués, ont dû être interrompus ce matin. Trop de précipitation. Les colis de vivres ont atterri en pleines plantations de café, ils sont difficilement récupérables. L'endroit choisi, le camp de Katale, n'était pas justifié : les réfugiés avaient à cet endroit assez de nourriture pour survivre. Certaines organisations humanitaires sur place parlent de farce.

Le Haut-Commissariat aux réfugiés tente de calmer les esprits et de mettre de l'ordre dans l'acheminement de l'aide. Des négociations sont en cours avec les États-Unis sur la reprise du pont aérien. Le HCR ne veut plus de ratés : il veut répartir et distribuer la nourriture, les médicaments et l'eau potable en fonction des besoins des différents camps.

Ses responsables s'inquiètent aussi de ne pas voir arriver les équipes spécialisées dans la construction des sanitaires. Sans latrines, le choléra continuera sa progression. L'épidémie a déjà fait 11 000 victimes. Elle pourrait toucher 80 000 personnes [le dernier plan montre un homme qui s'avance en tenant le cadavre d'un enfant dans ses bras].

[Dominique Bromberger interviewe à présent en duplex de Goma Gauthier Rybinski.]

Dominique Bromberger : Nous rejoignons maintenant Gauthier Rybinski, l'un de nos envoyés spéciaux à Goma. Alors Gauthier, que se passe-t-il exactement entre les Américains, les Nations unies, les organisations humanitaires ? Les…, les parachutages américains vont-ils bientôt reprendre ?

Gauthier Rybinski : Alors écoutez, en principe les parachutages américains doivent reprendre demain. Mais pour expliquer un petit peu ce désordre et ce chaos, je dirais que c'est le syndrome somalien qui perturbe les Américains. Les Américains ont peur d'une chose, c'est que… une opération de grande envergure qui ne serve pas à grand-chose, comme ça a été le cas en Somalie, se répète. Vous avez signalé les…, les largages de vivres qui ont été un peu hasardeux. Et je crois que maintenant, tout le monde est en train de dire : "Nous voulons bien y aller, mais pas tout seul". Tant bien évidemment la…, l'échec d'une telle mission -- si elle devait, euh, échouer -- serait catastrophique. Et c'est un petit peu la peur des Américains aujourd'hui.

Dominique Bromberger : Alors il y a une autre chose qu'on a apprise, qui a été rendue publique aujourd'hui, c'est le fait que l'armée française avait, euh, connu des accrochages aux milices hutu [sic]. Quel est le degré de…, de gravité de ces incidents ?

Gauthier Rybinski : Alors écoutez, ça, je pense que ce n'est pas un phénomène nouveau. Il y a toujours eu depuis, euh, l'établissement de la zone de sécurité française -- la zone Turquoise dans le Sud-Ouest du Rwanda --, il y a toujours eu des petits accrochages et des actes de pillage. Jusqu'à présent l'armée française parlait d'actes de pillage de la part de milices hutu. Aujourd'hui elle dit qu'il s'agit de véritables accrochages. Je crois que cela a une raison très précise. Il s'agit de donner au nouveau gouvernement de Kigali, au nouveau gouvernement rwandais, des gages de bonne volonté en disant à ce gouvernement : "Vous voyez, nous ne faisons pas le jeu des milices hutu, des milices ex-gouvernementales. Mais vous, en échange, multipliez les appels au retour et tout ira mieux".

Dominique Bromberger : Il s'agit en tout cas de…, d'accrochages avec, euh, les milices et non pas avec, euh, les anciennes forces armées du Rwanda ?

Gauthier Rybinski : Tout à fait, il faut le préciser. Les anciennes forces armées du Rwanda sont essentiellement concentrées de ce côté-ci de la frontière, c'est-à-dire au Zaïre, à côté de Goma. Alors que bien évidemment, dans la zone Turquoise, un certain nombre de miliciens -- ceux qu'on appelle les Interahamwe --, qui étaient, euh…, les auteurs principaux des massacres, se sont fondus dans la population et, euh, mènent une guérilla de…, de dernier espoir.

Dominique Bromberger : Merci Gauthier.

Et puis un beau geste à relever : celui de Richard Virenque, le vainqueur du grand prix de la montagne dans le Tour de France. Le champion français a annoncé qu'il faisait don de ses gains du Tour à l'organisation Médecins sans frontières pour aider les réfugiés du Rwanda. Cela représente 250 000 francs. Et Virenque veut également mettre aux enchères son maillot blanc à pois rouges et puis son vélo. Michel [Jean-Michel] Bellot l'a rencontré ce matin.

[Jean-Michel Bellot :] Il aurait pu se contenter d'avoir une pensée obsessionnelle pour sa propre souffrance. Il aurait pu aussi empocher les 250 000 francs de magot que son talent lui a permis d'accumuler durant les trois semaines du Tour 94. Mais il y a eu ces images, ces images terribles, que chaque soir il découvrait et qui lui gâchait autant son plaisir de vainqueur que sa sérénité d'être humain géographiquement bien né [gros plan sur des réfugiés, dont des enfants, qui sont à l'agonie]. Alors hier [24 juillet] après l'arrivée sur les Champs, Richard Virenque a fait don de la totalité de ses gains à Médecins sans frontières.

[Richard Virenque : "À chaque fois qu'on rentre de…, d'étape, tout ça, on essaie un peu de décompresser, de regarder la télé. Bon, on se fait masser. Mais on regarde la télé, on essaie de…, d'être informé un peu de ce qui se passe dans le monde. Et… dès fois comme…, comme là, eh ben, le Rwanda, ça…, ça marque. De voir des personnes par terre, mortes comme des chiffons, euh, que le…, les autres y passent à côté comme si c'était normal. Et bon, je trouve ça vraiment scandaleux. Et… je fais ce geste de…, du cœur".]

Ce geste ne mérite aucun commentaire. Il se suffit à lui-même. Mais ce matin à Paris, Richard Virenque avait le cœur léger, comme soulagé d'avoir pu relativiser sa souffrance individuelle en regard d'une agonie collective.

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