Author-card of document number 3524

Num
3524
Date
Mardi 5 juillet 1994
Ymd
Hms
13:00:00
Size
20978973
Uptitle
Journal de 13 heures [7:00]
Title
Bernard Granjon : « Faire ce que fait la France, c'est-à-dire contenir les assassins patentés, empêcher qu'ils soient arrêtés, jugés et condamnés, c'est une politique exécrable ! »
Subtitle
Un changement de taille dans l'opération Turquoise : les paras français ont reçu l'ordre de s'opposer à l'avancée des troupes du FPR.
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Abstract
- A major change in Operation Turquoise in Rwanda: the French paratroopers were ordered to oppose the advance of RPF rebel troops in the west of the country. Even if François Léotard and François Mitterrand reaffirm the humanitarian nature of the operation, it has indeed changed in nature.

- The development is indisputable: at the start of the operation, the French troops were ordered to avoid contact with the combatants. Today, they are ordered to face. In fact, everything revolves around the security zone that France wanted to create. But faced with the slowness of diplomacy, she decided to impose it by putting everyone in front of a fait accompli.

- This area covers roughly a fifth of the country in the southwest. This is the only response the French government has found to cope with the influx of refugees of all ethnicities and to stop the massacres which continue in uncontrolled areas. The French device aims to prohibit any armed intrusion in this area. Admiral Jacques Lanxade, "Chief of Staff of the Armed Forces": "The limit of this zone passes in the east of Gikongoro. And we told the RPF that we did not want it to enter this zone. The soldiers French are there to mark the limits of this zone. And I do not think that they have to be militarily opposed to the RPF. Because I do not believe that the RPF will cross".

- The trouble is that the RPF clearly declared that it did not recognize this area. So what can happen? One thing is certain, the French troops have been ordered to use force to prevent any exaction. Alain Juppé reaffirmed it this morning. Alain Juppé, "Minister of Foreign Affairs": "Can you imagine that the French troops of Operation Turquoise, which are in a well-known area, allow men and children to be massacred before their eyes? No. If there are troops, I repeat, whoever they are, who come to attack the refugee camps, who come to attack isolated groups currently terrorized, we will not let this happen".

- François Mitterrand, who is finishing his visit to South Africa today, spoke about the situation in Rwanda. He calls on the UN to send troops quickly. And he too reaffirmed the humanitarian character of Operation Turquoise. François Mitterrand: "France does not intend to conduct a military operation in Rwanda against anyone. The fate of Rwandans depends on Rwandans. The Rwandan Patriotic Front is not our adversary! We are not trying to hold back its possible We just say, 'There has to be a place somewhere where people in peril can find help.' We extend a helping hand. the international organizations have not already put in place the mechanism which would make it possible not to leave this burden to France alone".

- From the start of Operation Turquoise, the Rwandan Patriotic Front accused France of coming to this country only to support the government army. For Alain Juppé and François Mitterrand. But several humanitarian associations such as Médecins du monde do not really believe in it. For them, a priority: to attack Hutu extremists. Bernard Granjon, "Pdt 'Médecins du Monde'": "To do what France is doing, that is to say to contain known licensed assassins, recognized by everyone, to prevent these assassins from being arrested, tried, or condemned, it is an execrable policy!".

- An opinion that the Rwandan Patriotic Front shares even more firmly. François Rutayisire, "RPF Representative in Paris": "It is not in reality a humanitarian mission, it is to protect the executioners of the Rwandan people. The Rwandan Armed Forces, the militia and the political forces are losing control. party, they took refuge in the west of the country under the protective wing of France".

- Meanwhile, throughout the country, French soldiers and UN soldiers continue to discover, day after day, a mass grave, there an abandoned orphanage. For example, this orphanage where for months 288 survivors of the massacres have been living in pitiful conditions.
Source
TF1
Public records
INA
Type
Journal télévisé
Language
FR
Citation
[Jean-Pierre Pernaut :] Deuxième grand titre de l'actualité, un changement de taille dans l'opération Turquoise au Rwanda : les paras français ont reçu l'ordre de s'opposer à l'avancée des troupes rebelles du FPR dans l'Ouest du pays. Même si François Léotard réaffirme le caractère humanitaire de l'opération -- François Mitterrand aussi, nous l'entendrons dans un instant --, eh ben cette opération a bel et bien changé de nature. Jean-Pierre Ferey.

[Jean-Pierre Ferey :] L'évolution est incontestable : au début de l'opération, les troupes françaises avaient ordre d'éviter le contact avec les combattants. Aujourd'hui, elles ont ordre de faire face. En fait, tout tourne autour de la zone de sécurité que la France voulait créer. Mais devant les lenteurs de la diplomatie, elle a décidé de l'imposer en mettant tout le monde devant le fait accompli [diffusion d'images de véhicules militaires de l'armée française tournées de nuit ; la scène suivante montre deux militaires français en train de vérifier la mitrailleuse installée sur leur Jeep].

Cette zone couvre à peu près un cinquième du pays au sud-ouest [on voit Alain Juppé en pleine conférence de presse en train de localiser à la main la Zone humanitaire sûre sur une carte du Rwanda]. [Inaudible] la seule réponse que le gouvernement français a trouvé pour faire face à l'afflux de réfugiés, toutes ethnies confondues, et pour arrêter les massacres qui continuent dans les zones non contrôlées. Le dispositif français a pour objectif d'interdire toute intrusion armée dans cette zone [on voit notamment des réfugiés massés devant la cathédrale de Kabgayi].

[Amiral Jacques Lanxade, "Chef d'état-major des Armées", lors d'une conférence de presse : "La limite de cette zone passe dans l'Est de Gikongoro. Et nous avons indiqué au FPR que nous ne souhaitions pas qu'il entre dans cette zone [diffusion d'une carte montrant la ligne de front et la Zone humanitaire sûre]. Les soldats français sont là pour marquer, euh, les limites de cette zone. Et je ne pense pas qu'ils aient, euh…, à s'opposer militairement au FPR. Car je ne crois pas que le FPR franchira".]

L'ennui, c'est que le FPR -- le Front patriotique rwandais -- a déclaré nettement qu'il ne reconnaissait pas cette zone. Alors que peut-il se passer ? Une chose est certaine, les troupes françaises ont reçu l'ordre d'user de la force pour empêcher toute exaction. Alain Juppé l'a réaffirmé ce matin [diffusion d'images de véhicules de l'armée française et d'un soldat montant la garde, mitrailleuse en joue, à bord de son véhicule].

[Alain Juppé, "Ministre des Affaires étrangères", devant les micros des journalistes [on reconnaît à ses cotés Dominique de Villepin] : "Vous imaginez que les troupes françaises de l'opération Turquoise, qui sont dans une zone, euh…, bien connue, laissent massacrer sous leurs yeux, euh, des hommes et des enfants ? Non. S'il y a des troupes -- je le répète, quelles qu'elles soient -- qui viennent s'attaquer aux camps de réfugiés, qui viennent s'attaquer à des groupes isolés actuellement terrorisés, nous ne laisserons pas faire. Ça c'est exact"].

La situation est donc pleine de risque. Les prochains jours seront critiques.

[Jean-Pierre Pernaut :] François Mitterrand qui termine aujourd'hui sa visite en Afrique du Sud a évoqué la situation au Rwanda. Il appelle l'ONU à envoyer rapidement des troupes. Et lui aussi a réaffirmé le caractère humanitaire de l'opération Turquoise.

[François Mitterrand devant un micro avec des écouteurs aux oreilles dans un amphithéâtre de journalistes [ses propos sont simultanément traduits en anglais] : "La France n'entend pas mener d'opération militaire… au Rwanda contre qui que ce soit. Le sort des Rwandais dépend des Rwandais. Le Front patriotique rwandais n'est pas notre adversaire ! Nous ne cherchons pas à retenir son éventuel succès ! Nous disons simplement : 'Il faut bien qu'il y ait quelque part un endroit où des gens en péril puissent trouver secours'. Nous tendons une main secourable. Là s'arrête notre action. Et nous sommes au regret de constater que les organisations internationales n'ont pas déjà mis en place le dispositif qui permettrait de ne pas laisser se…, supporter cette charge à la France seule".]

[Jean-Pierre Pernaut :] Dès le démarrage de l'opération Turquoise, en tout cas, le Front patriotique rwandais avait accusé la France de ne venir dans ce pays que pour soutenir, euh…, l'armée gouvernementale. Pour Alain Juppé et François Mitterrand -- on les a entendus --, il s'agit seulement de protéger la population. Mais plusieurs associations humanitaires comme Médecins du monde n'y croient pas vraiment. Ghislaine Laurent.

[Ghislaine Laurent :] Mission humanitaire, zones de sécurité, la politique de la France au Rwanda ne fait pas l'unanimité. C'était le cas dès le début du conflit, où certaines organisations humanitaires évoquaient quelques doutes. Aujourd'hui Médecins du monde se montre plus ferme que jamais. Pour eux, une priorité : s'en prendre aux extrémistes hutu [diffusion d'images d'enfants meurtris et de personnes blessées].

[Bernard Granjon, "Pdt 'Médecins du Monde'" : "Faire ce que fait la France, c'est-à-dire contenir les assassins patentés connus, reconnus par tout le monde, empêcher que ces assassins soient arrêtés, soient jugés, soient condamnés, c'est une politique exécrable !".]

Une opinion que partage encore plus fermement le Front patriotique rwandais.

[François Rutayisire, "Représentant F.P.R. à Paris" : "Ce n'est pas en réalité une mission humanitaire, mais c'est pour protéger les bourreaux du peuple rwandais. Ils sont en train de perdre la partie, ils se réfugient dans l'Ouest du pays. C'est-à-dire les Forces armées rwandaises, les ré…, les miliciens et les forces politiques. Et c'est là où ils vont se réfugier sous un…, sous l'aile protectrice de la France".]

Et ils ne le cachent pas après la prise de Kigali et de Butare : le FPR [inaudible] aller jusqu'au bout et s'emparer de l'ensemble du Rwanda [diffusion d'images de soldats du FPR dans les rues de Kigali].

[Jean-Pierre Pernaut :] Pendant ce temps-là, dans tout le pays, les militaires français et les soldats de l'ONU continuent à découvrir, jour après jour, là un charnier, là un orphelinat abandonné. Par exemple cet orphelinat où depuis des mois des dizaines d'enfants vivaient dans des conditions absolument pitoyables. C'est dans l'Est du Rwanda. Reportage de nos envoyés spéciaux Loïck Berrou et Jean-François Monnet.

[Loïck Berrou :] Ils sont arrivés par petits groupes, amenés par des voisins au bout de ce chemin de terre. On les a regroupés dans une école abandonnée par d'autres enfants qui fuyaient l'avance des troupes rebelles. Ils étaient 20, puis 50, 100. Ils sont aujourd'hui 288. 288 survivants des massacres à vivre à moitié nus, sous la pluie, dans la fraîcheur des montagnes rwandaises [gros plans sur des visages de jeunes enfants].

[Docteur Boniface Mutombe, "Responsable de l'orphelinat de N'Dera [Ndera]" : "Nous avons, euh…, une dizaine d'enfants, euh, qui ont été blessés. Blessures, euh, se…, par, euh…, par machettes, par armes…, armes blanches. Mais aussi d'autres enfants qui ont eu des éclats de bombe".]

La MINUAR a découvert cet orphelinat il y a moins d'une semaine et vient d'y dépêcher une équipe de Médecins sans frontières. Le constat est accablant : neuf enfants sur 10 souffrent de la malaria et de broncho-pneumonies pour ne parler que des maladies guérissables [gros plan sur le visage d'une fillette qui semble traumatisée].

[Docteur James Orbinski, "Médecins Sans Frontières" [il s'exprime en anglais mais ses propos sont traduits] : "Il leur manque surtout tous les soins de base essentiels. Cet endroit est infesté de moustiques. Le peu d'eau qu'il y a est [inaudible]. Et ces infections se répandent du fait du manque total d'hygiène et de médicaments".

Boniface Mutombe : "Ce sont des enfants très fortement mal nourris. Et puis, regardez, euh, dans quelle…, quelle position ils prennent" [on voit plusieurs enfants en train de dormir recroquevillés sur un même lit].]

Il faudrait trois jours d'un solide traitement antibiotique et antipaludique pour remettre ces enfants sur pied. Il faudra beaucoup plus de temps pour qu'ils se relèvent du traumatisme subi [on voit des enfants allongés ou assis sur des lits en train de gémir]. Les statistiques de l'orphelinat de Ndera sont froides [on voit un enfant très maigre marcher difficilement en s'aidant d'un bâton] : depuis un mois, 22 enfants ont retrouvé leur parents tutsi rescapés des massacres, 16 autres sont morts.

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