Author-card of document number 29927

Num
29927
Date
Mardi 12 avril 1994
Ymd
Hms
08:00:00
Size
27691
Uptitle
Journal de 8 heures
Title
Symbole de ce qui se passe aujourd'hui à Kigali : ce sont les bennes à ordures qui ramassent les centaines de cadavres empilés dans les rues. Les affrontements meurtriers se poursuivent donc entre ethnies rivales
Subtitle
L'avion de l'ambassadeur de France a décollé il y a un petit peu plus d'un quart d'heure, avec tout le personnel de l'ambassade.
Quoted person
Quoted place
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ONU
Abstract
- Little by little foreigners are fleeing Rwanda and Kigali, far from hell. For example, 205 people including 94 Rwandan orphans arrived in Paris last night. Most of these orphans were being adopted by French families. For those, but for those only, the nightmare is over.

- Wait, that's all they have left to do appears on the screen. They have no news of their relatives or friends in Rwanda and live in worry. For them, each plane arrival represents new hope. That night the passengers on the list are not there: they have given up their places to the children of the orphanage.

- In half an hour, the 94 children were evacuated and to go faster, the French army used the dumpsters. Twice in the past few days men had come to the orphanage and shot dead nine people, molested the headmistress and stole money.

- As soon as they arrived in Paris, they were taken care of by the Red Cross. They received first aid and warm clothes before returning to a foster home in Créteil.

- The decision to evacuate was so quick that the 30 people accompanying the children do not realize what has happened to them. Nor do they know how long they are in France. And for the first time that night, they felt safe.

- Symbol of what is happening today in Kigali, capital of Rwanda: it is the dumpsters that pick up the hundreds of corpses piled up in the streets. Deadly clashes therefore continue between rival ethnic groups.

- French Embassy in Kigali yesterday [April 11]: diplomatic documents are burned as in any urgent situation. This morning the French Ambassador and all the staff left the official building to board a plane.

- Because the situation is likely to degenerate. Here is the face offered by the streets of Kigali: corpses and more corpses killed by bullets or mutilated with machetes. Victims of the fighting but also of the settling of scores simply because they are not part of the same ethnic group. In a devastated and looted city, yellow trucks pick up bodies in indifference.

- Yesterday [April 11] most Westerners were able to flee the country by road or by the airlift set up by the French and Belgian soldiers.

- The rebels of the Rwandan Patriotic Front, with a Tutsi majority, are now at the gates of Kigali: 4,000 men ready to launch an assault on the capital.

- Philippe Boisserie: "The last French people have left Kigali. The French ambassador's plane took off a little over a quarter of an hour ago, with all the staff of the embassy. So there are more French people in Kigali, except perhaps a few who wanted to stay here. Most of the time either religious or French people married to Rwandans. But these are a few people and they wanted to stay here. Otherwise, all the other French people have therefore left Rwandan soil. There are still soldiers now. And a priori in the next 48 hours, they should in turn leave Rwanda. […] Just now the situation was very calm in Kigali. There was an intense fog. Since then, the sun has risen and we hear all around us the firing of cannons, mortars, automatic weapons fire. So the fighting has resumed, like yesterday, like the day before yesterday. And probably like tomorrow for a long time yet. […] We are looking for the s political solutions. There is no longer a French ambassador. I think that the other embassies will certainly close in turn. Yesterday [April 11] the 262 people representing the UN staff here left. There remain the 2,500 soldiers of the UN mission. What will they do ? These are the last forces finally present. Will they stay? But it's hard to see what they could do because so far they haven't managed to avoid the massacre we've already seen".
Source
Public records
INA
Type
Transcription d'une émission de télévision
Language
FR
Citation
[William Leymergie :] Nous allons commencer par la situation au Rwanda après l'arrivée dela plupart des rapatriés.

[Bruno Roger-Petit :] Oui, euh, peu à peu les étrangers fuient le Rwanda et Kigali, loin de l'enfer. Par exemple, 205 personnes dont 94 orphelins rwandais sont arrivés à Paris cette nuit. La plupart de ces orphelins étaient en cours d'adoption par des familles françaises. Pour ceux-là, mais pour ceux-là seulement, le cauchemar est terminé. Caroline Laudrin.

[Caroline Laudrin :] Attendre, c'est tout ce qu'il leur reste à faire [une incrustation "Aéroport de Roissy, cette nuit"] s'affiche à l'écran. Ils sont sans nouvelles de leurs parents ou amis du Rwanda et vivent dans l'inquiétude [on voit une foule faire la queue dans le terminal d'arrivée de l'aéroport]. Pour eux, chaque arrivée d'avion représente un nouvel espoir. Cette nuit les passagers inscrits sur la liste ne sont pas là : ils ont laissé leurs places aux enfants de l'orphelinat [on voit des membres de la Croix-Rouge sortir du hall d'arrivée avec des orphelins dans les bras].

En une demi-heure, les 94 enfants ont été évacués et pour aller plus vite, l'armée française a utilisé les bennes à ordures. Ces derniers jours, à deux reprises, des hommes étaient venus à l'orphelinat et ils avaient abattu neuf personnes, molesté la directrice et volé de l'argent [on voit les orphelins avec leurs parents adoptifs ainsi que des membres du personnel de l'orphelinat Sainte-Agathe].

[Caroline Laudrin : - "Ça devenait dangereux pour les enfants ?'. "Sœur Edith, Directrice de l'orphelinat [erreur, il ne s'agit pas de la Sœur Edith Budynek]" : - "Oh… Pour les enfants, non. Pour le personnel. Pour le personnel, euh…, occupait des malades [sic], des enfants. Certains étaient tués".]

Dès leur arrivée à Paris, ils ont été pris en charge par la Croix-Rouge. Ils ont reçu les premiers soins, des vêtements chauds avant de regagner un foyer d'accueil à Créteil [on voit les orphelins arriver de nuit dans le foyer d'accueil].

["Un parent adoptif" : "On a tellement fait pression pour que l'évacuation de l'orphelinat soit possible, qu'il nous était important de venir sur place, euh, accueillir Sœur Edith que tout le monde connaît".]

La décision d'évacuer a été tellement rapide que les 30 personnes qui accompagnent les enfants ne réalisent pas ce qu'il leur est arrivé. Ils ne savent pas non plus pour combien de temps ils sont en France. Et pour la première fois cette nuit, ils se sentaient en sécurité [on voit les accompagnateurs rwandais en train de s'occuper des enfants avec leurs parents adoptifs et des membres de la Croix-Rouge].

[Bruno Roger-Petit :] Symbole au…, de ce qui se passe aujourd'hui à Kigali, capitale du Rwanda : ce sont les bennes à ordures qui ramassent les centaines de cadavres empilés dans les rues. Les affrontements meurtriers se poursuivent donc entre ethnies rivales. Benoît Mousset.

[Benoît Mousset :] Ambassade de France à Kigali hier [11 avril] : on brûle les documents diplomatiques comme dans toute situation urgente [on voit deux Rwandais et deux militaires français au béret rouge brûler les documents diplomatiques dans le jardin de l'ambassade]. Ce matin l'ambassadeur de France et tout le personnel ont quitté le bâtiment officiel pour embarquer à bord d'un avion.

Car la situation risque de dégénérer. Voici le visage qu'offrent les rues de Kigali : des cadavres et encore des cadavres tués par balles ou mutilés à coups de machettes. Victimes des combats mais aussi des règlements de compte tout simplement parce qu'ils ne font pas partie de la même ethnie [on voit plusieurs corps étendus dans les rues de Kigali et on entend des bruit d'armes à feu]. Dans une ville dévastée et livrée aux pillages, des camions jaunes ramassent des corps dans l'indifférence [on voit un camion-benne jaune garé à côté de plusieurs corps ensanglantés].

Hier [11 avril] la plupart des Occidentaux ont pu fuir le pays par la route -- un exode à grande vitesse, souvent entassés dans des camions -- ou par le pont aérien mis en place par les militaires français et belges [on voit des civils entassés dans un camion se faire évacuer jusqu'à l'aéroport de Kanombe].

Les rebelles du Front patriotique rwandais, à majorité tutsi, sont maintenant aux portes de Kigali : 4 000 hommes prêts à lancer l'assaut sur la capitale [diffusion d'images d'archives de soldats du FPR].

[Bruno Roger-Petit interviewe à présent Philippe Boisserie, en duplex de Kigali.]

Bruno Roger-Petit : Et nous retrouvons au téléphone, en direct, si tout va bien, notre notre envoyé spécial sur place, Philippe Boisserie. Alors Philippe, les derniers Français s'apprêtent à quitter Gik…, Kigali. Et l'on apprend même que l'ambassade de France va fermer aujourd'hui au Rwanda.

Philippe Boisserie : Eh bien écoutez, effectivement Bruno, je peux même vous dire que les derniers Français ont quitté Kigali. L'avion de l'ambassadeur de France a décollé il y a un petit peu plus d'un quart d'heure, avec tout le personnel de l'ambassade. Il n'y a donc plus de Français à Kigali, sauf peut-être quelques-uns qui ont souhaité rester ici. La plupart du temps soit des religieux, soit des Français mariés à des Rwandais. Mais ce sont quelques personnes et ils ont souhaité rester ici. Sinon tous les autres Français ont donc quitté le sol rwandais. Il reste donc des militaires maintenant. Et a priori dans les 48 heures qui viennent, ils devraient à leur tour, euh, quitter le Rwanda.

Bruno Roger-Petit : Philippe quelle est la si…, la situation ce matin à Kigali ? Est-ce qu'il faut s'attendre encore à une journée de massacres ?

Philippe Boisserie : Eh bien écoutez, euh, tout à l'heure, euh, je vous disais qu'il…, que la situation était très calme à Kigali. Il y avait un intense brouillard. Depuis, le soleil s'est levé et nous entendons tout autour de nous des tirs de canons, de mortiers, des… tirs d'armes automatiques. Les combats ont donc, euh, repris, comme hier, comme avant-hier. Et vraisemblablement comme demain pour encore certainement longtemps.

Bruno Roger-Petit : Donc si je vous comprends bien Philippe, euh, il n'y a pas de solution politique et pacifique en vue pour les jours qui viennent ?

Philippe Boisserie : Eh bien écoutez, solutions politiques on les cherche, hein. Il n'y a plus…, il n'y a plus d'ambassadeur de France. Je pense que les autres ambassades vont certainement fermer à leur tour. Hier [11 avril] les 26…2 personnes qui représentaient le personnel de l'ONU, ici, sont parties. Il reste, euh…, la mission de l'ONU qui est un… -- les 2 500 militaires de la mission de l'ONU. Que vont-ils faire ? Ce sont les…, les dernières forces finalement en présence. Est-ce qu'elles resteront ? Mais on voit mal ce qu'elles pourraient faire parce que jusqu'à maintenant, elles n'ont pas réussi à éviter, euh, le massacre qu'on a déjà connu.

Bruno Roger-Petit : Merci beaucoup Philippe pour toutes ces précisions et bon courage.

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