Author-card of document number 29900

Num
29900
Date
Mardi 12 avril 1994
Ymd
Hms
07:30:00
Size
24752
Uptitle
Journal de 7 h 30
Title
Dans les rues de Kigali, des cadavres et encore des cadavres tués par balles ou mutilés à coups de machettes, victimes des combats mais aussi des règlements de compte tout simplement parce qu'ils ne font pas partie de la même ethnie
Subtitle
94 orphelins de Masaka rapatriés par des parachutistes sont arrivés à Paris.
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Abstract
- Most of the French have managed to leave Rwanda. The return of 325 survivors to Roissy is expected in the morning. Westerners are fleeing the fighting. But also Rwandans: nearly a hundred orphans have arrived in Paris.

- The evacuation was decided in half an hour. These 94 orphans from Masaka, a small town about fifteen kilometers from the Rwandan capital, were not a priority. But French people from Kigali, who were to be repatriated to Roissy, decided to leave their places on the air force Airbus. Some of the orphans are in the process of adoption in France.

- In recent days, armed men had twice forced the doors of the orphanage. They shot nine people, molested Sister Edith, stole the money. Repatriated by paratroopers, supported by the Red Cross, the five French nuns, the 30 Rwandan employees and the children were accommodated this night in a reception center in Créteil. Without really knowing what awaits them in the coming days.

- French Embassy in Kigali yesterday [April 11]: diplomatic documents are burned as in any urgent situation. This morning the French Ambassador and all the staff left the official building to board a plane.

- Because the situation is in danger of degenerating: in the streets of Kigali, corpses and more corpses shot dead or mutilated with machetes, victims of the fighting but also of the settling of scores simply because they are not part of the same ethnicity. In a city devastated by looting, yellow trucks pick up bodies in indifference.

- Yesterday [April 11] most Westerners were able to flee the country by road or by the airlift set up by the French and Belgian soldiers.

- This morning the rebels of the Rwandan Patriotic Front, with a Tutsi majority, are at the gates of Kigali: 4,000 men ready to launch an assault on the capital.

- Philippe Boisserie: "The French ambassador has decided to close his embassy. A little over half an hour ago, a number of cars under very heavy escort arrived on the airport tarmac with everything the embassy staff as well as some Rwandan employees. So there is in fact no longer a French representative in Kigali at the moment and therefore in Rwanda. […] The early morning is the occasion of intense fighting. And In fact this morning it was very calm. There is a very strong fog over the whole city. And so we absolutely do not hear any mortar or cannon fire. But it is a silence that is a little bit illusory and I think that very soon, unfortunately, everything should start again. […] From the moment the French ambassador decided to leave his embassy, ​​from the moment when the last escorts of Westerners and foreigners were in taking place, everyone is aware that the bloodbath is almost inevitable".
Source
Public records
INA
Type
Transcription d'une émission de télévision
Language
FR
Citation
[William Leymergie :] L'arrivée des rapatriés du Rwanda.

[Laurence Piquet :] La plupart des Français ont réussi à quitter le pays. On attend dans la matinée le retour de 325, euh, rescapés à Roissy. Les Occidentaux, vous le savez, fuient les combats. Mais aussi des Rwandais : près d'une centaine d'orphelins sont arrivés à Paris. Stéphane Haumant, Caroline Laudrin.

[Stéphane Haumant :] L'évacuation s'est décidée en une demi-heure [une incrustation "Aéroport de Roissy, cette nuit" s'affiche à l'écran]. Ces 94 orphelins de Masaka, petite ville à une quinzaine de kilomètres de la capitale rwandaise, n'étaient pas prioritaires. Mais des Français de Kigali, qui devaient être rapatriés sur Roissy, ont décidé de laisser leurs places dans l'Airbus de l'armée de l'air. Certains des orphelins sont en in…, en instance d'adoption en France [on voit des civils blancs et des membres de la Croix-Rouge tenir dans leurs bras les jeunes orphelins].

["Sœur Edith, Directrice de l'orphelinat [erreur, il ne s'agit pas de la Sœur Edith Budynek]" : "Eux, c'est les familles, les familles d'ici. Les fa…, les Français, ceux qui avaient adopté les…, nos enfants avant. C'est eux qui ont organisé secours [sic]".]

Ces derniers jours, des hommes en armes avaient forcé à deux reprises les portes de l'orphelinat [on voit les orphelins à la sortie de l'aéroport de Roissy embarquer dans des bus]. Ils ont abattu neuf personnes, molesté Sœur Edith, volé l'argent. Rapatriés par des parachutistes, pris en charge par la Croix-Rouge, les cinq religieuses françaises, les 30 employés rwandais et les enfants ont été hébergés cette nuit dans un foyer d'accueil à Créteil. Sans savoir vraiment ce qui les attend dans les prochains jours [gros plans sur les visages des orphelins].

[Laurence Piquet :] Dans la capitale Kigali comme dans de très nombreuses régions, les affrontements de ces derniers jours ont été, euh, très violents. Avant de joindre notre envoyé spécial au Rwanda, tout de suite ces images qui nous sont parvenues dans la nuit commentées par Benoît Mousset.

[Benoît Mousset :] Ambassade de France à Kigali hier [11 avril] : on brûle les documents diplomatiques comme dans toute situation urgente [on voit deux Rwandais et deux militaires français au béret rouge brûler les documents diplomatiques dans le jardin de l'ambassade]. Ce matin l'ambassadeur de France et tout le personnel ont quitté le bâtiment officiel pour embarquer à bord d'un avion [on voit un militaire français au béret rouge en position d'embuscade sur le toit d'un bâtiment].

Car la situation risque de dégénérer : dans les rues de Kigali, des cadavres et encore des cadavres tués par balles ou mutilés à coups de machettes, victimes des combats mais aussi des règlements de compte tout simplement parce qu'ils ne font pas partie de la même ethnie. Dans une ville dévastée par les pi…, pillages, des camions jaunes ramassent des corps dans l'indifférence [diffusion de scènes de massacres dans diverses rues de Kigali].

Hier [11 avril] la plupart des Occidentaux ont pu fuir le pays par la route -- un exode à grande vitesse, souvent entassés dans des camions -- ou par le pont aérien mis en place par les mili…, militaires français et belges [on voit des civils entassés dans un camion se faire évacuer jusqu'à l'aéroport de Kanombe].

Ce matin les rebelles du Front patriotique rwandais, à majorité tutsi, sont aux portes de Kigali : 4 000 hommes prêts à lancer l'assaut sur la capitale [diffusion d'images d'archives de soldats du FPR].

[Laurence Piquet interviewe à présent Philippe Boisserie en duplex de Kigali.]

Laurence Piquet : Et la France a décidé de fermer son ambassade à Kigali. Philippe Boisserie, euh, vous êtes notre envoyé spécial à Kigali. Quelle est la situation ce matin dans la capitale rwandaise ? [Silence] Philippe, est-ce que vous m'entendez ?

Philippe Boisserie : Eh bien, effectivement Laurence, l'ambassadeur de France a décidé donc de fermer son ambassade. Il y a un peu plus d'une demi-heure, euh, un certain nombre de voitures sous très forte escorte sont arrivées sur le tarmac de l'aéroport. Donc tout le personnel de l'ambassade ainsi que quelques employés rwandais. Donc il n'y a en fait plus de représentant français en ce moment à Kigali et donc au Rwanda.

Laurence Piquet : Alors quelle est la situation en ce moment, Philippe ? Est-ce qu'on entend toujours des tirs, est-ce qu'il y a toujours des combats dans la capitale ?

Philippe Boisserie : Eh bien écoutez, en général le…, le petit matin est l'occasion de…, d'intenses combats. Et en fait, euh, ce matin c'était très calme. Il y a un très fort brouillard sur toute la ville. Et donc on n'entend absolument pas de…, de tirs de mortiers ou de…, ou de canons. Mais c'est un…, c'est un silence qui est un petit peu illusoire et je pense que d'ici peu tout devrait…, tout devrait recommencer malheureusement.

Laurence Piquet : On redoute un nouveau bain de sang ? On sait que les rebelles du Front patriotique ont promis une grande offensive. Est-ce que vous en savez plus Philippe ?

Philippe Boisserie : Eh bien écoutez, je pense qu'à partir du moment où l'ambassadeur de France a décidé de quitter son ambassade, à partir du…, du moment où les dernières escortes de…, d'Occidentaux et d'étrangers sont en train de se faire, je pense que tout le monde est conscient que le bain de sang est presque inévitable.

Laurence Piquet : Merci Philippe pour ce témoignage. On vous retrouve bien sûr dans nos éditions de la journée.

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