Author-card of document number 29575

Num
29575
Date
Lundi 11 avril 1994
Ymd
Hms
24:00:00
Size
8950912
Uptitle
Journal de 24 heures [2:42]
Title
La plupart des étrangers et la quasi-totalité des Français ont maintenant quitté le Rwanda. Sont attendus à Roissy d'une heure à l'autre une centaine d'orphelins rwandais et demain matin les derniers Français au nombre de 230. Dans la capitale il y aurait déjà 10 000 morts
Subtitle
Quatre hommes et quatre femmes de la minorité tutsi viennent d'être massacrés à coups de machettes, sous les yeux d'étrangers évacués. Les soldats français en armes, qui assuraient la sécurité du convoi, n'ont pas bougé.
Quoted place
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ONU
Abstract
- In Rwanda the massacres continue while most foreigners and almost all French people have now left the country. A hundred Rwandan orphans are expected at Roissy from one hour to the next and tomorrow morning the last French people numbering 230.

- In the capital, Kigali, there are already 10,000 dead. And if we are to believe the testimonies, the clashes extend to the whole country.

- This morning 500 meters from the airport, eight bodies lie in their blood. Four men and four women from the Tutsi minority have just been massacred with machetes, under the eyes of evacuated foreigners. The armed French soldiers, who ensured the security of the convoy, did not move. Their mission clearly specifies that they must not side with any of the belligerents.

- It is in a city delivered to the fights that the French soldiers carry out the last evacuations. Submachine guns but also grenades, mortars sometimes punctuate the call of those who can finally leave. A few meager luggage as the only memory of the years spent in Rwanda. And then it's off to the rutted track that bypasses the city. The only one safe for traumatized people. A blonde woman: "They killed a lot of people. It was the presidential guard especially who started. Soldiers, the army, the gendarmes. There were a lot of civilians too. They killed a lot of people. We saw a lot of people we buried. They made huge holes to bury them."

- Then they win in close ranks the military planes which since yesterday do not cease to make rotations with the close countries. Evacuations which should continue in the coming days even if almost all the French have already left.

- At the French Embassy, ​​we also sort out the past. We burn the archives as if we were also planning to leave.

- Many foreigners on the way out wondered if the 2,500 UN soldiers present here were very useful when they allowed such massacres to take place. Yet with the departure of foreigners, the UN remains the only force present here without being sure to avoid the scenario already experienced in Somalia or Liberia.
Source
Public records
INA
Type
Journal télévisé
Language
FR
Citation
[Catherine Ceylac :] L'actualité internationale est riche en évènements, à commencer par l'Afrique. Au Rwanda les massacres continuent alors que la plupart des étrangers et la quasi-totalité des Français ont maintenant quitté le pays. Sont attendus à Roissy d'une heure à l'autre une centaine d'orphelins rwandais et demain matin les derniers Français au nombre de 230.

Dans la capitale, à Kigali, il y aurait déjà 10 000 morts. Et si l'on en croit les témoignages, les affrontements s'étendent à tout le pays. Le reportage de nos envoyés spéciaux Philippe Boisserie et Marcel Martin.

[Philippe Boisserie :] Ce matin à 500 mètres de l'aéroport, huit corps gisent dans leur sang. Quatre hommes et quatre femmes de la minorité tutsi viennent d'être massacrés à coups de machettes, sous les yeux d'étrangers évacués [gros plans sur des corps gisant au sol dans leur sang]. Les soldats français en armes, qui assuraient la sécurité du convoi, n'ont pas bougé. Leur mission spécifie clairement qu'ils ne doivent prendre partie pour aucun des belligérants [un véhicule de l'armée française avec à son bord un soldat armé d'un fusil mitrailleur sillonne une route du Rwanda ; la scène est filmée de l'intérieur du véhicule].

[Un para au béret rouge parle dans son poste émetteur : "On est devant l'école française. Il y a des tirs qui sont dirigés vers nous".]

C'est dans une ville livrée aux combats que les militaires français effectuent les dernières évacuations. Mitraillettes mais aussi grenades, mortiers ponctuent parfois l'appel de ceux qui peuvent enfin partir [on voit des civils blancs regroupés sous le préau de l'école française de Kigali].

[On entend un militaire dire : "Lefèvre Thierry ! Lefèvre [inaudible] !".]

Quelques maigres bagages pour seul souvenir des années passées au Rwanda. Et puis c'est le départ vers la piste défoncée qui contourne la ville [on voit les civils en train d'embarquer dans des pick-up blancs conduits par des militaires français]. La seule à être sûre pour des gens traumatisés.

[Une femme blanche avec un léger accent espagnol répond au journaliste aux côtés de sa fille : - "Nous avons eu des…, une bombe dans la maison. On était réuni avec les amis. Enfin c'est…, vous savez, euh, on a…, ça fait trois jours qu'on…, on est terrorisé. On n'arrive même pas à parler. En plus nous avons notre fils qui est…". La fille : - "Qui est bloqué à l'ambassade…'. La mère : - "Qui est bloqué à l'ambassade de Belgique". La fille fond en sanglot : - "Moi je trouve c'est terrible… Pour tout le monde !".

Une autre femme blonde : "Ils ont tué beaucoup de gens. C'est la garde présidentielle surtout qui a…, qui a commencé. Des militaires, l'armée, les gendarmes. Y avait beaucoup de civils aussi. Ils ont tué énormément de gens. On a vu beaucoup de gens qu'on a enterré. Ils ont fait d'énormes trous pour les enterrer".]

Alors, ils gagnent en rangs serrés les avions militaires qui depuis hier ne cessent de faire des rotations avec les pays voisins [on voit à présent les civils embarquer dans les avions]. Des évacuations qui devraient se poursuivre dans les jours qui viennent même si presque tous les Français sont déjà partis.

À l'ambassade de France, on fait également le tri du passé [on voit deux militaires français au béret rouget et deux hommes noirs en train de brûler les archives dans le jardin de l'ambassade]. On brûle les archives comme si l'on envisageait aussi de s'en aller.

[Philippe Boisserie, face caméra, sur le tarmac de l'aéroport de Kigali : "Beaucoup d'étrangers sur le départ se demandaient si les 2 500 militaires onusiens, présents ici, étaient bien utiles à partir du moment où ils laissaient se perpétrer de tels massacres. Pourtant avec le départ des étrangers, l'ONU reste la seule force présente ici sans être sûre d'éviter le scénario déjà vécu en Somalie ou au Libéria".]

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