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Num
2378
Date
Mardi 5 juillet 1994
Ymd
Author
Size
107136
Uptitle
François Léotard
Title
Une « force d'action rapide africaine »
Quoted person
Identifier (cote)
no 15517
Source
Type
Article de journal
Language
FR
Citation
LE gouvernement français s'est dit lundi déterminé à poursuivre
l'opération humanitaire en cours au Rwanda, ajoutant que « la décision
de créer une zone de sécurité humanitaire traduit bien notre volonté
de nous adapter à la situation et à continuer de remplir la mission
qui nous a été confiée par l'ONU (...). Nous prenons les dispositions
nécessaires pour poursuivre notre mission et continuer de venir au
secours des populations menacées », a ainsi affirmé Richard Duqué,
porte-parole du ministère des Affaires étrangères, ajoutant : « Il
s'agit d'établir une zone dans laquelle nous veillerons à ce qu'aucune
activité de groupes armés, de nature à porter atteinte aux populations
menacées, ne puisse s'exercer. »

Quelle serait cette zone ? Selon les premières informations
disponibles, elle irait du secteur de Kivumu et Kibuye au nord à la
frontière burundaise au sud, de Gikongoro à l'est à la frontière
zaïroise à l'ouest. Soit une bonne moitié de la portion de territoire
rwandais encore aux mains de la dictature. Autant dire que la première
conséquence de cette initiative serait d'interrompre l'offensive en
cours du FPR et de permettre la concentration des FAR (Forces armées
rwandaises) sur l'autre moitié de la zone « gouvernementale », celle
située plus au nord et axée sur la ville de Gisenyi. Deuxième
remarque, le qualificatif « sécurité humanitaire » cadre mal avec un
secteur où se sont accumulés les massacreurs de la milice reculant
devant les combattants FPR. Tous les témoignages confirment que le
règne de la machette n'y est pas terminé. L'envoyé spécial du « Figaro » s'est récemment fait l'écho de cette anecdote atroce : des miliciens
circulant en 4x4 ornées de drapeaux tricolores ; des réfugiés tutsis
sortent de la brousse, où ils s'étaient cachés, et font de grands
signes ; les miliciens stoppent et massacrent.

Que la France se retrouve isolée dans son aventure rwandaise, le
ministre Léotard le confirme avec amertume dans un article au « Monde » : « L'Europe ne nous a pas suivis. L'Amérique est
distante. L'Afrique sceptique? » Assurant que son gouvernement
souhaitait une « présence militaire forte », François Léotard se
prononce pour la création d'une « force d'action rapide africaine,
multinationale, susceptible d'intervenir sur le continent, sous mandat
de l'ONU et de l'OUA ». Avec cette précision aussitôt ajoutée : « Nous
savons bien que la création d'une telle force peut et doit être
partagée entre l'Afrique et l'Europe. Et pour cette dernière avec
l'Allemagne, la Grande-Bretagne et l'Italie notamment » François
Léotard précise que cette force devrait se constituer « à partir du
Corps européen et des forces sud-africaines ».

Puis François Léotard appelle à « un refus : celui de la période
postcoloniale où chacune des puissances européennes a défendu en
Afrique son influence (...). Nous devons faire aujourd'hui ensemble et
différemment ce que pendant trente années nous avons fait séparément ». L'époque du néocolonialisme conduit par telle ou telle ancienne
métropole serait donc révolue à ses yeux. Place à un néocolonialisme
collectif?

J. C.

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