Author-card of document number 73

Field Value
Num73
Date Mercredi 6 mai 1998
Ymd19980506
Hms00:00:00
Author Quilès, Paul
Url AuditionGalinie6mai1998.pdf
Fsize17465
Urlorg 
Uptitle 
TitleAudition du colonel Galinié
Subtitle 
Tres 
Page 
KeywordDAMI
Cote 
Abstract
Newspaper/SourceMIP
Public records 
CitationAudition du Colonel René GALINIÉ
Attaché de défense et Chef de la Mission d'assistance militaire au
Rwanda (août 1988-juillet 1991), commandant l'opération Noroît
(octobre 1990-juillet 1991, hormis novembre 1990)
(séance du 6 mai 1998)

Présidence de M. Paul Quilès, Président

Le Président Paul Quilès a ensuite accueilli le Colonel René Galinié.
Le Colonel René Galinié a rappelé qu'il avait été en poste du mois
d'août 1988 au mois de juillet 1991 à la fois en tant que chef de la
mission d'assistance militaire (MAM), attaché de défense et commandant
de l'opération Noroît.

C'est au titre de chef de la MAM qu'il a ordonné à ses hommes (22
personnes), lors de l'offensive du FPR, le 1er octobre 1990, de sortir
des camps d'instruction où ils se trouvaient en tant que conseillers
militaires, de rejoindre immédiatement les collines centrales aux
alentours de Kigali et de revêtir la tenue civile, conformément aux
dispositions contenues dans nos accords de coopération. Il s'est
félicité de cette décision qui a permis, lors de l'attaque de Kigali
dans la nuit du 4 au 5 octobre 1990, de protéger plus facilement les
ressortissants français qui avaient été regroupés. Il a précisé que
les militaires rwandais avaient remis aux forces françaises les
documents de la 9ème brigade ougandaise, saisis le 30 octobre 1990.

Il a reconnu qu'au cours de cette période les militaires rwandais
avaient sollicité beaucoup plus que de coutume les conseils de nos
armées et que, personnellement, il s'entretenait deux à trois fois par
semaine avec le Général Habyarimana.

Il a indiqué qu'une fois le calme revenu au nord-est du pays, fin
octobre 1990, les Rwandais se sont installés à la frontière et les
militaires français ne sont pas retournés auprès des unités
rwandaises, dans les camps qu'ils occupaient avant l'offensive et où
ils travaillaient et étaient logés. Ainsi, les militaires qui
conseillaient le bataillon parachutiste et les gendarmes de Ruhengeri
vivaient-ils pratiquement dans les mêmes camps que leurs camarades
rwandais.

La deuxième opération d'évacuation de nos ressortissants s'est
effectuée les 23 et 24 janvier 1991, lors d'une nouvelle invasion du
FPR à Ruhengeri. Il se trouvait qu'à cette date, deux de nos
militaires étaient retournés sur place pour mettre de l'ordre dans le
dispositif français d'instruction. Environ 300 personnes ont été
évacuées lors de cette opération. Il a précisé que Paris avait alors
suggéré la création d'un DAMI et qu'il avait répondu favorablement à
cette proposition en limitant à quatre mois la durée de participation
au DAMI afin que l'aide à l'instruction des unités de l'armée
rwandaise ne revête pas une forme définitive.

Il a indiqué qu'il avait ensuite personnellement demandé la création
d'un DAMI-Gendarmerie. Trois hommes ont ainsi été affectés auprès de
la Garde présidentielle pour la faire évoluer vers une Garde
républicaine, de même qu'une petite unité de police judiciaire a eu
pour mission, dans la perspective d'une démocratisation du régime, de
mettre en place des procédures judiciaires, notamment destinées a être
appliquées dans les prisons.

Au cours des entretiens fréquents qu'il a eus, avec l'accord de
l'ambassadeur Georges Martres, avec le Président Habyarimana en sa
qualité de chef de l'armée rwandaise, le Colonel Galinié a précisé que
ces rencontres avaient essentiellement pour objet l'étude des demandes
du Président, qui souhaitait un renforcement en munitions et moyens
matériels, l'analyse de la menace constituée par le FPR et la
restructuration de l'armée rwandaise qui lors de l'offensive de 1990
était constituée de 6 000 hommes dont 4 000 opérationnels. Il a
rappelé que le Président Habyarimana était secondé par deux chefs
d'Etat-major, l'un pour la gendarmerie, l'autre pour l'armée de terre,
le Colonel Serubuga.

Il a souligné que, de façon constante, la France avait incité le
Président Habyarimana à la modération car notre crainte était de voir
basculer son régime dans la radicalisation, compte tenu de la menace
des massacres de Tutsis qui planait en permanence, comme l'indiquent
les messages envoyés à l'époque.

Il a précisé qu'il avait déjà fait état en janvier 1990, dans son
rapport d'attaché de défense, de ce risque d'élimination physique et
de massacres, qu'il mesurait d'autant mieux que, dès son arrivée dans
le pays, le 23 août 1988, il avait été amené par hélicoptère à la
frontière et avait été personnellement très troublé par la
constatation de visu des massacres perpétrés au Burundi. Cet épisode
lui avait permis de bien comprendre une réalité quotidienne marquée
par la violence.

Evoquant l'aide apportée par la MAM, il a déclaré que sa présence
avait en particulier permis de réactiver l'école française grâce,
notamment, au soutien des épouses de nos militaires qui avaient assuré
des tâches d'enseignement, lorsqu'elles disposaient d'un diplôme
suffisant.

S'agissant de l'opération Noroît, il a indiqué qu'il en avait été
responsable, sauf en novembre 1990, lorsque le Colonel Jean-Claude
Thomann en a assuré le commandement et mené une opération
indispensable de recensement et de localisation de chaque
expatrié. Cette action a été très appréciée par nombre d'ambassades
qui ne connaissaient pas le nombre de leurs ressortissants. Il a
confirmé la mise en place d'un dispositif d'assistance et de sécurité
dans Kigali au profit des expatriés de l'école française et de
l'ambassade. Il était exclu d'intervenir dans un autre but que celui
d'assurer la sécurité des expatriés.

Au début du mois d'octobre 1990, le dispositif d'évacuation était en
place uniquement à Kigali et dans ses environs immédiats. Pour
l'évacuation de Ruhengeri et Gisenyi, les 23 et 24 janvier 1991, une
compagnie Noroît s'est déplacée à Ruhengeri.

M. Jacques Myard a souhaité connaître la teneur précise des
instructions reçues par le Colonel René Galinié pour l'opération
Noroît.

M. François Lamy a voulu savoir avec quelles autorités publiques
françaises -ministère de la Coopération, ministère de la Défense,
Elysée- le Colonel René Galinié était en contact direct.

M. Pierre Brana, évoquant le coup de main du FPR sur Ruhengeri, a
interrogé le Colonel René Galinié sur la répercussion de cette
offensive dans l'opinion publique rwandaise. En outre, après avoir
reçu confirmation du Colonel René Galinié que deux soldats français se
trouvaient à Ruhengeri lors de l'attaque du FPR, il a souhaité savoir
quel compte rendu ils avaient fait de cette opération sur le plan
militaire.

Le Colonel René Galinié a apporté les éléments de réponse suivants.
S'agissant de la nature des ordres qui lui avaient été donnés, il a
indiqué avoir reçu de l'état-major des armées un message fixant le
nombre et la date d'arrivée de parachutistes français, dans le cadre
d'une opération baptisée Noroît, dont les objectifs étaient de
protéger l'ambassade de France et les ressortissants français, ainsi
que d'organiser leur évacuation.

Quant à l'autorité publique de tutelle, il s'agit, dès l'ouverture des
opérations, du chef opérationnel, le destinataire des messages étant
également la mission d'assistance militaire, du fait de la triple
nature des fonctions exercées par le Colonel René Galinié, à la fois
Chef de la mission d'assistance militaire, Attaché de défense et
Commandant de l'opération Noroît.

Enfin, concernant le coup de main sur Ruhengeri, le Colonel René
Galinié a indiqué que, grâce à l'un de ses hommes retourné
temporairement sur place, le calme étant revenu dans cette région, il
avait été informé de la présence, dans Ruhengeri, de militaires vêtus
d'uniformes de l'armée ougandaise et parlant anglais. A Kigali, les
Rwandais lui ont confirmé qu'il s'agissait d'une attaque massive venue
d'Ouganda par les montagnes. En réponse aux interrogations du Colonel
René Galinié sur leurs intentions, les Rwandais ont indiqué qu'ils
souhaitaient reprendre les parties nord et ouest de Ruhengeri, alors
occupées par les Ougandais. Cependant, face à l'absence d'une réelle
initiative rwandaise, le Colonel René Galinié a donné son accord pour
l'envoi d'un DAMI, qu'il souhaitait personnellement.

Le Colonel René Galinié a alors expliqué aux membres de la mission
qu'en dépit d'une vieille tradition politique, le Rwanda n'avait pas
de tradition militaire : l'armée rwandaise a été créée dans les années
1960, la défense ayant été assurée, lors de la période coloniale, par
les forces congolaises placées sous l'autorité de la Belgique. D'où
une conception du maintien de l'ordre, dans lequel les procédés
d'élimination sont admis. Lors de l'accession à l'indépendance, le
partage du pouvoir auquel il est procédé confie aux populations du
nord-ouest, les Baliga, réputées farouches, le pouvoir militaire, les
Hutus du sud recevant le pouvoir politique et les Tutsis le pouvoir
religieux et économique. C'est pourquoi, lorsque les gens du
nord-ouest, les « militaires » dans l'esprit des Rwandais, subissent
un revers, la répercussion de cet événement est dramatique dans
l'ensemble de la population. D'où l'immense inquiétude du Président
Habyarimana, qui conduisit à un renforcement quantitatif de l'armée
et, grâce à l'envoi d'un DAMI, à son renforcement qualitatif.

Evoquant l'attaque du FPR, M. Michel Voisin a interrogé le Colonel
René Galinié sur les rumeurs selon lesquelles, outre des Ougandais,
des Libyens auraient été présents au sein des troupes du FPR.

Ne disposant pas d'éléments susceptibles d'étayer cette hypothèse, le
Colonel René Galinié a cependant indiqué à la mission d'information
qu'un attaché de défense libyen avait été en place au Rwanda jusqu'en
1986 ou 1987, pour revenir en octobre 1991 à l'ambassade de Libye,
sous un autre nom avec le titre de conseiller.

French translation 
TypeAudition
LanguageFR
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