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Num
29591
Date
Dimanche 10 avril 1994
Ymd
Hms
20:00:00
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Size
17426421
Uptitle
Journal de 20 heures [6:12]
Title
Au Rwanda des combats à l'arme lourde se déroulent depuis quelques heures à la périphérie de Kigali. Cela n'a pu qu'inciter les parachutistes français à accélérer le départ de tous les ressortissants étrangers
Subtitle
Les forces du Front patriotique rwandais auraient déjà pris position autour de Kigali. Ces éléments prépareraient l'arrivée de troupes rebelles venues du nord.
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Abstract
- In Rwanda, fighting with heavy weapons has been going on for several hours on the outskirts of Kigali, the capital, behind the Meridien hotel. This could only have prompted the French paratroopers to speed up the departure of all foreign nationals from Kigali.

- American jumbo jet this afternoon at Nairobi airport in Kenya. It will land some 150 American, Belgian, British and Canadian nationals from Bujumbura in Burundi, evacuated yesterday afternoon by road from Kigali in Rwanda. After this first rotation on the Kenyan capital, the Americans will resume their airlift from tomorrow morning.

- The Belgian C-130s had to wait for long hours at this same Nairobi airport with their paratroopers, having not received authorization from the Rwandan authorities to land in Kigali to take part, alongside the French troops, in the evacuation of foreign nationals from Rwanda. We learn this evening that the first Belgian units could finally reach Kigali at the end of the day after the Rwandan government forces cleared the airstrip blocked by trucks.

- With regard to evacuations, the Transalls in French colors had evacuated at 4 p.m. (Paris time) 246 French people out of the 600 present in Rwanda. Alain Pierron, director of the French school: "The nationals are accompanied under the leadership of the French soldiers in convoys to the airport. From the airport, they leave either for Bujumbura or for Bangui or large carriers await them for the take to France".

- It is in fact a real race against time led by French troops and UN peacekeepers. Time is running out, the inter-ethnic massacres are continuing in the working-class neighborhoods of Kigali, as testified by Philippe Gaillard, head of the International Red Cross in Rwanda: "In terms of deaths, there are thousands of people, no doubt closer to a number with four zeros, rather than a number with three zeros. At this point, we mainly want to save what can still be saved, that is to say, to evacuate the wounded".

- Time is running out because the rebel forces of the Rwandan Patriotic Front have already taken position around Kigali. Fighting with heavy weapons, mortars, grenades and automatic weapons would take place from hill to hill overlooking Kigali. These elements would prepare the arrival of rebel troops from the north, whose objective is to overthrow the power in place, held by the Hutu ethnic group.

- Philippe Boisserie: "The noria of planes continues in the direction of Bujumbura. There are roughly almost 500 French people who have been able to leave as it is Kigali. Besides, we accompanied some of them this afternoon. noon even at the French school. And it was quite complicated […] to get back to the airport because the shooting was much more violent: grenades, rockets. […] The geography of Kigali is such that we don't really know where we're shooting from or who we're shooting at. I don't think that the French forces are targeted because they are quite appreciated by the Rwandans in Kigali. […] The Belgians are arriving, at the moment there are 250. There will eventually be 1,200. The only thing they are discussing is the evacuation of the Belgians. And then they plan to leave. So the situation is likely to be difficult. And moreover, on this subject, this afternoon also left on one of the planes 80 Rwandan orphans with their Sisters, who until were now trying to protect them in Kigali. […] The massacres, it is obvious that there were some. There would still be bodies in certain streets of Kigali. Testimonies told us that they had seen Rwandans dig mass graves and pile the bodies in them. So the massacres were very important".
Source
Public records
INA
Type
Journal télévisé
Language
FR
Citation
[Paul Amar :] Au Rwanda des combats à l'arme lourde se déroulent depuis quelques heures à la périphérie de Kigali, la capitale, derrière l'hôtel Méridien. Cela n'a pu qu'inciter les parachutistes français à accélérer le départ de tous les ressortissants étrangers de Kigali. François Cornet.

[François Cornet :] Avion gros-porteur américain cet après-midi sur l'aéroport de Nairobi au Kenya [une incrustation "Nairobi (Kenya) cet après-midi" s'affiche à l'écran]. Il va débarquer quelque 150 ressortissants américains, belges, britanniques et canadiens en provenance de Bujumbura au Burundi, évacués hier après-midi par la route de Kigali au Rwanda [on voit des civils débarquer du gros-porteur]. Après cette première rotation sur la capitale kenyane, les Américains reprendront leur pont aérien à partir de demain matin [diffusion d'une carte de la région montrant un avion partir du Rwanda et du Burundi vers Nairobi].

Les C-130 belges ont dû attendre, eux, de longues heures sur ce même aéroport de Nairobi avec leurs parachutistes, n'ayant pas reçu des autorités rwandaises l'autorisation de se poser à Kigali pour participer, aux côtés des troupes françaises, à l'évacuation des ressortissants étrangers du Rwanda [on voit des soldats belges au béret rouge avec leurs véhicules]. On apprend ce soir que les premières unités belges auraient enfin pu rejoindre en fin de journée Kigali après que les forces gouvernementales rwandaises aient dégagé la piste d'atterrissage bloquée par des camions [diffusion d'une vue aérienne de Kigali datant de 1993].

En ce qui concerne les évacuations, les Transall aux couleurs françaises avaient évacué à 16 heures -- heure de Paris -- 246 Français sur les 600 présents au Rwanda. Témoignage sur place du directeur de l'école française dans la capitale rwandaise [on voit un Transall faire une manœuvre sur la piste].

["Kigali, par téléphone, Alain Pierron, Directeur de l'École Française" [diffusion d'images d'archives de l'aéroport de Kanombe] : "En termes de moyens, eh bien, nous avons des…, des rotations d'avions, euh…, qui se posent, euh, à Bangui ou à Bujumbura, euh…, qui attendent et des porteurs, euh, militaires viennent prendre les…, les ressortissants, euh, français à l'aéroport de Kigali. Les ressortissants sont accompagnés par les…, sous la conduite des militaires français en convois à l'aéroport. Euh, de l'aéroport, ils partent soit sur Bujumbura soit sur Bangui ou des…, des gros-porteurs, je crois, euh, les attendent pour les emmener en France [diffusion d'une carte de la région montrant un avion partir du Rwanda vers Bangui]".]

C'est en fait une véritable course contre la montre que mènent les troupes françaises et les Casques bleus de l'ONU. Le temps est compté, les massacres interethniques se poursuivent dans les quartiers populaires de Kigali, comme en témoigne par téléphone Philippe Gaillard, responsable de la Croix-Rouge internationale au Rwanda [diffusion d'images d'archives de 1993 montrant notamment une altercation entre un militaire de l'armée rwandaise et des civils].

["Kigali, par téléphone, Philippe Gaillard, Responsable CICR - Kigali" : "En termes de…, de morts, euh, il s'agit de…, de milliers de personnes. Et que ce sont [inaudible] sans doute, euh, plus près d'un…, d'un chiffre avec quatre zéros, plutôt qu'un chiffre avec trois zéros. À ce stade, nous, nous désirons surtout, euh, sauver ce qui peut encore l'être, c'est-à-dire évacuer des…, des blessés" [diffusion d'images d'archives montrant des miliciens en train de défiler].]

Le temps est compté car les forces rebelles du Front patriotique rwandais auraient déjà pris position autour de Kigali. Des combats à l'arme lourde, au mortier, à la grenade et aux armes automatiques se dérouleraient de collines en collines surplombant Kigali. Ces éléments prépareraient l'arrivée de troupes rebelles venues du nord, dont l'objectif est de renverser le pouvoir en place, détenu par l'ethnie hutu [diffusion d'images d'archives montrant des soldats du FPR en train de tirer à l'arme lourde].

[Paul Amar interview à présent Philippe Boisserie, en duplex de Kigali.]

Paul Amar : Et nous allons tenter d'établir une liaison téléphonique, euh, en direct avec, euh, Kigali, avec notre envoyé spécial, euh, Philippe Boisserie. Philippe m'entendez-vous ?

Philippe Boisserie : Oui tout à fait, Paul.

Paul Amar : Alors, que se passe-t-il à…, à l'heure où nous nous parlons vous et moi, Philippe, à Kigali ?

Philippe Boisserie : Eh bien, écoutez, là en ce moment, je suis, euh…, sur l'aéroport de…, de Kigali. Et c'est le seul endroit où nous pouvons nous stationner. Devant moi, viennent de passer à l'instant, euh, deux femmes, qui portaient un landau avec un petit bébé dedans, au milieu des militaires. Elles ont rejoint un Transall qui devrait partir d'ici très, très peu de temps. Donc, euh, la noria des envi…, des avions continue en direction de Bujumbura. Je peux vous dire que d'autres Français ont pu partir, hein. Il y a en gros presque 500 Français qui ont pu, euh, quitter, euh, à l'heure qu'il est, euh, Kigali. D'ailleurs nous en avons accompagnés quelques-uns, euh, cet après-midi…, cet après-midi même à l'école française. Et ça a été assez compliqué : euh…, il y a un convoi de militaires qui est parti, et… qui voulait aller à l'ambassade. Et en fait, euh, après avoir essuyé quelques tirs, euh, sporadiques, elle s'est…, le convoi s'est arrêté à l'école française où là on a appelé, euh, nom par nom une quarantaine de personnes. C'était bien évidemment difficile pour les gens qui restaient et les gens qui partaient étaient très contents. Mais ça a été un parcours difficile pour revenir jusqu'à l'aéroport parce que cette fois-ci les…, les tirs ont été beaucoup plus violents : des grenades, des roquettes. On a même dû s'arrêter, les militaires ont pris position le long de la route. Et puis finalement le convoi a pu repartir. Et donc en ce moment même…

Paul Amar : Mais est-ce que ces tirs. Oui Philippe, pardon.

Philippe Boisserie : Oui.

Paul Amar : Est-ce que ces tirs sont dirigés contre, euh, les parachutistes français ou belges. Ou est-ce que… ils sont uniquement portés contre, euh, les forces adverses entre les gouvernementaux et les rebelles ?

Philippe Boisserie : Écoutez, c'est très, très difficile à déterminer. La géographie de Kigali est telle que on ne sait pas trop en fait d'où on tire ni sur qui on tire. Euh, je ne pense pas que les forces, euh, françaises en tout cas soient ici, euh…, visées parce qu'elles ont une relative, euh…, elles sont assez appréciées en fait par les Rwandais de Kigali. Mais c'est très, très difficile à dire, euh, vraiment. On ne sait pas trop ce qui se passe, en fait.

Paul Amar : À votre avis, Philippe, quand les 3 000 étrangers du Rwanda quitteront ce pays, est-ce que les parachutistes, euh, étrangers partiront aussi ?

Philippe Boisserie : Eh bien, écoutez, là, je viens de voir, euh…, un commandant des forces belges. Donc les Belges sont en train d'arriver. Et pour l'instant il y en a 250. Ils vont… être finalement 1 200. Et en fait ils sont très lourdement équipés parce que, d'après ce que m'a dit ce commandant, c'est pour eux un moyen de discuter. Mais la seule chose qu'ils discutent, c'est l'évacuation des Belges. Et après ils ont prévu de repartir, et c'est tout.

Paul Amar : Une dernière…

Philippe Boisserie : Donc, euh…, la situation risque d'être dure. Et d'ailleurs, à ce sujet, cet après-midi est également parti sur un des avions 80 orphelins rwandais avec leurs Sœurs, qui jusqu'à maintenant essayaient de les protéger à Kigali. Et qui ont dû ne…, renoncer à les protéger à Kigali.

Paul Amar : Une dernière question, Philippe Boisserie, qui est toujours en direct de Kigali : avez-vous une confirmation des massacres qui auraient été perpétrés ?

Philippe Boisserie : Eh bien, écoutez, oui. Les massacres, ça…, il est évident qu'il y en a eus. Il y aurait encore -- mais on n'a pas pu les voir en se promenant dans la ville cet après-midi --…, il y aurait encore des corps dans certains…, dans certaines rues de Kigali. Mais des témoignages nous ont dit qu'ils avaient vu des Rwandais creuser des…, des fosses communes et entasser les…, entasser les corps dedans. Donc, euh…, les massacres, euh…, ont été très importants.

Paul Amar : Merci Philippe Boisserie pour, euh, ce premier témoignage en direct de Kigali. On verra votre reportage dans les éditions prochaines. Et bon courage.
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fgtquery v.1.5, June 14, 2022