Author-card of document number 28934

Num
28934
Date
Vendredi 27 mai 1994
Ymd
Hms
20:00:00
Author
File
Size
28978
Uptitle
Journal de 20 heures
Title
Marine Jacquemin, envoyée spéciale de retour du Rwanda : « L'avancée des forces FPR fait que ce sont les Hutu qui fuient les Tutsi. Les massacres continuent des deux côtés »
Subtitle
À Kabgayi la majorité des réfugiés est tutsi, l’environnement du camp hutu. Chaque jour, la chasse à l’homme est ouverte.
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Abstract
- The bombardments intensified on the capital, Kigali, last night and even today. The rebels of the Patriotic Front seem poised to win.

- The Minister of Cooperation Michel Roussin spoke of the greatest humanitarian disaster of the turn of the century. He also had to explain to the deputies the relations that France had been able to maintain with the Rwandan authorities.

- In Kabgayi camp, there are between 10 and 15,000. Apart from the Red Cross, overwhelmed by the scale of the events, no one to take care of them. The majority of these refugees are Tutsi, the environment of the Hutu camp. And every day the manhunt is on.

- Marine Jacquemin, returning from Rwanda, interviewed by Claire Chazal: "For the moment the figures of the victims are very confused. 200,000, certainly. Humanitarian organizations put forward the figure of 4 or 500,000. There is none. Verification, the country is totally disorganized. Regarding the refugees, it is said that they would be two million to have moved in one direction or another. Because, before, it was the Tutsi who fled from the Hutu. The advance of the RPF forces means that, today, it is the Hutu who are fleeing the Tutsi ". - Claire Chazal: "Does that mean, ultimately, that the massacres continue on both sides?". - Marine Jacquemin: "The massacres continue on both sides. Of course, the scale of the massacre at the beginning was due to the Hutu militias guided by what is called the zero network death squad. And these militiamen framed peasants. little cultivated and who thought they were in danger of death! So who killed with everything they had on hand. On the RPF side, all the testimonies converge to say that we are being shot". - Claire Chazal: "Were you the first Westerners to enter the government zone?". - Marine Jacquemin: "Yes and it is our nationality which made it possible for us to penetrate perhaps a little more easily than others in this area because the Hutu say they are our friends. So we were able to pass relatively easily because that the city of Kigali is constantly bombarded by RPF forces". - Claire Chazal: "We also have the feeling that for the UN, it is almost powerless". - Marine Jacquemin: "It is true that the countries are not jostling to participate in this decided force of 5,500 men. France will not participate because the RPF refuses its presence".
Source
TF1
Public records
INA
Comment
Marine Jacquemin seems to have been intoxicated by the propaganda of the genocidaires during her reports filmed "in government zones". Pieces chosen: "The advance of RPF forces means that it is the Hutus who are fleeing [now] the Tutsi". "On the RPF side, all the testimonies converge to say that we are shooting." "The city of Kigali is constantly bombarded by RPF forces." "France [will] not participate [in the UN force] because the RPF refuses its presence".
Type
Transcription d'une émission de télévision
Language
FR
Citation
[Claire Chazal :] […] du Rwanda, à présent : les bombardements se sont intensifiés sur la capitale, Kigali, la nuit dernière et aujourd'hui encore. Les rebelles du Front patriotique semblent sur le point de l'emporter. Le ministre de la Coopération Michel Roussin a parlé de la plus grande catastrophe humanitaire de cette fin de siècle. Il a dû aussi, devant les députés, expliquer les relations qu'avait pu entretenir la France avec le pouvoir rwandais. Nos envoyés spéciaux Marine Jacquemin, Thierry Froissart et Gilles Tuban reviennent de Kigali. Vous entendrez Marine dans un instant. Ils se sont rendus dans l'un des camps de réfugiés tutsi installé en zone gouvernementale.

[Des hommes et enfants noirs : "C'est là-bas. Là-bas".]

[Marine Jacquemin :] Derrière leur prison barbelée, ils pointent un endroit précis [une incrustation "Camp de Kebgayie [Kabgayi], Rwanda" s'affiche à l'écran]. Intrigués car nous venons à peine d'arriver, nous nous rapprochons. La découverte est terrible : ces deux jeunes gens viennent d'être battus sauvagement puis fusillés, l'un d'eux respire encore [gros plan sur les deux cadavres].

[Un homme blanc regardant les deux hommes noirs à terre : "On peut…, on peut rien…, on peut rien faire".]

La Croix-Rouge n'y pourra rien changer. En moins d'une heure, quatre personnes sont ainsi assassinées sous les yeux impuissants des habitants de ce pauvre camp de Kabgayi [on voit une masse de gens regroupés derrière des barbelés].

Ils sont ici entre 10 et 15 000. Personne n'a eu vraiment le temps de les recenser. À part la Croix-Rouge, dépassée par l'envergure des évènements, personne pour s'occuper d'eux [gros plans sur des gens amaigris emmitouflés dans des couvertures]. Ce jeune garçon nous explique que sa mère est en train de mourir de faim. Cet autre, que la malaria décime tous les jours une à deux personnes.

Mais le plus grave n'est pas là [gros plan sur une personne très amaigrie et livide]. La majorité de ces réfugiés est tutsi, l'environnement du camp hutu. Et chaque jour, la chasse à l'homme est ouverte [on voit un homme dont la moitié gauche du visage est recouverte de pansements].

[Un réfugié : "Dans notre camp, il y a le kidnapping qui est devenu fréquent. Surtout il y a des gens qui viennent prendre, euh, pffuu…, des personnes et puis ils les amènent je ne sais où. Puis ils les tuent".

Un autre réfugié témoigne puis fond en sanglots : "Les apparences, surtout, ça joue un rôle. Plus que les car…, les pièces d'identité. En tout cas, excusez, je pleure. Vous voyez le chagrin que nous avons".]

Nous parler est risqué. Augustin se cache des militaires qui nous surveillent en s'accroupissant au milieu de ses copains.

[Le jeune Augustin : "Ouais. Nous sommes en danger de mort ! Tous…, chaque jour on…, on perd cinq…, cinq personnes, 10. Surtout les jeunes comme nous. Si vous pouvez…, vous pouvez expliquer notre problème au niveau mondial pour que l'on puisse nous…, nous envoyer les militaires qui peuvent… [on entend une autre voix : "pour nous sauver"], les vrais militaires qui peuvent…, qui peuvent nous sauver".]

L'histoire de Bernadette est éloquente [on la voit à l'image le visage complètement tuméfié]. Elle a fui hier soir son village avec 15 autres personnes. Repérés par les miliciens, tous ceux qui l'accompagnaient ont été tués. Laissée pour morte sur le bord de la route, elle a rampé toute la nuit pour trouver enfin ce refuge qu'elle croyait sûr. Elle ne savait pas que chaque jour à Kabgayi, les réfugiés creusent leur propre tombe [on voit des réfugiés très amaigris creuser des trous].

[Claire Chazal interviewe à présent en plateau Marine Jacquemin.]

Claire Chazal : Voilà. Marine Jacquemin, euh, vous en revenez. Nous venons de voir votre reportage. Alors peut-être tout d'abord un…, un mot des…, des chiffres, des victimes et du nombre de réfugiés. Qu'est-ce qu'on peut dire ?

Marine Jacquemin : Pour l'instant ce…, les chiffres sont très confus. Euh, évidemment, euh…, ils sont en grand nombre. Euh, 200 000, certainement. Euh, les organisations humanitaires avancent le chiffre de 4 ou 500 000. Pour l'instant nous sommes incapables, euh, de dire. Euh, il n'y a aucune vérification, le pays est totalement désorganisé. En ce qui concerne les réfugiés, nous avons vu des colonnes et des colonnes de dizaines de milliers de réfugiés. Euh, on dit qu'ils seraient deux millions à s'être déplacés, euh…, dans un sens comme dans un autre. Parce que, auparavant, c'étaient les Tutsi qui fuyaient les Hutu. L'avancée des forces FPR -- ils viennent de prendre Kigali --, euh, fait que, aujourd'hui, ce sont les Hutu, euh, qui fuient les Tutsi. C'est un petit peu compliqué à comprendre. Mais…

Claire Chazal : Ça veut dire que les massacres continuent finalement des deux côtés ?

Marine Jacquemin : Les massacres continuent des deux côtés. Euh, bien sûr, euh, l'ampleur du massacre au début était dû, euh, aux milices, euh, hutu…

Claire Chazal : On l'a vu dans plusieurs de vos reportages effectivement.

Marine Jacquemin : Guidées par, euh…, guidées par les…, ce qu'on appelle l'escadron de la mort du réseau zéro. Euh, et ces miliciens, donc, encadraient des paysans, euh, peu cultivés et qui, euh…, qui, euh, qui…, qui pensaient être en danger de mort ! Donc qui tuaient avec tout ce qu'ils avaient sous la main, des machettes. Côté FPR c'est différent : on fusille. On fusille et tous les témoignages se…, convergent pour dire que, côté FPR, aujourd'hui on fusille.

Claire Chazal : Alors vous donc, équipe française, vous avez été les…, les premiers, finalement…, les premiers Occidentaux à pénétrer dans la…, la zone gouvernementale ?

Marine Jacquemin : Oui et c'est notre nationalité qui a fait que nous avons pu, euh, pénétrer peut-être un peu plus facilement que d'autres dans cette zone car, euh, les Hutu [sourire] se disent nos amis. Donc, euh, nous avons pu passer relativement facilement parce que la ville de Kigali est…, est bombardée en permanence par les forces du FPR. Euh, à chaque barrage -- et nous en avons passé 150 --, évidemment c'était risqué. Car, euh…, ces miliciens sont des gens, euh, incontrôlables, souvent ivres morts, euh…, avec des grenades entre les mains et tout peut arriver. Euh, la première question que l'on nous posait à chaque barrage était : "Est-ce que vous êtes Belges ou Français ?". Si nous avions été Belges, évidemment nous ne serions pas revenus. Je tiens à dire que nous étions, donc, trois, avec Thierry Froissart le caméraman et Gilles Tuban le preneur de son. Et…, bon. On est revenu [sourire].

Claire Chazal : Difficile, donc, un travail très difficile. On a bien le sentiment aussi que pour l'ONU, c'est une quasi impuissance.

Marine Jacquemin : Ben pour l'ONU, donc, nous avons rencontré ces pauvres Ghanéens qui sont les seuls, euh, soldats de la paix encore présents sur place. Et qui ont peur car, euh, le…, le…, leur quartier général a été bombardé à plusieurs reprises. Euh, aujourd'hui c'est vrai que, manifestement, euh, les pays, euh, ne se bousculent pas pour participer à cette force décidée de 5 500 hommes…

Claire Chazal : La France n'y participe pas en tout cas.

Marine Jacquemin : La France n'y participera pas car le FPR refuse sa présence… Euh…, en fait, euh, je crois que… il faudrait aujourd'hui dans ce pays une offensive…, euh…, enfin…, un…, en tous les cas une armée offensive. Euh, mais je pense que l'expérience et le fiasco de la Somalie -- surtout américains -- ne décident pas, euh, les pays occidentaux à se mêler de l'affaire du Rwanda. C'est un petit pays, il faut le rappeler, qui n'est pas plus grand qu'un département français, qui n'intéresse personne.

Claire Chazal : Merci beaucoup Marine Jacquemin pour, euh…, pour le…, pour votre témoignage et celui, donc, de…, de toute votre équipe.
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