Fiche du document numéro 183

Num
183
Date
Mercredi 22 juin 1994
Amj
Auteur
Fichier
Taille
137996
Pages
4
Titre
Note à l'intention de Monsieur le Président de la République, Objet : Rwanda - Entretien à Paris avec des représentants du FPR
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Nom cité
Source
Fonds d'archives
FM
Type
Note
Langue
FR
Citation
Paris le 22 Juin 1994

NOTE

à l'attention de Monsieur

le Président de la République

(S/c de Monsieur le Secrétaire Général)

A/S : Rwanda - Entretiens à Paris
avec des représentants du FPR.

Bruno DELAYE



PRÉSIDENCE
DE LA
RÉPUBLIQUE

PARIS, le 22 juin 1994

Le Conseiller à la Présidence

NOTE

à l’attention de
Monsieur le Président de la République

S/C de Monsieur le Secretaire Général

Objet : Rwanda : entretien à Paris avec des représentants du
FPR.

I - Le Secrétaire général du Front patriotique rwandais (FPR)
M. Rudasingwa et son représentant à Bruxelles, M. Bihozagara, ont été
reçus par Alain Juppé en fin de matinée. Auparavant une longue réunion
s'était tenue avec eux au Quai d'Orsay à laquelle participaient des
représentants de la Présidence, de Matignon et des ministères des
Affaires étrangères, de la Défense et de la Coopération.

Le gouvernement souhaitait en invitant ces deux
responsables du FPR à Paris, leur expliquer les motivations et les
objectifs de notre intervention au Rwanda et si possible recevoir leur
approbation.

Munis d'instructions de la direction du FPR et de son haut
commandement militaire, MM. Rudasingwa et Bihozagara ont de la façon
la plus nette, critiqué notre politique et condamné notre projet
d'intervention.

Selon eux :

- 1) en raison de la politique menée au Rwanda depuis trois ans
par la France, aucune de ces initiatives ne peut être perçue
positivement.

Les Français ont soutenu le régime Habyarimana et ceux qui
massacrent aujourd’hui se réjouissent de leur arrivée.

- 2) les objectifs de la France ne sont pas humanitaires. S'ils
l'étaient, elle serait intervenue plus tôt puisque les massacres ne sont
pas un phénomène nouveau au Rwanda. Ils ont commencé depuis
plusieurs années, la communauté internationale et la France en
particulier le savaient. Personne n’a réagi quand des armes ont été
distribuées aux milices qui se sont ensuite organisées en une armée
parallèle.

- 8) Que l'ONU avalise ou non l'intervention française ne change
rien pour le FPR. "Nous y sommes opposés". Ce qui compte ce n’est pas
le soutien d’Européens ou d’Africains proches de la France à cette
intervention, "c’est ce que pense le peuple rwandais. Or nous avons
l'obligation patriotique, nationale de nous opposer à votre action...il faut
laisser les Africains se sauver eux-mêmes."

- 4) La France n’agit pas dans la transparence et prépare cette
intervention depuis très longtemps. Elle veut figer la situation et donner
un second souffle aux adversaires du FPR. Plutôt que d’engager une
opération militaire, il serait préférable de tout mettre en oeuvre pour
renforcer la MINUAR. La France s'est trompée dans le passé. En
intervenant militairement, elle commettrait une nouvelle erreur avec de
graves conséquences tant pour le Rwanda que pour la région.

- 5) Le FPR souhaite maintenir le dialogue avec la France mais à
condition qu'il se déroule dans le respect mutuel et une réelle
transparence.

II) Au cours de cette réunion, le représentant de Matignon
(Philippe Baudillon) a tenu à préciser aux responsables du FPR que
depuis un an la France s'est dotée d'une nouvelle politique africaine. Il
est intervenu en ces termes: "le souci permanent de M. Balladur qui
dirige le gouvernement depuis un an est d'établir avec l'ensemble des
pays africains des relations claires et de co-responsabilité. Depuis un an
nos actes le prouvent. Votre interprétation des intentions françaises au
Rwanda n’est pas la bonne. Elle est en contradiction avec ce qui est
fait depuis un an. Les Français ne comprendraient pas que notre
intervention soit autre qu'humanitaire. Les temps changent, votre
analyse de la politique française actuelle est influencée par une période
passée. C'est ce que le Premier ministre tenait à vous faire savoir."

Le représentant du cabinet du ministre de la Défense est allé
dans le même sens en ajoutant que les militaires, dans le cadre de
l'intervention envisagée, souhaitaient être en liaison permanente avec le
FPR.

Le secrétaire général du FPR leur a répondu : “vous parlez de
changement de politique de la France en Afrique mais d’évidence, dans
le cas du Rwanda, rien a changé vous voulez mettre en place une
liaison permanente avec nous mais vous mettez la charrue avant les
boeufs. Nous vous avons indiqué que nous étions opposés à votre
intervention...



Bruno DELAYE
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